Zola savait, pour Cahuzac !

« Monferrand débuta, à toute volée, par le démenti le plus formel, tapant d’un poing sur la tribune, se donnant de l’autre des coups en pleine poitrine, au nom de son honneur outragé. […]

Il niait tout. Non seulement il ignorait ce que voulait dire ce chiffre de quatre-vingt mille francs inscrit en regard de son nom, mais encore il mettait au défi la terre entière de prouver qu’il avait touché un sou de cet argent. Son indignation bouillonnait, débordait, au point qu’il ne se contentait pas de nier en son nom, qu’il niait aussi au nom de tous les députés, de toutes les Chambres françaises présentes et passées, comme si cette monstruosité d’un mandataire du peuple vendant son vote dépassait la honte des crimes prévus, tombait à l’absurde. […]

Ce petit coin de boue remuée, exhalant d’inquiétantes odeurs, soulevant brusquement à la Chambre cette émotion, ces craintes, ces colères, ce n’était en somme qu’une occasion à bataille politique, un terrain où allaient s’exaspérer les appétits voraces des divers groupes, et il ne s’agissait, au fond, que de renverser un ministère pour le remplacer par un autre.

Seulement, derrière ce rut, cette poussée continue des ambitions, quelle lamentable proie s’agitait, le peuple tout entier, dans sa misère et dans sa souffrance ! »

Émile Zola. Paris. (1898)

Chastanet, Ramond, et les personnages de Zola

Le Petit Journal - 31 juillet 1898

En 1898, en pleine Affaire Dreyfus, Ferdinand Chastanet, Administrateur au Théâtre Antoine, commence la rédaction d’un Dictionnaire des Personnages des Rougon-Macquart, la série romanesque de Zola parue en vingt volumes de 1871 à 1893.

Dans son esprit, il ne s’agit pas tant d’un travail littéraire que d’une forme de soutien à celui qui devra s’exiler presque un an en Angleterre afin d’échapper à la peine de prison pour diffamation que lui avait valu son retentissant article J’accuse.

Dictionnaire des Personnages des Rougon-MacquartChastanet ne destinait initialement son ouvrage qu’au seul Zola. Mais l’éditeur Fasquelle, à qui il avait remis le manuscrit, le publia en 1901, sans nom d’auteur, dans sa collection « Bibliothèque Charpentier », qui avait accueilli les autres volumes de la série.

Seule une courte préface, signée « F.-C. Ramond », précédait ce Dictionnaire.

Chastanet avait choisi comme pseudonyme le nom de l’assistant du Docteur Pascal, dans le roman éponyme, dernier du cycle. C’est à Ramond que le Docteur Pascal voulait que soient transmis après sa mort les dossiers de sa grande étude sur l’hérédité. Mais Félicité Rougon, qui craignait que leur contenu ne jette une lumière trop crue sur sa famille, les aura brûlés avant qu’il puisse en prendre possession.

Ce livre est de loin le plus complet des ouvrages du même ordre, car il fournit des notices très détaillées. Bien plus que celles figurant dans le Dictionnaire Zola paru dans le collection Bouquins en 1993. L’édition des Rougon-Macquart dans la Pléiade ne comporte, elle, qu’un simple index.

Zola dans son cabinet de travail

RAMOND F.-C.
Les Personnages des Rougon-Macquart, pour servir à la lecture et à l’étude de l’oeuvre d’Emile Zola
Paris, Bibliothèque Charpentier, Fasquelle, 1925.
Un volume broché 18,5 x 12 cms. VI-478 pages.
Demi reliure, dos à trois nerfs, titre doré.
Un accroc au dos. Pages jaunies, sinon bon état.
35 € + port