Petits coups d’oeil chez les voisins (6) : Jean Sleidan

portrait Sleidan goodJohann Philippson von Schleidan (1506-1556), plus connu sous son nom latinisé, Johannes Sleidanus, et sous son nom francisé, Jean Sleidan, était à la fois diplomate et historien.

Comme diplomate, il fut, sous François Ier, le secrétaire du Cardinal-Chancellier Jean Du Bellay et joua à ce titre un rôle pivot dans les relations entre la couronne de France et les protestants allemands en lutte contre les Habsbourg. Il eut ainsi accès à de nombreux documents et informations qui lui serviront plus tard. Il traduisit également en latin de nombreux ouvrages d’historiens français

Sa position ayant été affaiblie lors d’une période de réchauffement temporaire dans les relations entre la France et les Habsbourg, il quitta Paris et s’installa à Strasbourg, sans doute en 1547. C’est là qu’il traduisit en latin les Mémoires de Philippe de Commynes, qui connurent en 1545 pas moins de quatre éditions. C’est la même année qu’il entama la rédaction de ses Commentaires, dont le premier jet fut achevé en 1554. C’est alors que les rivalités entre Luthériens et Calvinistes (dont Sleidan était proche) faillirent en empêcher la publication, malgré l’avancement de l’impression – 20 Livres sur 25 étaient déjà prêts. Finalement, seule la version latine fut autorisée, mais non la version en allemand, dont l’audience aurait été plus large.

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Petits coups d’oeil chez les voisins (5) : Le chien de Jean

Jean Geiler de Kaysersberg est né en 1445 dans la ville suisse de Schaffhouse. Élevé à Kaysersberg par son grand-père – d’où son nom -, il est étudiant, puis professeur à l’université de Fribourg. Ordonné prêtre en 1470, il étudie la théologie à Bâle, puis retourne à Fribourg comme professeur, puis comme recteur.

Il abandonne l’enseignement pour la prédication, et de 1478 à sa mort en 1510, prêche à Strasbourg, où ses sermons attirent les foules. C’est pour lui que fut construite la chaire de la Cathédrale, et la légende prétend que c’est son chien qui est sculpté en bas de l’escalier.

chien geiler2

Geiler abandonna l’enseignement pour la prédication, afin de mettre son éloquence au service de l’édification des puissants, mais aussi – et surtout – du peuple.

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Petits coups d’oeil chez les voisins (4) : Les 111 fenêtres de Tobias

Les 111 gravures ornant notre édition de La Nef des fous sont généralement attribuées à Tobias Stimmer, de la même manière que celles de l’édition originale de 1494 le sont à Dürer.

Né à Schaffouse en 1539, mort à Strasbourg en 1584, élève d’Holbein le Jeune, Stimmer réalisa des peintures murales (par exemple le plafond du château de Baden-Baden), des portraits (Léonard de Vinci, Michel Ange, Charles le Téméraire) dont malheureusement les originaux sont perdus, ainsi que de nombreuses gravure et les peintures ornant l’horloge astronomique de Strasbourg.

Ce « petit » travail n’a visiblement pas suffi à la Municipalité pour que lui aussi ait droit à sa rue.

Peut-être (?) parce que l’attribution des gravures de La Nef des fous a été contestée.

Il y a en effet un autre candidat : Nicolaus Höniger, le traducteur de notre édition.

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Petits coups d’oeil chez les voisins (3) : Le bateau de Sébastien

Brant_par_DurerSébastien Brant naquit en 1457 à Strasbourg dans une famille de la moyenne bourgeoisie. Il fit des études de droit civique et canonique à l’université de Bâle, dont il devint professeur, puis doyen. Il y ouvrit un cours de poétique, et se mit à composer lui-même, d’abord en latin, puis en langue vernaculaire.

Revenu en 1500 dans sa ville natale, il devint bientôt Chancelier municipal de cette ville libre de l’empire germanique. Il occupa cette fonction jusqu’à sa mort, en 1521.

La première édition de sa Nef des fous est publiée à Bâle en 1494, illustrée de gravures attribuées à Dürer.

Traduit plusieurs fois en latin, adapté en français, imité en anglais et en flamand, ce sera le livre le plus lu au XVe siècle, après la Bible, avant qu’il ne tombe dans l’oubli jusqu’au XIXe siècle.

Chaque chapitre brocarde un aspect de la folie humaine : l’ivrognerie, l’avarice, le blasphème, l’ingratitude, la brutalité, la médisance, la manie des livres, etc.

Brant en a trouvé pas moins de 112, et consacre un chapitre, un Chant à chacun, avant que tous les fous – entendez les pécheurs – ne se retrouvent dans une nef qui fait voile vers l’Île de la folie.

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Petits coups d’oeil chez les voisins (2) : Sébastien, Tobias et Jean sont en colocation

Voici un livre :

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Sa reliure est muette.

Il n’a pas de page de titre.

La numérotation est faite par feuillets, mais quelqu’un a tenu à re-numéroter par page :

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Et à corriger les quelques erreurs de titre :

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En se trompant aussi parfois, surtout vers la fin :

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Les tranches sont rouges, le texte est visiblement de la poésie, et il y a des gravures :

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Petits coups d’oeil chez les voisins (1) : Nos voisins dans les rues

Située au coin des rues Wimpheling et Geiler, non loin de la place Sébastien Brant et de la rue Sleidan, la librairie Ivres de Livres s’enorgueillit de voisins prestigieux : des humanistes rhénans, actifs dans la première moitié du XVe siècle, qui ont marqué l’histoire des Lettres et les débats religieux précédant la Réforme.

Faisant partie du quartier de la Neustadt (la Nouvelle ville), édifié pendant l’occupation allemande de la ville, entre 1870 et 1914, cet ilot était achevé au tout début du XXe siècle, ainsi qu’en témoigne ce plan de 1906.

plan quartier avec légende

Après la première guerre mondiale, les noms des rues ont été simplement francisés (Avenue de la Forêt-Noire à la place de Schwarzwald Strasse par exemple), à quelques exceptions près (la Ludwigshafener Strasse – rue de Ludwigshafen – devint ainsi la rue de Verdun).

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