Il est interdit de troubler les abeilles dans leur travail

Maurice Block (1816-1901) était économiste, sous-chef du service de la Statistique Générale, et membre de l’Académie des sciences morales et politiques.

Auteur prolixe dans son domaine, il publia également quelques ouvrages aux titres alléchants : Karl Marx, fictions et paradoxes, ou bien Aphorismes économiques. (1)

Plus austère est le Dictionnaire de l’Administration française dont il dirigea la publication et les différentes éditions (2). Ce Dictionnaire, comme son nom ne l’indique pas, se veut la synthèse du Droit et de la jurisprudence. Les auteurs, au nombre de 116 d’après la table alphabétique, n’ont pas ménagé leurs efforts : les articles sont rédigés et les plus importants sont signés. Celui sur les Monuments historiques, par exemple, est de Prosper Mérimée.

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Et derrière l’austérité apparente, en butinant, on peut faire des trouvailles :

ABANDON.
• Les personnes, animaux ou objets abandonnés doivent être conduits ou déposés chez l’officier de police le plus voisin.
• Le propriétaire d’un marais peut faire abandon d’une partie de cette propriété en échange des frais occasionnés par le dessèchement de l’autre.

ABEILLES
• Depuis l’invention du sucre de betterave et de la stéarine, le miel et la cire ont perdu de leur importance, mais il est encore beaucoup de personnes qui s’adonnent à l’apiculture, soit pour le profit réel qu’elle leur procure, soit comme amateur.
• Le propriétaire est responsable des dommages causés par ses abeilles. Cette responsabilité permet au propriétaire d’un essaim de le réclamer et de s’en ressaisir sur le terrain d’autrui, tant qu’il n’a point cessé de le suivre. Autrement, l’essaim appartient au propriétaire du terrain sur lequel il s’est fixé.
• Il est interdit de troubler les abeilles dans leur travail : dans le cas où les ruches à miel pourraient être saisies séparément du fonds auquel elles sont attachées, elle ne peuvent être déplacées que pendant les mois de décembre, janvier et février.

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Chantons le (saint) Patron !

Est-ce la quintessence de « l’esprit gaulois » ?

L’Ami de la Famille, couplets pour fêtes patronales, naissances, anniversaires, convalescences, etc., publié en 1857, serait bien placé pour remporter une telle médaille.

Publié dans la collection Bibliothèque du chanteur, il voisine avec d’autres titres à faire rêver, comme :
Le Chansonnier national, dédié aux patriotes français
Le Chansonnier de l’hymen, couplets de noces et autres chansonnettes
Le Chansonnier des amis de la table et du vin
Le Chansonnier omnibus, recueil de couplets galants, satiriques ou plaisants
etc.

Son auteur, Ana-Gramme [!] Blismon, n’est autre que l’éditeur lillois Simon-François Blocquel [1780-1863].

Sa maison publie des livres de colportage, d’imagerie populaire, des almanachs, des livres de piété, des manuels scolaires, des récits de grands voyages. C’est le premier éditeur lillois de son époque. Certains de ses ouvrages paraissent en même temps à Paris chez Delarue, qui n’est autre que son beau-frère…

C’est le cas de L’Ami de la Famille…  qui présente des couplets dédiés au Saint Patron de chaque prénom.

Mais pas seulement.

Nous ne vous ferons pas languir plus longtemps avant d’en savourer deux extraits :

À une sourde le jour de sa fête

 Air : Les Dieux ne formèrent Lisette…

 Aimable sourde sans pareille,
Entends mes vœux pour ton bonheur ;
Lorsque le cœur parle au cœur,
On doit s’entendre sans oreilles.

Espère ; au siècle des merveilles
Il ne faut s’étonner de rien ;
Bientôt on trouvera moyen
De refaire aux sourds les oreilles.

En attendant, je te conseille
De patienter quelques jours ;
On entend de si sots discours,
Qu’il est bon d’y fermer l’oreille.

Un autre eût consacré ses veilles
À rimer sur chaque vertu ;
Pour abréger, à l’impromptu,
Moi je t’ai pris par les oreilles.

_ _ _ _ _ _

Couplet à Tonton, qui m’en demandait un.

Air : De la pipe de tabac…

Tonton, ta taille est très jolie ;
Tous tes traits, Tonton, sont charmants ;
Ton teint est la rose fleurie ;
Ton ton est des plus séduisants…
Mais faut-il donc qu’on te détaille ?
Un seul mot peut en dire autant :
Ton ton, ton teint, tes traits, ta taille,
En toi, Tonton, tout est tentant !

_ _ _ _ _ _

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BLISMON Ana-Gramme [BLOCQUEL Simon-François]

L’Ami de la Famille, couplets pour fêtes patronales, naissances, anniversaires, convalescences, etc

Paris, Delarue, sans date [1857, date BNF].
Un volume 11,5 x 7,5 cms. 288 pages.
Demi reliure. Dos à 5 nerfs, titre et fleurons dorés. Couverture originale conservée.
Quelques rousseurs sinon très bon état.

100 €

« Un conte de Noël de plus ! », direz-vous. Eh bien, non.

noel« Encore un conte de Noël… »

Eh bien non !

Certes, Noël, ou le mystère de la Nativité, en vers en quatre tableauxde Maurice Bouchor [1859-1925], reprend la trame traditionnelle : La Crèche, le Bœuf et l’Âne, l’Ange Gabriel, les Bergers, les Rois Mages.

Mais comment faire autrement ?

Il se distingue cependant nettement des autres Contes de Noël :

  • Bouchor par Evert van MudyenD’abord il est en vers, ce qui est assez rare, mais étonne moins quand on sait que l’auteur est poète.
  • Ensuite, il se présente la forme d’une pièce de théâtre, ce qui n’étonne pas non plus puisque Bouchor est (aussi) auteur dramatique. La Première fut donnée le 25 novembre 1890, à Paris, au… Petit-Théâtre des Marionnettes, car la version initiale du texte n’était pas destinée à être jouée par des humains. Celle que nous présentons aujourd’hui peut l’être, indique Bouchor, en précisant comment « rendre » les personnages d’animaux, tout en complétant : « Des enfants seront toujours les acteurs les mieux appropriés à la nature de cet ouvrage. »
  • Il est coupé d’intermèdes musicaux. Ainsi, quand l’Étoile réapparaît, et annonce aux Rois qu’elle va les guider jusqu’à la Crèche, elle le fait au son d’une « musique barbare et magnifique », qui succède à la musique « tendre et recueillie » qui accompagnait les Bergers.
  • Il ne se veut ni dogmatique, ni prosélyte, et l’annonce clairement dans la Préface : « « Cet ouvrage s’adresse à quiconque, faisant ou non partie de l’Église, ne se croit pas tenu, par haine de secte ou étroitesse d’esprit, de lutter contre des émotions profondément humaines et bienfaisantes. Nous n’avons eu aucune prétention de faire œuvre dogmatique. C’est la poésie de Noël que nous avons voulu dégager. »
  • Il délivre pourtant un message, qui n’est pas forcément celui auquel on s’attendrait dans ce contexte :
    • « Ne t’enorgueillis plus d’avoir un peu de bien.
      Q’uen feras-tu, pauvre homme, au jour suprême ? Rien. »
      (L’Ange Gabriel à l’avare berger Bartomieu)
    • « Mais la stricte justice abhorre l’esclavage,
      Et nul peuple, pas même une tribu sauvage,
      Non, pas un être humain n’est maudit devant Dieu. »
      (Le Roi Indien au Roi Nègre)
    • « Dans cette monstrueuse Afrique d’où je sors,
      J’ai vu l’homme écraser l’homme sans un remords,
      Toute multitude asservie,
      D’horribles dieux, ouvrage informe de nos mains,
      De rouges lacs de sang, des mers de pleurs humains,
      La mort plus douce que la vie. »
      (Monologue du Roi Nègre)

Mais Maurice Bouchor ne perd  pour autant ni son sens poétique :

  • « La lune resplendit, ronde et couleur de miel,
    Comme un large lotus sur le lac bleu du ciel,
    Que fleurissent aussi les étoiles sans nombres ;
    L’air en est radieux, mais que m’importe ? Une ombre
    Affreuse m’envahit, puisqu’elle n’est plus là,
    Celle qui, m’ayant vu pleurer, me consola. »
    (Le Roi Indien, quand l’étoile qui guidait les Rois Mages disparaît)

… ni son sens de la description. Par exemple, celle des animaux accompagnant ces mêmes Rois Mages :

  • « Des ânes tout couverts de raies ;
    Des bêtes qui n’ont point l’air vraies ;
    Des espèces de canetons
    Plus hauts que moi ; de grands moutons,
    Ayant long cou sur longues pattes,
    Qui vous taquineraient les dattes
    À même l’arbre ; et puis, tenez,
    Une montagne avec un nez
    Qu’elle allonge et qu’elle tortille
    Comme une anguille qui frétille… »

… ni son sens de l’humour :

  • « … … Ô le bon nez que j’eus
    De faire mijoter ces tripes dans leur jus !
    Elles seront à point. Près d’elles, jusqu’à l’aube,
    Dans l’ail, l’huile et le vin se parfumera ma daube.
    Puis, au retour, j’irai cueillir en mon jardin
    Le cerfeuil tout nouveau, la tendre ciboulette ;
    Ça nous parfumera richement l’omelette ;
    Et comme il faut avoir la panse bien replète,
    Nous ferons rissoler trois aunes de boudin ! »
    (Bartomieu)

…ni, non plus, le sens du message de Noël :

  • Que ce soit pour les animaux :
    « Le prêtre, immaculé dans sa blanche tunique,
    N’ensanglantera plus l’autel
    En nous égorgeant, nous, pauvres bêtes qui sommes
    De bons serviteurs pour les hommes. »
    (Le Bœuf)
  • Ou pour les hommes :
    « Adam, pauvres humains, vous a précipités
    Dans le malheur et dans le crime. […]
    En se chargeant du poids de vos iniquités,
    Le Fils de Dieu vous en délivre. […]
    Car le salut des créatures
    Sera le prix de ses tortures. »
    (L’Ange Gabriel)

Un message qui frappe d’autant plus qu’il émane d’un militant laïque, membre de la Ligue des Droits de l’Homme, futur Dreyfusard, engagé dans la création des Universités Populaires, et auteur de chansons très populaires dans les écoles de la Troisième République.

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Noël, ou le mystère de la nativité, en vers, en quatre tableaux. Envoi de l’auteur

Paris, Léon Chaillet, 1895 (sur la couverture), 1896, 6e édition (sur la page de titre). Un volume broché 19 x 11,5 cms. 80 pages.
Couverture et dos insolés avec petits manques (surtout au dos).
Envoi de l’auteur « À Mademoiselle Marguerite Boeckel, respectueux souvenir de l’auteur ».

45 € + port

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13037BOUCHOR Maurice, TIERSOT Julien

Chants populaires pour les écoles

Paris, Hachette, 1919. Un volume 18,5 x 12,5 cms. 46 pages (textes et partitions). Couverture cartonnée. Dos toilé muet. Intérieur très frais.

10 € + port

Poésie méchante, ou méchante poésie ?

Si tu veux être rebuté,
Malade d’un spectacle infâme,
Et jusque dans le fond de l’âme,
Un jour te sentir insulté ;

Si tu veux voir quelle guenille
Peut devenir l’esprit humain ;
Si tu veux faire un peu chemin
Avec le porc et le gorille ;

Si tu veux voir l’affreuse mort
Créant à sa façon la vie,
Grouillante, infecte, inassouvie
Des fanges sans nom qu’elle mord :

Ouvre ces livres où s’étalent
Les pestes qui nous font mourir :
Tu sauras quels parfums exhalent
Les peuples en train de pourrir.

Les Poètes.

Journaliste et écrivain polémique intransigeant, au service du catholicisme le plus traditionnel, Louis Veuillot [1813-1883] met toutes les formes littéraires au service de son combat : articles de presse, essais, pamphlets, romans, et même poésie.

Son recueil Les Couleuvres, paru en 1869, lui vaudra cette appréciation, attribuée à De Boissière: « M. Veuillot, qui est chrétien, a baptisé ses vers du nom symbolique de couleuvres ; il a raison, ils rampent et ne mordent pas. » Mais le pourquoi du titre choisi reste obscur.

Louis Veuillot, dans son volume, s’en prend à trois principaux ennemis : les Hommes de Lettres, Paris, le Peuple.

1) Les Hommes de Lettres, regroupés en un « Temple »

Notre temple est ouvert aux dieux les plus risqués,
Simon, Renan, Quinet y seront expliqués ;
Jean Reynaud y viendra pour la métempsychose,
Mahomet et Luther y mènent les houris,
Platon, Calvin et Bèze y sont pour autre chose,
Sainte-Beuve et Fourier en ornent le pourpris,
Et le commode About est portier, non sans gloire ;
Tous les mérites ont leur prix.

La Matière, ballade.

Ceci pour une raison simple :

Ô poète ! Ainsi fait, quoique ta rage en dise,
Cet Atlas tout divin que tu hais tant : l’Église !

Défense du Mont Atlas

2) Paris

T’oserai-je quitter, cher Paris, la grand’ville !
Et quels autres climats trouverai-je meilleurs ?
Où s’épanouit mieux la fleur du vaudeville ?
Où sont plus de bavards, de vantards, de hurleurs ?

Sur plus d’alignement quel monde plus servile
Prend sa loi des journaux, des filles, des tailleurs ?
Quel pavé voit grouiller populace plus vile ?
Je ne saurai jamais tant m’ennuyer ailleurs !

Ô Paris, entrepôt de choses éculées,
Vieux terrain des recueils, des charniers, des égouts,
Bazar de lieux communs pour tous les hideux goûts !

Chez toi se vend la mort en robes maculées ;
Chez toi le mépris règne et n’est point exigu ;
Chez toi l’ennui devient chronique et reste aigu.

Quitter Paris !

3) Le Peuple

… Ce fantôme
Qu’on nomme Peuple souverain.
Fantôme et maître véritable,
À la fois monstre et fiction,
Géant vainqueur, nain pitoyable
Qu’on nomme aussi l’Opinion.
C’est là le maître ! Son caprice
Seul est la loi, seul la justice ;
La règle est l’erreur qui lui plaît.

Les Mercenaires.

De telles attaques aident à comprendre pourquoi Pierre Larousse, dans son Grand Dictionnaire, quitte – ce qui est rarissime – sa neutralité habituelle dans l’article qu’il consacre à Veuillot :

« Il nous semble superflu de porter un jugement sur M. Veuillot, devenu le chef reconnu des catholiques de France. […]
Sans instruction, sans idées, sans aucune force d’esprit, il a conquis le rang qu’il occupe par son zèle dévorant et par son talent de polémiste.
Toutefois ce talent, si on l’examine de près, consiste surtout dans des raffinements de méchanceté. Sa préoccupation est de rendre l’injure aussi outrageante que possible, et comme il n’a aucune finesse de goût et n’est retenu par aucune des considérations qui arrêtent les hommes bien élevés, il tombe dans des grossièretés inouïes. Il reproche aux gens leur âge, leurs infirmités, leur tournure, leur laideur. Il entre dans leur vie privée ; il ne lui suffit pas d’assassiner, il faut qu’il souille, qu’il déshonore.
Quant à son style, il a de la verve, de l’éclat, d’heureuses trouvailles de mots, mais il tend de plus en plus à tomber dans l’afféterie, dans la recherche, et il abonde en incorrections d’autant plus frappantes que M. Veuillot parle des lettrés en cuistre et en pédant. […]
Ajoutons, en terminant, que nul homme de ce temps-ci n’a rendu plus de services à la libre pensée que le rédacteur de l’Univers. En exposant incessamment le divorce complet qui existe entre l’Église et la société moderne ; en s’attachant à prouver que le catholicisme condamne absolument les idées de liberté, de justice et de tolérance admises par toutes les nations civilisées ; que les peuples doivent retourner au moyen âge, se courber sous l’omnipotence papale et prendre pour règle unique le Syllabus ; enfin, en affirmant que « rien n’est plus naturel et plus nécessaire que de livrer au bras séculier et de punir de mort l’hérétique » M. Veuillot a déchiré tous les voiles, rendu toute illusion impossible et fourni à la libre pensée un de ses arguments les plus forts contre les doctrines romaines. »

Alors oui, poésie méchante et méchante poésie à la fois, mais dont l’outrance rafraîchit…

Ces païens enragés que l’on voit par essaims
S’envoler tous les ans de l’École Normale ;
Ces grands adorateurs de Vénus animale,
Qui parlent de reins forts et de robustes seins,

Regardez-les un peu : la plupart sont malsains.
Cuirassés de flanelle anti-rhumatismale,
Ils vont en Grèce avec des onguents dans leur malle,
Et ne peuvent s’asseoir que sur certains coussins.

Nos Païens.

Le poison coule comme un fleuve
De mainte fleur, de maint fruit mûr ;
Mais l’alambic de Sainte-Beuve
Distille un venin bien plus sûr.

Tout compte fait.

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21320_121320_2VEUILLOT Louis

Les Couleuvres.

Paris, Victor Palmé, 1869.
Un volume 18 x 11 cms. III-204 pages.
Demi reliure, dos à 4 nerfs soulignés de filets dorés. Bon état.

15 € + port

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Du même auteur :

VEUILLOT Louis

06168Mélanges religieux, historiques, politiques et littéraires. Deuxième série, 6/6.

Paris, Gaume et Duprey, 1859 à 1861.
Six volumes 22 x 15 cms. IV-580 + 620 + 559 + 598 + 627 + XL-331 pages.
Demi reliure. Dos lisses à faux nerfs, titres tomaisons et fleurs dorés. Reliures un peu frottées. Des rousseurs.

150 € + port

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VEUILLOT Louis

07340_207340_1Les Odeurs de Paris. Édition Originale

Paris, Palmé, 1867.
Un volume 21 x 14 cms. XVI-498 pages.
Demi reliure toile de bibliothèque , avec étiquette papier.
Reliure très frottée, plats abîmés. Texte très frais.

15 € + port

Les talents oubliés d’Antoinette Deshoulières

Il y a une petite dizaine d’années, Isabelle Huppert et Jean-Louis Murat avaient, en mettant en musique quelques-unes de ses œuvres (voir ici), brièvement sorti de l’oubli Antoinette Deshoulières, poétesse de l’époque de Louis XIV. Mais elle y est bien retombée depuis.

Peut-être parce que personne n’a encore pris toute la mesure de la variété de son talent.

Deshoulieres1Née De La Garde, Antoinette Deshoulières est mariée très jeune par sa famille, mais ne rejoint son mari qu’à vingt ans, en Belgique, où il guerroyait sous les ordres du prince de Condé. Entre temps, elle étudie, et pratique à merveille, le latin, l’italien et l’espagnol ; apprend la poésie sous l’égide d’Hénault. Mais elle restera enfermée huit mois au château de Vilvorden pour avoir osé réclamer auprès de la Cour d’Espagne les émoluments dus à son mari… Celui-ci profitera d’ailleurs de l’amnistie offerte par Louis XIV pour quitter le parti de Condé et rentrer d’exil. À sa mort, il la laissera totalement ruinée.

Fréquentant les salons littéraires, elle participe aux débats du temps, prenant parti pour Perrault dans la querelle des Anciens et des Modernes, ou optant pour une inscription en français – en non en latin – pour orner le futur Arc de Triomphe alors en projet.

À La Rochefoucauld, elle dédiera une Ode qui, tout en louant les Réflexions morales, exprime quelques réserves :

« Quel spectacle offre à ma vue
L’état où vous paraissez ?
Ah que mon âme est émue,
Et que vous m’attendrissez !
Mais d’où vient ce dur silence ?
Pourquoi porter la constance
Jusqu’à ne point soupirer ?
Victime d’un fol usage,
Vous croyez que le vrai sage
Doit souffrir sans murmurer. »

Avec Racine, la querelle alla bien plus loin, car elle place Corneille au plus haut, et ne peut supporter l’apparition d’un rival. Elle « résumera » donc ainsi le Phèdre de Racine :

« Une grosse Aricie, au cuir rouge, aux crins blonds,
N’est là que pour montrer deux énormes tétons,
Que malgré sa froideur, Hippolyte idolâtre.

Il meurt enfin traîné par ses coursiers ingrats ;
Et Phèdre, après avoir pris de la mort-aux-rats,
Vient en se confessant, mourir sur le théâtre. »

Il faut lui reconnaître de l’esprit, qui apparaît aussi dans quelques portraits bien troussés :

« Son teint est assez vif ; et ses yeux enfoncés,
Et rouges par les bords, nous font connaître assez
Qu’il est accoutumé de répandre des larmes.
Cette occupation leur ôte bien des charmes ;
Il leur en reste encore assez passablement :
Ils sont fins, ils sont doux, voilà leur agrément.
Sur tous les autres nez, son nez a l’avantage,
Et jamais un grand nez n’orna mieux un visage.
Sa bouche à ce qu’on dit, ne manque point d’appas ;
Elle a ce beau vermeil que tant d’autres n’ont pas,
La lèvre de dessus est pourtant enfoncée,
L’autre, par conséquent, est assez avancée. »
Portrait de Monsieur de Lignières. (1658).

Elle s’essaiera à tous les genres. (Une particularité de la Table des Matières du volume que nous présentons est d’être organisée par types de poésies : Airs, Ballades, Épitres, Odes, etc., plutôt que selon la pagination ou les titres.)

Il y a bien sûr des poèmes de circonstance ; des portraits – élogieux, bien entendu –  d’ami(e)s ou de personnages célèbres ; des glorifications d’événements historiques et militaires ; une Imitation de la première Ode d’Horace dédiée à Colbert ; mais on y trouve cependant quelques merveilles d’originalité ou de finesse. Elle écrit à son mari sous forme de Chansons. Elle fait signer quelques-uns de ses poèmes par son épagneul ; ou en rédige sous forme de discours d’un chat à un autre chat (qui bien sûr répondra).

Elle ne dédaigne pas non plus les jeux littéraires, comme dans ces  Poèmes intitulés Rimes en ailles, en eilles, en ille et en ouille,  que M. le Maréchal de Vivonne lui donna, pour les remplir à la louange du Roi, les rimes masculines à son choix.

« Amoureux Rossignols, de qui la voix chatouille
L’oreille et le cœur à la fois ;
Zéphirs, qui murmurez dans le fond de ce bois ;
Ruisseau, de qui l’onde gazouille,
Taisez-vous ; laissez moi dans un profond repos
Rêver quelques moments au plus grand des Héros.
Jamais d’une campagne il n’est sorti bredouille.
Dès que ses ennemis ont osé l’irriter,
Sur eux, on l’a vu remporter
Plus d’une glorieuse et superbe dépouille. […] »

Elle porte une attention particulière au rythme de ses poèmes, rompt souvent ses alexandrins par des vers de huit pieds ; et se fait en quelque sorte une spécialité des poèmes à sept pieds, qui renouvellent les scansions auquel les oreilles sont habituées.

« Qu’il fait beau faire voyage
Quand de froid on est transi !
Puissent les ennuis, la rage,
Les chagrins et le souci
Être de votre équipage ;
Puisse tout l’air épaissi
Vous régaler d’un orage.
Puisse l’enfant sans merci
Vous forcer à rendre hommage
À quelque Iris de village,
Au teint couleur de souci,
Au pied sentant le fromage […] »
Épitre à M. le Maréchal Duc de Vivonne. [1679]

Mais ce qui la distingue tout autant, c’est un profond pessimisme. Certains lui ont reproché d’adresser des poèmes aux Moutons, aux Oiseaux, aux  Fleurs  ou aux Ruisseaux, mais ils n’en avaient pas saisi la portée philosophique.

« Hélas ! petits moutons, que vous êtes heureux ! […]
Vous ne formez jamais d’inutiles désirs. […]
L’ambition, l’honneur, l’intérêt, l’imposture,
Qui font tant de maux parmi nous,
Ne se rencontrent point chez vous.
Cependant nous avons la raison pour partage,
Et vous en ignorez l’usage.
Innocents animaux, n’en soyez point jaloux :
Ce n’est pas un grand avantage.
Cette fière raison, dont on fait tant de bruit,
Contre les passions n’est pas un sûr remède :
Un peu de vin la trouble, un enfant la séduit,
Et déchirer un cœur qui l’appelle à son aide
Est tout l’effet qu’elle produit. »
Les Moutons.  (1674)

« Plus heureuses que nous, ce n’est que le trépas
Qui vous fait perdre vos appas ;
Plus heureuses que nous, vous mourez pour renaître.
Tristes réflexions, inutiles souhaits !
Quand une fois nous cessons d’être,
Aimables fleurs, c’est pour jamais !
Un redoutable instant nous détruit sans réserve :
On ne voit au delà qu’un obscur avenir.
À peine de nos noms un léger souvenir
Parmi les hommes se conserve. »

Les Fleurs (1677)

Elle s’est un peu plus dévoilée dans ces deux quatrains, issus d’une série de Réflexions diverses :

« Non, mais un esprit d’équité
À combattre le faux incessamment m’attache,
Et fait qu’à tout hasard j’écris ce que m’arrache,
La force de la vérité. »

« Mais rien n’est si trompeur que la prudence humaine.
Hélas, presque toujours le détour qu’elle prend
Pour nous faire éviter un malheur qu’elle attend,
Est le chemin qui nous y mène. »

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21093_2Deshoulieres2DESHOULIÈRES Antoinette

Œuvres de Madame et de Mademoiselle Deshoulières, nouvelle édition, augmentée de leur Éloge historique et de plusieurs pièces qui n’avaient pas encore été imprimées. Tome Premier seul.

Paris, Libraires Associés, 1744.
Un volume 14,5 x 8 cms. LX-248 pages. Un portrait en frontispice.
Pleine reliure du temps. Dos lisse à faux caissons ornés, pièce de titre et de tomaison. Tranches rouges.
Trace de mouillure aux coins inférieurs et supérieurs sur l’ensemble du volume, sans empêcher la lecture.
60 €

Célébration de la Femme

Juvénal, il y a deux mille ans, dans sa Satire VI, avait cloué le sexe faible au pilori :

Des coupables écarts aux femmes imputés,
La débauche n’est pas le plus digne de haine ;
À de plus grands excès leur sexe les entraîne.

À quoi sert la vertu ? qu’importe la beauté,
Lorsqu’une épouse altière, abusant de ses charmes,
S’en fait, pour te vexer, un prétexte et des armes,
Et que, par des discours pleins d’aigreur et de fiel,
De ces dons précieux elle corrompt le miel ?

Toute femme prétend régner sur sa conquête :
Toutes, insultant même à l’amour d’un époux,
Se font de son tourment le plaisir le plus doux.
Et quand même la tienne à son devoir fidèle,
Répondrait à l’ardeur dont tu brûles pour elle,
Tu n’en serais pas moins pillé, persécuté :
L’amant le plus docile est le plus maltraité.

Boileau, dix-sept siècles plus tard, dans sa Satire X, n’est pas en reste :

Je me plais à remplir mes sermons de portraits.
En voilà déjà trois peints d’assez heureux traits,
La femme sans honneur, la coquette, et l’avare.
Il faut y joindre encore la revêche bizarre,
Qui sans cesse d’un ton par la colère aigri,
Gronde, choque, dément, contredit un mari.

T’ai-je encor peint, dis-moi, la fantasque inégale,
Qui m’aimant le matin, souvent me hait le soir ?
T’ai-je peint la maligne aux yeux faux, au cœur noir ?
T’ai-je encore exprimé la brusque impertinente ?
T’ai-je tracé la vieille à morgue dominante,
Qui veut vingt ans encore après le sacrement,
Exiger d’un mari les respects d’un amant ?
T’ai-je fait voir de joie une belle animée,
Qui souvent d’un repas sortant toute enfumée,
Fait même à ses amants trop faibles d’estomac
Redouter ses baisers pleins d’ail et de tabac ?

C’est explicitement contre eux que Gabriel-Marie Legouvé rédige Le Mérite des femmes, poème, « en raisonnant d’après des généralités, tandis qu’ils n’ont raisonné que d’après des exceptions », précise-t-il dans son Avant-propos.

Juvénal, dans ses vers digne émule d’Horace,
Despréaux, qui tous deux les rendit au Parnasse,
Contre un sexe, paré de vertus et d’attraits,
Du carquois satirique ont épuisé les traits.
De ces grands écrivains je marche loin encore ;
Mais j’ose, défenseur d’un sexe que j’honore,
Opposant son pouvoir à leur inimitié,
Célébrer des humains la plus belle moitié.

Et s’il explique la virulence de Juvénal par la conduite des dames romaines et par « son désir de faire triompher les mœurs », il refuse une telle excuse à Boileau. « À cette époque, tout invitait les femmes à couvrir leurs fautes de cette décence qui est presque de la vertu : c’étaient des faiblesses, mais sans emportements ; c’étaient des erreurs, mais sans scandale ; et le sage ne pouvait en être blessé. »

Gabriel Legouvé Musée du château de CompiègnePoète français [1764-1812], traducteur de Lucain, académicien, Gabriel-Marie Legouvé, qui s’était essayé au théâtre avec un succès mitigé, rencontra avec cette œuvre un très grand succès de librairie, puisqu’il s’en imprima plus de 40 éditions.

Il est bien oublié aujourd’hui, et un mystère plane d’ailleurs sur le lieu exact de sa sépulture (voir ici)

Pour lui, la femme est d’abord l’incarnation de la Beauté :

Ce front pur et céleste où rougit l’innocence,
Cette bouche, cet œil, qui troublent tous les cœurs,
L’une par un sourire, et l’autre par des pleurs ;
Ces cheveux se jouant en boucles ondoyantes,
Ce sein voluptueux, ces formes attrayantes,
Ce tissu transparent, dont un sang vif et pur
Court nuancer l’albâtre en longs filets d’azur ;
Tout commande l’amour, même l’idolâtrie.

Elle est la Mère ; puis l’Amante ; puis l’Épouse ; puis à nouveau la Mère ; plus tard, l’Amie ; et enfin l’Infirmière :

Elle vole, inquiète, au berceau de son fils,
Dans le sommeil longtemps le contemple immobile,
Et rentre dans sa couche, à peine encor tranquille.
S’éveille-t-il, son sein, à l’instant présenté,
Dans les flots d’un lait pur lui verse la santé.
Qu’importe la fatigue à sa tendresse extrême ?
Elle vit dans son fils, et non plus dans soi-même,
Et se montre, aux regards d’un époux éperdu,
Belle de son enfant à son sein suspendu.

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Oui, des plus durs exploits où l’homme se prodigue
Elle sait à ses yeux adoucir la fatigue :
Artisan, souffre-t-il, par le travail lassé,
Il revoit sa compagne, et sa peine a cessé.
Ministre, languit-il dans son pouvoir suprême,
Au sein de son épouse il vient se fuir lui-même.
Il y vient oublier l’ennui, le noir soupçon,
Qui mêlent aux grandeurs leur dévorant poison,
Et, distrait de l’orgueil par l’amour qui l’appelle,
Du poids de ses honneurs il respire auprès d’elle.
Elle est dans tous les temps son soutien le plus doux.

Les mégères célèbres, Médée, Messaline ne sont qu’une exception :

Les femmes, dût s’en plaindre une maligne envie,
Sont ces fleurs, ornements du désert de la vie.
Reviens de ton erreur, toi qui veux les flétrir :
Sache les respecter autant que les chérir ;
Et, si la voix du sang n’est point une chimère,
Tombe aux pieds de ce sexe à qui tu dois ta mère.
[ces deux vers, qui clôturent le poème, valurent quelques quolibets à Legouvé]

Il vaut mieux retenir des héroïnes comme Esther, Antigone, Jeanne d’Arc, les Sœurs de la Charité.

Ou encore Marie-Maurille de Sombreuil, qui sauva son père des massacres de Septembre, en acceptant de boire un verre du sang des victimes décapitées.

Tout frémit… Une fille au printemps de son âge,
Sombreuil, vient, éperdue, affronter le carnage.
« C’est mon père, dit-elle, arrêtez, inhumains ! »
Elle tombe à leurs pieds, elle baise leurs mains,
Leurs mains teintes de sang ! C’est peu : forte d’audace,
Tantôt elle retient un bras qui le menace,
Et tantôt, s’offrant seule à l’homicide acier,
De son corps étendu le couvre tout entier.
Elle dispute aux coups ce vieillard qu’elle adore ;
Elle le prend, le perd, et le reprend encore.
À ses pleurs, à ses cris, à ce grand dévouement,
Les meurtriers émus s’arrêtent un moment :
Elle voit leur pitié, saisit l’instant prospère,
Du milieu des bourreaux elle enlève son père,
Et traverse les murs ensanglantés par eux,
Portant ce poids chéri dans ses bras généreux.

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Cet épisode (non formellement attesté) inspira également Victor Hugo :

Ô jour ! où le trépas perdit son privilège,
Où, rachetant un meurtre au prix d’un sacrilège,
Le sang des morts coula dans son sein virginal !
Entre l’impur breuvage et le fer parricide,
Les bourreaux poursuivaient l’héroïne timide
D’une insulte funèbre et d’un rire infernal !
(Victor Hugo. Odes et Ballades – Mort de Mademoiselle de Sombreuil).

Mais la femme doit rester à sa place.

Il ne faudrait cependant pas interpréter les hommages de Legouvé à la Femme comme une ébauche de « féminisme » .

Dans le copieux Avant propos de cette édition, il est très clair :
« Quoique je me plaise à soutenir la cause des femmes, je ne leur accorde point une supériorité que la nature semble leur avoir refusée ; je ne veux que leur conserver le rang qu’elles doivent occuper dans la société, en démontrant qu’elles en sont le charme, comme nous en sommes l’appui. »

Et il n’évite pas un petit couplet politique de circonstance (la Révolution est terminée, nous sommes sous le Consulat) : « J’ai encore voulu, en retraçant leurs avantages, ramener dans leur société un peuple valeureux que les secousses de la révolution ont accoutumé à s’en éloigner, et, par ce moyen, le rappeler à sa première urbanité, qu’il a presque perdue dans la lutte des partis. […] Si les chefs de la Terreur les avaient mieux appréciées, ils auraient versé moins de sang : l’homme qui les chérit est rarement un barbare. »

De copieuses notes historiques

Dans les 60 pages de Notes qui font suite à son Poème, Legouvé détaille ce qui a justifié ses évocations de femmes plus ou moins célèbres.
Ainsi, Madame La Sablière, qui recueillit vingt ans chez elle un La Fontaine sans fortune et encore sans gloire.
Ainsi, Éponine, femme du prince gaulois Sabinus, révolté contre l’empereur Vespasien, et qui vécut avec lui neuf ans cachée dans un souterrain.
Ainsi Madame Lefort, qui échangea ses habits avec ceux de son mari, emprisonné comme conspirateur sous la révolution, afin de lui permettre de s’échapper.

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01346cLEGOUVÉ Gabriel-Marie

Le Mérite des femmes, poème   

Paris, Didot l’Aîné, An IX (1800-1801), septième édition, revue et augmentée.
Un volume 18,5 x 10,5 cms. 107 pages non  rognées. Avant-propos et notes. Une gravure en frontispice. Reliure récente en papier marbré.
50 €

La Fontaine illustré par Grandville

On ne présente par La Fontaine.

Faut-il présenter le caricaturiste Grandville ?

Spécialiste des créatures mi-hommes mi-animales, qui pouvait mieux que lui illustrer le fabuliste ? 

La cigale et la fourmi

La cigale ayant chanté
Tout l’été,
Se trouva fort dépourvue
Quand la bise fut venue :
Pas un seul petit morceau
De mouche ou de vermisseau.
Elle alla crier famine
Chez la fourmi sa voisine,
La priant de lui prêter
Quelque grain pour subsister
Jusqu’à la saison nouvelle :
Je vous paierai, lui dit-elle,
Avant l’août, foi d’animal,
Intérêt et principal.
La fourmi n’est pas prêteuse ;
C’est là son moindre défaut :
Que faisiez-vous au temps chaud ?
Dit-elle à cette emprunteuse.
– Nuit et jour à tout venant
Je chantais, ne vous en déplaise.
– Vous chantiez, j’en suis fort aise.
Eh bien ! dansez maintenant.

le chêne et le roseau

Le Chêne un jour dit au roseau :
Vous avez bien sujet d’accuser la Nature ;
Un Roitelet  pour vous est un pesant fardeau.
            Le moindre vent qui d’aventure
            Fait rider la face de l’eau,
            Vous oblige à baisser la tête :
Cependant que mon front, au Caucase pareil,
Non content d’arrêter les rayons du soleil,
            Brave l’effort de la tempête.
Tout vous est aquilon ; tout me semble zéphir.
Encor si vous naissiez à l’abri du feuillage
            Dont je couvre le voisinage,
            Vous n’auriez pas tant à souffrir :
            Je vous défendrais de l’orage ;
            Mais vous naissez le plus souvent
Sur les humides bords des Royaumes du vent.
La Nature envers vous me semble bien injuste.
 – Votre compassion, lui répondit l’Arbuste ,
Part d’un bon naturel ; mais quittez ce souci.
     Les vents me sont moins qu’à vous redoutables.
Je plie, et ne romps pas. Vous avez jusqu’ici
            Contre leurs coups épouvantables
            Résisté sans courber le dos ;
Mais attendons la fin. Comme il disait ces mots,
Du bout de l’horizon accourt avec furie
            Le plus terrible des enfants
Que le Nord eût porté jusque-là dans ses flancs.
            L’Arbre tient bon ; le Roseau plie.
            Le vent redouble ses efforts,
            Et fait si bien qu’il déracine
Celui de qui la tête au ciel était voisine,
Et dont les pieds touchaient à l’empire des morts.

le lièvre et la tortue

Rien ne sert de courir, il faut partir à point.

le singe et le léopard

Le singe avait raison. Ce n’est pas sur l’habit
Que la diversité me plaît ; c’est dans l’esprit ;
L’un fournit toujours des choses agréables ;
L’autre en moins d’un moment lasse les regardants ;
Oh ! que de grands seigneurs, au léopard semblables,
N’ont que l’habit pour tous talents !

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LA FONTAINE

Fables de La Fontaine, illustrations par Grandville

Paris, Garnier Frères, 1864.
Un volume in-4 de 27 x 19 cms. XXIII-598 pages.

Texte encadré. Demi reliure. Dos à 4 nerfs, caissons soulignés de filets dorés. Tranches dorées.
Dos un peu sali, avec taches en pied. Traces de mouillure claire au bas et à droite des 100 dernières pages sans aucune atteinte au texte. Bon état global.

75 €