Quand un doreur n’est pas réveillé…

… cela donne ceci :

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05919_1BREHM Alfred-Edmund, DE ROCHEBRUNE A.T.

Merveilles de la Nature : Les Vers, les Mollusques

Paris, Baillière, 1884. Un volume 29 x 20 cms. VI-780 pages. 1296 figures in texte. 20 planches hors texte. Demi reliure, dos à 5 nerfs, titre (« verres ») et tomaison en doré (volume marqué « 9 »). Quelques petits frottements, sinon très bon état. 50 €

Botaniste, graveur, imprimeur et éditeur : cela existe !

« Tout le monde s’occupe des moyens d’étendre l’empire de la Botanique ; moi, c’est ce dont je m’occupe le moins. Je n’envisage cette science que du côté de son utilité. […] Je pense qu’il vaut mieux s’employer à perfectionner et à simplifier [les méthodes] qui sont reçues ; et il en est plusieurs qui sont susceptibles de la dernière perfection, et qui deviendront infaillibles, sitôt que l’on aura pris le parti de joindre à chaque description une image exacte de chaque plante. » [souligné par nous]

Ainsi Pierre Bulliard (1742-1793) définit-il ses intentions dans le Discours Préliminaire qui ouvre son Dictionnaire élémentaire de Botanique.

Et joint le geste à la parole :

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Il lui a été reproché de n’avoir apporté que très peu à la science botanique, sauf dans son Traité sur les champignons où il décrit des espèces nouvelles ou très peu connues.

Ce n’est pas ce qu’il cherchait : « J’aurais pu donner, à l’exemple de tant d’autres, un système nouveau ou quelque méthode rajeunie qui, promettant les plus grands avantages, aurait été avidement saisie de toute le monde. Mais, de bonne foi, à quoi cela eût-il servi ? » (Discours préliminaire).

Il préfère compiler, synthétiser, et illustrer.

Qui était Pierre Bulliard ?

« Jean-Baptiste-François Bulliard dit Pierre, naît le 24 novembre 1752 dans le Barrois, à Aubepierre, petite ville située dans l’actuel département de la Haute-Marne.
Dernier né d’une famille de treize enfants, très tôt orphelin, il peut néanmoins faire des études au collège de Langres puis trouve un emploi à l’abbaye de Clairvaux, ce qui lui permet d’ aborder les sciences naturelles.

Il a la passion de la chasse, réalise une importante collection d’oiseaux empaillés par ses soins. À 15 ans, il a constitué un très bel herbier. Vers 1775, venu à Paris, il étudie la médecine et la botanique.
Puis il apprend la technique de la gravure auprès de Martinet. François-Nicolas Martinet, né en 1731, est l’auteur de la plus grande partie des 673 très remarquables planches, rehaussées de couleurs à la main, de format 32,5 x 24, de la grande édition par l’Imprimerie royale de l’Histoire Naturelle des Oiseaux de Buffon, Gueneau de Montbéliard et l’abbé Bexon. Quelques unes de ses planches ornent actuellement les murs du cabinet de travail de Buffon à Montbard. […]

Bulliard meurt à Paris, dans l’île Saint-Louis, 1 quai de l’Égalité – aujourd’hui quai d’Orléans -, en face du Pont Rouge – remplacé aujourd’hui par la passerelle Saint-Louis – , le 8 vendémiaire an II, soit le dimanche 29 septembre 1793, dans la maison où il vivait au deuxième étage et où il avait installé son cabinet de curiosités et son laboratoire au troisième. […]

Bulliard appartient à l’histoire de la botanique. Au début du XIXème siècle, le grand botaniste Augustin Pyrame de Candolle a donné à un genre de la famille des Crassulacées le nom de Bulliarda, aujourd’hui Crassula, et l’on retrouve chez les champignons le nom de Bulliard dans plusieurs genres et espèces. »

[Ces éléments biographiques sont tirés de l’important article consacré à Bulliard par Claude Hartmann, professeur honoraire à l’Université d’Orléans. Nous les reproduisons avec son aimable autorisation, et le citerons à nouveau. L’intégralité de cet article, qui traite également de l’influence de Linné et de Rousseau sur Bulliard, de ses choix éditoriaux et de ses apports « pharmaceutiques » peut être consulté ici.]

Qu’a-t-il écrit ?

Après un tour de chauffe avec une Introduction à la flore des environs de Paris, parue en 1776, Pierre Bulliard aborde sa grande œuvre : L’Herbier de France, ou Collection complète des plantes de ce Royaume. « L’ouvrage est publié sous forme de fascicules de format petit in-folio à partir de 1780. Des cahiers trimestriels de 10 planches imprimées en couleurs étaient prévus ; ce sera des cahiers mensuels de 4 planches.
L’Herbier débute par les Plantes vénéneuses ou suspectes (planches 1 à 200), de la Lauréole femelle (Daphne mesereum) à la Mandragore femelle en passant par l’Agaric bulbeux (notre Ammanite phalloïde).
Puis viennent les Plantes médicinales (planches 201 à 400) et enfin les Champignons (planches 401 à 602).

Bulliard n’aura pas la possibilité de poursuivre son panorama comme il le souhaitait par Les Plantes alimentaires de la France, la Collection des Plantes grasses et celle des Frumentacées et des plantes qui peuvent faire le meilleur fourrage. Le temps, ainsi que les moyens matériels lui feront défaut. » (Claude Hartmann. art. cit.)

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Le Dictionnaire élémentaire de Botanique ou Exposition par ordre alphabétique, des préceptes de la botanique, et de tous les termes, tant françois que latins, consacrés à l’étude de cette science paraît en 1783. Il adopte certes l’ordre alphabétique, mais se veut plus qu’un simple dictionnaire : « J’ai fait en sorte que cet ouvrage pût procurer en même temps les avantages d’un discours suivi. [par exemple aux articles Végétal, Principes ou Méthode.] »

Ses apports à la technique de l’impression

Pierre Bulliard se veut pédagogue, mais aussi vulgarisateur au sens noble du terme. Pour cela, il est nécessaire que ses ouvrages puissent être proposés (relativement) bon marché. D’autant plus qu’il les finançait lui-même, et avait donc intérêt à ce qu’ils se débitent vite.

Fort des compétences acquises auprès de Martinet, il met au point son propre procédé, permettant d’éviter les retouches manuelles au pinceau.

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Nous aurions aimé pouvoir développer les détails de cette technique. Le seul article, à notre connaissance, consacré au procédé de Bulliard, a été rédigé par E. J. Gilbert, et publié dans le Bulletin de la Société Mycologique de France n° 68. Malheureusement, ce numéro semble totalement inaccessible, même sous forme papier.
Bientôt tout ce qui n’aura pas été numérisé n’existera plus, mais ceci est un tout autre sujet…

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Bulliard_platBULLIARD Pierre
Dictionnaire élémentaire de Botanique, ou Exposition par ordre alphabétique, des Préceptes de la Botanique & de tous les Termes, tant françois que latins, consacrés à l’étude de cette Science.
Paris, chez l’auteur et chez Didot, Barrois, Belin, 1783, Édition Originale.
Un volume 34 x 23 cms. VIII-242 pages à grandes marges. Dix planches hors texte dont neuf en couleurs : trois insérées dans le texte, sept en fin de volume, accompagnées chacune d’une page d’explication non numérotée. Cartonnage d’attente d’époque bien frotte. Intérieur très frais. 300 €


De la même époque, sur le même sujet :

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Recherches sur l’usage des feuilles dans les plantes, et sur quelques autres sujets relatifs à l’Histoire de la Végétation.
Neufchatel, Samuel Fauche, 1779, tome IV des Œuvres Complètes (ouvrage complet en soi). Un volume 22 x 14 cms. [VI]-464 pages non rognées. 31 gravures dépliantes en fin de volume. Cartonnage éditeur, dos lisse. Tampon ancien sur la page de titre, ex-libris au verso du premier plat. Cartonnage un peu frotté, excellent état du texte et des gravures. 200 €

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Le mal français

L’excellent blog de la Bibliothèque universitaire de Glasgow nous apprend que celle-ci détient une collection de 250 ouvrages rares sur la syphilis, dont les plus anciens datent du XVe siècle.

Et que s’y tiendra le 27 janvier un Symposium autour de ce qui fut jadis appelé la maladie française.

Un libraire du pays en question, même sans aucune connaissance théorique ni pratique de la chose, se devait de contribuer à la bibliographie concernant ce sujet.

Mal français ? Vraiment ?

Demandons à Littré et Robin, auteurs du Dictionnaire de Médecine, de Chirurgie, de l’Art vétérinaire et des sciences qui s’y rapportent, publié en 1878, ce qu’ils en pensent :

« SYPHILIS. s.f. [lues venerea, pudendagra, morbus gallicus, all. Syphilis, Lustseuche, angl. syphilis, venereal disease, it. sifilide, esp. sifilismal français, napolitain, espagnol ; mal des Allemands, des Polonais, des Chrétiens, des Turcs, etc. ; en France : mal du saint homme Job, de Saint-Mévius, de Saint-Sement, gorre, grand’gorre, grosse vérole ; en Espagne,  mal curial, mal de piedra, mal de buas ; en Angleterre, pox]. On ne connaît pas l’étymologie exacte de ce mot. »

Notons que la maladie n’est pas seulement « française », mais que chacun a plutôt tendance à l’imputer à son voisin… La controverse est d’ailleurs identique à propos de l’endroit de sa première apparition. Nous vous en épargnerons les détails.

Qu’est-ce que c’est ?

Certains éludent la question, comme le Dictionnaire des sciences médicales, par une société de médecins et de chirurgiens. (Panckoucke, 1821) :

« Maladie contagieuse qui se présente de tant de manières, qui présente des formes si variées et si multipliées, qu’elle n’est pas susceptible de définition philosophique. […] Quelques praticiens étendent le terme syphilis à des lésions tout à fait étrangères à la maladie vénérienne : ceux-la ne peuvent voir une affection morbifique résister aux moyens ordinaires sans l’accuser d’être syphilitique. C’est ainsi que quelques-uns accusent le scrofule, le cancer, la phtisie, l’asthme, le rhumatisme, etc., rebelles, d’être syphilitiques. »

On n’avait pas encore inventé le Psy… Mais reprenons plutôt Littré et Robin :

« La syphilis est une maladie spécifique transmise par contact et par hérédité, caractérisée, à ses différentes périodes, par certains accidents dont l’évolution est subordonnée à l’action du virus syphilitique et dont la marche est ordinairement déterminée. Quelle que soit sa source, elle débute toujours par un chancre infectant. […] La contagion peut être immédiate, c’est-à-dire avoir lieu à la suite d’un contact direct entre le syphilitique et l’individu sain ; elle peut aussi être  médiate, c’est-à-dire se faire au moyen d’un intermédiaire. »


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La syphilis est-elle une des causes du cancer ?

Peut-être, pense le Comte Mattei, qui se distingue par une description apocalyptique des symptômes, et dont les idées sont exposées dans les Spécifiques électro-homéopatiques du comte Mattéi, avec les indication nécessaires pour la guérison de toutes les maladies et spécialement des maladies incurables [la dernière partie de ce titre a disparu lors des rééditions ultérieures]. :

« Deux maladies se succédant dans le même sujet, à plusieurs années de distance peuvent n’être que deux formes d’un même mal constitutionnel et être par conséquent entre elles dans un rapport de parenté ou de filiation. […] Ainsi le cancer, qui a tant de rapports avec le chancre [pourrait] être un produit plus ou moins direct de la syphilis. »

Comment la syphilis se transmet-elle ?

De Caubotte, ancien chirurgien de deux maisons de santé établies par le gouvernement décrit, dans ses Observations sur la contagion des maux vénériens  (1781),  différents cas étranges de transmission de la maladie, dont l’autosuggestion. Il rapporte également une histoire cocasse :

«  Cinquième observation : Un pauvre domestique sans condition a contracté une gale vérolique qui n’a cédé qu’aux grands remèdes, en mettant une vieille culotte que je lui avais donnée par charité, qui avait servi à un malade attaqué de la maladie vénérienne que j’avais traité chez moi, et qu’il avait laissée. Cette observation me paraît démontrer que le virus vénérien, quoique sec, conserve sa qualité comme celui de la petite vérole. »

Comment soigner ?

Le Dictionnaire des sciences médicales relate les premiers balbutiements de la médecine :

« À l’époque où la maladie vénérienne fixa l’attention des médecins, l’astrologie judiciaire et médicale était en grande vogue. […] Conradinus Gilinus (1597) attribue la maladie à la jonction de Mars avec Saturne ; Gaspard Torella (1599) à la rencontre de Saturne avec le signe du Bélier ; Wendelinus Hock (1502) à la réunion de Jupiter, de Mars, de Mercure et du soleil dans le signe de la Balance qui est la maison des maladies. »
Les remèdes de l’époque étaient tout aussi savoureux : « Wendelinus Hock, en 1502, conseille : 1° d’avoir recours à Dieu et à sainte vierge Marie ; 2° d’éviter les occasions de pécher. Alémar, en 1512, conseille d’éviter la luxure, parce que, d’après ce que disent les médecins spirituels, certaines maladies sont la suite de certains péchés. La fièvre quotidienne attaque les orgueilleux, la goutte les paresseux, la lèpre et la maladie vénérienne les luxurieux. […] Jérôme Montuus dit qu’il faut tuer un jeune pigeon, le fendre en deux et placer la verge dedans immédiatement après le coït, et lorsque l’animal est encore chaud. »

Mercure ? ou pas mercure ?

Le mercure est la substance qui s’est peu à peu imposée, non sans difficultés, ainsi que le relate le Dr Manquat :

«  On trouve trois périodes dans l’histoire thérapeutique du mercure :
1° Antiquité et Moyen-Âge : Le mercure est condamné comme un poison. Les Arabes qui l’emploient n’osent le donner qu’à l’extérieur.
2° Du XVe au XIXe siècle. Le mercure est prescrit dans la syphilis, dès 1495, par Marcus Cumanus, médecin de l’armée vénitienne. […] On tenait les malades pendant vingt à trente jours, quelquefois davantage, dans une étuve où l’on entretenait continuellement une très grande chaleur, après les avoir frottés d’onguent ou de différentes drogues sur les jointures des bras et des jambes, quelquefois sur tout le corps. Aussi les antimercurialistes ne manquèrent-ils pas. […]
3° Pratique contemporaine. Le traitement de la syphilis divise les médecins en trois camps :
– les antimercurialistes purs. […] Leur nombre est réduit à quelques personnalités. [dont Broussais]
– une autre opinion veut qu’on administre le mercure dans des cas et à des périodes de la syphilis déterminés.
– la troisième méthode est celle du mercure donné systématiquement, qui n’empêche pas les poussées de se produire, mais les atténue progressivement comme fréquence et comme gravité. » (Traité élémentaire de thérapeutique, de matière médicale et de pharmacologie.)

La controverse est parfois vive, certains défenseurs du mercure se montrant particulièrement vindicatifs. Ainsi P.J. Lioult, avec son pamphlet Des maladies vénériennes, ou réflexions sur les nombreux abus qui se sont introduits dans leur traitement.
Il s’agit d’un ouvrage polémique dirigé contre les « Charlatans (cette engeance) », principalement « les GÉNÉRALISATEURS et les UNIFORMISTES » [en majuscules dans le texte]. Ceux-ci préconisent un traitement à base de végétaux, sans le mercure dont Lioult est un défenseur acharné ; et appliquent leur traitement à tous les malades, sans distinction, quelle que soit la particularité de leur cas. Ils en deviennent « des meurtriers et des assassins. »

Mais peut-être a-t-il une idée derrière la tête :

« Une très longue expérience dans le traitement des maladies vénériennes m’a mis à portée de contempler et d’apprécier ses effets, et de former un rob anti-syphilitique dont la composition m’est personnelle. » Il le décline en quatre versions, selon les types de malades et l’ancienneté de leur maladie. Il en développe longuement la méthode d’administration, le régime qui y est associé, puis présente douze cas cliniques.

Jean ASTRUC est plus mesuré. Son Traité des Maladies vénériennes (1743) expose les tâtonnements initiaux à propos de l’origine de la maladie, de son mode de transmission, et des méthodes de traitement. Il se déclare en faveur du traitement par le mercure, et compare scientifiquement les effets de son usage extérieur ou intérieur, ainsi que ceux de la fumigation et de la friction.

On trouve aussi du mercure dans certaines recettes « grand public », d’où la morale n’est pas absente :

« Une pommade, dite pommade prophylactique, a été étudiée à l’Institut Pasteur de Paris. […] En voici la formule :
– Cyanure de mercure : 0 gr. 10
– Thymol : 1 gr. 75
– Calomel : 25 gr.
– Lanoline : 50 gr.
– Vaseline Q.S.P. 100 gr.
Employée dans l’armée et spécialement par les troupes noires, elle a donné des résultats parfaits.
Tout en recommandant l’usage de cette pommade, nous donnerons un conseil plus radical : c’est celui de la continence. »  (Ma Doctoresse)

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Parfois, il n’y a que des herbes :

« Herbe de véronique : 10 gr.
– Racine d’acore : 10 gr.
– Racine de salsepareille : 10 gr.
– Bois de genièvre : 10 gr.
– Bois de fenouil : 10 gr.
– Fleurs de souci : 10 gr.
– Herbe à pauvre homme : 10 gr.
Faire bouillir 15 min., laisser infuser 10 min. Boire 2 tasses dans la journée par gorgée. » (La Santé des Familles)

Quid de la prévention ?

Certains se montrent pessimistes, comme Platen dans Le Livre d’or de la santé, volume spécial :

«  Il n’existe pas de prophylaxie contre le virus syphilitique. Chacun peut contracter la contagion. […] Elle résulte le plus souvent du coït, mais on connait des cas nombreux de transmission par l’usage de verres à boire, de pipes, de latrines, etc. »
« Dans le traitement de la syphilis, on emploie comme principal agent curatif la chaleur humide sous forme de vapeur. Les malades les plus vigoureux prendront chaque semaine de 4 à 6 bains de vapeur en caisse ou sur chaise cannée ; les plus faibles en prendront 3 ou 4 ; ces bains dureront de 30 à 40 minutes. Aussitôt sorti de la vapeur, le malade sera placé dans un maillot complet de 25 à 28°, où il restera de trois quarts d’heure à une heure et quart. Après quoi il prendra un bain de torse de 28 à 30°. »

À propos, qu’est-ce donc que ce Volume spécial ? « Tandis que les deux premiers volumes […] ont un caractère essentiellement familial, le troisième volume s’adresse particulièrement aux hommes faits ou aux femmes dont le jugement est ouvert aux vérités scientifiques. D’ailleurs il possède une fermeture donnant toute sécurité au père de famille contre les indiscrétions de ses enfants ou de son entourage. »

Peut-on quand même se marier ?

Armand Rizat, dans son Manuel pratique des maladies vénériennes est catégorique :

« 1° Un homme a eu la syphilis dans sa jeunesse, et vient consulter pour savoir s’il peut se marier. […] Il faut lui faire passer un conseil de révision aussi méticuleux que possible. […] Si l’on ne trouve rien, répondez-lui qu’il peut se marier.  […] Il faut l’examiner à nouveau le matin même du mariage, car une plaque peut très bien s’être développée, sans que le sujet, tout entier à sa cour, s’en soit aperçu. […] Si par hasard il y avait un accident contagieux, il faut faire remettre le mariage à un autre jour, en invoquant comme cause l’absence d’une pièce dans les papiers civils ou tout autre moyen.
2° Un homme a la syphilis, il est guéri du chancre et il demande quant il pourra se marier. Il ne faut pas autoriser la mariage avant deux ou trois ans.
3° Un mariage est en train de se conclure. […] Mais par une triste fatalité, le mari revoit une ancienne maîtresse ou toute autre femme, et il contracte la syphilis. Le mariage peut-il avoir lieu ? Non, absolument non. Il faut que le mariage soit rompu, quelque désagréable que soit cette désillusion dans les projets du jeune homme. »
4° Le mari, quelques temps avant son mariage, s’aperçoit qu’il a la syphilis quelque jours après son union. […] Il faut empêcher les rapports sexuels – c’est la partie du traitement la plus délicate à faire observer – et let traiter sans que sa femme s’en doute. »

Et les Chinois dans tout cela ?

Parfaite incarnation de l’esprit des Lumières, Jean Astruc chargea un Jésuite résidant en Chine d’y mener l’enquête sur cette maladie, et surtout sur les remèdes qui y sont appliqués. Il rédigea pour cela un questionnaire extrêmement détaillé, et nous rapporte les réponses reçues, qu’il commente ensuite avec un remarquable esprit d’ouverture.

« Ils usent d’un Vin médicamenteux, efficace pour guérir la vérole récidivée & invétérée, dont voici la formule :
Prenez du meilleur vin, cinq livres.
Versez-le dans un plat, où vous mettrez un gros crapaud ; & l’ayant couvert d’un autre plat, lutez-en les jointures d’argile détrempée avec du sel marin, afin que rien ne puisse s’en exhaler.
Faites-bouillir le tout au bain-marie pendant deux heures & demie ou trois heures.
Laissez refroidir la décoction toute la nuit.
Le lendemain matin on donnera au malade couché dans son lit autant de ce vin médiocrement chaud qu’il en pourra boire s’en s’enivrer, afin qu’il sue, soit en hiver, soit en été.
Le surlendemain matin, le malade en boira une moindre dose, c’est-à-dire la moitié moins, & suera pareillement, à moins que la sueur de la veille n’ait été fort abondante. Et ainsi de suite, en diminuant toujours de moitié, jusqu’à ce que le virus soit épuisé, ayant bien soin d’avertir le malade de ne pas s’exposer à l’air pendant huit jours ; d’user de viandes légères pendant une quinzaine de jours ; et de s’abstenir du commerce des femmes pendant cent jours. »

La comparaison entre la médecine européenne et la médecine chinoise, qui se sont pourtant développées indépendamment l’une de l’autre, amène à des conclusions surprenantes :

« Il s’ensuit de ce que nous avons dit, que les Chinois se proposent comme nous, dans le traitement de la vérole, deux indications qui sont absolument les mêmes : l’une, de chasser par les sueurs le virus vérolique répandu dans le sang ; l’autre, de le faire sortir par la salivation. Ils tâchent de satisfaire à la première par le moyen de Diaphorétiques ; & à la seconde, par des Préparations ou Fumigations Mercurielles. »

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Ouvrages cités

05573_2ASTRUC Jean
Traité des Maladies vénériennes, où, après avoir expliqué l’Origine, la Propagation & la Communication de ces Maladies en général, on décrit la Nature, les Causes & la Curation de chacune en particulier. Seconde édition revue, corrigée et augmentée. Tomes II, III et IV
Paris, Guillaume Cavelier, 1743. Trois volumes 16,5 x 10 cms. IV-508 + IV-532 + VI-512 pages. Pleine reliure du temps. Dos à 5 nerfs, caissons ornés, pièces de titre et de tomaison. Tranches rouges. Petit manque à la dernière page de garde du tome II, trace d’ancien ex-libris au dos de la couverture des tomes III et IV, sinon bon état.
110€

05742_2BÉRARD S. [Comte MATTEI]
Spécifiques Électro-Homéopathiques du Comte Mattei, Avec les indications nécessaires pour la guérison de toutes les maladies et spécialement des maladies incurables. Science Nouvelle.
Genève, Charles Menz, 1878. Un volume 18 x 12 cms. 430 pages. Une gravure anatomique dépliante en fin de volume. Solide cartonnage, dos lisse, titre dore. Extrémité des bords de la planche anatomique très légèrement pliée. Tampons sur les trois premières feuilles, sinon très bon état. [nota : la dernière partie du titre a disparu lors des rééditions ultérieures]
75 €

05471_1DE CAUBOTTE
Observations sur la contagion des maux vénériens, par M. de Caubotte, ancien chirurgien…
in Journal de Médecine, Chirurgie, Pharmacie, &c, dédié à Monsieur, Frère du Roi. Tome LV. Janvier-Juin 1781.
Paris, Veuve Thiboust, 1781. Un volume 17 x 10 cms. 576 pages. Pleine reliure du temps. Dos lisse à faux nerfs et pièce de titre. Tranches rouges. Reliure très frottée avec manques. Intérieur en excellent état, aucune rousseur.
50 €

05103a[Collectif]
Dictionnaire des sciences médicales (Tome 54 : Symph-Tes)
Par une société de médecins et de chirurgiens. Paris, Panckoucke, 1821. Tome 54 SEUL.
Un volume 21 x 13 cms. 572 pages. Deux gravures en fin de volume et un tableau dépliant des proportions pour les teintures simples pharmaceutiques. Pleine reliure d’époque. Dos lisse à motif. Pièces de titres manquantes. Frottements aux coiffes, coins et bords. Texte très frais, rares rousseurs.
25 €

05528_1Doctoresse HOUDRÉ
Ma doctoresse, guide pratique d’hygiène et de médecine de la femme moderne. 2/2
Montpellier, Éditorial Argentor, 1939. Deux volumes 24,5 x 17 cms. [IV]-495 + 482 pages. Illustrations noir et couleur. Deux planches anatomiques dépliantes. Percaline éditeur. Bon état.
25 €

05551LIOULT P.-J.
Des maladies vénériennes, ou réflexions sur les nombreux abus qui se sont introduits dans leur traitement. Seconde édition augmentée de douze observations sur douze traitements de malades dont l’état était désespéré.
Paris, chez l’Auteur & chez Surosne, an X (1802). Un volume 19 x 12 cms broché sous couverture muette d’attente légèrement fendue au bas. XVI-159 pages. Trace de mouillure claire en marge inférieure à partir de la page 63, quelques rousseurs éparses, le tout sans impact sur la lecture.
100 €

LITTRÉ E. et ROBIN Ch.
Dictionnaire de Médecine, de Chirurgie, de l’Art vétérinaire et des sciences qui s’y rapportent.
Paris, Bailliere et fils, 1878. Un volume 24 x 16 cms. 1880 pages. Pleine reliure carton noire. Titre et référence de bibliothèque dorés. Reliure impeccable, intérieur comme neuf, malgré quelques rares rousseurs. Tampons de bibliothèque de garnison.
90 €

05711_2MANQUAT A.
Traité élémentaire de thérapeutique, de matière médicale et de pharmacologie. 2/2
Paris, Bailliere, quatrième édition, 1900. Deux volumes 20 x 13 cms. VIII-1060 + 1044-[VIII] pages. Demi reliure, dos lisse, pièces de titre. Bon état.
60 €

05505_1PLATEN
Livre d’or de la santé.  Méthode nouvelle, complète et pratique de la Médecine naturelle et de l’Hygiène privée permettant de traiter soi-même toutes les maladies et assurant la conservation de la Santé. Structure du Corps humain illustrée par des planches anatomiques superposées et coloriées d’après nature: 55 figures dans le texte – 19 planches coloriées et 2 tableaux d’anatomie hors texte et démontables. VOLUME SPÉCIAL, comportant l’étude de l’Aliénation mentale, des Inversions et maladies sexuelles, des Maladies des femmes. 3e édition.
Paris, Bong , sans date (circa 1902-1903). Un volume 22 x 16 cms. 842 pages. Un cahier de planches couleur en fin de volume (manque la planche IX). Deux modèles anatomiques démontables du corps de la femme (manque une jambe). Tableau dépliable des organes génitaux de l’homme. Percaline éditeur décorée (fendue). Fermoir en laiton (sans clé).
50 €

05805_1RIZAT Armand
Manuel pratique des maladies vénériennes, avec 24 planches chromo-lithographiques contenant 68 dessins d’après nature.
Paris, octave Douin, 1881.Un volume 19 x 12 cms. 24 planches couleur avec notices explicatives en fin de volume. Percaline éditeur, dos lisse, titres dorés. Couverture frottée et salie, texte frais, malgré des traces de mouillure au contreplat et au premier cahier.
50 €

05202aWAGNER, GROTTEN
La Santé des Familles, Traité Populaire complet de toutes les maladies par les plantes médicinales
Ouvrage de plus de 700 pages complété par 32 planches en couleurs hors texte avec 250 figures démontrant tous les organes sains du corps humain et leurs maladies, les analyses des urines, plus de 500 recettes végétales et les principaux symptômes de toutes les maladies.
Paris-Strasbourg-Berne, Éditions Sanitas, sans date (1930), vingtième édition. Un volume 25 x 17 cms. 712 pages. Pleine reliure percaline éditeur. Dos lisse, titre et décoration dorés. Plat illustré. Mors fragile, sinon bon état.
30 €

Qu’est-ce que la gnomonique ?

La gnomonique est l’« art de construire des gnomons »

Nous voilà bien avancés…

Le gnomon, (du grec gnomon, indicateur, de gignoskein, connaître),  est un instrument qui indique les heures par la direction de l’ombre portée par une tige sur un plan. (Dictionnaire de l’Académie Française).

Il y a eu dans l’histoire différents types de gnomons : Le gnomon d’Anaximandre, une pyramide dont l’ombre, par sa direction, indiquait le milieu du jour ; l’hémicycle, que l’on croit être un demi-cylindre creux, ayant des marques parallèles à la ligne des pôles et portant un stylet perpendiculaire à cette ligne ; Le scaphé, une demi-sphère creuse, portant un stylet dont la pointe marquait le centre ; le disque, dont on croit que le tableau suivant les lignes d’ombre était plan ; l’arachné, le plinthe, le pelecinon, le carquois, qui sont attestés par les textes anciens, mais dont nous ne connaissons pas les principes de construction.

Le principal type de gnomon, celui qui a survécu aux aléas de l’histoire et de la technique, est le cadran solaire. Le terme gnomonique est donc à présent utilisé dans un sens un peu réducteur :

« La Gnomonique, que plusieurs auteurs appellent aussi Horlogographie, est l’Art de faire des Cadrans Solaires & Lunaires sur toute sorte de surfaces, & principalement sur les surfaces planes. » (Dominique-François Rivard. La Gnomonique, ou l’art de faire des cadrans.)

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De nombreux ouvrages traitent de cette technique, qu’ils soient chinois, arabes, grecs ou latins. En voici deux : celui de Rivard, et celui de Bedos de Celles.

Dominique-François Rivard (1697-1778), mathématicien et philosophe, est l’auteur de manuels pédagogiques en mathématiques et en langues anciennes ; de Mémoires sur les moyens de perfectionner les études publiques et particulières ; d’un Traité de la Sphère ; et de La Gnomonique, ou l’art de faire des cadrans, qui connut trois éditions, en 1742, 1746 et 1767.

Dom Bedos de Celles (1709-1779), moine de l’ordre des Bénédictions de Saint-Maur, correspondant de différentes Académies, eut deux carrières : après s’être occupé de cadrans solaires, il devint un des facteurs d’orgues les plus célèbres de son temps.

Il publia en 1760 sa Gnomonique pratique, ou l’art de tracer les cadrans solaires avec la plus grande précision par les méthodes qui y sont les plus propres, & le plus soigneusement choisies en faveur principalement de ceux qui sont peu ou point versés dans les Mathématiques. L’ouvrage connut trois éditions de son vivant, et deux rééditions ensuite, la dernière datant de 1978. Ce qui est peu étonnant, Pierre Larousse, par exemple, l’ayant qualifié d’ « un des meilleurs traités de gnomonique qui existent. »

bedos de celles_5Les deux ouvrages sont différents. Voici ce que dit Bedos de Celles de celui de son prédécesseur : « Son ouvrage est excellent ; il démontre dans la Préface l’utilité et même l’absolue nécessité de la Gnomonique. Mais il suppose toujours qu’on est Géomètre, qu’on est au fait de la Trigonométrie, et qu’on connaît bien la Sphère. Il donne un nombre de méthodes pour chaque objet, et il ne manque pas d’en donner les démonstrations. Il ne traite pas de toutes sortes de cadrans, mais seulement de ceux qui sont les plus utiles et qui sont le plus susceptibles de justesse. Ceux qui seront curieux de la théorie et des démonstrations ne sauraient mieux choisir. »

Bedos de Celles se veut plus vulgarisateur : « Je n’ai rien négligé pour aplanir toutes les difficultés qui arrêtent ordinairement les Commençants, qui n’ont aucune teinture des Mathématiques. J’ai préféré au style sec et concis de cette Science, le style familier, et celui de la conversation. »

C’est parfaitement résumer la différences entre ces deux Traités.

Conception et construction de cadrans solaires sont des activités techniques – très techniques. Leur contemplation par contre,  peut être poétique autant qu’utilitaire.

Claude Naud (Quebec) cadran solaire horizontal

Claude Naud (Quebec) cadran solaire horizontal

Courte est la journée,
Courts sont tous les jours.
Courte encore est l’heure.
Mais l’instant s’allonge
Qui a profondeur.

Eugène Guillevic (1907-1977). Extrait du recueil Sphère (1963).

[D’autres poésies gnomoniques de Guillevic se trouvent ici]

Les cadrans solaires comportent en général une devise, le plus souvent en latin. Bedos de Celles en cite un grand nombre, parmi lesquelles :

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Solis & artis opus 
L’ouvrage du soleil et de l’art

Sol me, vos umbra
Le soleil me gouverne ; vous, c’est l’ombre

Comes luminis umbra
L’ombre, complice de la lumière

Flos brevis umbra fugax, bulla caduca sumus
Fleur éphémère, ombre fugace, bulle caduque : voilà ce que nous sommes

Vulnerant omnes, ultima necat
Toutes [les heures] blessent ; la dernière tue

Sua quemque latet
Nul ne connaît son heure

Afflictis lentae, celeres gaudentibus horae
Quand on s’afflige, les heures sont lentes ; quand on se réjouit, elles sont rapides

Il y a des cadrans solaires un peu partout, pour peu que l’on sache les voir. Et même sur la lune, où l’un deux a été déposé par la NASA.

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Il existe deux Commissions francophones de cadrans solaires : celle de Paris, émanation de la Société Astronomique de France (ici), dont les publications sont réservées aux membres ; et la Commission des Cadrans solaires du Québec (ici), qui semble plus ouverte et détendue. Elle a mis en ligne l’ensemble de ses Bulletins depuis 1995 (ici)


bedos de celles_2BEDOS DE CELLES Dom François
La Gnomonique pratique, ou l’art de tracer les cadrans solaires avec la plus grande précision par les méthodes qui y sont les plus propres, & le plus soigneusement choisies en faveur principalement de ceux qui sont peu ou point versés dans les Mathématiques.
Paris, Delalain, 1774, seconde édition. Un volume 20 x 13 cms. XL-510 pages. Une gravure en frontispice. 11 tables. 38 planches dépliantes. La carte de France annoncée n’est pas présente. Pleine reliure du temps. Dos à cinq nerfs et caissons à motifs et pièce de titre. Tranches rouge passé. Reliure frottée avec manques, principalement en queue, aux coins et aux bords. Mors un peu fragile. Intérieur très frais, rarissimes petites rousseurs. Noms de deux anciens propriétaires à l’encre en page de garde.
400 €


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RIVARD Dominique-François
La Gnomonique, ou l’art de faire des cadrans.
Paris, Charles Saillant, 1767, troisième édition revue par l’auteur. Un volume 20 x 13 cms. XV-324-51-16 pages. 12 planches dépliantes. Pleine reliure du temps. Dos à 5 nerfs à caissons fleuris et pièce de titre. Tranches rouges. Reliure très frottée avec petits manques. Coins et bords émoussés. Mors fragile. Une inscription ancienne à l’encre et une inscription récente au stylo-bille sur la page de titre. Annotations chiffrées anciennes sur certaines planches. Le coin supérieur de la planche 7 est déchiré, sans atteinte aux croquis. Le texte est très frais.
225 €

Inventions 1900

On en trouve de savoureuses, dans La Revue Universelle des Inventions Nouvelles, année 1900.

Savoureuses, certes, mais rétrospectivement.

Car qui, à l’époque, aurait pu deviner l’avenir du Tramway-Omnibus, des conserves alimentaires, de la photocopie, de l’aspirateur, ou de la télégraphie sans fil, tous longuement décrits, en même temps que les nombreux procédés nouveaux présentés à l’Exposition Universelle de Paris ?

Qui aurait pu prévoir qu’un siècle plus tard, nous nous gausserions – gentiment – de procédés ou objets comme ceux-ci :

 

bicyclette musique smallLa Bicyclette à musique : « Le système a pour but, d’après l’inventeur, de fournir au vélocipédiste ainsi qu’à ses compagnons de voyage l’agrément de la musique, de rompre la monotonie de la route et d’exciter l’ardeur des pédaleurs. L’inventeur a également prévu le cas où soit le vélocipédiste, soit ses compagnons, désireraient un peu de repos dans l’harmonie : à cet effet, le mécanisme est pourvu d’un levier de débrayage. Bien entendu, le cylindre peut être changé, et renouvelé, de façon à varier le plaisir musical. »

 

canape lit baignoire small
Le canapé-lit-baignoire : « Dans les villes, les logements deviennent de plus en plus petits. C’est ainsi que la salle de bains est l’apanage des gens fortunés et que les plus modestes se contentent d’une baignoire reléguée dans quelque coin inutilisé de l’appartement ; mais malheureusement ce coin devient de plus en plus difficile à trouver. On pourra mettre ce canapé-lit-baignoire dans le cabinet de toilette ou dans un endroit à l’abri des indiscrets où l’on pourra à son choix prendre un bain réconfortant ou un peu de repos. »

 

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Le fumeur automatique
: « La nécessité de la publicité ouvre à l’esprit des inventeurs un domaine illimité. Ce dispositif est certain d’attirer l’œil du passant. Le panneau a une hauteur de 9 mètres sur 3 mètres de largeur, la tête du fumeur qui occupe la partie centrale a 3,30 m de hauteur. Le cigare fin londrès est en cuivre, atteint 1,80 m de longueur, à sa plus forte épaisseur il a 0,30 m. »

 

 

 

 

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Le Mutoscope : « Cet appareil peut être classé dans la catégorie de distributeurs automatiques. Seulement, au lieu de délivrer au client une tablette de chocolat, un flacon de parfumerie ou un cahier de papier à cigarettes, il lui offre la vue d’une scène mouvementée représentant des sujets plus ou moins amusants, scène saisie et reproduite par voie photographique. Les images que l’appareil fait défiler devant les yeux du spectateur sont chronophotographiques puisqu’elles décomposent le mouvement. »

 

 

 

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Le casque téléphonique pour scaphandrier : « Ce dispositif met le plongeur en communication permanente, de vive voix, avec les personnes qui dirigent les opérations du bord du navire ou du chaland auquel appartient le scaphandrier. Par suite de la sécurité morale et matérielle qui résulte de l’emploi de ce dispositif, il procure, paraît-il, une économie de temps appréciable dans les travaux sous l’eau. »

 

ciseaux small


Les ciseaux à usages multiples
: «  Ce petit appareil fera le plaisir et le bonheur de toutes les ménagères. Il peut d’abord servir de ciseaux ordinaires ou peut couper des boutonnières, tenir un tuyau métallique comme avec une pince ; coupe cigare, coupe fil de fer, règle décimètre, lime à ongles, tournevis, extracteur de cartouches, marteau, canif, diamant pour casser le verre, grattoir, etc. »

 

 

 

chapeau

Le chapeau qui salue automatiquement : « Il est tout indiqué pour les personnages officiels ainsi que pour les boulevardiers qui ne peuvent faire dix pas sur le boulevard Montmartre sans rencontrer quelqu’un de connaissance. Pour saluer, au lieu de porter la main au rebord du chapeau, il suffit d’incliner légèrement la tête. Les cyclistes apprécieront particulièrement cette invention : elle leur permettra de saluer sans lâcher le guidon au risque de faire une culbute, toujours comique, mais toujours aussi désagréable pour eux. »

 

 


vie scientifique titre

La Vie scientifique, revue universelle des inventions nouvelles et sciences pratiques du Cyclisme et de l’Automobile. Année 1900.
Paris, Juven, 1900. En deux volumes 27 x 19 cms, 520 + 520 pages, illustrations in texte. Nombreuses pages de publicité d’époque non numérotées en fin de chaque volume. Demi reliure, dos lissesàa filets dorés. Reliure légèrement frottée, excellent état du texte.
70 €

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Animaux excentriques

Henri Coupin [1868-1937], docteur ès Sciences Naturelles, fut maître de conférences à la Sorbonne, mais « sa surdité presque complète entrava sa carrière professorale », pour reprendre les termes employés par la revue La Nature dans sa nécrologie.

Spécialiste des champignons, qu’il dessine remarquablement (il illustra lui-même les cinq volumes qu’il consacra au sujet), il est également vulgarisateur, et renouvelle l’approche de la zoologie avec des titres comme Les Petites idées des grosses bêtes, ou Les Petits métiers chez les animaux.

Dans Les Animaux excentriques, il se plaît – et on sent qu’il y prend plaisir – à faire connaître les espèces animales « hors du commun », en « évitant de décrire les espèces les unes après les autres, ce qui aurait été monotone »

Il les groupe ainsi par types, tels que :

  • Les animaux pique-assiette05513_5
  • Les bêtes à l’attitude bizarre
  • Les musiciens ambulants
  • Les électriciens
  • Les comédiens de la nature
  • Les animaux qui se maquillent
  • Les chevaliers du moyen-âge
  • Les auto-chirurgiens
  • Les roulottiers
  • Les animaux qui pleurent
  • Les bêtes qui ont conscience de la mort.
  • etc.

« Toutes ces bêtes nous étonnent, mais elles nous font connaître les grandes lois de la nature ou d’importants phénomènes biologiques, tels que le mimétisme, le commensalisme, l’adaptation au milieu, le parasitisme, etc., et enfin l’esprit inventif de la nature, qui se plaît souvent – très souvent – à faire des excentricités, à créer des sortes de monstres (voyez les ptérodactyles, les poissons volants, les tatous, les pangolins), que par les mœurs (voyez par exemple la larve de Cétoine qui, bien que possédant des pattes, a pris l’habitude de marcher sur le dos). »

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Le ton est enlevé, l’auteur veut se faire comprendre de tous, et plus de 200 illustrations nous permettent de visualiser des animaux que nous ne verrons probablement jamais… Elles ne sont pas signées, on peut, sans certitude, les attribuer également à Henri Coupin. Il manque par contre un index alphabétique, qui figurera dans les éditions ultérieures, mais naviguer à l’aveugle peut se révéler riche en surprises…

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05513COUPIN Henri

Les Animaux excentriques

Paris, Librairie Nony, 1903. Édition Originale.

Un volume 27 x 18 cms. 418 pages. 238 figures. Demi reliure, dos à 5 nerfs, caissons ornés. Plat aux armes du Lycée Carnot. Traces d’étiquette de prix en page de garde, petite déchirure avant la page de faux-titre, sinon très bon état.

30 € + port

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Sur le même sujet :

05028_1MEUNIER Victor

Les Animaux à métamorphoses

Tours, Mame, 1867.

Un volume 21 x 13 cms. 343 pages. Illustrations dans le texte, une gravure en frontispice. Percaline éditeur rouge. Dos à 4 nerfs, titre et tomaison doré. Tranches dorées. Premier plat décoré à froid. Coiffes abimés, plats salis, coins émoussés. Rousseurs éparses.

25 € + port

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05198_105198_3POUCHET Félix.-Archimède.

Mœurs et instincts des animaux.

Paris, Hachette, 1887, Bibliothèque des Écoles et des Familles, nouvelle édition.

Un volume 27,5 x 18 cms. 318 pages. Illustrations in et hors texte. Pleine reliure toile éditeur polychrome. Dos lisse décoré portant le titre « Histoire pittoresque des animaux ». Tranches dorées, un peu tachées de rouge. Intérieur très frais.

30 € + port

Note : Félix-Archimède Pouchet [1800-1872], médecin, directeur du Muséum d’histoire naturelle de Rouen, fut le professeur de Flaubert en 1838-1839. Une polémique célèbre l’opposa à Pasteur, au sujet de la génération spontanée, dont il pensait avoir prouvé la réalité.

Faites votre cidre vous-même !

Les Éditions Baillière, spécialisées initialement par leur fondateur dans les ouvrages de médecine, se diversifient à la fin du dix-neuvième siècle, et lancent une Encyclopédie Agricole qui publia une soixantaine de volumes.

Couvrant tous les aspects de l’agriculture : culture et amélioration des sols, élevage des animaux, génie rural, etc., elle comporte également une série intitulée Technologie agricole, dans laquelle paraît le volume Pomologie et Cidrerie.

À l’époque, la consommation du cidre n’était pas encore celle que nous connaissons aujourd’hui : les premiers chapitres étudient la production du cidre, qui selon les années varie du simple au quintuple, et la mettent en rapport avec celle du vin. En 1907, certes mauvaise année pour les pommes, elle est presque 30 fois inférieure. Mais le vin a bénéficié de la suppression des droits d’octroi – la taxe de l’époque – auquel le cidre n’avait jamais été soumis. Utilisant des techniques de production anciennes et dépassées, le cidre se conserve et se transporte également très mal.

C’est un des objets de ce livre : définir précisément toutes les conditions requises pour que le cidre puisse « devenir un produit commercial ».

Rédigée par le directeur de la Station Pomologique de Caen – l’éditeur choisissait toujours ses auteurs parmi les meilleurs spécialistes du sujet traité –, cette encyclopédie couvre ainsi tous les aspects de la question.

05668dD’abord le fruit et l’arbre : origine de la pomme ; culture et multiplication du pommier ; pépinières de pommiers ; transplantation ; vergers ; fumure ; maladies ; parasites.

05668c05668bPuis la fabrication : matières premières ; variété des fruits à cidre ; récolte et conservation des fruits ; broyage des pommes ; pressoirs ; séchage et recoupage du marc ; préparation des moûts ; levure et fermentation ; filtration ; collage ; fûts ; outillage ; analyse ; conservation.

Et ce qui ne gâte rien, l’analyse est étendue au poiré – qui n’est qu’une simple déclinaison où les poires remplacent les pommes – ainsi qu’au cidre mousseux,  au cidre doux, et à l’eau-de-vie de cidre.

Quelques détails historiques font sourire : En 1900, le Congrès international pour l’étude des fruits de pressoir et l’industrie du cidre avait émis le vœu que les essences forestières le long des routes soient remplacées par des essences fruitières. L’idée était de s’inspirer de l’exemple du Luxembourg, qui avait lancé le procédé, et démontré que la production des fruits ainsi récoltés permettait de financer 48 % des frais d’entretien des dites routes. Mais ce vœu ne fut pas adopté par les Ponts et Chaussées français.

On peut penser que cet ouvrage a vieilli. Certes, c’est sans doute le cas pour certains ustensiles comme les cuves à pasteurisation ou les chaudières à stériliser. Mais pour le reste, rien n’a beaucoup changé.

Alors, si vous avez des pommiers…

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05668_105668aWARCOLLIER G.

Pomologie et cidrerie    

Paris, J.B. Baillière, collection Encyclopédie Agricole, 1909.
Un volume 18,5 x 11,5 cms. VIII-528 pages. 109 illustrations in texte.
Publicités en début de volume, catalogue éditeur en fin de volume.
Reliure éditeur, plat et dos illustrés. Dos solidement réparé. Tampons et étiquette de bibliothèque.
Très bon état intérieur. En partie non coupé. Les pages 528 à 532 sont détachées du volume, mais présentes.
75 €