C’est la Bérézina !

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«  (28 novembre [1812]). Napoléon étant allé vers Zembin, laissa derrière lui cette foule immense qui, placée sur l’autre rive de la Bérézina, présentait l’image animée, mais effrayante de ces ombres malheureuse qui, selon la fable, errent sur les rives du Styx, et se pressent en tumulte pour approcher de la barque fatale. La neige tombait avec violence ; les collines, les forêts ne présentaient plus que des masses blanchâtres, et se perdaient dans l’atmosphère humide : on ne voyait distinctement que la funeste rivière à moitié gelée, et dont l’eau trouble et noirâtre, en serpentant dans la plaine, se faisait jour à travers les glaçons que charriaient ses ombres.
Quoiqu’il y eut deux ponts, l’un pour les voitures et l’autre pour les fantassins, néanmoins la foule était si grande, et les approches si dangereuses, qu’arrivés près de la Bérézina, les hommes réunis en masse ne pouvaient plus se mouvoir. Cependant, malgré ces difficultés, les gens à pied, à force de persévérance, parvenaient à se sauver ; mais, vers huit heures du matin, le pont réservé pour les voitures et les chevaux ayant rompu, les bagages et l’artillerie s’avancèrent vers l’autre pont, et voulurent tenter de forcer le passage. Alors s’engagea une lutte affreuse entre les fantassins et les cavaliers ; beaucoup périrent en s’égorgeant entre eux ; mais un plus grand nombre encore fut étouffé vers la tête du pont, et les cadavres des hommes et des chevaux obstruèrent à tel point les avenues que, pour approcher de la rivière, il fallait gravir des montagnes de cadavres. […]
Les éléments déchainés semblaient s’être réunis pour affliger la nature entière et châtier les hommes ; les vainqueurs comme les vaincus étaient accablés de souffrances. […]
Plus de vingt mille soldats ou domestiques, malades et blessés tombèrent au pouvoir de l’ennemi ; on évalua à deux cents le nombre de pièces abandonnées. Tous les bagages furent également la proie des vainqueurs. Mais on était insensible à la perte des richesses, on ne connaissait que le sentiment de sa conservation. »

bataille moskwa détailAinsi témoigne Eugène Labaume. Né en 1783 à Viviers (Ardèche), mort en 1849 près de Pont-Saint Esprit, il entra dans le Génie, et devint sous-lieutenant ingénieur géographe  au service du royaume d’Italie. Il publia en 1811 une Histoire abrégée de la République de Venise, en 1814 une Relation circonstanciée de la campagne de Russie, et en 1834 une Histoire monarchique et constitutionnelle de la Révolution en cinq volumes.

Il fit la campagne de Russie en qualité d’officier d’ordonnance du vice-roi d’Italie Eugène de Beauharnais, fut décoré de la Légion d’Honneur au retour de cette campagne, et finit sa carrière militaire comme colonel d’État-Major.

bataille moskwa

Son témoignage est direct, et vaut tout autant par ses récits détaillés de mouvements et de batailles, que par l’évocation du contexte géopolitique et du point de vue des soldats sur le terrain.

« Je raconte ce que j’ai vu : témoin d’un des plus grands désastres qui aient jamais affligé une nation puissante, spectateur et acteur dans tout le cours de cette triste et mémorable expédition, j’ai écrit, jour par jour, les évènements qui ont frappé mes yeux, et je cherche seulement à communiquer les impressions que j’ai ressenties. C’est à la lueur de l’incendie de Moscou que j’ai décrit le sac de cette ville ; c’est sur les rives de la Bérézina que j’ai tracé le récit de ce fatal passage. Les [plans des] champs de bataille qui sont joints à cet ouvrage ont été levés sur le terrain, et par ordre du prince Eugène. »

Labaume est plus crédible que les ouvrages hagiographiques, tel Les Trophées des armées françaises, qui évacuent la campagne de Russie en quelques pages, dont simplement deux paragraphes consacrés au passage de la Bérézina, présenté comme une victoire française :

Trophees_page_titre« Ce que l’empereur avait prévu arriva le 28 à la pointe du jour. […] L’engagement s’étendit par gradation, et bientôt la fureur des partis devint telle que les troisième et cinquième furent obligés d’y prendre part. […] Vers les dix heures du matin, le duc de Bellune fut attaqué sur la rive gauche par le général Wittgenstein. Quoique les Russes fussent deux contre un, le général français soutint glorieusement le combat, et ne céda le terrain que lorsqu’il eut reconnu l’impossibilité de résister davantage. Cette retraite lui fut douloureuse. Ne pouvant emmener avec lui cette légion d’isolés que les calamités avaient détachée des différents corps, il dut l’abandonner dans la plaine de Weselowo à toute la férocité d’un ennemi qu’un instant de bonheur avait rendu barbare.
Tel fut ce fameux passage que les Russes considéraient comme une répétition  des Fourches Caudines, et qui, loin de remplir leur attente, ne servit qu’à rehausser la gloire du nom français. Selon l’ennemi, nous y perdîmes dix mille hommes par le feu ; selon nous il en perdit davantage. »

La Bérézina conclut ce qui avait commencé comme une promenade de santé et se termina en déroute.

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La retraite

Labaume est quand même bien plus crédible :

« La victoire de Maro-Jaroslavetz nous démontra deux tristes vérités : la première, que les Russes, loin d’être affaiblis, avaient été renforcés par de nombreuses milices, et que tous se battaient avec un acharnement qui nous faisait désespérer d’obtenir de nouvelles victoires. Encore deux combats comme celui-ci, disaient les soldats, et Napoléon n’aurait plus d’armée. La deuxième vérité nous prouvait qu’il n’était plus temps de pouvoir faire une retraite paisible, puisque l’ennemi, à la suite de ce combat, nous ayant débordés, empêchait nos colonnes de se retirer par la route prévue, et nous réduisait à la fâcheuse nécessité de revenir précipitamment par la grande route de Smolensk, c’est-à-dire par le désert que nous nous étions créé. »

bataille jaroslavetz

L’hiver

itineraire« Nous marchions vers cette ville [Doroghobouï] avec une ardeur qui redoublait nos forces, lorsque tout à coup l’atmosphère, qui avait été si brillante, s’enveloppa de vapeur froides et rembrunies. Le soleil caché sous d’épais nuages disparut à nos yeux, et la neige tombant à gros flocons, dans un instant obscurcit le jour, et confondit la terre avec le firmament. Le vent soufflant avec furie remplissait les forêts du bruit de ses affreux sifflements, et faisait courber contre terre les noirs sapins surchargés de glaçons ; enfin la campagne entière ne formait plus qu’une surface blanche et sauvage.
Au milieu de cette sombre horreur le soldat, accablé par la neige et le vent, qui venaient sur lui en forme de tourbillon, ne distinguait plus la grande route des fossés, et souvent s’enfonçait dans ces derniers qui lui servaient de tombeau. Les autres, pressés d’arriver, se traînant à peine, mal chaussés, mal vêtus, n’ayant rien à manger, rien à boire, gémissaient en grelottant, et ne donnaient aucun secours, aucune pitié à ceux qui, tombés en défaillance, expiraient autour d’eux.
De ce jour, l’armée perdit sa force et son attitude militaire. Le soldat n’obéit plus à ses officiers, et l’officier s’éloigna de son général ; les régiments débandés marchaient à volonté : cherchant pour vivre, ils se répandaient dans la plaine en brûlant et saccageant tout ce qu’ils rencontraient, les chevaux tombaient par milliers, et les canons et caissons abandonnés ne servaient qu’à encombrer le passage. »

La déroute

« La route était couverte de soldats qui n’avaient plus de forme humaine, et que l’ennemi dédaignait de faire prisonniers. Les uns avaient perdu l’ouïe, d’autres la parole ; et beaucoup, par excès de froid ou de faim, étaient réduits à un état de stupidité frénétique qui leur faisait rôtir des cadavres pour les dévorer, ou bien on les voyait se ronger leurs mains et leurs bras. On en voyait ayant l’esprit aliéné qui, pour se réchauffer venaient avec leurs pieds nus se placer au milieu de nos feux : les uns, avec un rire convulsif, se jetaient à travers les flammes, et périssaient en poussant des cris affreux, et faisant d’horribles convulsions, pendant que d’autres, également insensés, les suivaient et trouvaient la même mort. »

Le responsable ? Napoléon – et lui seul

Eugène Labaume ne porte pas Napoléon Ier dans son cœur, c’est le moins que l’on puisse dire. Il l’accuse même de quasi-désertion lors de son brusque départ pour Paris avant que la retraite ne soit terminée :

« Cependant, Napoléon, effrayé de tant de désastres, mais plus encore effrayé par la crainte de perdre son autorité en France, conçut le projet d’abandonner les misérables restent d’une armée détruite, pour courir auprès de son Sénat lui en demander une nouvelle. »

Il critique aussi sa mégalomanie, son indifférence totale aux pertes humaines qu’entraine sa politique, ses rêves de gloire personnelle au détriment du bonheur – ou au minimum du bien-être – des Français.

liste« La France n’a jamais été plus puissante qu’après le traité de Tilsit [1807]. Jamais aucun mortel n’avait réuni des moyens plus faciles et plus sûrs pour réaliser le bonheur du genre humain. Il lui suffisait d’être juste et prudent : c’est en cela que la nation fondait ses espérances, et lui accorda cette confiance illimitée dont il abusa si cruellement.
Aussi la postérité balancera à décider si Napoléon a été plus coupable par le mal qu’il a commis, ou par le bien qu’il aurait pu faire, et auquel il n’a pas seulement songé. Loin de méditer avec calme et modération sur l’heureux emploi de ses ressources, il rêve de projets au dessus des forces humaines et, pour les réaliser, il oublie le nombre des victimes qu’il fallait leur sacrifier, toujours plein de ces sombres vapeurs dont il fut sans cesse tourmenté. »

Critique a posteriori, ou sentiment  acquis au fur et à mesure des événements ? Nous ne le saurons sans doute jamais. Un des seuls qui trouve grâce à ses yeux est le prince Eugène, avec qui ses fonctions le mettaient en contact direct. Labaume a-t-il eu quelques ennuis au moment des Cent-Jours ? Pas de traces, semble-t-il, ni dans un sens, ni dans l’autre.

À l’inverse, en militaire droit et honnête, Labaume respecte et même estime l’ennemi. Ainsi, à propos de la fuite calculée des Russes lors de la progression de la Grande Armée vers Moscou, il note :

« En entrant dans le village, les maisons étaient désertes, le château abandonné, les meubles brisés, et les provisions gaspillées, offraient partout l’image d’une affreuse désolation.
Tous ces ravages nous montrèrent à quels excès peut se porter un peuple, lorsqu’il est assez grand pour préférer son indépendance à ses richesses. »

De même, autant il attribue la responsabilité de l’incendie de Moscou aux Russes, autant il reconnaît la totale responsabilité de la Grande Armée dans le sac de la capitale.

Les derniers paragraphes de sa Relation circonstanciée résument parfaitement les événements, et l’interprétation qu’il en donne :

« Telles furent les affreuses calamités qui dissipèrent une puissante armée, pour avoir témérairement entrepris la plus orgueilleuse et la plus inutile des expéditions. En ouvrant les annales de l’antiquité, on trouvera que depuis Cambyse jusqu’à nous, jamais réunion d’hommes si formidable n’éprouva de plus effrayants revers.
Ainsi s’accomplirent les fastueuses prophéties que Napoléon avait prononcées lors de l’ouverture de la campagne ; avec cette différence que ce ne fut point la Russie, mais bien lui qui, entraîné par la fatalité, fut frappé de ce coup inévitable de la Providence, dont les heureux résultats, en mettant un terme à une influence despotiques, rendront à l’Europe sa liberté, à la France son bonheur. »

— — — — — — —

Question subsidiaire : Victor Hugo avait-il lu Labaume, lorsqu’il rédigea Les Châtiments ?

L’expiation

Il neigeait. On était vaincu par sa conquête.
Pour la première fois l’aigle baissait la tête.
Sombres jours ! L’empereur revenait lentement,
Laissant derrière lui brûler Moscou fumant.
Il neigeait. L’âpre hiver fondait en avalanche.
Après la plaine blanche une autre plaine blanche.
On ne connaissait plus les chefs ni le drapeau.
Hier la Grande Armée, et maintenant troupeau.
On ne distinguait plus les ailes ni le centre.
Il neigeait. Les blessés s’abritaient dans le ventre
Des chevaux morts ; au seuil des bivouacs désolés
On voyait des clairons à leur poste gelés,
Restés debout, en selle et muets, blancs de givre,
Collant leur bouche en pierre aux trompettes de cuivre.
Boulets, mitraille, obus, mêlés aux flocons blancs,
Pleuvaient ; les grenadiers, surpris d’être tremblants,
Marchaient pensifs, la glace à leur moustache grise.
Il neigeait, il neigeait toujours ! La froide bise
Sifflait ; sur le verglas, dans des lieux inconnus,
On n’avait pas de pain et l’on allait pieds nus.
Ce n’étaient plus des cœurs vivants, des gens de guerre :
C’était un rêve errant dans la brume, un mystère,
Une procession d’ombres sous le ciel noir.
La solitude vaste, épouvantable à voir,
Partout apparaissait, muette vengeresse.
Le ciel faisait sans bruit avec la neige épaisse
Pour cette immense armée un immense linceul.
Et chacun se sentant mourir, on était seul.
– Sortira-t-on jamais de ce funeste empire ?
Deux ennemis! le czar, le nord. Le nord est pire.
On jetait les canons pour brûler les affûts.
Qui se couchait, mourait. Groupe morne et confus,
Ils fuyaient ; le désert dévorait le cortège.
On pouvait, à des plis qui soulevaient la neige,
Voir que des régiments s’étaient endormis là.
Ô chutes d’Annibal ! lendemains d’Attila !
Fuyards, blessés, mourants, caissons, brancards, civières,
On s’écrasait aux ponts pour passer les rivières,
On s’endormait dix mille, on se réveillait cent.


Labaume_titreLABAUME Eugène
Relation circonstanciée de la Campagne de Russie, ouvrage orné des plans de la bataille de la Moskwa et du combat de Malo-Jaroslavetz. Édition Originale.
Paris, Panckoucke, Magimel, 1814. Un volume 22 x 14 cms, VII-401 pages, 2 cartes dépliantes. Cartonnage récent, pièce de titre en papier. Pages mal rognées (défaut d’origine), mais bon état.
110 €

02320TISSOT P.-F.
Trophées des Armées Françaises depuis 1792 jusque 1815. 6/6
Paris, Le Fuel, sans date (circa 1816-1819). 6 volumes 20,5 x 13 cms. XCVIII-320 + 484 + 412 + 424 + 357 + 471 pages. Une gravure sous serpente en frontispice de chaque volume + 11 gravures sous serpente au tome I, 9 au tome II, 10 au tome III, 10 au tome IV, 10 au tome V et 10 au tome VI. Pleine reliure. Dos lisse orné de filets et fleurons dorés. Motifs dorés sur tous les plats, encadrant des motifs à froid. Tranches dorees. Dos insolés et frottés. Coiffes frottées, réparation à la coiffe inférieure du tome I. Des rousseurs, plus ou moins éparses selon les volumes. Bel ensemble
200 €

22016_4DE VAUDONCOURT
Histoire politique et militaire du prince Eugene Napoleon, Vice-Roi d’Italie. 2/2
Paris, Mongie, 1828. Deux volumes 20 x 13 cms, XXIV-452 + 574 pages. Une gravure sous serpente en frontispice de chaque tome. 4 planches dépliantes + 1 gravure dépliante non numérotée représentant « Bonaparte et le jeune Eugène Beauharnais » au tome I ; une cinquième planche dépliante et 5 gravures représentant des scènes de bataille et le prince Eugène à différents âges au tome II. Curiosité : une carte colorée manuscrite représentant le combat de Feistritz insérée dans ce même tome. Demi reliure, dos à 4 nerfs soulignés en doré, orné de motifs à froid, tranches marbrées. Reliure très légèrement frottée, petit manque au coin supérieur du premier plat. Très bon état du texte, malgré quelques rousseurs treè claires sur certaines marges.
200 €

Allons enfants de la Patrie…

« Debout, les députés ont chanté la Marseillaise. » (les journaux).

Tout écolier connaît, ou devrait connaître l’hymne national. Mais qui en a retenu les sept couplets ?

Tout le monde sait, ou devrait savoir, qu’il a été composé à Strasbourg en 1792 par Rouget de l’Isle.

C’est ensuite que les légendes et les controverses commencent, ainsi que les hommages, les tentatives de récupération et les imitations.

Le Roy de Sainte-Croix fait le point dans son ouvrage Le Chant de guerre de l’armée du Rhin, ou la Marseillaise, paru en 1880.

marseillaise_2D’abord sur les circonstances de sa naissance. Il a été dit que Rouget de l’Isle, au moment où il la composait, venait de vider la dernière bouteille de la cave de Dietrich, le maire de Strasbourg. Vérité ? ou tentative de faire passer cette pièce pour un chant d’ivrogne ? Michelet réfute cette version : selon lui, ce qui s’appela d’abord le Chant de guerre de l’armée du Rhin fut composé « au milieu d’une foule émue », celle des volontaires qui partaient au combat.

Le point sur son auteur, certains, plus ou moins farfelus, en revendiquant la paternité. Un journal allemand tenta même de démontrer que la musique est copiée du Credo de la Missa solemnis n°4, composé par Holtzmann.

Sur son nom : Pourquoi la Marseillaise, et non pas la Strasbourgeoise par exemple ? : « Le nouveau chant vola de ville en ville, sur tous les orchestres populaires. Marseille l’adopta pour être chanté au commencement et à la fin des séances de ses clubs. Les Marseillais le répandirent en France, en le chantant sur leur route. De là lui vint le nom de Marseillaise. »

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 Le Roy de Sainte-Croix cite aussi longuement ce qu’en ont écrit Lamartine, Quinet, Michelet, Louis Blanc, De Banville, et bien d’autres ; relate les circonstances des exécutions en public les plus célèbres, fournit des notices chronologiques et une imposante Bibliographie.

Et n’oublie pas les partitions, l’une pour chant et piano, l’autre pour chœur à quatre voix d’hommes.

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Il publie aussi des compléments, imitations et parodies, par exemple :

La Marseillaise des Polonais

    France du Nord, sœur de la France,
    Tressaille à nos cris triomphants :
    Voici ton jour de délivrance,
    Voici les bras de tes enfants !
    Pour venger ta chute profonde,
    Tu nous revois tous accourir ;
    S’il faut pour toi vaincre ou mourir
    Nous sommes prêts au bout du monde.

Enfants de la Pologne ! aux armes ! en avant !
Marchons ; et s’il le faut, mourons en la sauvant !
(etc.)

La Marseillaise des Femmes

Allons, il faut que ça finisse !
Messieurs, votre règne est passé !
Il faut que ma voix retentisse
Et sauve un sexe terrassé !
J’en appelle à vous, Mesdames,
Aujourd’hui secondez-moi !
Non, non, plus de faibles femmes !
Des hommes brisons la loi !
(etc.)

La Marseillaise des Travailleurs

Peuple qui souffre et qui travaille,
Le jour de vaincre est arrivé.
Dans la pacifique bataille
Que ton étendard soit levé !      bis
Ouvriers des champs et des villes,
Nous allons lutter pour nos droits,
Et de notre puissante voix
Couvrir nos discordes civiles.

Aux urnes, citoyens ! Votons sans varier,
Votons, votons pour Jules Amigues, l’ami de l’ouvrier.

 Et enfin, notre préféré, le couplet supplémentaire chanté lors de la plantation des arbres de la liberté en 1793 :
    Arbre chéri deviens le gage
    De notre espoir et de nos vœux.
    Puisses-tu fleurir d’âge en âge,
    Et couvrir nos derniers neveux.
    Que sous ton ombre hospitalière
    Le vieux guerrier y trouve un abri,
    Que le pauvre y trouve un ami,
    Que tout Français y trouve un frère.
    Aux armes, citoyens, etc.


marseillaise_1 LE ROY DE SAINTE-CROIX
Le Chant de guerre de l’Armée du Rhin, ou la Marseillaise. Paroles et musique de la Marseillaise ; son histoire ; contestations à propos de son auteur ; imitations et parodies de ce Chant national français.
Strasbourg, Hagemann, 1880. Un volume broché 28 x 19 cms, 211 pages, photographies hors texte, partitions, planche dépliante cartonnée reproduisant une partition d’époque, reproduction d’une lettre manuscrite de Rouget de l’Isle. Seules les premières pages sont coupées. Brochage fendu, petit manque au premier plat, quelques rousseurs au premier cahier, sinon très bon état du texte. A relier.
50 €

La Géographie militaire pendant la Grande Guerre

carte cassiniUn Partenariat Public-Privé avant la lettre
La cartographie officielle française remonte à Cassini : « En 1750, Louis XV, ayant pris connaissance du projet de Cassini, lui fit allouer une subvention annuelle de quarante mille livres. Il proposait même d’augmenter cette somme afin de hâter l’achèvement de la carte. Mais en 1756, les dépenses de la guerre de Sept ans ne permirent plus au trésor royal de continuer la subvention. Alors le roi donna à Cassini la liste des personnages qu’il avait pressentis pour former une association de cinquante membres. Ceux-ci verseraient chacun treize cents livres par an, jusqu’à complète terminaison de la carte. En tête de cette liste s’inscrivit Mme de Pompadour. »

Napoléon couché sur ses cartes
Créé en 1744, le corps des Ingénieurs-Géographes monta en puissance sous la Révolution, connut son apogée sous l’empire – Napoléon était un fanatique de cartes, qu’il étudiait en se couchant sur elles à plat-ventre –, déclina sous la Restauration, avant d’être recréé, petitement, en 1852.

Napoleon carte

Panique en 1870
« La guerre de 1870 fut, à l’instar de toutes nos organisations militaires, une terrible leçon pour la Section du Service géographique. À l’exception des cartes d’Allemagne, nulles autres n’existaient en approvisionnement. On n’avait jamais pensé que l’ennemi pût franchir la frontière. Et, à l’heure critique, par une conjoncture invraisemblable, on se trouva dans l’impossibilité de tirer aucune carte de la France.
Dans la panique qui suivit nos premiers revers, ordre fut donné d’envoyer les planches de cuivre de la carte de France à Brest. Sage précaution… à condition toutefois de ne pas être tenue secrète au point de rester ignorée jusqu’à la fin des hostilités, par tout le monde, y compris les ministres de la défense nationale. »

La Grande Guerre
La leçon porta, et un Service Géographique des Armées digne de ce nom fut constitué en 1874. En 1914, il était dirigé par le général Robert Bourgeois qui, rompant avec les traditions et les procédures, fit considérer l’approvisionnement du front en cartes comme celui en munitions : plutôt trop que pas assez ; et acheminées jusqu’à la moindre tranchée.  Environ 16 millions de cartes furent ainsi « consommées » pendant la Grande Guerre, même si leur échelle, au 80.000e, était insuffisante (la levée d’une carte au 25.000e avait été ajournée pour raisons budgétaires…)

Le Service Géographique fournit aussi des « canevas de tir », guides topographiques pour guider l’artillerie, spécialement en tir indirect, c’est-à-dire sur des objets à contre-pente ou dissimulés.

La guerre s’enlisant dans les tranchées, il fut décidé de confectionner, pour ces zones, des cartes plus précises, combinaison des anciens plans du cadastre, datant de 1850,  et de la toute nouvelle technique de reconnaissance aérienne. Ce fut le Plan directeur de guerre au 20.000e, qu’il fallut mettre à jour à chaque combat.

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D’autres créations virent le jour : des systèmes de détection des batteries d’artillerie ennemies, basées sur une triangulation sur le son, reportée sur les cartes ; et  des jumelles de guerre (mille pièces par mois en février 1915, vingt-cinq mille par mois en 1916).

Tout ceci figure dans un ouvrage d’Arthur Lévy, Les coulisses de la guerre : le Service géographique de l’armée, 1914-1918.

03218_2Mais curieusement, l’auteur, fort prolixe sur l’organisation et les réalisations du Service Géographique de l’Armée pendant la Grande Guerre, ne dit pas un mot d’une autre de ses productions, dont nous avons pourtant la preuve de l’existence : les Notices descriptives et statistiques des pays voisins et/ou ennemis de la France.

Il s’agit d’une série de guides extrêmement précis, destinés aux armées en campagne, ou en reconnaissance. Trois parties : Description géographique ; Administration ; Statistique. Cette dernière rubrique est en fait une liste exhaustive de toutes les communes, des hameaux qui y sont rattachés, de la population, des gares de chemins de fer et des stations télégraphiques. Y figurent des plans des grandes villes, qui indiquent les principaux hôtels, sans doute pour les officiers…

Mais on peut s’interroger sur l’utilisation qui devait en être faite : la qualité du brochage, et la finesse du papier de couverture, rendent ces ouvrages très fragiles : ils n’auraient sans doute pas résisté longtemps en campagne. Peut-être y a-t-il eu des tirages offrant une meilleure reliure.

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02613ARTHUR-LEVY

Le Service Géographique de l’Armée, 1914-1918. Avec un portrait et deux cartes hors texte.

Paris, Berger-Levrault, 1926. Un volume 21,5 x 14,5 cms. 74 pages. Deux cartes dépliantes, dont une en couleurs. Demi reliure, dos à 4 nerfs, titre doré. Étiquettes de bibliothèque sur dos et plat. Tampons de bibliothèque. Très bon état intérieur.

20 € + port

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03218_1Ministère de la Guerre

Notice descriptive et statistique sur les Alpes centrales, Italie du Nord, Suisse, Autriche et Bavière alpestres. Premier volume : Description géographique, administration et statistique.

Paris, Commission de géographie du service géographique de l’armée, Imprimerie Nationale, 1917.

Un volume broché 17 x 11 cms. 402 pages. Une carte dépliable en couleurs « Structure physique ». Plans dépliables en couleurs de Turin, Milan, Vérone, Innsbruck et Salzbourg.
Couverture jaunie et détachée. Brochage fragile.

50 € + port

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Ministère de la Guerre

Notice descriptive et statistique sur le Wurtemberg et la Bavière septentrionale. Premier volume : Description géographique, administration, cours d’eau.

Paris, Commission de géographie du service géographique de l’armée, Imprimerie Nationale, 1918. Un volume broché 17 x 11 cms. 386 pages. Une carte dépliable en couleurs « Régions naturelles ». Plans dépliables en noir et blanc de Stuttgart et Würtzbourg.

Couverture jaunie. Brochage fragile.

50 € + port

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Ministère de la Guerre Notice descriptive et statistique sur la Westphalie et le Hanovre méridional. Premier volume : Description géographique, administration, cours d’eau.

Paris, Commission de géographie du service géographique de l’armée, Imprimerie Nationale, 1916.

Un volume broché 17 x 11 cms. 290 pages. Une carte dépliable en noir et blanc « Divisions politiques ». Une carte dépliable en couleurs « Régions naturelles ». Une carte dépliable en noir et blanc « Répartition de la population ». Plans noir et blanc de Bochum, Braunschweig, Dortmund, Gelsenkirchen, Hanovre et Münster.

Couverture jaunie. Brochage fragile.

50 € + port

Il en a vu, le grenadier Pils !

portrait PilsFrançois Pils [1785-1867] était l’ordonnance du Général Oudinot, à la tête des Grenadiers de l’Empire, appelés aussi « la colonne infernale ».

Il a tenu son journal pendant 10 ans, et l’on suit son régiment à Austerlitz, à Friedland, à Wagram, pendant la campagne de Russie, la retraite et le franchissement de la Bérézina. Puis pendant les campagnes de Saxe et de France, jusqu’au traité de Fontainebleau et l’abdication de Napoléon, exilé à l’île d’Elbe.

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Mais Pils ne faisait pas que tenir son journal – précieux, parce que précis. Il croquait les événements, croquis dont il reprendra certains pour en tirer des dessins ou des toiles.

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Autodidacte, il avait le sens du mouvement, de la composition et de la couleur. Qualités héréditaires, puisque son fils Isidore deviendra un peintre militaire reconnu.

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Le Journal de Pils a été publié par un certain Raoul de Cisternes. Il semble qu’il s’agisse de Raoul de Cisternes de Veilles [1837-1918] qui fut sous-lieutenant au 1er Zouave, reçut la Légion d’Honneur en 1863, publia un ouvrage sur le duc de Richelieu et un autre sur la Campagne de Minorque, en 1756.

De Cisternes ajoute au Journal de Pils de nombreux documents concernant le général Oudinot, qui est le vrai sujet du livre, et déclare dans sa préface qu’il a « l’espoir d’arriver un jour à réunir la plus grande partie des dessins, des aquarelles et des huiles de Pils, et d’en faire un album. »

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Malheureusement, ce projet resta sans suite, et l’on ne sait pas où se trouvent actuellement ces documents iconographiques qui seraient d’un grand intérêt.

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02876_4PILS François, RAOUL de CISTERNES

Journal de marche du Grenadier Pils (1804-1814), recueilli et annoté par Raoul de Cisternes ; illustrations d’après les dessins originaux de Pils

Paris, Ollendorf, 1895. Un volume 21 x 14 cms. X-354 pages. Gravures in et hors texte, noir et couleur, certaines dépliantes. Demi reliure, dos lisse à filets.
Reliure très frottée avec manques en coiffes. Intérieur en bon état, y compris les gravures (la gravure couleur de la page 134, qui aurait dû être dépliante, a été coupée au massicotage du livre).

200 €

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Le Comte-Pacha de Bonneval : un aimable mauvais sujet.

Bonneval - Bibliotheque Numerique du LimousinClaude-Alexandre de Bonneval [1675-174] est un homme curieux.

Né dans une grande famille du Limousin, il quitte la Marine à la suite d’un duel, s’achète un régiment, se couvre de gloire (et d’argent) pendant les guerres d’Italie, mais insulte Madame de Maintenon et le ministre Chamillart, ce qui le force à se réfugier en Autriche.
Il y commence une deuxième carrière militaire, contre la France cette fois-ci. Marié pendant 10 jours, il insulte (encore !) le prince Eugène et doit se réfugier en Turquie où, devenu musulman, il tente, sous le nom de Kumbaraci Ahmet, et avec le titre de Pacha, de vains efforts pour introduire dans l’artillerie ottomane la tactique et la discipline européennes

Il était fort célèbre à son époque. Il rencontra Montesquieu à Venise et reçut en Turquie la visite de Casanova.
Saint-Simon le décrivit dans sa jeunesse : « C’était un cadet de fort bonne maison, avec beaucoup de talents pour la guerre, et beaucoup d’esprit fort orné de lecture, bien disant, éloquent, avec du tour et de la grâce, fort gueux, fort dépensier, fort mécréant, extrêmement débauché et fort pillard. »
Et Voltaire y alla aussi de son commentaire : « Tout ce qui m’étonne, c’est qu’ayant été exilé dans l’Asie Mineure, il n’alla pas servir le Sophi de Perse ; il aurait pu avoir le plaisir d’aller à la Chine, en se brouillant successivement avec tous les ministres ; sa tête me paraît avoir eu plus besoin de cervelle que d’un turban. »

Un siècle plus tard, Sainte-Beuve résumera : « Toujours il débutera vivement, brillamment, mêlant l’esprit à l’audace, la répartie à la bravoure ; il se montrera capable, des plus prompts à l’occasion, plein de promesses qu’il ne tient qu’à lui de réaliser. Puis, tout à coup, à un certain moment, une affaire d’honneur, de vrai ou de faux point d’honneur, l’arrêtera court, le fera sortir de la route tracée et le lancera dans une sphère d’action différente : il a en lui comme une force excentrique secrète qui le déjoue, un prétendu honneur personnel dont il se fait juge, et qui n’est que la vanité exaltée. […] Il ne lui a manqué qu’un grain de moins dans la tête pour être un personnage historique et non romanesque. »

Bonneval aurait laissé des Mémoires.

Il démentit en être l’auteur, bien entendu : « Ce sont de pauvres gens, que ces prétendus historiens, qui sans doute payent leurs hôtes et s’habillent à mes dépens. Ces écrits faits à la hâte, et où je n’ai aucune part, même dans les aventures qu’ils m’attribuent, sont des ouvrages éphémères que je ne puis empêcher, mais que je désavoue formellement, comme vous pouvez en assurer tout le monde. »

Disait-il vrai, ou était-ce un écran de fumée, comme souvent à l’époque ?

En tout cas, les chasseurs d’ouvrages anonymes ou apocryphes, comme Barbier, ne lui en reconnaissent pas la paternité. La BNF, elle, hésite, puisque les notices consacrées à ces Mémoires les attribuent tantôt  à Bonneval, à Lambert de Saumery, ou à Jean-Baptiste de Boyer d’Argens…

C’est en tout cas aussi un plaidoyer pro domo, qui fait dire à un personnage secondaire : « Il y a plus de dix-sept ans que je connais le Comte de Bonneval, j’ai étudié son caractère et je crois pouvoir dire qu’aucun trait ne m’a échappé. Il aime par dessus tout l’honneur et la gloire, le mépris est pour lui quelque chose d’intolérable. Il n’est rien qu’il ne fasse et ne tente pour s’en venger et pour en faire repentir. Ce sont là les motifs qui lui ont fait abandonner sa patrie et porter les armes contre son Roi. »

Notre volume des Nouveaux Mémoires du comte de Bonneval, contenant ce qui lui est arrivé de plus remarquable durant son séjour en Turquie, doit en tout cas se lire plus comme un ouvrage (un roman ?) d’aventures que comme une relation historique, avec toutefois une pointe d’art militaire.

costumes turcs - image GallicaIl commence au moment où Bonneval part se réfugier en Turquie. Il embarque à Venise, met en déroute un pirate maltais, passe six semaines à Chio, qu’il apprécie : « Les femmes y sont belles et bien faites, presque toutes sont coiffées en cheveux, leur taille n’est point enfoncée dans un amas d’habits comme ailleurs, un simple corset, une jupe légère et assez courte est tout leur habillement, et un mouchoir de gaze d’une mousseline fort déliée couvre leur gorge sans presque la cacher. »

Arrivé à Constantinople ( « La ville n’a rien de remarquable que sa grandeur et sa situation, il n’y a que les jardins qui soient de bon goût, on ne voit de beaux édifices que ceux qui les Grecs y ont autrefois bâti »), il se prépare à sa conversion à l’Islam en compagnie de l’assistant du Grand Muphti, qu’il titille un peu sur l’alcool (dont la prohibition le dérange) et la polygamie (qui le gêne moins).

Nommé Pacha à trois queues, il recommande d’augmenter la discipline des troupes, mais se trouve en butte à la jalousie des autres Pachas, car il semble écouté par le Sultan. Éloigné de la Cour (« Il n’est point de Cour au monde où il y ait plus d’intrigues. ») , il est nommé Gouverneur aux confins de la Petite Tartarie : « En mon particulier je mangeais à la Française, en public je vivais à la manière turque. ». Il y reste deux ans, pendant que se déroule à Constantinople la révolte des janissaires.
Rappelé à Constantinople, il rédige des Mémoires sur l’armée : « Il est inconcevable combien cette nation qui a presque toujours les armes à la main, est peu aguerrie et combien elle ignore l’art de la guerre ». Ses propositions sont enterrées, les Pachas craignant, d’après lui, que Bonneval ne soit chargé de les mettre en pratique.
Il se fait alors donner un château près de Constantinople, à « passé soixante ans», et y monte son petit harem, pour tenir son rang : une turque, deux perses, et une marseillaise, une anglaise et une allemande, qu’il avait connues auparavant, et qui racontent, dans la deuxième partie du volume, leurs aventures.
Il prend aussi un derviche pour bien montrer qu’il est bon musulman, mais doit bientôt le chasser car il s’intéresse plus que de raison à une des esclaves du château.

Revenu finalement en grâce, Bonneval est nommé officier dans une guerre contre les Perses, qu’il obtient enfin de mener à sa façon, et gagne.

Le volume s’achève par des Mémoires adressés au Sultan pour préparer une guerre imminente contre l’Empire d’Allemagne.

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02794_1BONNEVAL Claude-Alexandre, comte de [Kumbaraci Ahmet Pasa]

Nouveaux Mémoires du comte de Bonneval, contenant ce qui lui est arrivé de plus remarquable durant son séjour en Turquie

Londres, Aux dépens de la Compagnie, 1737. Un volume 15 x 10 cms. 269 pages.
Pleine reliure du temps, dos à 5 nerfs muet. Tranches rouges.
Reliure frottée, dernière page déchirée sans atteinte au texte, papier parfois un peu fripé. Bon état global.

125 €

L’Empire Mongol

De 1206 à 1307, les Mongols conquirent le monde. Partis des steppes de Karakoroum (à 300 kilomètres à l’ouest de l’actuelle Oulan-Bator), les armées de Gengis-Khan et des ses successeurs créèrent un empire s’étendant de la Chine à la Hongrie.

Ils auraient pu aller encore plus loin, et la face du monde en aurait été changée, sans deux événements similaires et fortuits : en 1241, l’armée mongole allait marcher sur Vienne quand lui parvint la nouvelle de la mort du Khan Ögöday. Candidat à sa succession, le général Batu fit demi-tour. Même coïncidence en 1259 quand, après avoir mis à sac Bagdad, le général Hülagu décommanda l’attaque contre l’Égypte à la nouvelle de la mort du Khan Möngkä. Commença alors le règne de Kubilay Khan, et ce que l’on a appelé la « paix mongole ».

C’était le premier empire « mondialisé » de l’histoire. Pour la première fois, la Chine, l’Iran et l’Occident entraient en contact. « On trouvait des colonies de marchands italiens à Tabriz et Pékin, des jonques chinoises dans les ports du golfe Persique, des marchands de Novgorod à Alexandrie et à Chiraz, et des Arméniens dans toutes les villes caravanières du Danube au Pacifique. L’influence artistique chinoise se faisait sentir en Iran et en Anatolie, tandis que les produits byzantins et francs parvenaient jusqu’à la Chine. Marco Polo, jeune patricien de Venise, put devenir vice-gouverneur d’une province chinoise. » (Chantal Lemercier-Quelquejay).

L'empire mongol - extrait de l'Atlas Historique - Stock

La paix, mais à quel prix !  Gengis-Khan était animé d’une idée messianique simple : il ne peut y avoir au monde qu’un empereur, comme il n’y a qu’un seul soleil. La conquête du monde était ainsi une obligation pour lui, afin d’y établir une paix universelle. Tous les peuples étaient considérés comme des sujets du Grand Khan. Il répondit ainsi aux envoyés du Pape et du roi de France qu’il les attendait dans sa capitale pour qu’ils lui fassent allégeance.

Et tous ceux qui refusaient sa suprématie étaient impitoyablement traités comme des rebelles. D’où les massacres répétés qui accompagnèrent l’expansion mongole, partout où fut rencontrée de la résistance.

Entraînés, aguerris, maîtres autant en tactique qu’en stratégie, ainsi qu’en renseignement et en coordination (trois corps d’armée surgissant au même moment de trois directions différentes après avoir parcouru des centaines de kilomètres), les Mongols passèrent peu à peu d’une structure clanique nomade à une structure d’empire classique, appuyée sur une administration à la poigne de fer, mais que tous ont reconnue comme honnête.

Impitoyables pendant la conquête, les Mongols se montrent ensuite d’une totale neutralité religieuse, toutes les croyances étant respectées, aucune n’étant favorisée. C’était l’un des fondements de la Yasa, la loi écrite de Gengis-Khan, vaste code englobant le droit public, le droit pénal et le droit commercial.

Ce corpus juridique commun n’empêcha pas les gouverneurs des pays conquis d’assimiler les cultures locales. Kubilay Khan, par exemple, transféra sa capitale à Pékin, et fonda la dynastie chinoise des Yuan. Peu à peu l’empire se morcela en blocs plus ou moins hétérogènes, plus faibles que leurs ennemis. Ils finirent par s’écrouler un à un.

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Nous proposons de nombreux ouvrages en français, anglais et allemand sur l’empire mongol (liste sur demande), parmi lesquels :

02852_1SPULER B.

Les Mongols dans l’histoire

Paris, Payot, 1961. Un volume broché 22,5 x 14 cms. 198 pages. Couverture un peu salie au bord, sinon bon état.

10  € + port

GREKOV B., IAKOUBOVSKI A.

02846_1La Horde d’Or et la Russie, La domination tatare aux XIIIe et XIVe siècles de la Mer Jaune à la Mer Noire

Paris, Payot, 1961. Un volume broché 22,5 x 13,5 cms. 251 pages. Dos un peu insolé, sinon bon état.

20 € + port

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02839_1

SECEN Sagang

Geschichte der Mongolen und ihres Fürstenhauses

Zürich, Manesse Verlag, 1985. Hardcover. 17 x 10,5 cms. 701 pages. Wie neu.

15 € + port

02824_1KWANTEN Luc

Imperial Nomads, A History of Central Asia, 500-1500

Leicester University Press, 1979. Hardcover. 26 x 18 cms. XV-352 pages. Jacket a little bit rubbed. Book in excellent state.

25  € + port

02850_1RIASANOVSKY Valentin A.

Fundamental Principles of Mongol Law

Bloomington, Indiana University, 1965. Paperback. 22,5 x 15 cms. XIII-343 pages. Rubbed back, otherwise very good.

150 € + port

02797_1David M. FARQUHAR

The Government of China under Mongolian Rule, a reference guide

Münchener Ostasiatische Studien, Band 53. Stuttgart, Franz Steiner Verlag, 1990. Hardcover. 24 x 18 cms. XVIII-594 pages. As new.

60 € + port