Le 11 novembre, tu commettras l’adultère

On la connaît sous le nom de Wicked Bible, ou Bible Perverse, Vicieuse. Datée de 1631, cette réédition de la Bible du roi Jacques émane des imprimeurs Robert Barker et Martin Lucas, travaillant pour la cour royale. Sauf que les deux bonshommes ont laissé passer dans le texte une double coquille : « Tu ne commettras point l’adultère », est devenu ainsi « Tu commettras l’adultère »

wicked Bible

Condamnés tous deux à 300 £ d’amende, ce qui représentait à l’époque une année de salaire, et sanctionnés lourdement – ils perdirent leur statut du fait de la Chambre étoilée, sorte d’Inquisition d’outre-Manche – les deux hommes furent littéralement mis au rebut. 

L’histoire a retenu, entre autres interprétations qui ne feraient pas référence au Diable, qu’un rival des deux imprimeurs aurait tenté de leur nuire – et y serait magnifiquement parvenu. 

Originellement, un millier d’exemplaires sortirent des presses, et l’erreur ne fut découverte qu’une année plus tard : preuve donc que l’on lisait et relisait avec attention le passage en question : Exode, 20, 14

Il n’en resterait plus que 10 exemplaires dans le monde, dont un à la New York Public Library, et un autre à l’université de Cambridge. Bonhams mettra en vente l’une de ces copies, « infâmes et très rares », le mois prochain. Estimation : entre 10 et 15.000 £. Rendez-vous le 11 novembre pour enchérir.

Source : Actuallité

Petits coups d’oeil chez les voisins (6) : Jean Sleidan

portrait Sleidan goodJohann Philippson von Schleidan (1506-1556), plus connu sous son nom latinisé, Johannes Sleidanus, et sous son nom francisé, Jean Sleidan, était à la fois diplomate et historien.

Comme diplomate, il fut, sous François Ier, le secrétaire du Cardinal-Chancellier Jean Du Bellay et joua à ce titre un rôle pivot dans les relations entre la couronne de France et les protestants allemands en lutte contre les Habsbourg. Il eut ainsi accès à de nombreux documents et informations qui lui serviront plus tard. Il traduisit également en latin de nombreux ouvrages d’historiens français

Sa position ayant été affaiblie lors d’une période de réchauffement temporaire dans les relations entre la France et les Habsbourg, il quitta Paris et s’installa à Strasbourg, sans doute en 1547. C’est là qu’il traduisit en latin les Mémoires de Philippe de Commynes, qui connurent en 1545 pas moins de quatre éditions. C’est la même année qu’il entama la rédaction de ses Commentaires, dont le premier jet fut achevé en 1554. C’est alors que les rivalités entre Luthériens et Calvinistes (dont Sleidan était proche) faillirent en empêcher la publication, malgré l’avancement de l’impression – 20 Livres sur 25 étaient déjà prêts. Finalement, seule la version latine fut autorisée, mais non la version en allemand, dont l’audience aurait été plus large.

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Petits coups d’oeil chez les voisins (5) : Le chien de Jean

Jean Geiler de Kaysersberg est né en 1445 dans la ville suisse de Schaffhouse. Élevé à Kaysersberg par son grand-père – d’où son nom -, il est étudiant, puis professeur à l’université de Fribourg. Ordonné prêtre en 1470, il étudie la théologie à Bâle, puis retourne à Fribourg comme professeur, puis comme recteur.

Il abandonne l’enseignement pour la prédication, et de 1478 à sa mort en 1510, prêche à Strasbourg, où ses sermons attirent les foules. C’est pour lui que fut construite la chaire de la Cathédrale, et la légende prétend que c’est son chien qui est sculpté en bas de l’escalier.

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Geiler abandonna l’enseignement pour la prédication, afin de mettre son éloquence au service de l’édification des puissants, mais aussi – et surtout – du peuple.

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Petits coups d’oeil chez les voisins (4) : Les 111 fenêtres de Tobias

Les 111 gravures ornant notre édition de La Nef des fous sont généralement attribuées à Tobias Stimmer, de la même manière que celles de l’édition originale de 1494 le sont à Dürer.

Né à Schaffouse en 1539, mort à Strasbourg en 1584, élève d’Holbein le Jeune, Stimmer réalisa des peintures murales (par exemple le plafond du château de Baden-Baden), des portraits (Léonard de Vinci, Michel Ange, Charles le Téméraire) dont malheureusement les originaux sont perdus, ainsi que de nombreuses gravure et les peintures ornant l’horloge astronomique de Strasbourg.

Ce « petit » travail n’a visiblement pas suffi à la Municipalité pour que lui aussi ait droit à sa rue.

Peut-être (?) parce que l’attribution des gravures de La Nef des fous a été contestée.

Il y a en effet un autre candidat : Nicolaus Höniger, le traducteur de notre édition.

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Bonheur fugace au Jardin des Délices

Nous avons eu le (trop) bref bonheur de pouvoir disposer pendant quelques heures d’un exemplaire du Hortus Deliciarum (Le Jardin des Délices). Cette œuvre, réalisée entre 1159 et 1175 par Herrade de Landsberg, fut détruite lors du bombardement de Strasbourg en 1870, et des tentatives de reconstitution ont été faites d’après des copies partielles effectuées au XIXe siècle.

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Ouvrage encyclopédique de 648 pages et 45000 lignes de texte, comprenant 55 poèmes, 20 chants avec notations musicales, et 344 miniatures, le Hortus Deliciarum était destiné à ouvrir par la voie artistique la marche au Salut : le Jardin des Délices, c’est tout simplement le Paradis.

Fortement inspiré par la doctrine de Saint Augustin, il fut réalisé au couvent du Mont Sainte-Odile, dont la fondation est représentée en dernière page  :

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Nous souhaitons aujourd’hui simplement partager notre émerveillement devant cette incarnation du Beau.

La création du monde

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Le char du soleil et celui du Pharaon

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Le Zodiaque

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Les Prophètes

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La généalogie du Christ

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Le baptême du Christ

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Le massacre des Innocents

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[on se croirait dans une vidéo de l’État Islamique…]

Les Rois Mages

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Jésus et la Samaritaine

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La crucifixion (avec serpente historiée)

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La crucifixion

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La dernière Cène

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La dernière Cène et l’Ascension

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L’échelle des Vertus

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La Cité de Dieu

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Une belle collection de diables

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Si le Paradis semble austère et désincarné…

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… les pécheurs arborent en Enfer une sorte de petit sourire

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Une curiosité anatomique

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Salomon et le jeu des marionnettes

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La roue de la Fortune

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Le microcosme

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Femmes au moulin

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Les sept Arts Libéraux

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Les sept arts libéraux : la Grammaire, la Dialectique, la Rhétorique, la Géométrie, l’Arithmétique, l’Astronomie, la Musique. La figure principale est surmontée de trois têtes : l’Éthique, la Logique et la Physique. Elle tient en main un texte de l’Ecclésiaste : « Toute sagesse vient de Dieu ». Dans le cercle central sont représentés Socrate et Platon. Les oiseaux noirs sur l’épaule des scribes symbolisent l’esprit mauvais qui inspire les auteurs païens

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Notre exemplaire

Composé et édité à Strasbourg, cet exemplaire, le n° 1100/1100 de la publication, qui se trouvait en Suisse, à Saint-Gall (pourquoi ? comment ? mystère), est maintenant revenu au « bercail », dans sa magnifique reliure réalisée par Charles Valenta, le plus grand relieur de… Strasbourg.

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La Bible de Gutenberg à 42 lignes, l’un des plus anciens livres imprimés

 Ne commentons ni le prix, ni le choix d’un précédent propriétaire de la vendre feuillet par feuillet. Contentons-nous de l’admirer.

 cliquer sur l’image pour haute résolution

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Lot n° 14 de la vente de la Bibliothèque Guy Bechtel (ici)

BIBLE DE GUTENBERG. — Un feuillet original de la Bible latine à 42 lignes. [Mayence, Johannes Gutenberg, entre 1452-1454/1455]. Monté dans un album in-folio (environ 390 x 285 mm), maroquin bleu, titre doré sur le premier plat (Stikeman & C°). BMC, I, 17. — CIBN, B-361. — GW, n°4201. — Hain, n°3031. — Pellechet, n°2265. — Guy Bechtel, Gutenberg et l’invention de l’imprimerie, 1992. P

RÉCIEUSE RELIQUE DE LA PREMIÈRE ET CÉLÈBRE BIBLE LATINE DE GUTENBERG, dite à 42 lignes ou encore B 42. Feuillet imprimé recto et verso sur deux colonnes en caractères gothiques textura, à 42 lignes à la page. Le papier, vergé, porte le filigrane de l’un des trois papiers importés de l’Italie du Nord (plus précisément du Piémont, moulins près de Caselle) et utilisés par Gutenberg : il s’agit ici du filigrane représentant une tête de taureau surmontée d’une étoile. Le feuillet est rubriqué en rouge, avec une petite initiale E peinte en bleu au verso. Ce fragment est le feuillet 257 de l’Ancien Testament et comprend une partie du livre IV d’Esdras (Esdrae) : son texte correspond à la fin du verset 6 (et volavit sup eū.) et aux versets 7 à 58 du chapitre XIII, et aux versets 1 à 13 et au début du verset 14 (et dimitte abs te mortales) du chapitre XIV.

Rappelons que c’est au milieu du XVe siècle que Johannes Gutenberg, né peu avant 1400 à Mayence et mort dans cette ville en 1468, inventa la typographie, c’est-à-dire l’impression au moyen de caractères en métal coulé, mobiles et réutilisables. Sa Bible à 42 lignes est le premier grand livre imprimé au moyen de ces caractères. Elle est considérée comme l’un des plus beaux livres jamais sortis d’une presse et comme un monument de l’histoire du livre en Occident. On estime son tirage entre 180 et 200 exemplaires, dont une petite partie fut imprimée sur vélin.

Actuellement, 49 exemplaires, complets ou incomplets, ont survécu. Gabriel Wells, libraire de New York et possesseur d’un fragment d’une Bible de Gutenberg, avait décidé au début du XXe siècle de vendre chaque feuillet, présenté dans un portfolio de maroquin. Chacun d’entre eux est accompagné d’une introduction : A Noble fragment being a leaf of the Gutenberg Bible 1450-1455. With a bibliographical essay by A. Edward Newton. Le recto du feuillet est légèrement roussi. Petite trace de pliure à l’angle inférieur.

Estimation : 20 000 – 30 000 Euros

 

« Un conte de Noël de plus ! », direz-vous. Eh bien, non.

noel« Encore un conte de Noël… »

Eh bien non !

Certes, Noël, ou le mystère de la Nativité, en vers en quatre tableauxde Maurice Bouchor [1859-1925], reprend la trame traditionnelle : La Crèche, le Bœuf et l’Âne, l’Ange Gabriel, les Bergers, les Rois Mages.

Mais comment faire autrement ?

Il se distingue cependant nettement des autres Contes de Noël :

  • Bouchor par Evert van MudyenD’abord il est en vers, ce qui est assez rare, mais étonne moins quand on sait que l’auteur est poète.
  • Ensuite, il se présente la forme d’une pièce de théâtre, ce qui n’étonne pas non plus puisque Bouchor est (aussi) auteur dramatique. La Première fut donnée le 25 novembre 1890, à Paris, au… Petit-Théâtre des Marionnettes, car la version initiale du texte n’était pas destinée à être jouée par des humains. Celle que nous présentons aujourd’hui peut l’être, indique Bouchor, en précisant comment « rendre » les personnages d’animaux, tout en complétant : « Des enfants seront toujours les acteurs les mieux appropriés à la nature de cet ouvrage. »
  • Il est coupé d’intermèdes musicaux. Ainsi, quand l’Étoile réapparaît, et annonce aux Rois qu’elle va les guider jusqu’à la Crèche, elle le fait au son d’une « musique barbare et magnifique », qui succède à la musique « tendre et recueillie » qui accompagnait les Bergers.
  • Il ne se veut ni dogmatique, ni prosélyte, et l’annonce clairement dans la Préface : « « Cet ouvrage s’adresse à quiconque, faisant ou non partie de l’Église, ne se croit pas tenu, par haine de secte ou étroitesse d’esprit, de lutter contre des émotions profondément humaines et bienfaisantes. Nous n’avons eu aucune prétention de faire œuvre dogmatique. C’est la poésie de Noël que nous avons voulu dégager. »
  • Il délivre pourtant un message, qui n’est pas forcément celui auquel on s’attendrait dans ce contexte :
    • « Ne t’enorgueillis plus d’avoir un peu de bien.
      Q’uen feras-tu, pauvre homme, au jour suprême ? Rien. »
      (L’Ange Gabriel à l’avare berger Bartomieu)
    • « Mais la stricte justice abhorre l’esclavage,
      Et nul peuple, pas même une tribu sauvage,
      Non, pas un être humain n’est maudit devant Dieu. »
      (Le Roi Indien au Roi Nègre)
    • « Dans cette monstrueuse Afrique d’où je sors,
      J’ai vu l’homme écraser l’homme sans un remords,
      Toute multitude asservie,
      D’horribles dieux, ouvrage informe de nos mains,
      De rouges lacs de sang, des mers de pleurs humains,
      La mort plus douce que la vie. »
      (Monologue du Roi Nègre)

Mais Maurice Bouchor ne perd  pour autant ni son sens poétique :

  • « La lune resplendit, ronde et couleur de miel,
    Comme un large lotus sur le lac bleu du ciel,
    Que fleurissent aussi les étoiles sans nombres ;
    L’air en est radieux, mais que m’importe ? Une ombre
    Affreuse m’envahit, puisqu’elle n’est plus là,
    Celle qui, m’ayant vu pleurer, me consola. »
    (Le Roi Indien, quand l’étoile qui guidait les Rois Mages disparaît)

… ni son sens de la description. Par exemple, celle des animaux accompagnant ces mêmes Rois Mages :

  • « Des ânes tout couverts de raies ;
    Des bêtes qui n’ont point l’air vraies ;
    Des espèces de canetons
    Plus hauts que moi ; de grands moutons,
    Ayant long cou sur longues pattes,
    Qui vous taquineraient les dattes
    À même l’arbre ; et puis, tenez,
    Une montagne avec un nez
    Qu’elle allonge et qu’elle tortille
    Comme une anguille qui frétille… »

… ni son sens de l’humour :

  • « … … Ô le bon nez que j’eus
    De faire mijoter ces tripes dans leur jus !
    Elles seront à point. Près d’elles, jusqu’à l’aube,
    Dans l’ail, l’huile et le vin se parfumera ma daube.
    Puis, au retour, j’irai cueillir en mon jardin
    Le cerfeuil tout nouveau, la tendre ciboulette ;
    Ça nous parfumera richement l’omelette ;
    Et comme il faut avoir la panse bien replète,
    Nous ferons rissoler trois aunes de boudin ! »
    (Bartomieu)

…ni, non plus, le sens du message de Noël :

  • Que ce soit pour les animaux :
    « Le prêtre, immaculé dans sa blanche tunique,
    N’ensanglantera plus l’autel
    En nous égorgeant, nous, pauvres bêtes qui sommes
    De bons serviteurs pour les hommes. »
    (Le Bœuf)
  • Ou pour les hommes :
    « Adam, pauvres humains, vous a précipités
    Dans le malheur et dans le crime. […]
    En se chargeant du poids de vos iniquités,
    Le Fils de Dieu vous en délivre. […]
    Car le salut des créatures
    Sera le prix de ses tortures. »
    (L’Ange Gabriel)

Un message qui frappe d’autant plus qu’il émane d’un militant laïque, membre de la Ligue des Droits de l’Homme, futur Dreyfusard, engagé dans la création des Universités Populaires, et auteur de chansons très populaires dans les écoles de la Troisième République.

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Noël, ou le mystère de la nativité, en vers, en quatre tableaux. Envoi de l’auteur

Paris, Léon Chaillet, 1895 (sur la couverture), 1896, 6e édition (sur la page de titre). Un volume broché 19 x 11,5 cms. 80 pages.
Couverture et dos insolés avec petits manques (surtout au dos).
Envoi de l’auteur « À Mademoiselle Marguerite Boeckel, respectueux souvenir de l’auteur ».

45 € + port

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13037BOUCHOR Maurice, TIERSOT Julien

Chants populaires pour les écoles

Paris, Hachette, 1919. Un volume 18,5 x 12,5 cms. 46 pages (textes et partitions). Couverture cartonnée. Dos toilé muet. Intérieur très frais.

10 € + port