Robert Burton : Anatomy of Melancholy, la première encyclopédie psychiatrique (1/2)

Burton - Anatomy of Melancholy - Édition de 1651

« Il est avéré que le monde entier est mélancolique, ou fou, qu’il est idiot, tout comme chacun des membres qui le composent. »

Robert Burton (1576-1639) surnommé parfois le Montaigne anglais, fut bibliothécaire au collège Christ Church à Oxford.

Il consacra la plus grande partie de son existence à la composition, puis à l’amélioration de son grand-oeuvre : L’Anatomie de la Mélancolie, dont la première édition parut en 1621.
Cinq éditions parurent, la dernière, posthume, en 1651, avec un texte, revu de sa main, augmenté de plus de 30 %.

Célèbre pour son frontispice – sur lequel nous reviendrons –, célèbre par les plans très détaillés de chacune de ses parties,  célèbre par la très longue introduction de l’auteur au lecteur, L’Anatomie de la Mélancolie est autant un ouvrage didactique sur les différentes formes de ce que nous appelons maintenant la dépression, qu’une thérapie pour l’auteur (« J’écris sur la mélancolie pour éviter la mélancolie« ).

Il fut très tardivement traduit en français. Une traduction intégrale par Bernard Hoepffner et Catherine Gofaux a paru chez José Corti en 2000. Un choix d’extraits par Gisèle Venet (un quart de l’édition de 1638) a été publié en Folio Classique. Aucune de ces deux éditions n’a malheureusement traduit le plan.

La renommée de l’Anatomie de la Mélancolie avait traversé la Manche. Voici ce qu’en disait le Grand Dictionnaire Universel de Pierre Larousse à la fin du XIXe siècle :

Anatomy of Melancholy. Synopsis de la première partie

« Robert Burton était un solitaire ecclésiastique de l’Université, d’une érudition et d’une mémoire inépuisables, auquel Sterne n’a point craint de faire d’audacieux emprunts lorsqu’il composa son Tristram Shandy.
L’Anatomie de la Mélancolie
parut en 1621, sous le pseudonyme de Democritus Junior.
Le sujet est traité selon les règles de l’école. C’est un traité aussi régulier que la Somme de saint Thomas, un ouvrage entièrement didactique, où règne un ordre admirable ; et si l’auteur a pris pour sujet son propre état d’esprit, nul n’a mieux mis en pratique le précepte grec : « Connais-toi toi-même ».
Cette immense érudition, parfaitement élaborée dans un cerveau puissant, se subdivise, en rameaux conduits, pour ainsi dire, géométriquement.

Au commencement de chaque section, comme l’auteur appelle lui-même les divisions de son livre, on aperçoit un tableau à la fois synoptique et analytique avec toutes les subdivisions et les conséquences logiquement déduites les unes des autres : De la maladie en général, et en particulier ; de son essence, de son siège, de ses espèces, de ses causes, de ses symptômes ; des moyens de les reconnaître ; des différentes manières de la guérir par les moyens reconnus ou non.
Burton descend du général au particulier, et, suivant cette méthode d’analyse, il case et numérote, pour ainsi dire, chaque émotion, chaque sentiment, même le plus fugitif.

Anatomy of Melancholy. Synopsis de la troisième partie

Dans ce cadre fourni par le moyen âge, dit M. Taine, il entasse tout, en homme de la Renaissance : la peinture littéraire des passions et la description médicale de l’aliénation mentale, les détails d’hôpital avec la satire des sottises humaines, les documents physiologiques à côté des confidences personnelles, les recettes d’apothicaire avec les conseils moraux, les remarques sur l’amour avec l’histoire des évacuations.
Le triage des idées n’a pas encore été fait : médecin et poète, lettré et savant, Burton se montre sous toutes ses faces ; faute de digues, les idées viennent, comme des liqueurs différentes, se déverser dans la même cuve avec des pétillements et des bouillonnements étranges, avec une odeur déplaisante et des effets baroques. Mais la cuve est pleine, et de ce mélange naissent des composés puissants que nul âge n’avait encore connus.
Car dans ce mélange il y a un ferment efficace, le sentiment poétique qui remue et anime l’érudition énorme, qui refuse de s’en tenir aux secs catalogues, qui, interprétant chaque fait, chaque objet, y démêle ou y devine une âme mystérieuse, et trouble tout l’homme en lui présentant, comme une énigme grandiose, le monde qui s’agite en lui et hors de lui. »

Imprimé par Henry Cripps en 1651

Titre de L'Anatomie de la Mélancolie

[BURTON Robert]
The Anatomy of Melancholy ; What it is…
Sixth Edition, corrected and augmented by the Author.
Oxford, printed for Henry Cripps, 1651.
Un volume 29 x 19,5 cms. [VI]-723-[IX] pages.
Page de titre ornée de 11 vignettes.
Pleine reliure plus récente. Dos à 5 petits nerfs, pièce de titre, date en queue. Motifs à froid aux plats.
Reliure un peu frottée au dos et au dernier plat.
Intérieur bien frais, quelques rares rousseurs à l’extrémité de certaines marges.
Ex-Libris.
900 €