De la Lune à la Terre – De Nouméa à Londres

Les Exilés de la Terre

Norbert Mauny, jeune astronome, est en mission scientifique et secrète au Soudan. Il veut y installer un observatoire sur le plateau du Tehbali. Mais surtout « suspendre le cours de la Lune et la rapprocher de la Terre. »

Exiles_5Car « la Lune n’ayant pas d’atmosphère, sa colonisation permanente et l’exploitation de ses ressources naturelles est pour l’instant impossible. […] La solution la plus pratique est de la doter d’une atmosphère semblable à la nôtre en la forçant à descendre dans notre zone atmosphérique.  […] En somme, il ne faut pas aller à la Lune, il faut obliger la Lune à venir nous trouver. »

Comment ? par la force de l’électricité d’induction, « en augmentant artificiellement la force de l’aimant terrestre [par] la construction d’une montagne artificielle de pyrite de fer. »

Bien sûr, les obstacles me manqueront pas : traitres au sein de l’équipe, rébellion arabe menée par Kaddour, le nain de Rhadamèh, qui s’est proclamé roi du Soudan et qui se sert de (fausse) magie noire pour convaincre la fiancée de Mauny de l’épouser et… serviteur so british.

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Vous partez en vacances à l’étranger ? Faites un peu de statistiques !

Voici le questionnaire proposé par Constantin-François Chassebœuf de La Giraudais, comte Volney, dit Volney (1757-1820) lui-même grand voyageur.

Il a dressé cette liste à partir de celle adressée en 1795 par le gouvernement à ses agents à l’étranger qui « jouissant de loisirs souvent assez longs, auront le temps de vaquer aux recherches qu’indiquent ces questions. »

[nota : si ce questionnaire vous paraît trop long, ne manquez pas de répondre au moins aux questions 51 et 129]

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Oeil-de-Faucon a encore été trahi !

Un libraire se doit de valoriser – au moins un minimum – les ouvrages de son catalogue.

Faisons une exception.

Méritée.

La traduction française du roman de James Fenimore Cooper, Le Dernier des Mohicans, effectuée par un nommé A.J. Hubert, et publiée par les éditions Mame en 1885, est de nature criminelle.

Adaptation et réduction

C’est une « adaptation et réduction à l’usage de la jeunesse » que les  « 24 gravures sur bois d’après les dessins de Riou et Lix » peinent à sauver.

Pourquoi donc « adapter et réduire » ? Le traducteur, ayant peut-être eu finalement honte de son travail, se justifie longuement dans l’Avant-propos, tout en aggravant encore son cas quand il se prétend critique littéraire alors qu’il n’est qu’un censeur de bas étage :

oeil-de-faucon_3« Adaptation et réduction à l’usage de la jeunesse, avons-nous écrit en tête de ce volume : ces quelques mots suffiraient, pensons-nous, pour donner une idée exacte de ce travail, et justifier les modifications forcément apportées par nous. […] Dans les traductions ordinaires et plus complètes, il faut renoncer, en effet, à trouver une lecture qui puisse être faite en toute sécurité autour du foyer, le soir, en famille.

Ceux qui n’ont point songé à cela ne sauraient comprendre l’adaptation ni la réduction, et peut-être nous accuseront-ils d’avoir défiguré à plaisir l’œuvre des maîtres, de lui avoir manqué de respect.

Défigure-t-on un tableau de Raphaël ou une statue de Michel-Ange en les réduisant à de moindres dimensions par la gravure ou la photographie ? […]

Walter Scott et Fenimore Cooper excellent dans le genre descriptif ; mais, de l’aveu de tous, ils en abusent quelquefois ; ils surchargent leurs récits de trop de détails, de longueurs, disons le mot, dont souffre le jeune lecteur, — et nous pourrions bien ajouter : le lecteur français en général, accoutumé à des procédés plus courts et plus vifs, emporté par l’intrigue et désireux d’en connaître le dénouement. La mise en scène des situations et des personnages est trop considérable, surtout dans une traduction, qui ne saurait avoir ni le piquant ni le charme de l’original.

Plusieurs de ces ouvrages renferment aussi des discussions philosophiques, psychologiques, politiques même ; la controverse religieuse et le parti pris s’y laissent entrevoir de temps en temps.

L’adaptation et la réduction ont eu pour but de dégager le récit de ces longueurs, superfétations admirables, si l’on veut, comme œuvres littéraires dans l’original, mais entraves assurément à notre point de vue.

Nous ajouterons qu’il y a aussi, par-ci par-là, dans ces livres, plus d’une situation particulièrement délicate et passionnée, qu’il importait de remanier de fond en comble pour pouvoir les donner impunément à tous les enfants. »

Que dire ?

Réécriture

Quoi qu’il en prétende, A.J. Hubert n’adapte ni ne réduit : il réécrit.

Un seul exemple, pour ne pas « lasser le lecteur » : le premier paragraphe du roman :

Traduction d’Auguste-Jean-Baptiste Defauconpret :

gravure_mohicans_1« C’était un des caractères particuliers des guerres qui ont eu lieu dans les colonies de l’Amérique septentrionale, qu’il fallait braver les fatigues et les dangers des déserts avant de pouvoir livrer bataille à l’ennemi qu’on cherchait. Une large ceinture de forêts, en apparence impénétrables, séparait les possessions des provinces hostiles de la France et de l’Angleterre. Le colon endurci aux travaux et l’Européen discipliné qui combattait sous la même bannière, passaient quelquefois des mois entiers à lutter contre les torrents, et à se frayer un passage entre les gorges des montagnes, en cherchant l’occasion de donner des preuves plus directes de leur intrépidité. Mais, émules des guerriers naturels du pays dans leur patience, et apprenant d’eux à se soumettre aux privations, ils venaient à bout de surmonter toutes les difficultés ; on pouvait croire qu’avec le temps il ne resterait pas dans le bois une retraite assez obscure, une solitude assez retirée pour offrir un abri contre les incursions de ceux qui prodiguaient leur sang pour assouvir leur vengeance, ou pour soutenir la politique froide et égoïste des monarques éloignés de l’Europe. »

Traduction d’ A.-J. Hubert :

timbre mohicans« Les événements que nous allons raconter arrivèrent dans le nouveau monde pendant une de ces guerres longues et cruelles que la France et la Grande-Bretagne soutinrent vers la fin du siècle dernier, pour la possession d’un pays qui finalement ne devait appartenir ni à l’une ni à l’autre. Les établissements des deux puissances rivales étaient séparés par de vastes territoires couverts d’impénétrables forêts ; pour se rejoindre et se combattre, les armées ennemies devaient, durant des mois entiers, se frayer un passage à travers les bois, et, avant d’avoir l’occasion de se livrer bataille, il leur fallait franchir les montagnes, les défilés, les torrents et parfois les fleuves : les colons accoutumés aux rudes travaux des champs, et les Européens les mieux disciplinés, pouvaient à peine supporter ces rudes campagnes. Le plus souvent, après une rencontre et une lutte de quelques jours, la moitié des hommes morts de fatigue ou tombés sous le glaive, les débris des régiments rentraient dans leurs provinces respectives, s’attribuant parfois la victoire de part et d’autre, mais des deux côtés toujours vaincus, épuisés par la maladie et le manque de ressources. »

Un peu plus loin, les « plans audacieux d’agression » des Français ont bien sûr disparu. Quant aux Indiens, même alliés, ils ne sont que des « sauvages […] féroces, pillards, une race perverse. »

En voilà assez.

Qui était ce A.-J. Hubert ?

Il n’a visiblement pas laissé de grandes traces dans l’histoire littéraire : sa fiche à la BNF se borne à mentionner qu’il a « traduit et adapté de nombreux romans populaires. »

Mais ne nous acharnons pas trop sur ce tâcheron qui ne fait qu’appliquer ce que lui demande l’éditeur. Il maîtrisait la langue anglaise, et il faut bien gagner son pain…

Il n’était de toutes façons pas le seul de son espèce, et se situait dans la droite lignée des éditeurs troyens de la célèbre Bibliothèque Bleue. Celle-ci proposait, sous l’Ancien Régime, des livres de colportage aux textes raccourcis, expurgés, avec des chapitres et paragraphes fortement réorganisés.

Cette pratique perdura. Un seul exemple parmi tant d’autres : l’édition des Contes du Jongleur proposée par Albert Pauphilet, parue en 1931 aux Éditions d’Art H. Piazza :

« On a réuni ici quelques contes choisis parmi les meilleurs et les plus typiques du Moyen-Âge. Ils sont dans l’ensemble fidèlement traduits, à peine allégés ça et là des longueurs et des répétitions que les plus habiles écrivains de ce temps n’évitaient pas toujours. »

Heureusement, cette édition du Dernier des Mohicans est (presque) sauvée par son magnifique cartonnage, une des spécialités des éditions Mame, et par ses gravures. Elle nous permet aussi de découvrir un écrivain jusqu’alors resté inconnu…


cartonnage_mohicansCOOPER James Fenimore
Le Dernier des Mohicans, orné de 24 gravures sur bois d’après les dessins de Riou et Lix
Adaptation et réduction à l’usage de la jeunesse par A.-J. Hubert. Tours, Mame, 1885. Un volume 27 x 17 cms. 368 pages. Percaline éditeur, plats et dos ornés, tranches dorées. Ex-Libris manuscrit. Ressaut des cahiers à partir de la page 257 (défaut d’origine). Sinon bon état. 20 €

tueur_de_daimsCOOPER James Fenimore
Le Tueur de daims, orné de 24 gravures sur bois d’après les dessins de Brun, Claire-Guyot et Zier
Adaptation et réduction à l’usage de la jeunesse par A.-J. Hubert. Tours, Mame, 1886. Un volume 27 x 17 cms. 367 pages. Percaline éditeur, plats et dos ornés, tranches dorées. Ex-Libris manuscrit. Bon état. 20 €

21445aPAUPHILET Albert
Contes du Jongleur
Paris, Piazza, 1931. Un volume 19 x 13 cms, 172 pages. Demi reliure, dos lisse, titre doré, couverture originale conservée. Reliure très frottée. Intérieur comme neuf. 25 €

A la France, Sites et Monuments

De 1900 à 1906, le Touring-Club de France, aujourd’hui disparu, fit paraître une série de volumes richement illustrés, consacrés à la France, à ses sites et à ses monuments.

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Le découpage en régions n’est pas administratif, mais géographique. L’Alsace et la Moselle, à l’époque sous occupation allemande, seront traitées bien plus tard, respectivement en 1927 et… 1937. Les colonies d’Afrique du Nord clôtureront la première série. Quant à celles d’Afrique noire, elles ne seront jamais traitées. Sans doute les éditeurs ont-ils considéré qu’il n’y avait rien à voir…

La présentation des volumes est immuable :
À l’extérieur, un cartonnage à coins, où seul le titre de la série figure en doré sur la couverture. Le détail du volume est indiqué uniquement  sur le dos.
À l’intérieur : une page de titre illustrée toujours identique dont seul change le sous-titre. Une introduction est imprimée en italique, suivie d’un texte descriptif à la structure bien définie : département, canton, paysage, ville ou village, monument(s). Ces deux parties sont signées Onésime Reclus. Une carte couleur dépliante de chaque département clôt l’ouvrage.

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La mise en page est nouvelle pour l’époque : textes et illustrations ne sont pas simplement juxtaposés comme depuis des siècles, mais intégrés l’un à l’autre, avec une recherche graphique originale.

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Le Touring-Club de France

Fondé en 1890, disparu en 1983, le Touring-Club de France avait pour but de développer le tourisme, d’abord vélocipédique, puis automobile. Il reste dans les mémoires pour les panneaux de signalisation dont il couvrit la France, avant d’être détrôné par Michelin et ses bornes.

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(Le Touring-Club a laissé d’immenses ressources photographiques, accessibles ici.)

Onésime Reclus (1837-1916)

onesimeL’auteur des textes de la série est Onésime Reclus. Moins célèbre que son frère Élisée, autre géographe brillant, il est le premier à avoir employé le mot Francophonie, terme promis à l’avenir que l’on sait.

S’il ne croyait pas aux races, il croyait à la profonde influence des langues : « L’idée de race a gâté nombre d’historiens, et beaucoup d’hommes d’État. Il n’y a plus de races, toutes les familles humaines s’étant entremêlées à l’infini depuis la création du monde. Mais il y a des milieux et il y a des langues. […] La langue fait le peuple. »

Y compris pour la France métropolitaine : « Bien savants, vraiment, ceux qui ont écrit, ceux qui ont lu et cru que la langue française, l’oil, s’arrête comme idiome universel à la rive droite de la Loire ! Quand on a franchi le fleuve central de la France dans la région de Tours, il reste encore à traverser neuf grandes rivières avant d’atteindre au bord de la déjà maritime Dordogne la première ville qui fut et n’est plus guère de langue d’oc : c’est Libourne. »
C’est pour cette raison qu’il croyait à la vertu émancipatrice de la colonisation, à l’unification des peuples colonisés par la langue :
« En Afrique, nous sommes Rome par la paix française, par la langue française. »

Quoi qu’il en soit, Onésime Reclus la maniait à la perfection, cette langue, et savait en jouer : le style lyrique est réservé aux introductions, alors que les textes descriptifs sont empreints à la fois de poésie et de précision, aussi contradictoire que cela puisse paraître.

Lyrisme des Introductions

« Aux premiers temps des Celtes, et plus encore avant les Celtes, chez nos pré-ancêtres, qui furent les hommes des dolmens, et chez leurs prédécesseurs, les hommes des cavernes, la région autour de Paris était un pays vierge, du genre de ceux qu’on ne rencontre plus guère, que hors de la zone tempérée, dans les contrées très froides, comme Sibérie ou Canada, et surtout dans les contrées équatoriales ou tropicales. C’était une de ces forêts encore inviolées où l’on ne s’enfonce qu’avec crainte et tremblement ; un obscur embrouillamini sans routes, sinon par hasard un sentier, de bois à clairière et de colline à un ruisseau, un monde fermé, sans air et sans lumière, avec mares et marais, ronces cuisantes, broussaille hostile, tanières de bêtes, trous de serpents, bruyère prompte aux incendies.
paysage_4Encore aujourd’hui, la sylve profonde nous remue jusqu’au fond de l’être, en une sorte de recueillement et de sainte terreur : qu’était-ce alors, quand les dieux y avaient leur séjour et, à côté des dieux, les génies et les enchanteurs, les monstres, les dragons, les guivres ? »

« Depuis qu’elle n’est plus l’ombre et le repaire, le labyrinthe de l’égarement, L’Ardenne des sombres chevauchées, depuis que plus de jour y luit, que plus d’air y pénètre, elle est peut-être plus mélancolique encore. Le déboisement a mis à nu ses schistes funèbrement noirs ou tristement gris, son ardoise, ses fagnes ou rièzes, fonds humides glacés par la buée du malin, ses mornes plateaux d’hiver dur, d’été court, de printemps et d’automne douteux, de climat brusque, d’heures changeantes, de brumes tendues de forêt à forêt, de colline à colline. La terre n’y a ni profondeur, ni chaleur, ni puissance ; ce quelle enfante est malingre : bruyères, fougères, pâtures de la lande, herbe des prés ;  l’arbre n’y monte pas en majesté robuste, ni le chêne, ni le bouleau, ni le pin, ni le sycomore, encore moins le genévrier dont la seule présence prouve un sol sans énergie.
C’est donc une pauvre patrie, celle des Ardennais de la montagne, des Arminots, comme on dit ; et ce nom purement breton, semble-t-il — Ar Menez, la Montagne – contribue à prouver la celticité du nom d’Ardenne. »

Poésie et précision des descriptions

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« Arar, c’est le nom classique de la Saône ; mais cette rivière s’appelait également Saucona, Sagona : c’est dire que Saône et Seine (Sequana) se nommèrent de même chez les pionniers oubliés qui titrèrent les lieux de la Vieille France, les eaux, les bois, les monts, les roches.
La Lorraine est son berceau, dans les monts Faucilles, simples collines.
Quand elle s’engage dans la Bourgogne elle a depuis longtemps perdu les allures de torrent ; ou plutôt elle était ruisseau rapide entre ses collines natales, elle est maintenant la rivière fameuse par son inaltérable bonhommie.
À son entrée dans ce qui fut l’orgueilleux duché de Charles le Téméraire, la Saône, déjà longue de cinquante lieux, a concentré les rivières des Faucilles, du plateau de Langres, des Vosges ; elle a 60, 80, 100 mètres en berges et roule 10 mètres cubes par seconde en étiage, 40 en ordinaire portée, plus de 1000 en crue, 80 peut-être en moyenne de l’année. Arrivée par 186 mètres au-dessus des mers, il ne lui reste plus que 24 mètres d’abaissement jusqu’à sa perte en Rhône, pour un voyage de soixante-quinze lieues. Ainsi s’explique son aimable insolence, qui confine à la paresse honteuse. »

paysage_1« La troisième merveille du département de l’Ardèche, c’est le bois de Païolive. Le mot bois désigne d’une façon bien inexacte ce fouillis de rochers entre lesquels poussent des chênes rabougris. On y va assez généralement des Vans, par une excellente route, qui vient longer le cours du Chassezac, sur la rive droite duquel elle s’élève rapidement, de façon à dominer de près de 100 mètres la vallée où il serpente entre des falaises crayeuses. Puis on abandonne la rive du Chassezac et on parcourt un plateau formé de nappes calcaires où deux ou trois maisons isolées constituent le village appelé Mas-de-Rivière. C’est là qu’habitent les gardes du bois, car ce territoire est la propriété de 75 ou 80 habitants des environs. […] La visite du bois commence généralement par la partie qui domine le cours du Chassezac. On se dirige d’abord vers la chapelle Saint-Eugène, sorte d’ermitage construit sur la table d’un grand bloc de calcaire aux strates horizontales. »

Un décor de théâtre

C’est une France vide qui nous est montrée : des châteaux, des curiosités naturelles, des églises, parfois des rues. Il n’y a pas de ciel : jamais de nuages, de pluie, de crues, de saisons.

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Et surtout, jamais personne. C’est un décor de théâtre, ce n’est pas un pays vivant. C’est un musée que visiteront les membres du Touring-Club.

On ne voit que quelques rarissimes figurants, s’ils sont « pittoresques ». Ou bien colonisés. Là, leur troupe est nombreuse.

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La France, puissance maritime ?

La mer est aussi peu présente que les habitants : quelques sites, mais aucun port, aucune vue de marée. La France semble être uniquement continentale.

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La France, future puissance industrielle ?

Mais tout d’un coup – que viennent-elles donc faire là ? – deux photos d’usine, au Creusot.

industrie

Routes, ponts et viaducs

Par contre, les photos de ponts, routes, et autres viaducs ne manquent pas, incitation revendiquée au tourisme automobile et ferroviaire :

routes

À destination des Touristes

Le Grand dictionnaire du XIXe siècle, de Pierre Larousse, donne cette définition du touriste :  « Personne qui voyage par curiosité et désœuvrement ».

À laquelle des catégories définies et décrites par Hippolyte Taine appartenaient les membres du Touring-Club de France ?

« Cette espèce comprend plusieurs variétés qu’on distingue au ramage, au plumage et à la démarche. 


touriste_GavarniLa première a les jambes longues, le corps maigre, la tête penchée en avant, les pieds larges, les mains vigoureuses, excellentes pour serrer et pour accrocher. Elle est munie de cannes, de bâtons ferrés, de parapluies, de manteaux, de pardessus en caoutchouc. Elle méprise la parure, se montre peu dans le monde, connaît parfaitement les guides et les hôtels. Elle arpente le terrain d’un façon admirable, monte avec selle, sans selle, de toutes les manières possibles, toutes les bêtes possibles. Elle marche pour marcher et pour avoir le droit de répéter quelques belles phrases toutes faites. Ses impressions de voyage se traduisent ainsi : « 391 lieues en un mois, tant à pied qu’à cheval et en voiture, onze ascensions, dix-huit excursions ; usé deux bâtons ferrés, un pardessus, trois pantalons, cinq paires de souliers. Pays sublime ; mon esprit plie sous ces grandes émotions. » 


touriste_veloLa seconde variété comprend des êtres réfléchis, méthodiques, ordinairement portant lunettes, doués d’une confiance passionnée en la lettre imprimée. On les reconnaît au Manuel-Guide qu’ils ont toujours à la main. Ce livre est pour eux la loi et les prophètes. Ils mangent des truites aux lieux qu’indique le livre, font scrupuleusement toutes les stations que conseille le livre, se disputent avec l’aubergiste lorsqu’il leur demande plus que ne marque le livre. On les voit, aux sites remarquables, les yeux fixés sur le livre, se pénétrant de la description et s’informant au juste du genre d’émotion qu’ils doivent éprouver ; d’abord la surprise, un peu plus loin une impression douce, au bout d’une lieue l’horreur et le saisissement, à la fin l’attendrissement calme. Ce sont les touristes dociles.


La troisième variété marche en troupe et fait les excursions en famille. Vous apercevez de loin une grande cavalcade tranquille : le père, la mère, deux filles, deux grands cousins, un ou deux amis et quelquefois des ânes pour les bambins. On fouette les ânes qui sont rétifs ; on conseille la prudence aux jeunes gens fougueux  ; un coup d’œil retient les jeunes demoiselles autour du voile vert de la mère. Les caractères distinctifs de cette variété sont le voile vert, l’esprit bourgeois, l’amour des siestes et des repas sur l’herbe. Elle est remarquable par sa prudence, ses instincts culinaires et ses habitudes économiques. On s’arrête dans un endroit choisi dès la veille ; on débarque des pâtés et des bouteilles  ; si l’on n’a rien apporté, on va frapper à la cabane voisine pour avoir du lait et l’on s’étonne de le payer trois sous le verre. On trouve qu’il ressemble fort au lait de chèvre, et l’on se dit, après avoir bu, que l’écuelle de bois n’était pas très propre. On regarde curieusement l’étable noire, à demi souterraine, où les vaches ruminent sur un lit de fougère  ; après quoi, les gens gros et gras s’asseyent ou se couchent. L’artiste de la famille tire son album et copie un pont, un moulin et autres paysages d album. Les jeunes filles courent en riant et se laissent tomber essoufflées sur l’herbe ; les jeunes gens courent après elles. Cette variété, originaire des grandes villes, principalement de Paris, veut retrouver aux Pyrénées les parties de plaisir de Meudon et de Montmorency.


touriste photographeQuatrième variété : les touristes dîneurs. Ceux-là voyagent aussi en famille et ne visitent guère que les hôtels. Le père est un de ces bourgeois fleuris, ventrus, importants, dogmatiques, bien vêtus de drap fin, conservateurs d’eux-mêmes, qui forment leurs cuisinières, arrangent leur maison en bonbonnière et s’installent dans leur bien-être comme l’huître dans sa coquille. Ils entrent avec stupeur dans la salle obscure où des bouteilles demi-vides errent parmi des plats refroidis. La nappe est tachée, les serviettes d’un blanc douteux. Le père est saisi d’indignation, les autres se regardent douloureusement ; les plats arrivent à la débandade, tous manqués. Ils se servent, tournent leur viande dans leur assiette, la contemplent et ne mangent pas. L’hôtelier réclame 18 francs. Sans dire un mot, avec un geste d’horreur concentré, le chef de famille paye, puis, s’approchant de sa femme, il lui dit : « Vous l’avez voulu, madame ! » Au départ, il épanche ses plaintes dans le sein du conducteur de la diligence ; il lui déclare que la compagnie périra si elle continue de relayer chez de pareils empoisonneurs. Il espère que des maladies emporteront bientôt des gens si malpropres. On lui dit que dans le pays tout le monde est comme cela et qu’on y vit gaiement jusqu’à quatre-vingts ans. Il lève les yeux au ciel et renfonce son chagrin.


Cinquième variété, rare : touristes savants. Un jour, au pied d’une roche humide, je vis venir à moi un petit homme maigre, avec un nez en bec d’aigle, un visage tout en pointe, des yeux verts, des cheveux grisonnants. Il avait de grosses guêtres, une vieille casquette noire ternie par la pluie, un pantalon boueux aux genoux, sur le dos une boîte de botanique bosselée, une petite bêche à la main. Par malheur, je regardais une jolie plante, à la longue tige droite bien verte, à corolle blanche, délicate, qui croît autour des sources perdues ; il me prit pour un confrère novice : « Plante ordinaire, monsieur, me dit-il ; commune aux environs de Paris ; parnassia palustris ; tige simple, dressée, haute d’un pied, glabre, feuilles radicales, pétiolées, les caulinaires engainantes, sessiles, cordiformes ; fleur solitaire, blanche, terminale, ayant le calice à feuilles lancéolées, les pétales arrondis, marqués de lignes creuses, les nectaires ciliés et munis de globules jaunes ; elléboracée ; ces nectaires sont curieux. Bonne étude ; plante bien choisie. Courage, vous avancerez. — Mais je ne suis pas botaniste. — Très bien ; vous êtes modeste. Pourtant, puisque vous êtes aux Pyrénées, il faut étudier la flore du pays  ; vous n’en retrouverez plus l’occasion. Il y a ici des plantes rares qu’il faut absolument emporter. J’ai cueilli auprès d’Oleth la menxiesra daboeci ; trouvaille inestimable ! Je vous montrerai chez moi la ramondia pyrenaïca, une solanée qui a le port des primevères ! J’ai gravi le mont Perdu pour retrouver le ranunculus aconitifolius, qui croît à 2,700 mètres ! … » 


Sixième variété, très nombreuse : touristes sédentaires. Ceux-là regardent les montagnes de la fenêtre de leur hôtel  ; leurs excursions consistent à passer de leur chambre dans le jardin anglais, du jardin anglais à la promenade. Ils font la sieste et lisent leur journal étendus sur une chaise ; après quoi ils ont vu les Pyrénées. »


À la France : Sites et Monuments. Textes par Onésime Reclus
couverture– La Corse
– La Côte d’Azur (Var, Alpes-Maritimes)
– Autour de Paris (Seine-et-Oise, Seine-et-Marne, Oise)
– La Provence (Bouches-du-Rhône, Vaucluse, Basses-Alpes)
– L’Auvergne (Puy-de-Dôme, Cantal)
– La Savoie (Savoie, Haute-Savoie)
– Basse-Loire (Indre-et-Loire, Maine-et-Loire, Loire-Inférieure)
– Orléanais (Eure-et-Loir, Loir-et-Cher, Loiret)
couverture– Haute-Normandie (Seine-Inférieure, Eure)
– Basse-Normandie (Calvados, Manche, Orne)
– Bretagne orientale et Maine (Ille-et-Vilaine, Mayenne, Sarthe)
– Les Cévennes (Gard, Hérault)
– Lyonnais et Velay (Ardèche, Haute-Loire, Loire, Rhône)
– Causses et Ségalas (Aveyron, Lozère, Tarn)
– Gascogne et Pyrénées-Orientales (Basses-Pyrénées, Hautes-Pyrénées, Landes)
– Sur la Garonne (Haute-Garonne, Gers, Lot-et-Garonne, Tarn-et-Garonne)
couverture– Pyrénées-Orientales (Ariège, Aude, Pyrénées-Orientales)
– Garonne et Dordogne (Dordogne, Gironde, Lot)
– Angoumois et Saintonge (Charente, Charente-Inférieure)
– Le Dauphiné (Hautes-Alpes, Drôme, Isère)
– Poitou (Deux-Sèvres, Vendée, Vienne)
– Le Limousin (Corrèze, Creuse, Haute-Vienne)
– Le Centre de la France (Allier, Cher, Indre)
– Le Jura (Doubs, Jura, Haute-Saône)
couverture– Le Morvan (Nièvre, Yonne)
– Le Nord (Aisne, Nord, Pas-de-Calais, Somme)
– La Bourgogne (Ain, Côte-d’Or, Saône-et-Loire)
– Champagne et Ardennes (Ardennes, Aube, Marne, Haute-Marne)
– Algérie (Alger, Constantine, Oran)
– Tunisie (Tunis, environs de Tunis, Tunisie septentrionale et Kroumirie, Sousse et Tunisie centrale, Sfax, de Gafsa au Djérid, Gabès et Sud Tunisien, île de Djerba)
– Alsace. Texte par André Hallays
– Lorraine (Moselle). Texte par le baron de La Chaise

Touring-Club de France, 1900-1906 (sauf Alsace : 1927 ; Moselle : 1937)

Chaque volume : 20 x 23 cms, 100 pages (sauf Algérie : 204 pages ; Tunisie : 120 pages ; Dauphiné : 116 pages).
Illustrations photographiques in et hors texte. Cartes départementales couleur dépliantes. Cartonnage éditeur, premier plat orné en doré. Très bon état (sauf Angoumois-Saintonge : frottements au premier plat ; Champagne et Ardennes : dernier plat abîmé). Poids de chaque volume légèrement supérieur à 1 kg.

Chaque  volume : 10 € (sauf Algérie ; Tunisie ; Alsace ; Moselle : 20 €)

25 villes – 25 écrivains : autant de guides…

Remonter le temps, abolir l’espace, visiter vingt-cinq villes, avec pour chacune un écrivain pour guide, quel rêve !

Le voici réalisé par cet ouvrage, richement illustré, que publia Hachette en 1892, Les Capitales du monde.

Chaque écrivain-guide s’y dévoile autant que la ville qu’il présente, et peut se révéler descriptif ; personnel ; nostalgique ; historique ; politique ; artistique…

  • « Je ne suis qu’un vieux flâneur de Paris, on le sait, un songe-creux qui choisit pour ses promenades solitaires les quartiers paisibles et les banlieues mélancoliques. Le bruit torrentiel des voitures sur les boulevards m’étourdit; le hurlement qui s’échappe du portique de la Bourse m’épouvante.[…] Au tumulte des grands boulevards, je préfère l’extrême tranquillité de certaines rues de la rive gauche, où l’on entend chanter les serins en cage; et, si magnifique que soit l’avenue du Bois sous ses frondaisons printanières, vous me rencontrerez plus volontiers dans les allées tournantes du vieux Jardin des Plantes, qu’attriste l’agonie des arbres de Judée plantés par Buffon. » François Coppée. Paris
  • « Le Japon était si fermé encore il y a vingt-deux ans, on savait si peu de lui, qu’à peint a-t-on pris garde en Europe à ce qui arriva là-bas alors. Ce qui s’était passé, cependant, était absolument extraordinaire ; unique, je crois, dans l’histoire du monde. La Révolution française n’est pas aussi formidable que cette révolution-là, qui s’est accomplie presque sans effusion de sang. Qu’on s’imagine le régime féodal dans toute sa force ; pour maître, un pontife suprême, trop divin pour s’occuper des choses de la terre, et laissant gouverner à sa place un officier, devenu roi, dont la dynastie se succède au pouvoir depuis des siècles ; des princes vassaux, souverains maîtres dans leurs principauté ; puis, subitement, sans plus de secousses pour le pays que n’en éprouve un vaisseau dont on change l’orientation, les princes, avec un désintéressement inouï, renonçant d’eux-mêmes à leurs fiefs, le Taïcoun déposant ses pouvoirs, le Fils des Dieux devenant un roi constitutionnel, et la civilisation moderne succédant, sans transition, aux séculaires coutumes d’un peuple fanatiquement conservateur ! » Judith Gautier – Tokyo.
  • « Écrire une impersonnelle description, avec un détachement d’artiste, j’en serais, dans le cas présent, moins que jamais capable. Une fois de plus, ceux qui voudront bien me suivre devront se résigner à regarder par mes yeux : c’est presque à travers mon âme qu’ils vont apercevoir le grand Stanboul…» Pierre Loti. Constantinople.
  • « Les « types de Vienne » sont extrêmement curieux. Le premier qui frappe les yeux du voyageur, c’est le cocher de fiacre. Si on ne l’a pas vu, on ne peut se figurer son élégance. Personne à Vienne ne s’habille mieux que lui, et Dieu sait que l’on s’y habille bien ! Vêtu de drap fin, la coupe de ses vêtements est parfaite, ses bottes chaussent un pied aristocratique, son linge est irréprochable. » Juliette Adam. Vienne.
  • « Un portique grandiose de pierre sculptée, percé de trois baies en plein cintre, donne accès à une cour plantée d’arbres séculaires, les plus beaux peut-être qui soient à Pékin. Au fond, sur trois terrasses de marbre, un temple s’élève, très simple d’apparence, mais d’une imposante majesté. Plus simple encore est l’intérieur du sanctuaire ; une table d’autel ornée d’un brule-parfum et de deux flambeaux ; au-dessus, un panneau laqué portant quatre caractères gravés en or ; au-dessus, une tablette, gravée aussi et représentant la personne morale de Confucius ; et c’est tout.
    Cette simplicité excessive, ce froid symbolisme, conviennent bien au culte du grand philosophe qui, six siècles avant l’ère chrétienne, mit pour jamais sa puissante empreinte sur les consciences chinoises. Une morale très saine, sinon très élevée, un rationalisme très libre mais sans vrai critique, une culture intellectuelle assez forte, mais sans haute poésie, nul mysticisme, nulle prétention métaphysique, tels étaient les traits principaux des enseignements qu’il légua à la Chine et dont cette nation de 450 millions d’habitants vit depuis 2400 années. » Maurice Paléologue. Pékin.
  • « C’est toujours une surprise nouvelle que de se trouver face à face avec toutes ces figures voilées : il y a un secret inquiétant ou irritant dans ces dominos perpétuels, dans ses draperies qui marchent et qu’on coudoie ; et l’on ne peut se défendre de trouver une expression fantastique aux regards noirs embusqués au fond des fissures de tous ces masques, et qui sont la seule révélation de l’être humain enseveli sous ces plis d’étoffe. » Camille Pelletan. Le Caire.
  • « En mes souvenirs d’enfance, une ville de vieux quartiers aux torves ruelles s’angulant d’architectures en saillie, se cassant en profils de guingois, se pénombrant d’humides buées ressuées de l’égout ; – une ville qui, parmi les autres capitales, gardait une physionomie à part, bourgeoise et populaire, sans morgue, s’assoupissant en des coins de béguinages, autour de chevets d’églises pour se réveiller ailleurs en des tapages de voiries, des rumeurs de marchés, des turbulements de cabarets ; –une ville qui dégringolait des raidillons, se réticulait en des lacis de venelles et d’impasses, affluait au goulot des carrefours, passait des ponts, bouillonnait dans des entonnoirs de maçonneries lézardées aux pignons titubants, aux gables en gueule de brochet, en proue de navire, aux frontons bistournés se cimant d’urnes, de lampions, d’astrolabes, se festonnant de torsades sculptées, se bosselant de bas-reliefs. » Camille Lemonnier. Bruxelles.

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[Collectif]
Les Capitales du Monde

Paris, Hachette, 1892.

Un volume 31 x 24 cms. 592 pages. Nombreuses illustrations in et hors texte, non incluses dans la pagination.

Demi reliure à coins. Dos à cinq nerfs soulignés de filets dorés, caissons ornés. Reliure frottée avec manques en coiffe. Quelques rousseurs en marge sur certains cahiers.

Contient :
Paris, par François Coppée
Saint-Petersbourg, par E. Melchior de Vogué03405b
New York, par E. de Kératry
Constantinople, par Pierre Loti
Rome, par Gaston Boissier
Athènes, par le comte de Mouy
Tokyo, par Judith Gauthier
Vienne, par Juliette Adam
Lisbonne, par Armand Dayot
Pékin, par Maurice Paléologue
Genève, par Édouard Rod
Bucarest, par Carmen Sylva
Le Caire, par Camille Pelletan
Alger, par Maurice Wahl
Stockholm par Maurice Barrès
Berlin, par Antonin Proust
Londres, par Sir Charles Dilke
Mexico par Auguste Génin
Rio de Janeiro, par J. de Santa Anna Neri
Amsterdam, par Henry Havard
Christiania, par Harald Hansen
Copenhague, par André Michel
Bruxelles, par Camille Lemonnier
Calcutta, par James Darmesteter
Madrid, par Emilio Castelar.

80 € + port

Un guide touristique de 1611

La France en 1611

  • « Persuadé qu’il était de sa politique de rester le chef du parti protestant en Europe, afin d’opposer une barrière à la puissance de la Maison d’Autriche, Henri IV allait commencer la guerre avec cette dernière lorsqu’il est assassiné à Paris par le fanatique Ravaillac.
    Louis XIII, son fils aîné, est âgé de moins de neuf ans.
    Le règne de ce 65e roi de France (1610-43) commence sous de tristes auspices. La régence étant déférée par le parlement à Marie de Médicis, que son époux venait de faire couronner à Saint-Denis, le pays est livré pour longtemps aux factions qu’entretiendront les princes de sang, toujours prêts à pousser l’opposition jusqu’à la révolte.
    La régente, sous laquelle le sage Sully perd toute influence, se laisse gouverner par un favori italien, Concini, et par sa femme Éléonore Galigaï dont elle ne sait pas se passer.
    Changement complet de politique : le parti espagnol, qui est aussi le parti de Rome, l’emporte. Marie, d’ailleurs, ne tardera pas à vider le trésor que son mari avait laissé bien fourni. »
    (
    Jean-Henri Schnitzler. Atlas historique et pittoresque, ou Histoire Universelle disposée en tableaux synoptiques embrassant à la fois les faits politiques, religieux, littéraires et artistiques, et illustrée de cartes et de planches. Strasbourg, Simon, 1860)

carte france 1610

Description de la France en 1611

02747aC’est cette année-là que paraît l’ouvrage Les Antiquitez, fondations et singularitez des plus célèbres Villes, Châteaux, places remarquables, Églises, forts, forteresses du Royaume de France ; avec les choses plus mémorables advenues en iceluy ; revues, corrigées, et augmentées de nouveau, avec une addition de la Chronologie des Roys de France

  • Chaumont : « Cette ville est située sur un rocher ; laquelle anciennement n’était qu’un Bourg jusqu’en l’an mil cinq cent, que l’on commença de la fortifier sous le règne de Louis douzième et l’armer de murailles, avec quelques tours & bouleuers, que le Roy François I continua, et puis Henri II les réduit à quelque perfection.
    À Chaumont y a un donjon ou Château enclos et fermé de murailles, hautes tours & fossés, lequel est aussi fort ancien, et se nomme de Hautefeuille, dans icelui y a une belle & grande salle qui sert de Parquet aux gens du Roy, & à tenir les assemblées de la noblesse du pays au ban & arrière-ban.
    Il y a baillage & siège présidial à Chaumont, & d’autant que cette ville est de grand rapport, il y a aussi un grenier à sel, les Officiers du Roy pour le Magasin & gabelle, un bureau pour la Justice des passages & forains ; des Lieutenants particuliers ès sièges des eaux et des forêts, avec les Officiers royaux pour icelles.
    En outre est le Consulat, pour le fait de la marchandise, qui est principalement de draps & toiles, aussi les drapiers et tisserands y tiennent le premier rang entre les marchands. »

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  • Le Bois de la Trahison : « Chose admirable à voir à une lieue de Saint-Germain-en-Laye ou environ : C’est qu’il y a un bois taillis, presque tout de chesnes qu’on appelle le bois de la trahison, duquel si on prend quelque rameau ou brâche, & qu’on le jette en la rivière de Seine, voisine de là, il va tout droict au fonds ainsi qu’une pierre. Quelques uns tiennent qu’en ce bois fut brassé le monopole de ceux qui avec Gannelon sieur de Hautefeuille, trahirent la maison des Ardennes, & les Pairs de France, les plus braves capitaines de la suite de Charles-le-Grand (laquelle histoire est très véritable) & qu’en horreur d’une si maudite menée, Dieu a voulu monstrer combien elle lui fut déplaisante. Ce bois n’ayant depuis porté aucun fruict & à mesure qu’on le coupe il demeure sans germer, ni produire, quoy que le chesne peuple assez de son naturel la terre où il est enraciné. »

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Un ouvrage de Jacques de Fonteny ?

Ce guide est communément attribué à un certain Jacques de Fonteny, « poète, auteur dramatique et faiseur d’anagrammes – Céramiste », d’après la notice de la BNF, qui le situe en 157?-165?, mais ne répertorie qu’une édition de 1614 des Antiquitez…, postérieure donc de trois ans à celle que nous évoquons.
La notice de la Bibliothèque du Congrès à Washington le déclare « actif » de 1587 à 1648.
Brunet, dans son Manuel du libraire, ne cite pas les Antiquitez… parmi les ouvrages de Fonteny.
Quérard, dans sa France littéraire, est muet sur Fonteny, mais il est vrai qu’il traite surtout des écrivains postérieurs.
Vapereau, dans son Dictionnaire des littératures est circonspect : « On a sous son nom [souligné par nous] Antiquitez…(Paris, 1611, in-12).»
Barbier, dans son Dictionnaire des ouvrages anonymes, l’attribue à Fonteny (et décode la signature I.D.F.P. en « Jacques de Fonteny, parisien »), sans préciser que la signature I. de Fonteny figure en troisième page de l’Épitre qui ouvre l’ouvrage, et tout en ne donnant comme date de parution que 1614 (et non 1611) chez le même éditeur J. Bessin en in-12.
Il fait cependant, sans autre commentaire, précéder cette notice d’une autre :
« Antiquités (les), fondations et singularités des plus célébres villes, châteaux… de France. Seconde édition (par François des Rues). Constances [Il s’agit en fait de Coutances], J. Le Cartel, 1608, in-12, 10ff. lim. y compris le titre gravé, 559 pp. et 3 ff. de table. L’auteur signe l’épitre. Le titre gravé porte la date de 1605. »

Ou bien un ouvrage de François Desrues ?

« François Desrues, né à La Lande-d’Airou en 1554, mort aux environs de 1620, est un historien et un écrivain de la Manche.
Il est, comme historien, l’auteur d‘Antiquités des plus célèbres villes de France, et, comme littérateur, de plusieurs ouvrages, dont Les Marguerites françaises.
François Desrues peut être considéré comme l’auteur du premier guide touristique. En 1605, le grand imprimeur coutançais Jean Le Cartel publie en effet un des ses ouvrages intitulé « Les antiquités, fondations et singularités des plus célèbres villes, chasteaux et places remarquables du royaume de France avec les choses plus mémorables advenues en iceluy ». Ce « guide » eut des rééditions à travers tout le pays et suscita  bien des vocations de voyageurs. Il y décrivait tous les « délices » des provinces de France. »
(L. Morin, Essai bibliographique sur F. Desrues, Troyes, 1925)  

La notice BNF donne comme dates de vie, pour Desrues, 1575?-1633.

Il est aussi à noter que le nom de Desrues ne figure pas en page de titre de son ouvrage, mais se trouve simplement dans une dédicace qui lui est adressée

Plutôt un plagiat de la part de Fonteny

Une comparaison entre une édition de 1608 de l’ouvrage de Desrues, et notre exemplaire de 1611 signé Fonteny donne les résultats suivants :

  • Le texte est identique, mais a été recomposé : les lettres sont un petit peu plus serrées, quelques lettrines ont été supprimées, ainsi que parfois des notes italiques en marge, comme certaines concernant Chartres ou Orléans.
  • Si le texte a été recomposé, il n’a pas été totalement revu : ainsi, Fonteny, en 1611, continue, comme Desrues à parler d’Henri IV, pourtant assassiné l’année précédente, au présent : « Le Palais des Tuileries… a été continué par le Roy Henri de Bourbon 4 du nom, où il fait encore travailler tous les jours, avec toutes les magnificences possibles. »
  • Une des seules mises à jour faites par Fonteny est l’ajout, au chapitre introductif De l’excellence de la France & des victoires des François, de quatre vers latins d’un certain Baptiste Mantua (?).
  • Une autre se situe aux deux dernières pages : Là où Desrues conclut que la France avec ses « trente-deux mille clochers ou paroisses, et des trois millions cinq cents mille familles ou maisons, douze Pairies, douze Généralités, soixante-dix mille fiefs, est régie par Henri IV, soixante-troisième roi » ; Fonteny, tout en reprenant exactement les mêmes chiffres, ajoute que « ce beau & incompréhensible Royaume est parcouru de cent quatre vingt trois tant fleuves que rivières, qui apportent infinies commodités et richesses dedans les villes connues en son étendue, et où l’on trouve tout ce que l’humain visage saurait désirer. […] Louis XIII, 64e Roy de France, la conservera dans la même tranquillité et réputation qui la rend bien heureuse et redoutable à toutes les nations de l’univers. »

Ce n’est donc pas le tact qui étouffe Fonteny quand, dans son Épitre dédicatoire au Conseiller du Roy, il ose écrire : « Ce petit livre est augmenté de plusieurs choses qui lui manquaient pour sa perfection. […] Ce livre sortant de la main de son premier auteur [qu’il ne daigne pas nommer] ressemblait à l’or qui n’a pas reçu toutes ses façons, ni son dernier affinage, mais par une seconde diligence et redoublé travail, je l’ai fait monter de manière à ce qui rien ne lui deffaut à présent. »

Ce qu’il a surtout fait, c’est de rajouter quelques suppléments, ainsi que le montre ce tableau.

Desrues-Fonteny
L’Avertissement au lecteur, signé par un secrétaire du Roi, mérite d’être relevé :
« Le Libraire ayant demandé à Monsieur le Chancelier d’imprimer ce livre, [celui-ci] n’a pas voulu signer ledit privilège que quelques erreurs y étant ne fussent corrigées, à savoir entre autres : p. 21, où il est dit que Philippe Auguste entreprit le voyage de Jérusalem, car ledit Roy n’y fut jamais […] p. 119, il parle d’une grande allée Royale qu’il dit être derrière le château de Chambord ; mais la vérité est qu’elle est derrière le château de Blois. […] page 449, il dit que la Dordogne se rend dans un bras de mer, au dessous de Liborne, mais c’est dans la rivière appelée Gironde. »

Toutes ces erreurs proviennent de Desrues, n’ont pas été rectifiées dans le texte de Fonteny, qui considéra sans doute que cet Avertissement serait suffisant comme errata….

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Les Antiquitez, fondations et singularitez des plus célèbres Villes, Châteaux, places remarquables, Églises, forts, forteresses du Royaume de France ; avec les choses plus mémorables advenues en iceluy ; revues, corrigées, et augmentées de nouveau, avec une addition de la Chronologie des Roys de France    

Paris, Jacques Bessin, 1611.

Un volume 15 x 9 cms. [XXII]-626-[IX] pages. Plein vélin du temps. Dos lisse marqué « La Description de la France ». Un cahier (page 99) presque débroché, sinon bon état.

 300 €

Le Désert de Retz, premier jardin anglo-chinois d’Europe

Aucun rapport avec le Cardinal.

C’est un nommé François de Monville qui, en 1774, achète la première parcelle de son futur domaine, dont la surface totale atteindra près de 40 hectares.

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Original, amoureux des jardins, connaisseur des antiquités classiques et des arts de l’Orient, il est aussi architecte, et dessinera de sa main le plan de ce qu’il nomme son Désert.

Il prête une particulière attention aux perspectives qu’offrent les allées qu’il fait tracer, les arbres qu’il fait planter, les bâtiments qu’il fait construire.

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Il y a, entre autres, un temple au dieu Pan, une glacière camouflée en pyramide, un théâtre découvert, une maison chinoise, et une résidence, aux pièces rondes, logée dans ce qui ressemble à une immense colonne ayant volontairement l’aspect d’une ruine.

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Une telle originalité attira du beau monde : Louis XVI et Marie-Antoinette, le duc d’Orléans, la comtesse du Barry, le poète Dorat, le roi de Suède Gustave III, ainsi que Thomas Jefferson, qui aurait voulu s’inspirer de la Colonne pour le futur Capitole à Washington…

Ils passaient tous par le Rocher servant d’entrée : « Côté forêt, la porte est imposante, à l’image de celle d’un ouvrage militaire qui pourrait être soit caserne, soit arsenal. Les bossages dont les crosses sont très fortement prononcées, donnent un aspect rude et peu accueillant. La surprise devait être totale quand on ouvrait les deux battants et que, dans l’axe, occupant tout l’espace laissé libre par le ciel de la voûte, on découvrait la Colonne détruite. Effet de surprise encore quand on se retourne : une grotte naturelle masque la puissante porte et deux satyres, brandissant des torches, vous encadrent. »

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Vendu comme bien national pendant la révolution, le Désert passe entre les mains de différents propriétaires d’abord scrupuleux, jusqu’en 1936, puis totalement négligents. C’est alors qu’il se dégrade fortement, à commencer par la Maison chinoise, complètement ruinée. Quelques travaux de conservation sont imposés par la loi Malraux au début des années 1970.

Ce n’est qu’en 1986 que de nouveaux acquéreurs engagent des travaux de rénovation, bien aboutis aujourd’hui.

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La brochure que nous présentons date de cette époque charnière. Sous forme de 101 questions/réponses, elle brosse l’histoire de Monville, du domaine, de ses constructions, jardins, serres et arbres, et expose la philosophie qui sous-tendra la remise en état.

Une description du Désert de Retz par Jules Roy se trouve sur notre Cartographie littéraire de la France, ici.

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03622_3Société Civile du Désert de Retz

Le Désert de Retz

Croissy-sur-Seine, 1988.
Un volume à l’italienne 21 x 31 cms. 124 pages non numérotées. Nombreuses illustrations et croquis.
Couverture carton fin avec une ouverture circulaire découvrant une illustration. Ouvrage divisé en 4 parties par des onglets.
Très bon état, à l’exception d’une petite trace de mouillure apparaissant sur l’illustration découverte par la couverture.

35 €