Est-ce le vent qui tourne, ou la girouette ?

Dictionnaire des GirouettesEn 1815, une bande de joyeux iconoclastes fait paraître pas moins de trois éditions d’un ouvrage dont le titre est tout un programme : Dictionnaire des Girouettes, ou nos contemporains peints d’après eux-mêmes. Ouvrage dans lequel sont rapportés les discours, proclamations, extraits d’ouvrages écrits sous les gouvernemens qui ont eu lieu en France depuis vingt-cinq ans ; et les places, faveurs et titres qu’ont obtenus dans les différentes circonstances les hommes d’Etat, gens de lettres, généraux, artistes, sénateurs, chansonniers, évêques, préfets, journalistes, ministres, etc. etc. etc ; par une Société de Girouettes.

Grâce au Dictionnaire des ouvrages anonymes de Barbier, nous en connaissons les auteurs… et ceux qui ne le sont pas. Voici sa notice :
« Dictionnaire des girouettes... Par Alexis Eymery. Beaucoup de notes lui avaient été fournies par MM. P.-J. Charrin, Tastu, René Périn, et plus encore par le comte César de Proisy d’Eppe, ce qui a fait attribuer cet ouvrage à ce dernier. Il fut aussi attribué à A.-J.-Q. Beuchot qui, dans la Bibliographie de la France, 1815, p. 445, en désavoua la paternité. »

Gravure en frontispice du Dictionnaire des girouettesLe programme est clair :
« C’est armés d’un télescope à réflexion et par réfraction, que nous avons distingué les grandes girouettes et leurs satellites :
Royale en 1791
Conventionnelle en 1792, 93, 94 et 95
Directoriale en 1795
Consulaire en 1799 (an 8)
Impériale en 1804 (an 12)
Royale en 1814 (à partir du mois d’avril)
Impériale en 1815 (du 20 mars au 8 juillet)
Et Royale en 1815 (à partir du 8 juillet) »

Mais l’enjeu ne l’est pas moins :
« Indépendamment de l’intérêt historique attaché à ce Dictionnaire, nous osons croire qu’il offre une grande pensée morale susceptible des développements les plus utiles. Le point d’où sont partis tant d’hommes-girouettes, les avantages incontestables que leur système de conduite leur a procurés, ne sont-ils pas pour la génération naissante, pour les girouettes en espérance, un encouragement et un gage certain de prospérité ? Que tant de fortunes brillantes, faites parce qu’on avait eu l’attention d’observer de quel côté soufflait le vent, contrastent bien avec l’état de médiocrité où sont demeurés quelques originaux, follement obstinés à ne pas abandonner les opinions qu’ils avaient une fois embrassées dans la sincérité de leur cœur, et en ne suivant que les lumières de leur conscience ! » (préface de la 3e édition)

Qu’en aurait dit Edgar Faure , pour qui « ce n’est pas la girouette qui tourne, c’est le vent  » ?

Et,  nouveauté de la troisième édition ainsi que plagiat par anticipation du guide Michelin, chaque nom cité est accompagné d’un nombre variable de girouettes, correspondant à sa plus ou moins grande flexibilité.

De ces notices le plus souvent solidement étayées par des citations et des documents, nous pouvons extraire trois catégories de girouettes :

girouetteLes Champions (7 girouettes et plus)
On ne s’étonnera pas de trouver en tête du classement des hommes comme Cambacérès, Fouché ou Talleyrand-Périgord. Mais la souplesse d’échine de certains autres a été omise par la postérité.
Tel Lacépède, collaborateur de Buffon et continuateur de ses œuvres : « Il serait difficile de dire à quelle aile du moulin politique M. Lacépède n’a point prêté serment. Directeur du cabinet du roi au jardin royal des curiosités naturelles et des plantes étrangères, avant la révolution, il avait reçu de Louis XVI le cordon de Saint-Michel. Il fut ensuite membre et président de la première assemblée législative. Au nom de l’institut, M. Lacépède porta la parole, et félicita le conseil des cinq-cents d’avoir rendu le sublime décret qui ordonnait d’aller, tous les ans, processionnellement, au champ de Mars, jurer haine à la royauté. Sous le rapport de l’accolade fraternelle que reçut M. Lacépède, et du serment, nous pouvons lui donner un second certificat de revirement. Admis au sénat, le 3 nivôse an 8 ; grand-aigle de la légion d’honneur ; ministre d’état ; bénéficier de la sénatorerie de Paris ; grand-chancelier de la légion d’honneur, etc. Nommé par le roi pair de France, le 4 juin, 1814 ; enfin, grand-maître de l’université nommé par l’empereur (mai 1815). C’est M. Lacépède qui a dit que la conscription n’enlevait que le luxe de la population, et qui, parlant des conscrits, ajoutait froidement : « Parvenus à l’âge où l’ardeur est réunie à la force, ils trouveront dans l’exercice militaire des jeux salutaires et des délassements agréables » (Moniteur du 16 mars 1812).

Le Peloton (de 3 à 6 girouettes) regroupe les courtisans ordinaires, incolores, inodores, mais pas  forcément sans saveur.
En voici trois spécimens :

Fabre de l’Aude (Jean-Pierre). Président du tribunat ; sénateur le 14 août 1807 ; commandant de la légion d’honneur. Il compara alors Madame, mère de l’empereur, à la mère du Christ : « La conception que vous avez eue en portant dans votre sein le grand Napoléon, n’a été assurément qu’une inspiration divine. »

Carte postale : La Girouette des Cent JoursFéletz, ou Félès, comme on voudra, l’un des rédacteurs du Journal de l’Empire ou des Débats, disait la messe avant la révolution, et édifiait tous les fidèles autant par ses pieux discours que par son exemple ; depuis la révolution, ayant quitté la soutane, il s’est mis aux gages des propriétaires du Journal des Débats, à cent francs l’article, ce qui est un peu cher à la vérité ; mais on ne peut jamais payer assez un abbé plus savant que Desfontaines, plus spirituel que Fréron, et plus piquant que Geoffroi. Le traitement des journalistes lui ayant paru trop mesquin, il a sollicité et obtenu, sous Napoléon, la place de conservateur de la Bibliothèque Mazarine, où l’on peut à l’aise faire le métier de chanoine. On avait cru qu’au retour de l’auguste famille des Bourbons en France, M. l’abbé reprendrait sa soutane ; on s’est trompé. M. Féletz continue de diriger le Journal des Débats, et de conserver sa place de bibliothécaire, en dépit des auteurs, des artistes, et surtout des philosophes, qui n’aiment point les renégats.

Lezai-Marnézia (Adrien). D’une ancienne maison de Franche-Comté, se fit d’abord connaître dans le monde par des brochures républicaines. Oncle de Mlle de Beauharnais, aujourd’hui grande-duchesse de Bade, il parvint aux honneurs sous le règne impérial, fut ministre plénipotentiaire à Wurtzbourg ; comte de l’empire ; commandant de la légion d’honneur ; préfet de Rhin et Moselle, et ensuite de Strasbourg. Il reçoit Monsieur, comte d’Artois, en mars 1814 ; sa préfecture lui est conservée par le roi. Mort en octobre 1814.

Les Petits Joueurs (1 ou 2 girouettes).
Ce sont les obscurs, sans lesquels les engrenages ne tourneraient pas. Ainsi :

Bertholet (Claude-Louis). Membre de l’institut, grand officier de la légion d’honneur, sénateur le 3 nivôse an 8, et un des savants les plus distingués ; mais le génie et le commerce vont rarement ensemble. M. Bertholet en offre un nouvel exemple ; il avait voulu élever une manufacture de produits chimiques ; mais le savant oubliant qu’il était négociant, consommait en expériences au-delà de ses bénéfices ; il fut réduit, malgré le revenu de ses places, à s’absenter de la cour, faute d’y pouvoir paraître avec l’éclat convenable à son rang. L’empereur s’apercevant de son absence en connut les motifs ; il le fit venir : « M. Bertholet, dit-il, j’ai toujours cent mille écus au service de mes amis », et il lui donna cette somme. Bertholet signa la déchéance de Napoléon ; le roi le nomma pair, le 4 juin 1814.

Lalande (Jérôme). Fameux astronome, qui composa dans la révolution un dictionnaire des athées, où il mit lui-même son nom. Il n’en fit pas moins, à la tête de l’institut, lors du couronnement de l’empereur, un discours du pape, sur les avantages et le bonheur qu’avait produit la religion chrétienne.

Sambucy (Gaston de). Maître des cérémonies de la chapelle de l’empereur (1811). Le même, maître des cérémonies de la chapelle du roi, sous le nom de l’abbé de Sambucy. Ces petits rapprochements suffisent pour montrer qu’il est indifférent à certains individus de crier alternativement : Vive le roi ! vive la ligue ! Le dictionnaire des Girouettes n’a eu pour but que de prouver cette immense vérité.

Deux pages du Dictionnaire des girouettes

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[Dictionnaire des girouettesEYMERY Alexis, PROISY D’EPPE César de, CHARRIN Pierre-Joseph, TASTU, PERIN René]

Dictionnaire des Girouettes, ou nos contemporains peints d’après eux-mêmes. Ouvrage dans lequel sont rapportés les discours, proclamations, extraits d’ouvrages écrits sous les gouvernemens qui ont eu lieu en France depuis vingt-cinq ans ; et les places, faveurs et titres qu’ont obtenus dans les différentes circonstances les hommes d’Etat, gens de lettres, généraux, artistes, sénateurs, chansonniers, évêques, préfets, journalistes, ministres, etc. etc. etc ; par une Société de Girouettes. Orné d’une gravure allégorique.

Paris, Alexis Eymery, 1815, troisième édition, revue, corrigée et considérablement augmentée, ornée d’une gravure allégorique.
Un volume 21 x 13,5 cms. XII-501 pages.
Une gravure couleur en frontispice.
Demi reliure. Dos à faux nerfs et motifs dorés. Pièce de titre. Tranches marbrées.
Des rousseurs éparses, principalement en marge, plus fortes sur certains cahiers. Bon état global.

125 € + port

6 octobre 1789 : confusion à Versailles

LES FAITS

La Bastille est tombée le 14 juillet. Les privilèges ont été abolis le 4 août. L’Assemblée s’est déclarée Constituante. Louis XVI est réfugié à Versailles.

Le 5 octobre, un groupe de Parisiens, et surtout de Parisiennes, marche sur Versailles pour réclamer du pain au roi. L’atmosphère est électrique : la disette menace, Louis XVI refuse de promulguer les décrets de l’Assemblée,  tandis que lors d’un banquet quelques jours plus tôt, le régiment de Flandres, chargé de la protection du roi, aurait piétiné la cocarde tricolore.

Le 6 octobre au matin, un petit groupe d’assaillants entre dans le palais, et se heurte aux gardes. On dénombre des morts des deux côtés. Marie-Antoinette aurait échappé de peu à son assassinat.
Les combats sont stoppés par La Fayette : il fait acclamer Louis XVI à son balcon par la foule, qui réclame son retour à Paris. Le roi obtempère.

La marche des femmes sur Versailles, le 5 octobre 1789– – – – – – –

LEUR INTERPRÉTATION

Les questions qui se posent sont multiples : qui a tiré en premier ce matin-là ? Marie-Antoinette a-t-elle vraiment été menacée ? Quelle est la cause de ces événements ?  Quelle est leur signification politique ? S’agit-il d’une conspiration ? Menée par qui ?

Les interprétations sont diverses.

Voici Michelet :
« Il y avait là des hommes décidés à agir. Plusieurs étaient de furieux fanatiques qui auraient voulu tuer la Reine ; d’autres qui se donnaient pour tels, et semblaient les plus violents, étaient tout simplement d’une classe toujours surabondante dans l’affaiblissement de la police, des voleurs. Ceux-ci calculaient la chance d’une invasion du château. Ils n’avaient pas trouvé à la Bastille grand’chose qui fut digne d’eux. Mais ce merveilleux palais de Versailles, où les richesses de la France s’entassaint depuis plus d’un siècle, quelle ravissante perspective il ouvrait pour le pillage !
Vers six heures, ces gens mêlés de Versailles et de Paris, escaladent ou forcent les grilles, puis s’avancent dans les cours, avec crainte, hésitation. Le premier qui fut tué, l’aurait été par une chute, à en croire les royalistes, en glissant dans le cour de Marbre. Selon l’autre version, plus vraisemblable, il fut tué d’un coup de fusil, tiré par les gardes du corps. […]
Le Roi avait la plus vive répugnance à partir de Versailles. Quitter la résidence royale, c’était pour lui la même chose que quitter la royauté.
Ce mouvement populaire avait pris tout le monde à l’improviste. Les esprits les plus pénétrants n’y avaient rien vu d’avance. Mirabeau n’avait rien prévu, ni Sieyès. Celui-ci dit avec chagrin, quand il eut la première nouvelle : « Je n’y comprends rien, cela marche en sens contraire. »
Que le Roi quittât Versailles, sa vieille Cour, qu’il vécût à Paris, au milieu du peuple, c’était, sans aucun doute, une forte chance pour Louis XVI de redevenir populaire. Si la Reine (tuée, ou en fuite) ne l’eût pas suivi, les Parisiens se seraient très probablement repris d’amour pour le Roi. Ils avaient eu de tout temps un faible pour ce gros homme qui n’était nullement méchant, et qui, dans son embonpoint, avait un air de bonhomie béate et paterne, tout à fait au gré de la foule. Cette translation à Paris, qui effrayait tant le Roi, effrayait en sens inverse ceux qui voulaient affermir, continuer la Révolution, encore plus ceux qui, pour des vues patriotiques ou personnelles, auraient voulu donner la lieutenance générale (ou mieux) au duc d’Orléans. Celui-ci était parfaitement innocent.
On apprend que le Roi consent à partir pour Paris. Le jour s’avance, il n’est pas loin d’une heure. Il faut partir, quitter Versailles… Adieu, vieille monarchie ! »

événements du 6 octobre 1789Voici Louis Blanc :
 » Oui, les causes des journées d’octobre furent de deux sortes : les unes générales, patentes, dérivant de la spontanéité populaire ; les autres, particulières et secrètes. Aux premières se rapporte tout ce que le voyage à Versailles présente de patriotique, de généreux, d’inspiré : ce fut la part du peuple. Aux secondes se rapportent les faits de cruauté et de violence, violence préparée et cruauté vénale : ce fut la part des hommes de faction et de leurs agents. Cette distinction est d’une importance capitale.
Le fait est que Mirabeau couvait depuis longtemps des projets ambitieux. À ses prodigues passions, il fallait de l’argent ; à ses facultés puissantes, il fallait le pouvoir. Et comment aurait-il espéré l’un et l’autre d’une cour qui le haïssait profondément et du faible prince que la cour dominait ? La monarchie conservée, mais le monarque remplacé, voilà quel était son rêve. Reste à savoir qui Mirabeau avait en vue. »

Mais Louis Blanc ne répond pas à sa propre question…

Voici Alexandre Dumas qui, dans Ange Pitou, donne un récit dramatique des événements : un des héros, Georges de Charny, est tué en faisant rempart de son corps à Marie-Antoinette, qui n’a que le temps de se réfugier dans les appartements du roi pour échapper à la mort. Cet épisode, totalement inventé et dramatisé à dessein, lui permet d’illustrer sa propre interprétation :
 » Dans presque tous les mouvements populaires qui préparent les grandes révolutions, il y a un temps d’arrêt pendant lequel on croit que tout est fini et que l’on peut dormir tranquille.
On se trompe.
Derrière les hommes qui font les premiers mouvements, il y a ceux qui attendent que ce premier mouvement soit fait et que, fatigués ou satisfaits, dans l’un ou l’autre cas ne voulant pas aller plus loin, ceux qui ont accompli ce premier mouvement se reposent.
C’est alors qu’à leur tour, ces hommes inconnus, mystérieux agents des passions fatales, se glissent dans les ténèbres, reprennent le mouvement où il a été abandonné, et, le poussant jusqu’à ses dernières limites, épouvantent à leur réveil ceux qui ont ouvert le chemin et qui s’étaient couchés à la moitié de la route, croyant la route faite, croyant le but atteint.
Il y eut impulsion bien différente pendant cette nuit terrible, donnée par deux troupes arrivées à Versailles, l’une le soir, l’autre pendant la nuit.
La première venait parce qu’elle avait faim, et demandait du pain.
La seconde venait par haine, et elle demandait vengeance.
Nous savons qui conduisait la première troupe, Maillard et La Fayette.
Maintenant, qui conduisait la seconde ? l’histoire ne nomme personne.
Mais, à défaut de l’histoire, la tradition nomme : Marat !
Il y avait donc, la tradition le dit ; il y avait Marat, Verrière, et puis encore, le duc d’Aiguillon.
Le duc d’Aiguillon, c’est-à-dire un des ennemis mortels de la reine.
Le duc d’Aiguillon déguisé en femme.
Qui dit cela ? Tout le monde. »

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Alors ?
Casse ou complot ?
Marat ? Le duc d’Orléans ? Mirabeau ? Le duc d’Aiguillon ?

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LA PROCÉDURE CRIMINELLE

Procédure criminelle du ChâteletUne procédure criminelle est ouverte au Tribunal du Châtelet « contre les auteurs, fauteurs, complices et adhérans (sic) des attentats et voies de fait qui se sont passés au château de Versailles dans la matinée du mardi 6 octobre dernier. »

398 témoins sont interrogés entre décembre 1789 et juillet 1790. Ils vont de la parfumeuse au Lieutenant-colonel du régiment de Flandres, du cabaretier au Président à mortier du Parlement de Normandie.

Leurs dépositions sont publiées intégralement.

L’on y trouve de sombres histoires de poignards saisis à Marseille et brisés par la Douane à Paris. Des ragots sur Mirabeau, dont un ami, le sieur Fauconier, ancien magistrat, « jouissant d’une très mauvaise réputation », aurait été au commencement de septembre à Londres, où il aurait fait des accaparements de grains et de farines considérables. Etc.
L’on se pénètre de l’atmosphère d’ébullition qui régnait à Paris, et de l’état d’esprit des troupes de La Fayette, qui les suivait plus qu’il ne les commandait.
De nombreux témoignages permettent aussi de reconstituer comment se forme une rumeur : plusieurs témoins citent un député ecclésiastique qui, en lisant son bréviaire, aurait entendu le duc d’Orléans dire : « Le coup est manqué », mais personne ne sait exactement à quel moment ces paroles auraient été prononcées. Un autre témoin, dont c’est la seule contribution, a « entendu dire » que ce même duc d’Orléans a été vu arborant un air « peu content ».

Ces dépositions, publiées dans l’ordre des auditions, forment un puzzle dont la multiplicité des points de vue et des événements relatés – il est en fait fort peu question de ce qui s’est passé le 6 octobre au matin – pourrait faire croire que l’on se trouve dans un roman de Dos Passos.

En tout cas, cette enquête donne la nette impression d’être menée à charge contre Mirabeau et le duc d’Orléans. Leur culpabilité est affirmée dans la conclusion qui est remise à l’Assemblée.

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LE RAPPORT DE SYNTHÈSE DE CHARLES CHABROUD

Rapport de ChabroudLe député de l’Isère, Charles Chabroud, est chargé de démêler l’embrouillamini des dépositions, qu’il qualifie à juste titre de « labyrinthe », et de confirmer ou d’infirmer les conclusions du Tribunal du Châtelet.

Dans sa remarquable synthèse présentée à l’Assemblée, Chabroud essaie de débrouiller les faits et les témoignages. Il relève d’abord que nombre d’entre eux, tous à charge contre le duc d’Orléans, évoquent des faits ou des rumeurs datant de l’été, et non pas des deux journées cruciales d’octobre. Il relève les contradictions et les invraisemblances d’une prétendue conspiration pour assassiner le Roi, reposant sur un homme ivre qui aurait reçu ses instructions au milieu de la foule, et compare quelques dépositions à un chapitre des Mille et Une Nuits.

Il conclut tout simplement que les « pièces ne s’enchâssent pas », et s’interroge : « Il est permis de demander si les horreurs du 6 octobre ne furent pas l’un de ces jeux cruels où le sort se plaît quelquefois à confondre la prévoyance humaine. »

Sur les faits eux-mêmes, l’invasion du Château de Versailles, sa reconstitution brillante l’amène à démontrer qu’aucun des assaillants n’est entré dans la chambre de Marie-Antoinette, qui n’a jamais été réellement menacée [n’en déplaise à Dumas]. La fusillade n’a été déclenchée que par une réaction excessive des gardes face à la foule. Quant aux charges contre le duc d’Orléans et Mirabeau, il en fait justice, tout en remarquant que la procédure d’instruction s’est déroulée selon les règles de l’ancien régime, « où l’arbitraire était érigé en une espèce d’art ». Il va même plus loin : « Quelqu’un a dit que le Châtelet faisait le procès à la révolution : cette remarque est peut-être une grande vérité. »

Son rapport fut accepté par l’Assemblée, après vive discussion.

Arriverez-vous aux mêmes conclusions que lui ?

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Procédure Criminelle instruite au Châtelet de Paris sur la Dénonciation des faits arrivés à Versailles dans la journée du 6 Octobre 1789 - Suivi de Documents annexes

Procédure Criminelle instruite au Châtelet de Paris sur la Dénonciation des faits arrivés à Versailles dans la journée du 6 Octobre 1789 – Suivie de Documents annexes.

Un volume 20 x 14 cms. Pleine reliure du temps, dos lisse à pièces de titre et motifs dorés. Plats ornés, premier plat aux initiales « A.C ». Tranches marbrées. Reliure frottée, coins émoussés. Intérieur très frais.

Contient :
1) Procédure Criminelle instruite au Châtelet de Paris sur la Dénonciation des faits arrivés à Versailles dans la journée du 6 Octobre 1789, Paris, Baudouin, 1790, 270 pages.
2) Suite de la Procédure Criminelle…, Paris, Baudouin, 1790, 221 + 79 + [2] pages.
3) Rapport de la Procédure du Châtelet sur l’affaire des 5 et 6 Octobre, fait à l’Assemblée Nationale par M. Charles Chabroud, Membre du Comité des Rapports, Paris, Imprimerie Nationale, 1790, 118 pages.
4) Pièces Justificatives du Rapport… par M. Charles Chabroud, Paris, Baudouin, 1790, 69 pages.
5) Discours de M. Mirabeau l’Aîné sur la Procédure du Châtelet dans la séance du 2 Octobre 1790, Paris, Lejay, 1790, 16 pages.
6) Supplément à L’Ami du Roi, Discours improvisé de M. De Bonnay en réponse au Rapport de M. de Chabroud sur les Gardes du Corps du Roi, sans lieu ni date, 4 pages.
7) Opinion de M. l’Abbé Maury, sur le Rapport de la Procédure du Châtelet, Paris, Imprimerie de L’Ami du Roi, [1790].
8) Observations de M. Henry, député à l’Assemblée Nationale, sur la partie du Rapport de M. Chabroud qui lui est personnelle, sans lieu ni date, 23 pages.

350 € + port