La France, combien de départements ?

Voici une carte étrange :

France_85depts_1

Elle est datée de 1793, toilée, et contenue dans un étui de cuir portant l’inscription : La France en 85 départements.

etui recto verso

C’est là que le mystère commence.

Car le nombre de départements a varié assez souvent : de 83 au départ,en 1790, il atteint son  maximum de 130 lors des conquêtes napoléoniennes. Il est à présent question de le ramener à 0.

Ces variations reflètent les aléas de l’histoire – l’Algérie par exemple en comprit un temps plusieurs – ; ou  correspondent à des réorganisations administratives, comme la division de la Seine-et-Oise en cinq.

Ainsi qu’à des variations sémantiques : tous les départements qui, dans leur nom, comportaient le mot « inférieur », virent cet adjectif, jugé péjoratif, remplacé. C’est pourquoi la Loire-Inférieure devient la Loire-Atlantique et la Charente-Inférieure la Charente-Maritime

Cependant, dans les grandes étapes de cette évolution permanente, le nombre 85 n’apparaît jamais dans l’historiographie, contrairement à 83, 89, 110, etc…

Alors ?

Il aurait pu s’agir d’un « typo  » du graveur sur cuir. Mais ce chiffre est repris à l’identique sur la carte elle-même.

France_85depts_2

Une comparaison minutieuse (et fastidieuse) entre les départements créés par le décret du 16 février 1790, ceux figurant sur la carte dont il est question aujourd’hui, et les départements actuels, permet d’avancer une hypothèse :

Cette carte date bien de 1793, mais c’est une carte que l’on pourrait qualifier d’intermédiaire, puisque n’y figure qu’une partie des modifications effectuées cette année-là.

En effet ne sont pas représentées la division de la Corse en deux départements, la création de celui du Mont-Terrible, ni la séparation du Rhône et de la Loire.

dept rhone et loire

Par contre, cette carte prend en compte la transformation du comté de Nice en un département nommé Alpes-Maritimes.

alpes maritimes

Ainsi que la création du département du Mont-Blanc, les actuelles Savoie et Haute-Savoie.

dpt Mont-Blanc

Et l’on voit bien, sur la légende, que ces deux derniers ont été rajoutés en dernière minute, et écrits en bien plus petit.

liste départements

petits caracteres

Tant le décret de février 1790, que la légende de la carte obéissent à un ordre alphabétique strict, basé sur la première lettre du nom ; alors qu’aujourd’hui cet ordre est basé sur la première lettre du mot « principal ». Ainsi, le Bas-Rhin figure à la lettre B, le Haut-Rhin à la lettre H, alors que la numérotation actuelle retient la lettre R.

Il y a cependant quelques différences :
– le décret place la Manche entre le Jura et les Landes ; tandis que la carte la met à la bonne place.
– le décret place le Nord avant la Nièvre. Même chose pour la carte qui cependant l’orthographie Nyèvre.

On voit que l’orthographe était encore mouvante à cette époque et les restes du parler antérieur à la Révolution assez nombreux. S’il en fallait une  preuve, supplémentaire, notons que la carte orthographie Meurte et Sarte, alors que le décret retient Meurthe et Sarthe.

Il est vrai que l’Académie Française ne pouvait plus remplir une des missions que lui avait assignées Louis XIII dans ses Lettres Patentes de 1637 : « Édicter pour l’orthographe des règles qui s’imposeront à tous » (article XLIV) . Elle était déjà en sommeil, avant d’être dissoute le 8 août 1793, comme toutes les anciennes Académies royales.


Carte de France divisée en ses 85 départements et districts suivant les décrets de l’Assemblée Nationale – 1793

Paris, Mondhare et Jéau, 1793. Carte en 24 divisions contrecollées sur une toile d’époque et conservée dans sa boite cartonnée. Dimensions dépliée 67 x 91 cms. Dimensions de la boite 22,5 x 13 cms. Très bon état.

400 euros

L’histoire et la poésie à travers le Code des Douanes (1790-1806)

Douaniers. 25 Pluviôse an VIII.  Gravure de E.Fort

Douaniers. 25 Pluviôse an VIII.
Gravure de E.Fort

La lecture du Code des Douanes n’est pas toujours aussi fastidieuse qu’il y paraît. Celui de la Révolution et des débuts de l’Empire nous permet de nous replonger dans l’Histoire, et réserve quelques bribes de poésie qui ne sont pas à négliger. Il est même parfois question de livres anciens…

GRANDS PRINCIPES
L’abolition des privilèges se traduit aussi en matière douanière : « Sont supprimés tous les privilèges, exemptions ou modérations des droits de douane, dont jouissent quelques ports, villes, hôpitaux et communautés de France. »
« Tous les peuples dont le gouvernement est en paix avec la République ont le même droit à la justice, à l’amitié du peuple français ; toutes les nations étrangères qui ne commettent pas d’hostilité envers lui seront traitées également. » C’est la transposition de la fameuse proclamation de la Convention : « Le gouvernement est révolutionnaire jusqu’à la paix. »

MAIS…
Le Droit douanier est toujours un droit punitif, pointilleux et suspicieux. Reste des comportements de l’Ancien Régime vis-à-vis du commerce de sel ou de grain ?
L’on n’est pas présumé innocent, contrairement aux principes fondateurs de la Révolution : « Dans toute action sur une saisie, les preuves de non contravention sont à a charge du saisi. »  
On encourage même la délation : « le tiers du produit net des saisies sera accordé au dénonciateur. »
Le contrebandier, c’est l’ennemi : « Le produit des amendes et saisies des marchandises de fraude sera partagé comme des prises sur l’ennemi. »

Des droits d’entrée et des droits de sortie coexistant, la contrebande est une préoccupation majeure, ainsi que les tabacs, les étoffes, et le circuit des « denrées coloniales ».

UN TERRITOIRE DOUANIER À GÉOMÉTRIE VARIABLE :
Au fur et à mesure des conquêtes de la Révolution, apparaissent des bureaux de douane à Anvers, Coblence, Pozzolo, puis à Mayence, Turin, Marengo ; sont déclinés le rattachement du « ci-devant Piémont », des États de Parme ;  la création du département de Gênes, dont dépend le nouvel entrepôt douanier d’Alexandrie.

 
Ainsi que l’imposition de la langue française pour les actes publics dans « les départements de la ci-devant Belgique et de la rive gauche du Rhin ». Mais ceux « qui possèdent des vignes sur la rive droite, pourront y faire leur vin et importer, chaque année jusqu’au 1er Nivôse, le produit de leur récolte. »

L’on assiste aussi à l’application pratique du nouveau système de poids et mesures, puis au rétablissement du calendrier grégorien (avec un tableau de correspondance jour par jour).

LE BLOCUS CONTINENTAL :
« L’importation des marchandises manufacturées, provenant soit des fabriques, soit du commerce anglais, est prohibée, tant par mer que par terre. »

Mais le blocus continental a bon dos. C’est en fait une prohibition générale qui est instaurée : « Sont réputés provenir des fabriques anglaises, les objets ci-après, importés de l’étranger : 1° Toute espèce de velours de coton, toutes étoffes et draps de laine, de coton et de poil ;  2° Toute espèce de bonneterie de coton ou de laine ; 3° Les boutons de toute espèce ; 4° Tout ouvrage de quincaillerie fine, de coutellerie, de tabletterie, d’horlogerie ; 5° Les cuirs ; 6° Les rubans, chapeaux ; 8° Toute espèce de verrerie et cristaux ; 9° Les sucres raffinés ; 10° Toute espèce de faïence ou poterie. »

POÉSIE DU DÉTAIL
Certaines règlementations laissent rêveurs quant à leur précision, mais elles en disent beaucoup sur le commerce d’un pays presque totalement tourné vers l’agriculture :

  • « La tare pour le tabac en boucauts, et pour les drogueries et épiceries en futailles, sera évaluée à 12 pour cent, et à 2 pour cent sur les mêmes objets en paniers ou en sacs. »
  • « L’exportation en Espagne des chèvres du département des Pyrénées Orientales est permise pendant une année. »
  • « La réexportation de raisins de Corinthe est exemptée de droits. »
  • « Il ne sera payé aucun droit d’entrée sur la vieille argenterie, sur les bois en planches et madriers, le bois de gayac en bûches, les cheveux, les galles légères, les roseaux, sur les habillements vieux, quoiqu’ils n’accompagnent pas les voyageurs dès qu’ils sont dans une même malle avec d’autres effets et qu’ils n’excèdent pas le nombre de six, sur les gazettes et journaux, ainsi que sur la librairie en langue savante. »
  • « La sortie des drilles ou chiffes hors de la République est interdite. » De même que, successivement, les grains et farines, les poils de lapins, les pommes de terre, l’amidon, les marrons et chataîgnes. Mais sont créées, là aussi successivement, des primes pour la pêche à la baleine, au cachalot, à la morue et au hareng
  • Les nankins des Indes sont dispensés de la représentation du certificat d’origine, de même que les poils de chèvre (filés ou en mottes), mais pas les crépons ou burails de Zürich.
  • « Le retour en franchise est accordé aux vases de cuivre nommés estagnons, dans lesquels on renferme les essences expédiées pour l’étranger ; aux bouteilles de verre ayant servi à l’exportation d’huile de vitriol ; aux bouteilles de verre exportées de Genève, pleines d’eau minérale artificielle. »
  • « Les fers au-dessous de neuf lignes en carré sont réputés carillons. Les fers de neuf lignes et au-dessus, c’est-à-dire ceux dont la largeur multipliée par l’épaisseur donne quatre-vint-une lignes sont dans la classe de ceux en barres. »
  • « La quantité d’huile nécessaire à la fabrication d’un quintal de savon blanc, rouge ou marbré, sera fixé à 75 livres, pour calculer la prime d’exportation des savons. »
  • « Les cuirs destinés à la reliure des livres ne diffèrent des cuirs corroyés qu’en ce qu’ils sont préparés avec de l’eau saturée d’alun, au lieu que les peaux à empeigne ou à tiges de bottes le sont au suif ou à l’huile de poisson ; ils sont secs et raides au toucher, tandis que les autres sont souples, à cause de la préparation qu’ils ont subie. »

De telles précisions n’auraient pas été désavouées par l’administration européenne à Bruxelles…

On pense même au bonheur des citoyens possédant des maisons de campagne : « Il arrive souvent que les habitants des frontières possèdent dans le pays étranger limitrophe, et réciproquement les étrangers en France, des domaines et maisons de campagne qu’ils n’habitent qu’une partie de l’année ; ils y conduisent et y ramènent une grande quantité d’effets à leur usage qui, en suivant la loi, doivent acquitter les droits toutes les fois qu’ils entrent ou qu’ils sortent. Cependant les dispositions hospitalières de la constitution française » les en exemptent dès 1791.

Le rétropédalage existe déjà : « Une décision du ministre des finances porte que la loi du 27 Vendémiaire an II, en établissant un droit d’expédition sur les navires de 200 tonneaux et au-dessous, n’a pas eu l’intention de comprendre dans cette disposition des embarcations de faible contenance de quatre à cinq tonneaux. »

Ainsi que le cheval déguisé en bœuf : « Il a été présenté à la douane de Marseille, sous la dénomination de poudre à poudrer, des quantités considérables de poudre venant de Gênes, reconnue être composée de terre argileuse. Considérant qu’il importe de ne pas laisser plus longtemps le consommateur exposé à être trompé sur la nature de cette poudre, dont l’usage peut être dangereux  déclare que l’introduction en est défendue. »

Même quand c’est gratuit, c’est payant :

  • « Dans le cas où les marchandises devront être expédiées sous plomb, les cordes seront aux frais des expéditionnaires, qui paieront en outre chaque plomb sur le pied de trois sous. »
  • « Pour assurer l’exactitude des tableaux d’importation et d’exportation, et subvenir aux frais de leur confection, il sera perçu quinze centime par cent francs de valeur sur les objets qui ne sont pas assujettis à des droits. »

Et y avait déjà des emmerdeurs :  « Le Directoire exécutif, sur le rapport que les redevables des droits d’enregistrement, payables en numéraire, affectent de les acquitter en monnaie de cuivre ; considérant que cette monnaie n’est destinée que pour les appoints ; que les difficultés de son transport des bureaux de perceptions dans les caisses générales, préjudicie beaucoup au service du trésor public ; arrête qu’il ne pourra être admis en paiement que le quarantième en monnaie de cuivre, le surplus devant être acquitté en espèces d’or ou d’argent. » Qu’aurait dit Bernadette Chirac face à cet ostracisme envers les pièces jaunes ?

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04084_1 MAGNIER-GRANDPREZ

Code des Douanes de l’Empire français, au courant depuis le mois de Novembre 1790 jusqu’en juin 1806 ; avec deux traités, l’un sur toutes les questions en matière contentieuse, l’autre sur les acquits-à-caution. 2/2

Strasbourg, Imprimerie F.G. Levrault, 1806.
Deux volumes 20 x 12,5 cms. XVI-629 + 483 pages.
Pleine reliure, dos lisses à faux nerfs et motifs dorés, pièces de titre et de tomaison. Plats encadrés en doré, tranches dorées.
Légers frottements, rares rousseurs très éparses sur quelques cahiers.

175 €

Débats enflammés au Parlement

Quels orateurs parlementaires célèbres ont prononcé ces paroles ?

1. « Je ne déchirerai pas plus la page de mon histoire que vous ne déchirerez la vôtre. »

2. « Vous marchez sur une cendre à peine refroidie, et vous ne croyez déjà plus aux volcans ! »

3. « Aux armes ! Citoyens, hommes libres, défendez votre liberté, assurez l’espoir de celle du genre humain, ou bien vous ne mériterez pas même sa pitié dans vos malheurs ! »

4. « La loi de la pesanteur n’agit pas sur les sociétés humaines, et ce n’est pas dans les lieux bas qu’elles trouvent leur équilibre. »

5. « Vouliez-vous une révolution sans révolution ? »

6. « Il faudra que la conséquence s’incline devant la cause. »

7. « Quel gouvernement que celui qui plante l’arbre de la liberté sur l’échafaud, et met la faux de la mort entre la main de la loi ! »

8.  « J’observe qu’on peut bien être ridicule sans cesser d’être innocent. »

9. « La Nature, qui a voulu que chaque peuple fut l’arbitre de ses lois, l’a rendu également l’arbitre de son bonheur. »

10. « Je cède à un sentiment irrésistible qui m’appelle à la tribune. »

Hugo, Robespierre, Lamartine

Réponses

1. Danton, au Club des Jacobins, le 13 Frimaire an II.

2. Lamartine, à la Chambre des Députés, le 10 janvier 1839.

3. Vergniaud, à l’Assemblée Nationale, le 18 janvier 1792.

4.  Jean Jaurès, à Albi, le 30 juillet 1903.

5. Robespierre, à la Convention Nationale, le 5 novembre 1792.

6. Gambetta, au Corps Législatif, le 5 avril 1870.

7. Saint-Just, au Club des Jacobins, le 4 novembre 1792.

8. Mirabeau, à l’Assemblée Nationale, le 20 octobre 1790.

9. Condorcet, à La Convention Nationale, le 15 février 1793.

10. Victor Hugo, à la Chambre des Pairs, le 19 mars 1846.

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Les Grands orateurs républicains. 10/10

Editions Hemera, Monaco, 1949.

Tome I : Mirabeau, par Jacques Hérissay, 249 pages – Tome II : Saint-Just, par Henri Calvet, 267 pages. – Tome III : Vergniaud, par Michel Lhéritier, 271 pages – Tome IV : Danton, par Jacques Hérissay, 250 pages. – Tome V : Robespierre, par Henri Calvert, 251 pages – Tome VI : Les Girondins, par Michel Lheritier, 256 pages – Tome VII : Lamartine, par André D. Tolédano, 249 pages. – Tome VIII : Gambetta, par Georges Bourgin, 251 pages – Tome IX : Jaurès, par Georges Bourgin, 250 pages – Tome X : Victor Hugo, par André D. Tolédano, 250 pages. Le dernier tome comprend une table analytique générale et un recueil de citations.

En tout dix volumes brochés 23, 5 x 16 cms sous couverture et emboitage individuels.
Un portrait en frontispice de chaque volume.
Couvertures rouges pour les six premiers volumes, grises pour les volumes VII à IX, marron pour le volume X.
Emboitages rouges.
Exemplaires n° 164/3000 imprimés pour le Dr Maurice Fredet, Conseiller général, député d’Eure-et-Loir. Pages non coupées.
Certaines coiffes frottées. Quelques emboitages et quelques couvertures en partie désolidarisés. Excellent état des volumes brochés.

375 €

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Sur le même sujet :

La Tribune françaiseAMIC Auguste et MOUTTET Etienne

La Tribune française, choix des discours et des rapports les plus remarquables prononcés dans nos assemblées parlementaires depuis 1789 jusqu’en 1840. Avec une appréciation philosophique des Travaux de chacune des Législatures, le Résumé des discussions les plus importantes, et des notices biographiques sur les principaux orateurs.

Paris, Aux Bureaux de la Tribune Française, 1840.
2 volumes 26 x 17,5 cms. 635 + 674 pages. 10 gravures hors texte sous serpente roussie. Demi-reliure cuir sans nerfs frottée, titres, tomaisons et motifs dorés. Plats et coins frottés. Rousseurs, surtout sur les gravures.

150 €

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TIMON [CORMENIN]

Étude sur les orateurs parlementaires (2 tomes), suivies d’une Étude sur Timon par Chapuys-Montlaville, et d’une Lettre d’un ancien sénateur à Timon

Paris, Pagnerre, 1838-1839 (mention de septième édition pour les Études.

Quatre ouvrages en un volume 14 x 9 cms. 182 + 233 + 31 + 79 pages.

Demi reliure, dos lisse à motifs romantiques, tranches marbrées. Quelques rousseurs, surtout en début de volume, mais bon état global

50 €

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TIMON

Étude sur les orateurs parlementaires

Bruxelles, Société Belge de Librairie, 1838.

Un volume 15 x 10 cms. 278 pages.

Demi reliure, dos lisse à faux nerfs sous forme de filets dorés.

Petit manque en coiffe, rousseurs sur quelques feuillets, sinon bon état.

25 €

Vie et mort du calendrier révolutionnaire

Le calendrier révolutionnaire

Le calendrier révolutionnaire est un calendrier rétroactif : il est proclamé par la Convention Nationale le 5 octobre 1793 (14 vendémaire an II), mais est réputé avoir débuté le 22 septembre 1792 (1er vendémiaire an I), jour de la proclamation de la République.

Il comprend :

  • douze mois de trente jours, divisés en trois décades
  • 5 jours complémentaires après le 12e mois, appelés d’abord Sansculotides, puis Jours complémentaires
  • un jour intercalaire tous les 4 ans, appelé Jour de la Révolution
  • le jour de minuit à minuit, est divisé en 10 parties, chaque partie en 10 autres, etc. [Cette division du temps ne sera jamais appliquée]

Les noms des mois et des jours sont fixés par un décret du 4 Frimaire an II (24 novembre 1793), sur proposition de Fabre d’Églantine, de David et d’André Chénier :

  • Jours : de Primidi à Décadi
  • Mois:
    • Automne : Vendémiaire, Brumaire, Frimaire
    • Hiver : Nivôse, Pluviôse, Ventôse
    • Printemps : Germinal, Floréal, Prairial
    • Été : Messidor, Thermidor, Fructidor

Les noms des Saints chrétiens sont remplacés par celui des « objets qui composent la véritable richesse nationale, les dignes objets, sinon de son culte, au moins de sa culture ; les utiles productions de la terre, les instruments dont nous nous servons pour la cultiver, et les animaux domestiques, nos fidèles serviteurs dans ces travaux, animaux bien plus précieux, sans doute, aux yeux de la raison, que les squelettes béatifiés, tirés des catacombes de Rome. »

C’est le calendrier rural, dont se gausseront plus tard les artisans du rétablissement du calendrier grégorien, « vieux style », disait-on pendant la Révolution.

Le retour au calendrier grégorien

Regnaud de Saint-Jean d’Angély et Mounier sont chargés en l’an XIII (1805) de justifier l’abandon du calendrier révolutionnaire.

Après avoir établi un parallèle entre le système métrique et le calendrier, ils notent la « résistance » qu’a rencontré ce dernier.
Ils jugent favorablement la notion de décade, plus rationnelle que la semaine de 7 jours : elle permet une « correspondance constante entre le quantième du mois et celui de la décade, la longueur uniforme des mois, des saisons commençant avec le mois, des terminaisons symétriques permettant d’apercevoir à quelle saison chaque mois appartient. »
Mais ils font remarquer qu’elle a déjà été remplacée par la semaine (en Floréal an X – Avril 1802), et que de ce fait le calendrier révolutionnaire est devenu bancal.

Ils mettent en avant un inconvénient technique, la règle des sextiles, dépendants du cours du soleil, posant problème quand l’équinoxe arrive près de minuit. Cet inconvénient est cependant susceptible d’être corrigé facilement.

Mais le calendrier révolutionnaire, que l’on condamne ainsi sous un faux prétexte astronomique,  était surtout entaché d’un horrible péché originel,  : « Un défaut plus important est dans l’époque assignée pour le commencement de l’année. On aurait dû, pour contrarier moins nos habitudes et les usages reçus, le fixer au solstice d’hiver, ou bien à l’équinoxe de printemps, c’est-à-dire au passage du soleil par le point d’où tous les astronomes de tous les temps et de tous les pays ont compté les mouvements célestes.
On a préféré l’équinoxe d’automne pour éterniser le souvenir d’un changement qui a inquiété toute l’Europe [l’abolition de la royauté et la proclamation de la République] ; qui, loin d’avoir l’assentiment de tous les Français, a signalé nos discordes civiles. Il n’en fallait pas davantage pour faire rejeter éternellement ce calendrier par toutes les nations rivales, et même par une partie de la nation française. »

Le calendrier grégorien est rétabli par Napoléon, Empereur des Français, à compter du 1er janvier 1806, malgré tous ses inconvénients, pour une seule raison : « l’universalité ».

Deux poids, deux mesures : on maintient le système métrique en œuvrant pour le rendre universel, on supprime le calendrier révolutionnaire parce qu’il ne l’est pas.

Mais un calendrier établi pour des raison idéologiques, ne pouvait être supprimé que pour les mêmes raisons.

Le Manuel pour la concordance des calendriers républicain et grégorien

« On trouvera réunis dans ce volume les calendriers exacts dans les deux styles, mois républicains et grégoriens, noms des jours décadaires et hebdomadaires ; saints, fêtes ; exacte indication du nombre de dimanches entre les différentes fêtes mobiles ; jours de la lune ; divisions et manières de compter adoptées de temps immémorial dans les calendriers ecclésiastiques, et enfin la concordance avec le calendrier julien, que suivent encore les Chrétiens de la communion grecque. Le calendrier rural a même été admis dans ce volume, non pas comme pièce qu’on soit jamais dans le cas de beaucoup consulter, mais comme l’un des documents historiques relatifs à l’ère républicaine. »

Ce billet a été écrit le 25 Brumaire, an 221 de la République

Un logiciel de conversion de dates du calendrier grégorien vers le calendrier républicain se trouve ici

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Manuel pour la concordance des calendriers républicain et grégorien, ou Recueil complet de tous les Annuaires depuis la première année républicaine, seconde édition dans laquelle les Tables de concordance sont portées jusqu’à l’an XXX-1822

Paris, Antoine-Augustin Renouard, 1806.

Un volume 17 x 11 cms. XII-212-[XII] pages.
Demi reliure, dos à cinq nerfs, caissons ornés.
Quelques traces de mouillure éparses au premier cahier, sinon très bon état.
Contient aussi  les Décrets relatifs à l’établissement de l’ère républicaine ; Le Senatus-Consulte sur le rétablissement du calendrier grégorien.

75 €

Abracadabrantès

Napoléon 1er l’a traitée de « petite peste », peut-être parce qu’elle prétend qu’il trichait aux cartes.

Ou bien pour ses portraits, comme celui de la duchesse de Mazarin : « C’était une belle personne, mais immense, et disposant tellement de son gros individu que rien n’en était perdu pour la disgrâce. Par sa nature, elle avait habituellement le visage très coloré ; dans les moments où il l’était le plus, elle mettait toujours une robe rose pâle ou bleu céleste. Sa manière de s’habiller n’était pas la partie la moins ridicule de sa personne… Son ameublement, qui était des plus magnifiques, était toujours en désaccord sur quelques points. »

Théophile Gautier l’avait surnommée « La duchesse d’Abracadabrantès ». Sans doute pour sa capacité à propager, en les amplifiant, les ragots les plus saugrenus, comme par exemple la soumission (!) de Robespierre à Catherine Théos, qui se prétendait la Mère de Dieu.

Laure Junot d’Abrantès (1784-1838) a eu une vie de hauts et de bas, amoureux, financiers et littéraires.

Un temps maîtresse du jeune Balzac, elle publie, avec son aide, des Mémoires historiques qui auront un grand succès.

Un temps intime de Bonaparte, elle soutient ensuite la Restauration, avant de regretter l’Empire.

Elle tient épisodiquement Salon, quand ses moyens financiers le lui permettent, ce qui ne dure jamais longtemps, vu sa légendaire prodigalité.

Avec son Histoire des Salons de Paris, elle continue sous une autre forme ses Mémoires.

Ce ne sont plus ceux que l’on pourrait appeler les grands salons, où culminait l’esprit du 18e siècle.

Du temps a passé. C’est plus pâle, mais encore un peu vivant. On s’y remet de la Révolution, ou bien l’on regrette la royauté, puis l’on soutient l’Empire, tout en étant vaguement girondin – si l’on avait pu choisir, on aurait peut-être toléré ceux-là – en rappelant bien que Condorcet était Marquis.

La plume est alerte. Se succèdent un portait de Necker, un autre de Madame de Staël, l’épisode dramatisé de la mort de Condorcet, la lecture d’une pièce de Camille Desmoulins chez Robespierre, les débuts de Napoléon comme Premier Consul, tous les épisodes de son divorce d’avec Joséphine de Beauharnais…

Si elle donne tous les détails de la lutte entre le Salon de Madame de Polignac, au service de Marie-Antoinette, contre le Salon de Madame de Coigny, elle oublie de préciser que le Salon de Madame Sainte-Amaranthe n’était rien d’autre qu’une maison de jeux, puis un foyer contre-révolutionnaire.

C’est un ouvrage d’ambiance, et non d’histoire, parsemé de  réflexions parfois pertinentes :

  • « Nous sommes légers dans ce qui est sérieux, sérieux dans ce qui est léger. »
  • « Les philosophes étaient gens de bien en général, et leurs intentions étaient pures. Ils étudiaient l’homme : c’était lui, c’était la nature qu’ils étudiaient. […] Le dix-septième siècle a été celui de l’imagination, et le suivant celui de la vérité. »
  • « Je crois que la philosophie a amené la Révolution, mais je nie qu’elle ait fait ses malheurs. »
  • « Bonaparte comprit qu’il fallait réorganiser le système sociable pour arriver au système social. »

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Histoire des Salons de ParisDUCHESSE D’ABRANTÈS

Histoire des salons de Paris, tableaux et portraits du grand monde, sous Louis XVI, le Directoire, le Consulat et l’Empire, la Restauration et le règne de Louis Philippe Ier. 6/6
Paris, Ladvocat, 1837 et 1838, troisième édition (deuxième édition pour les tomes IV et VI).
6 volumes 22,5 x 14 cms.
406 + 415 + 426 + 397 + 395 + 395 pages non rognées. Reliure cartonnée verte uniforme, dos plat, titres et tomaison dorés. Couvertures originales conservées. Quelques rousseurs.

Contient :
TOME I : Introduction ; Salon de Madame Necker (1787) ; Salon de Madame de Polignac ; Salon de Monseigneur de Beaumont, archevêque de Paris ; Salon de Madame la duchesse de Mazarin ; Les Matinées de l’abbé Morellet.
TOME II : Salon de Madame Roland ; Salon de Madame de Brienne et du Cardinal de Loménie ; Salon de la duchesse de Chartres, au Palais-Royal ; Salon de la comtesse de Genlis ; Salon du marquis de Condorcet ; Salon de Madame la comtesse de Custine ; L’Atelier de Madame de Montesson, à Bièvre ; Salon de Madame de Staël, ambassadrice de Suède.
TOME III : Une lecture chez Robespierre ; Salon de Robespierre ; Salon de Madame de Sainte-Amaranthe ; Bal des victimes (Janvier 1795) ; Salon de Barras à Paris et à Grosbois ; Salon de François de Neufchâteau ; Salon de Madame de Staël sous le Directoire ; Salon de Seguin (An VII et an VIII) ; Salon de Lucien Bonaparte comme député et ministre de l’Intérieur (1798).
TOME IV : Salon de Madame de Montesson, à Paris et à Romainville ; Salon de Madame de Genlis, à l’Arsenal ; Salon de la Gouvernante de Paris (1806 à 1814).
TOME V : Salon de l’Impératrice Joséphine ; Salon de Cambacérès, sous le Consulat et l’Empire ; Salon de la duchesse de Bassano.
TOME VI : Salon de M. de Talleyrand ; Salon des princesses de la famille impériale ; Salon de Madame Récamier (en 1800) ; Salon de Madame Regnault à Saint-Jean-d’Angély ; Salon de la duchesse de Luynes.

225 €

Strasbourg pendant la Révolution

Eugene Seinguerlet (photo BNU)

Eugène Seinguerlet (1827-1887), historien et fondateur de la Revue Alsacienne, est d’opinion Montagnarde, et ne s’en cache pas.

Son livre, Strasbourg pendant la Révolution, apporte un éclairage détaillé sur les événements, et montre que la Révolution ne s’y est pas déroulée tout à fait comme ailleurs.

1) Strasbourg est une ville-frontière

Ancienne République souveraine, Strasbourg est française depuis 1681, après un siège mené par Louis XIV. Passée au statut de simple chef-lieu de département, la ville fait face non seulement à l’Empire allemand, mais aussi aux nombreux foyers d’émigrés qui y ont trouvé refuge.

La situation se complique du fait des possessions alsaciennes des Princes allemands. Leurs domaines, bien que situés en France, sont soumis aux droits féodaux allemands. Les Princes refusent, pour des raisons idéologiques, les indemnités proposées par la France. L’affaire se termine par une déclaration de guerre impulsée en avril 1792 par Louis XVI, et par le séquestre de ces biens. [un article très détaillé sur le sujet se trouve ici]

Ici commence le pays de la Liberté

Cette situation géographique explique sans doute le nombre important de visites effectués par différents Représentants du Peuple en mission, délégués par l’Assemblée puis par la Convention Nationale.
La plus célèbre reste celle de Saint-Just et Lebas, d’Octobre à Décembre 1793, en appui de l’Armée du Rhin. Cette mission se termine après la victoire militaire de Landau fin décembre 1793. Entre temps, les administrations locales ont été cassées,  un emprunt forcé de 9 millions décrété,  chaussures et vêtements ont été réquisitionnés.

2) Les questions linguistiques

La Fête de la Fédération à Strasbourg en 1790 (source : BNU)Jusqu’en 1789, l’allemand est la langue officielle de la Municipalité. Seul un habitant sur 300 parle le français. La Société des Amis de la Constitution, autrement dit le Club des Jacobins, tient ses séances alternativement en allemand et en français. Mais les Jacobins parisiens ne veulent pas de particularisme dans la France nouvelle. Il s’agira donc de « franciliser » l’Alsace, entre autres par la création d’un enseignement élémentaire en langue française. Ou par l’Arrêté de Saint-Just du 15 novembre 1793 : « Les citoyennes de Strasbourg sont invitées à quitter les modes allemandes, puisque leurs cœurs sont français. »
Même après la chute de Robespierre, le Représentant Foussedoire, après avoir destitué le maire, déclarera « qu’il serait néanmoins dangereux, dans les circonstances actuelles, de confier les fonctions de maire à un indigène. »

3) Le Droit local

De par le Traité qui la réunissait à la France, la Ville de Strasbourg avait gardé ses institutions particulières, découlant fortement du Droit allemand. Leurs deux caractéristiques étaient d’une part leur complexité (similaire d’ailleurs à celle du Royaume de France), et leur profonde corruption. Celle-ci explique le violent sac de l’Hôtel de Ville qui se déroula le 21 juillet 1789. L’ancienne Municipalité est chassée, une nouvelle sera élue.

Le sac de l'Hotel de Ville (Musée Historique de Strasbourg)

4) Les questions religieuses

Il y eut en Alsace peu d’émigration de nobles locaux. Seinguelet l’explique par le fait qu’ils étaient « plus éclairés, car associés aux affaires de la République de Strasbourg depuis longtemps. »

Par contre, le clergé catholique résista fortement. Seuls trois prêtres strasbourgeois sur 60, et 34 sur 404 dans le Bas-Rhin, acceptèrent la Constitution Civile du Clergé. Dépendant au spirituel d’évêques allemands, ils s’opposèrent à la transformation des biens ecclésiastiques en biens nationaux. Ils y étaient fortement encouragés par le Cardinal de Rohan, réfugié en Allemagne.

Mais cette forte propagande contre-révolutionnaire, avec une composante séparatiste, et appuyée sur un appel à l’étranger, fut largement contrée par l’action des Clubs.

5) La politique locale

On ne retrouve à Strasbourg qu’une partie de l’éventail politique parisien. Certes, pendant la Législative, les divisions Feuillants/Jacobins se répliquent par la scission entre le Poële du Miroir (Jacobins) et le Club de l’Auditoire. Mais les controverses sont bien atténuées. Et les Girondins accepteront leur défaite après le 31 mai 1793, sans déclencher de troubles, comme dans l’Ouest et le Midi. L’Alsace n’était pas la Vendée.

6) Les personnalités politiques

Euloge Schneider (source BNU)Trois figures se distinguent :

  • Dietrich, élu maire en mars 1790, était un modéré. Libéral, mais monarchiste, il fut révoqué par les Commissaires de l’Assemblée après la prise des Tuileries et la chute de Louis XVI le 10 août 1792.
  • François Monet, savoyard de 24 ans, dirige la municipalité jacobine de janvier 1793 à la chute de Robespierre. Destitué, mais non guillotiné (une rareté à l’époque), il mourra en 1840, totalement oublié. Tellement oublié qu’il semble impossible de trouver un portrait de lui.
  • Toute autre est la célébrité d’Euloge Schneider. Ancien moine, Accusateur public près le Tribunal révolutionnaire, il est le chef du parti jacobin germanophone. Il crée pendant la Terreur une association ultra-révolutionnaire, qu’il baptise « La Propagande ». Il sera arrêté par Saint-Just, et guillotiné en avril 94, malgré un retentissant appel à Robespierre.
    Seinguerlet voit dans le conflit entre Schneider et Saint-Just une lutte entre jacobins francophones et germanophones (il qualifie Schneider de « jacobin fédéraliste »). Tandis que Charles Nodier qui, à l’âge de 13 ans, était venu à Strasbourg prendre des leçons de grec chez… Euloge Schneider, pense que Saint-Just, qu’il ne porte pourtant pas dans son cœur, ne pouvait accepter d’avoir trouvé plus terroriste que lui.

Adresse de Schneider à Robespierre

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SEINGUERLET Eugène

Strasbourg pendant la révolution

Paris, Berger-Levrault, 1881.

Un volume 22,5 x 14,5 cms. XII-364 pages. Percaline éditeur, dos lisse, aux armes de l’École Municipale Turgot à Paris.
Papier un peu jauni, mais bon état.

50 € + port

Madame de Stael fait un carton

Traité philosophique dans la veine des Moralistes, l’ouvrage de Madame de Staël, De l’influence des passions sur le bonheur des individus et des nations, publié en 1796, porte aussi la marque de son temps.

Certes, il s’inscrit dans une lignée de réflexion classique :

  • « Les passions, cette force impulsive qui entraîne l’homme indépendamment de sa volonté, voilà le véritable obstacle au bonheur individuel et politique. […] Le premier volume est divisé en trois sections ; la première traite successivement de l’influence de chaque passion sur le bonheur de l’homme ; la seconde analyse le rapport de quelques affections de l’âme avec la passion ou avec la raison ; la troisième offre le tableau des ressources qu’on trouve en soi, de celles qui sont indépendantes du sort, et surtout de la volonté des autres hommes. »
  • « Le bonheur est la réunion de tous les contraires, c’est pour les individus l’espoir sans crainte, l’activité sans inquiétude, la gloire sans la calomnie, l’amour sans l’inconstance, l’imagination qui embellirait à nos yeux ce qu’on possède, et flétrirait le souvenir de ce qu’on aurait perdu. »
  • « Les moralistes doivent apprendre aux individus à se passer du bonheur. »
  • « On m’objectera peut-être qu’en voulant dompter les passions, je cherche à étouffer les plus belles actions des hommes, des découvertes sublimes, des sentiments généreux. Quoique je ne sois pas entièrement de cet avis […] j’ai tâché d’offrir un système de vie qui ne fut pas sans quelques douceurs. »

Mais la fille de Necker, favorable à une monarchie constitutionnelle devenue obsolète lors de la proclamation de la République en 1792, avait dû s’exiler. Les violents combats politiques de l’époque sont partout présents dans cette oeuvre :

  • « À cette époque monstrueuse, […] le bonheur des nations serait de concilier ensemble la liberté des républiques et le calme des monarchies, l’émulation des talents et le silence des factions. » [cette même idée est répétée deux fois à huit pages d’intervalle]
  • « On est d’accord, je pense, sur l’absurdité d’une constitution démagogique. (J’entends par constitution démagogique celle qui met le peuple en fermentation, confond tous les pouvoirs, enfin la constitution de 1793.) »

Il était prévu une deuxième partie, qui ne verra jamais le jour, et qui devait, après les individus, étudier les passions d’un point de vue politique. Le plan en est donné dans l’Introduction du premier volume.

  • « Je compte examiner les gouvernements anciens et modernes, trouver la cause de leur naissance, de leur durée et de leur destruction, dans la part plus ou moins grande qu’ils ont faite au besoin d’action qui existe dans toute société. »

Madame de Stael y renonça très vite, puisqu’elle fit supprimer la mention « Première Partie » dès le second tirage de son volume. Soit elle était dépassée par l’ampleur de la tâche, à laquelle elle fait allusion, soit elle ne voulait pas entrer dans une polémique trop détaillée.

Ou peut-être se rendit-elle plutôt compte que ses louanges envers « une hérédité modifiée, comme en Angleterre », et son opinion selon laquelle « aucun gouvernement monarchique ne renferme assez d’abus pour qu’un jour de révolution n’arrache plus de larmes que tous les maux qu’on voudrait réparer par elle », étaient complètement à côté de la nouvelle réalité.

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Notre exemplaire ne comporte pas de page de titre, mais fait partie de l’Édition Originale.

Comment en être si sûrs ? Grâce aux limiers qui nous ont précédés.

Escoffier en 1934, Schazmann en 1938, Longchamp en 1949, se sont penchés dur l’histoire des éditions de l’œuvre de Germaine de Staël. En ce qui concerne plus particulièrement De l’influence des passions,… ils ont détecté la présence de deux états différents de l’édition originale, parue chez Jean Mourer à Lausanne, ces deux états se différenciant par la présence ou non de cartons, reprenant les corrections faites au cours du tirage par l’auteur.

René Bray, dans un article du Bulletin du Bibliophile et du Bibliothécaire de 1953, est allé plus loin, ce qui lui a permis de repérer l’existence de quatre états différents de cette édition originale, les différences portant sur la mention ou non de Première partie, sur l’épigraphe, sur la présence d’errata, et sur celle de cartons. Il a d’ailleurs détecté 12 cartons affectant 16 pages et comportant 28 corrections, là où ses devanciers indiquaient 6 cartons affectant 9 pages et comportant 8 corrections.

Voici les quatre états qu’il a identifiés :

Notre exemplaire correspond au quatrième état, puisqu’il comprend errata et cartons. Ainsi que les nouvelles coquilles induites par ces cartons, comme le mot Caton au pluriel page 39. Il ne peut s’agir d’une édition ultérieure, puisque René Bray prend soin de préciser que ces coquilles nouvelles ont été corrigées dès la deuxième.

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STAEL Germaine de

De l’influence des passions sur le bonheur des individus et des nations.

Édition originale avec cartons, Lausanne, Jean Mourer, 1796.

Un volume 21 x 12,5 cms. 376 pages.

Demi reliure plus récente avec dos lisse à filets dorés et pièce de titre.

Petit accroc à la coiffe. Intérieur comme neuf.

La page de titre est manquante, l’avant-propos et l’errata sont bien présents.

200 €