Le Salon des rêves – et du cauchemar

Une fois n’est pas coutume, c’est du livre écrit par l’un des clients de notre librairie que nous allons parler aujourd’hui.

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Joseph Steib n’a l’air de rien, et il était resté jusqu’à présent un quasi-inconnu. Né en 1898, mort en 1966, humble employé du Service des Eaux de Mulhouse, souffrant d’importants problèmes de santé qui le firent classer invalide, il fut l’un des plus féroces opposants à Hitler et à l’hitlérisme.

 

Résistance picturale

Quand ? de 1939 à 1945, mais surtout à partir de 1942.

Ou ? Dans sa cuisine, à Brunstatt, faubourg populaire de Mulhouse occupée.

Comment ? par sa peinture.

Ne haussons pas les épaules ! Il n’y risquait que sa peau.

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Flânerie parmi les manuscrits médiévaux

La Bibliothèque Virtuelle des Manuscrits Médiévaux regroupe 811 151 vues de 11 290 documents différents.

Son abord paraît d’abord austère, mais c’est le lieu idéal pour une flânerie et des découvertes surprenantes.

La promenade commence ici :

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Pour la découverte, il faut cliquer sur Recherche/Carte :

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Il suffit de s’en remettre au hasard pour découvrir à Châteauroux une Chanson de Roland de la fin du XIIIe siècle…

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… à Montauban un Livre d’oraisons en latin de la fin XVe siècle…

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… et à Langres les statuts de la Confrérie de St Pierre et St Paul, en vers, datant de 1617

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Il y en a encore 11 287 à découvrir ici…

Un homme libre

JS_par_NadarQui, dans la mémoire collective, aurait pu remplacer Jules Ferry, le créateur de l’instruction obligatoire, laïque et gratuite – si des aléas gouvernementaux n’en avaient décidé autrement ?

Qui, dans la mémoire collective, aurait pu remplacer Aristide Briand, l’initiateur de la loi instituant la séparation de l’Église et de l’État  – si des aléas gouvernementaux n’en avaient décidé autrement ?

Qui fut l’un des membres du Gouvernement de la Défense nationale, formé le 4 septembre 1870 après la capture de Napoléon III à Sedan, et la proclamation de la République à Paris ?

Qui fut Sénateur, Académicien et Premier Ministre ?    

Qui inventa le Livret de Famille ?

Qui , en politique, forgea le terme Radical ?

À qui Victor Hugo a-t-il dédié un poème enflammé sur la peine de mort – avant de retirer sa dédicace, mais de continuer à lui envoyer tous ses ouvrages ?

À qui n’ont été consacrées en un siècle que trois biographies, dont une anglophone ?

Qui n’a pas encore vu ses 3 mètres linéaires d’archives, déposées aux Archives Nationales, être dépouillées ? [Avis aux thésards en quête d’un sujet]

De qui la statue, trônant au milieu d’une place de sa ville natale, n’a jamais été relevée, après avoir été fondue pendant la deuxième guerre mondiale ?

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C’est la Bérézina !

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«  (28 novembre [1812]). Napoléon étant allé vers Zembin, laissa derrière lui cette foule immense qui, placée sur l’autre rive de la Bérézina, présentait l’image animée, mais effrayante de ces ombres malheureuse qui, selon la fable, errent sur les rives du Styx, et se pressent en tumulte pour approcher de la barque fatale. La neige tombait avec violence ; les collines, les forêts ne présentaient plus que des masses blanchâtres, et se perdaient dans l’atmosphère humide : on ne voyait distinctement que la funeste rivière à moitié gelée, et dont l’eau trouble et noirâtre, en serpentant dans la plaine, se faisait jour à travers les glaçons que charriaient ses ombres.
Quoiqu’il y eut deux ponts, l’un pour les voitures et l’autre pour les fantassins, néanmoins la foule était si grande, et les approches si dangereuses, qu’arrivés près de la Bérézina, les hommes réunis en masse ne pouvaient plus se mouvoir. Cependant, malgré ces difficultés, les gens à pied, à force de persévérance, parvenaient à se sauver ; mais, vers huit heures du matin, le pont réservé pour les voitures et les chevaux ayant rompu, les bagages et l’artillerie s’avancèrent vers l’autre pont, et voulurent tenter de forcer le passage. Alors s’engagea une lutte affreuse entre les fantassins et les cavaliers ; beaucoup périrent en s’égorgeant entre eux ; mais un plus grand nombre encore fut étouffé vers la tête du pont, et les cadavres des hommes et des chevaux obstruèrent à tel point les avenues que, pour approcher de la rivière, il fallait gravir des montagnes de cadavres. […]
Les éléments déchainés semblaient s’être réunis pour affliger la nature entière et châtier les hommes ; les vainqueurs comme les vaincus étaient accablés de souffrances. […]
Plus de vingt mille soldats ou domestiques, malades et blessés tombèrent au pouvoir de l’ennemi ; on évalua à deux cents le nombre de pièces abandonnées. Tous les bagages furent également la proie des vainqueurs. Mais on était insensible à la perte des richesses, on ne connaissait que le sentiment de sa conservation. »

bataille moskwa détailAinsi témoigne Eugène Labaume. Né en 1783 à Viviers (Ardèche), mort en 1849 près de Pont-Saint Esprit, il entra dans le Génie, et devint sous-lieutenant ingénieur géographe  au service du royaume d’Italie. Il publia en 1811 une Histoire abrégée de la République de Venise, en 1814 une Relation circonstanciée de la campagne de Russie, et en 1834 une Histoire monarchique et constitutionnelle de la Révolution en cinq volumes.

Il fit la campagne de Russie en qualité d’officier d’ordonnance du vice-roi d’Italie Eugène de Beauharnais, fut décoré de la Légion d’Honneur au retour de cette campagne, et finit sa carrière militaire comme colonel d’État-Major.

bataille moskwa

Son témoignage est direct, et vaut tout autant par ses récits détaillés de mouvements et de batailles, que par l’évocation du contexte géopolitique et du point de vue des soldats sur le terrain.

« Je raconte ce que j’ai vu : témoin d’un des plus grands désastres qui aient jamais affligé une nation puissante, spectateur et acteur dans tout le cours de cette triste et mémorable expédition, j’ai écrit, jour par jour, les évènements qui ont frappé mes yeux, et je cherche seulement à communiquer les impressions que j’ai ressenties. C’est à la lueur de l’incendie de Moscou que j’ai décrit le sac de cette ville ; c’est sur les rives de la Bérézina que j’ai tracé le récit de ce fatal passage. Les [plans des] champs de bataille qui sont joints à cet ouvrage ont été levés sur le terrain, et par ordre du prince Eugène. »

Labaume est plus crédible que les ouvrages hagiographiques, tel Les Trophées des armées françaises, qui évacuent la campagne de Russie en quelques pages, dont simplement deux paragraphes consacrés au passage de la Bérézina, présenté comme une victoire française :

Trophees_page_titre« Ce que l’empereur avait prévu arriva le 28 à la pointe du jour. […] L’engagement s’étendit par gradation, et bientôt la fureur des partis devint telle que les troisième et cinquième furent obligés d’y prendre part. […] Vers les dix heures du matin, le duc de Bellune fut attaqué sur la rive gauche par le général Wittgenstein. Quoique les Russes fussent deux contre un, le général français soutint glorieusement le combat, et ne céda le terrain que lorsqu’il eut reconnu l’impossibilité de résister davantage. Cette retraite lui fut douloureuse. Ne pouvant emmener avec lui cette légion d’isolés que les calamités avaient détachée des différents corps, il dut l’abandonner dans la plaine de Weselowo à toute la férocité d’un ennemi qu’un instant de bonheur avait rendu barbare.
Tel fut ce fameux passage que les Russes considéraient comme une répétition  des Fourches Caudines, et qui, loin de remplir leur attente, ne servit qu’à rehausser la gloire du nom français. Selon l’ennemi, nous y perdîmes dix mille hommes par le feu ; selon nous il en perdit davantage. »

La Bérézina conclut ce qui avait commencé comme une promenade de santé et se termina en déroute.

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La retraite

Labaume est quand même bien plus crédible :

« La victoire de Maro-Jaroslavetz nous démontra deux tristes vérités : la première, que les Russes, loin d’être affaiblis, avaient été renforcés par de nombreuses milices, et que tous se battaient avec un acharnement qui nous faisait désespérer d’obtenir de nouvelles victoires. Encore deux combats comme celui-ci, disaient les soldats, et Napoléon n’aurait plus d’armée. La deuxième vérité nous prouvait qu’il n’était plus temps de pouvoir faire une retraite paisible, puisque l’ennemi, à la suite de ce combat, nous ayant débordés, empêchait nos colonnes de se retirer par la route prévue, et nous réduisait à la fâcheuse nécessité de revenir précipitamment par la grande route de Smolensk, c’est-à-dire par le désert que nous nous étions créé. »

bataille jaroslavetz

L’hiver

itineraire« Nous marchions vers cette ville [Doroghobouï] avec une ardeur qui redoublait nos forces, lorsque tout à coup l’atmosphère, qui avait été si brillante, s’enveloppa de vapeur froides et rembrunies. Le soleil caché sous d’épais nuages disparut à nos yeux, et la neige tombant à gros flocons, dans un instant obscurcit le jour, et confondit la terre avec le firmament. Le vent soufflant avec furie remplissait les forêts du bruit de ses affreux sifflements, et faisait courber contre terre les noirs sapins surchargés de glaçons ; enfin la campagne entière ne formait plus qu’une surface blanche et sauvage.
Au milieu de cette sombre horreur le soldat, accablé par la neige et le vent, qui venaient sur lui en forme de tourbillon, ne distinguait plus la grande route des fossés, et souvent s’enfonçait dans ces derniers qui lui servaient de tombeau. Les autres, pressés d’arriver, se traînant à peine, mal chaussés, mal vêtus, n’ayant rien à manger, rien à boire, gémissaient en grelottant, et ne donnaient aucun secours, aucune pitié à ceux qui, tombés en défaillance, expiraient autour d’eux.
De ce jour, l’armée perdit sa force et son attitude militaire. Le soldat n’obéit plus à ses officiers, et l’officier s’éloigna de son général ; les régiments débandés marchaient à volonté : cherchant pour vivre, ils se répandaient dans la plaine en brûlant et saccageant tout ce qu’ils rencontraient, les chevaux tombaient par milliers, et les canons et caissons abandonnés ne servaient qu’à encombrer le passage. »

La déroute

« La route était couverte de soldats qui n’avaient plus de forme humaine, et que l’ennemi dédaignait de faire prisonniers. Les uns avaient perdu l’ouïe, d’autres la parole ; et beaucoup, par excès de froid ou de faim, étaient réduits à un état de stupidité frénétique qui leur faisait rôtir des cadavres pour les dévorer, ou bien on les voyait se ronger leurs mains et leurs bras. On en voyait ayant l’esprit aliéné qui, pour se réchauffer venaient avec leurs pieds nus se placer au milieu de nos feux : les uns, avec un rire convulsif, se jetaient à travers les flammes, et périssaient en poussant des cris affreux, et faisant d’horribles convulsions, pendant que d’autres, également insensés, les suivaient et trouvaient la même mort. »

Le responsable ? Napoléon – et lui seul

Eugène Labaume ne porte pas Napoléon Ier dans son cœur, c’est le moins que l’on puisse dire. Il l’accuse même de quasi-désertion lors de son brusque départ pour Paris avant que la retraite ne soit terminée :

« Cependant, Napoléon, effrayé de tant de désastres, mais plus encore effrayé par la crainte de perdre son autorité en France, conçut le projet d’abandonner les misérables restent d’une armée détruite, pour courir auprès de son Sénat lui en demander une nouvelle. »

Il critique aussi sa mégalomanie, son indifférence totale aux pertes humaines qu’entraine sa politique, ses rêves de gloire personnelle au détriment du bonheur – ou au minimum du bien-être – des Français.

liste« La France n’a jamais été plus puissante qu’après le traité de Tilsit [1807]. Jamais aucun mortel n’avait réuni des moyens plus faciles et plus sûrs pour réaliser le bonheur du genre humain. Il lui suffisait d’être juste et prudent : c’est en cela que la nation fondait ses espérances, et lui accorda cette confiance illimitée dont il abusa si cruellement.
Aussi la postérité balancera à décider si Napoléon a été plus coupable par le mal qu’il a commis, ou par le bien qu’il aurait pu faire, et auquel il n’a pas seulement songé. Loin de méditer avec calme et modération sur l’heureux emploi de ses ressources, il rêve de projets au dessus des forces humaines et, pour les réaliser, il oublie le nombre des victimes qu’il fallait leur sacrifier, toujours plein de ces sombres vapeurs dont il fut sans cesse tourmenté. »

Critique a posteriori, ou sentiment  acquis au fur et à mesure des événements ? Nous ne le saurons sans doute jamais. Un des seuls qui trouve grâce à ses yeux est le prince Eugène, avec qui ses fonctions le mettaient en contact direct. Labaume a-t-il eu quelques ennuis au moment des Cent-Jours ? Pas de traces, semble-t-il, ni dans un sens, ni dans l’autre.

À l’inverse, en militaire droit et honnête, Labaume respecte et même estime l’ennemi. Ainsi, à propos de la fuite calculée des Russes lors de la progression de la Grande Armée vers Moscou, il note :

« En entrant dans le village, les maisons étaient désertes, le château abandonné, les meubles brisés, et les provisions gaspillées, offraient partout l’image d’une affreuse désolation.
Tous ces ravages nous montrèrent à quels excès peut se porter un peuple, lorsqu’il est assez grand pour préférer son indépendance à ses richesses. »

De même, autant il attribue la responsabilité de l’incendie de Moscou aux Russes, autant il reconnaît la totale responsabilité de la Grande Armée dans le sac de la capitale.

Les derniers paragraphes de sa Relation circonstanciée résument parfaitement les événements, et l’interprétation qu’il en donne :

« Telles furent les affreuses calamités qui dissipèrent une puissante armée, pour avoir témérairement entrepris la plus orgueilleuse et la plus inutile des expéditions. En ouvrant les annales de l’antiquité, on trouvera que depuis Cambyse jusqu’à nous, jamais réunion d’hommes si formidable n’éprouva de plus effrayants revers.
Ainsi s’accomplirent les fastueuses prophéties que Napoléon avait prononcées lors de l’ouverture de la campagne ; avec cette différence que ce ne fut point la Russie, mais bien lui qui, entraîné par la fatalité, fut frappé de ce coup inévitable de la Providence, dont les heureux résultats, en mettant un terme à une influence despotiques, rendront à l’Europe sa liberté, à la France son bonheur. »

— — — — — — —

Question subsidiaire : Victor Hugo avait-il lu Labaume, lorsqu’il rédigea Les Châtiments ?

L’expiation

Il neigeait. On était vaincu par sa conquête.
Pour la première fois l’aigle baissait la tête.
Sombres jours ! L’empereur revenait lentement,
Laissant derrière lui brûler Moscou fumant.
Il neigeait. L’âpre hiver fondait en avalanche.
Après la plaine blanche une autre plaine blanche.
On ne connaissait plus les chefs ni le drapeau.
Hier la Grande Armée, et maintenant troupeau.
On ne distinguait plus les ailes ni le centre.
Il neigeait. Les blessés s’abritaient dans le ventre
Des chevaux morts ; au seuil des bivouacs désolés
On voyait des clairons à leur poste gelés,
Restés debout, en selle et muets, blancs de givre,
Collant leur bouche en pierre aux trompettes de cuivre.
Boulets, mitraille, obus, mêlés aux flocons blancs,
Pleuvaient ; les grenadiers, surpris d’être tremblants,
Marchaient pensifs, la glace à leur moustache grise.
Il neigeait, il neigeait toujours ! La froide bise
Sifflait ; sur le verglas, dans des lieux inconnus,
On n’avait pas de pain et l’on allait pieds nus.
Ce n’étaient plus des cœurs vivants, des gens de guerre :
C’était un rêve errant dans la brume, un mystère,
Une procession d’ombres sous le ciel noir.
La solitude vaste, épouvantable à voir,
Partout apparaissait, muette vengeresse.
Le ciel faisait sans bruit avec la neige épaisse
Pour cette immense armée un immense linceul.
Et chacun se sentant mourir, on était seul.
– Sortira-t-on jamais de ce funeste empire ?
Deux ennemis! le czar, le nord. Le nord est pire.
On jetait les canons pour brûler les affûts.
Qui se couchait, mourait. Groupe morne et confus,
Ils fuyaient ; le désert dévorait le cortège.
On pouvait, à des plis qui soulevaient la neige,
Voir que des régiments s’étaient endormis là.
Ô chutes d’Annibal ! lendemains d’Attila !
Fuyards, blessés, mourants, caissons, brancards, civières,
On s’écrasait aux ponts pour passer les rivières,
On s’endormait dix mille, on se réveillait cent.


Labaume_titreLABAUME Eugène
Relation circonstanciée de la Campagne de Russie, ouvrage orné des plans de la bataille de la Moskwa et du combat de Malo-Jaroslavetz. Édition Originale.
Paris, Panckoucke, Magimel, 1814. Un volume 22 x 14 cms, VII-401 pages, 2 cartes dépliantes. Cartonnage récent, pièce de titre en papier. Pages mal rognées (défaut d’origine), mais bon état.
110 €

02320TISSOT P.-F.
Trophées des Armées Françaises depuis 1792 jusque 1815. 6/6
Paris, Le Fuel, sans date (circa 1816-1819). 6 volumes 20,5 x 13 cms. XCVIII-320 + 484 + 412 + 424 + 357 + 471 pages. Une gravure sous serpente en frontispice de chaque volume + 11 gravures sous serpente au tome I, 9 au tome II, 10 au tome III, 10 au tome IV, 10 au tome V et 10 au tome VI. Pleine reliure. Dos lisse orné de filets et fleurons dorés. Motifs dorés sur tous les plats, encadrant des motifs à froid. Tranches dorees. Dos insolés et frottés. Coiffes frottées, réparation à la coiffe inférieure du tome I. Des rousseurs, plus ou moins éparses selon les volumes. Bel ensemble
200 €

22016_4DE VAUDONCOURT
Histoire politique et militaire du prince Eugene Napoleon, Vice-Roi d’Italie. 2/2
Paris, Mongie, 1828. Deux volumes 20 x 13 cms, XXIV-452 + 574 pages. Une gravure sous serpente en frontispice de chaque tome. 4 planches dépliantes + 1 gravure dépliante non numérotée représentant « Bonaparte et le jeune Eugène Beauharnais » au tome I ; une cinquième planche dépliante et 5 gravures représentant des scènes de bataille et le prince Eugène à différents âges au tome II. Curiosité : une carte colorée manuscrite représentant le combat de Feistritz insérée dans ce même tome. Demi reliure, dos à 4 nerfs soulignés en doré, orné de motifs à froid, tranches marbrées. Reliure très légèrement frottée, petit manque au coin supérieur du premier plat. Très bon état du texte, malgré quelques rousseurs treè claires sur certaines marges.
200 €

Allons enfants de la Patrie…

« Debout, les députés ont chanté la Marseillaise. » (les journaux).

Tout écolier connaît, ou devrait connaître l’hymne national. Mais qui en a retenu les sept couplets ?

Tout le monde sait, ou devrait savoir, qu’il a été composé à Strasbourg en 1792 par Rouget de l’Isle.

C’est ensuite que les légendes et les controverses commencent, ainsi que les hommages, les tentatives de récupération et les imitations.

Le Roy de Sainte-Croix fait le point dans son ouvrage Le Chant de guerre de l’armée du Rhin, ou la Marseillaise, paru en 1880.

marseillaise_2D’abord sur les circonstances de sa naissance. Il a été dit que Rouget de l’Isle, au moment où il la composait, venait de vider la dernière bouteille de la cave de Dietrich, le maire de Strasbourg. Vérité ? ou tentative de faire passer cette pièce pour un chant d’ivrogne ? Michelet réfute cette version : selon lui, ce qui s’appela d’abord le Chant de guerre de l’armée du Rhin fut composé « au milieu d’une foule émue », celle des volontaires qui partaient au combat.

Le point sur son auteur, certains, plus ou moins farfelus, en revendiquant la paternité. Un journal allemand tenta même de démontrer que la musique est copiée du Credo de la Missa solemnis n°4, composé par Holtzmann.

Sur son nom : Pourquoi la Marseillaise, et non pas la Strasbourgeoise par exemple ? : « Le nouveau chant vola de ville en ville, sur tous les orchestres populaires. Marseille l’adopta pour être chanté au commencement et à la fin des séances de ses clubs. Les Marseillais le répandirent en France, en le chantant sur leur route. De là lui vint le nom de Marseillaise. »

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 Le Roy de Sainte-Croix cite aussi longuement ce qu’en ont écrit Lamartine, Quinet, Michelet, Louis Blanc, De Banville, et bien d’autres ; relate les circonstances des exécutions en public les plus célèbres, fournit des notices chronologiques et une imposante Bibliographie.

Et n’oublie pas les partitions, l’une pour chant et piano, l’autre pour chœur à quatre voix d’hommes.

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Il publie aussi des compléments, imitations et parodies, par exemple :

La Marseillaise des Polonais

    France du Nord, sœur de la France,
    Tressaille à nos cris triomphants :
    Voici ton jour de délivrance,
    Voici les bras de tes enfants !
    Pour venger ta chute profonde,
    Tu nous revois tous accourir ;
    S’il faut pour toi vaincre ou mourir
    Nous sommes prêts au bout du monde.

Enfants de la Pologne ! aux armes ! en avant !
Marchons ; et s’il le faut, mourons en la sauvant !
(etc.)

La Marseillaise des Femmes

Allons, il faut que ça finisse !
Messieurs, votre règne est passé !
Il faut que ma voix retentisse
Et sauve un sexe terrassé !
J’en appelle à vous, Mesdames,
Aujourd’hui secondez-moi !
Non, non, plus de faibles femmes !
Des hommes brisons la loi !
(etc.)

La Marseillaise des Travailleurs

Peuple qui souffre et qui travaille,
Le jour de vaincre est arrivé.
Dans la pacifique bataille
Que ton étendard soit levé !      bis
Ouvriers des champs et des villes,
Nous allons lutter pour nos droits,
Et de notre puissante voix
Couvrir nos discordes civiles.

Aux urnes, citoyens ! Votons sans varier,
Votons, votons pour Jules Amigues, l’ami de l’ouvrier.

 Et enfin, notre préféré, le couplet supplémentaire chanté lors de la plantation des arbres de la liberté en 1793 :
    Arbre chéri deviens le gage
    De notre espoir et de nos vœux.
    Puisses-tu fleurir d’âge en âge,
    Et couvrir nos derniers neveux.
    Que sous ton ombre hospitalière
    Le vieux guerrier y trouve un abri,
    Que le pauvre y trouve un ami,
    Que tout Français y trouve un frère.
    Aux armes, citoyens, etc.


marseillaise_1 LE ROY DE SAINTE-CROIX
Le Chant de guerre de l’Armée du Rhin, ou la Marseillaise. Paroles et musique de la Marseillaise ; son histoire ; contestations à propos de son auteur ; imitations et parodies de ce Chant national français.
Strasbourg, Hagemann, 1880. Un volume broché 28 x 19 cms, 211 pages, photographies hors texte, partitions, planche dépliante cartonnée reproduisant une partition d’époque, reproduction d’une lettre manuscrite de Rouget de l’Isle. Seules les premières pages sont coupées. Brochage fendu, petit manque au premier plat, quelques rousseurs au premier cahier, sinon très bon état du texte. A relier.
50 €

Étienne de Jouy : Moraliste et Ermite

La biographie d’Étienne de Jouy, qui par certains aspects fait penser à celle de Bernardin de Saint-Pierre, mérite d’être longuement citée :
« JOUY (Victor-Joseph ETIENNE, dit DE), fécond littérateur et auteur dramatique, membre de l’Académie française (1815), né à Jouy, près de Versailles, en 1764, mort en 1846.
II eut une jeunesse très orageuse, semée d’aventures romanesques. À treize ans, il quittait les bancs du collège pour s’engager dans un régiment de la Guyane. Revenu de cette colonie, et fait sous-lieutenant, il part pour les grandes Indes, gagne l’estime de Tippo-Saïb, mais est emprisonné pour une intrigue amoureuse, se sauve dans une barque, fait naufrage, et ne revoit la France qu’après avoir été le jouet des plus étranges péripéties.

De JouyIl reprend du service en 1792, est blessé plusieurs fois, reçoit le grade d’adjudant général pour sa belle conduite à la prise de Furnes, est néanmoins dénoncé comme contre-révolutionnaire, s’expatrie, épouse une nièce de lord Malmesoury, rentre en France après le 9 thermidor, reprend son grade dans l’armée, combat les terroristes dans la journée du 2 prairial an III, est nommé commandant de la place de Lille, est arrêté de nouveau, sur le soupçon de correspondance avec les Anglais, finit par se dégoûter de l’état militaire, et obtient sa retraite (1797).
Le reste de sa vie fut entièrement consacré à la littérature. Il commença par le théâtre. Tragédies, comédies, opéras, vaudevilles, tous les genres lui furent bons, et dans tous il obtint des succès sans exceller dans aucun.Jouy, collaborateur de plusieurs feuilles de l’opposition, subit des procès de presse. Il fut condamné, en 1823, à trois mois de prison, pour un article sur les frères Faucher, inséré dans la Biographie des contemporains, dont il était le fondateur avec Jay. […]

La guerre incessante qu’il fit à la Restauration le place au nombre des plus énergiques lutteurs de cette époque.  En 1831, il reçut de Louis-Philippe la place de conservateur de la bibliothèque du Louvre, grasse sinécure, à laquelle fut ajouté un logement au château de Saint-Germain-en-Laye.
Les ouvrages de cet écrivain sont profondément oubliés aujourd’hui. Nous ne citerons que les suivants : la Vestale, tragédie lyrique (1807), proposée par l’Institut pour les prix décennaux ; les Bayadères, opéra (1810) ; Tippo-Saîb, tragédie (1813) ; Sylla, tragédie (1822) qui réussit, grâce au talent de Talma ; l’Ermite de la Chaussée-d’Antin (1812-1814, 5 vol. in-12) ; le Franc-parleur, suite de l’Ermite de la Chaussée-d’Antin (1814, 2 vol. in-12); l’Ermite à la Guyane (1816, 3 vol. in-12) ; l’Ermite en province (1818, 14 vol. in-12), livre plein d’inexactitudes grossières ; les Ermites en prison (1823, 2 vol. in-12), avec Jay ; les Ermites en liberté (1824, 2 vol. in-12), avec le même. » (Pierre Larousse.Grand Dictionnaire universel)

bio étienne de jouy

Dommage qu’Étienne de Jouy n’ait pas rédigé son autobiographie ! Heureusement, Michel Faul a tenté de reconstituer les détails de cette vie riche en rebondissements dans Les Aventures militaires, littéraires et autres de Étienne de Jouy, paru chez Séguier en 2009. Ouvrage qui semble épuisé, qui ne figure plus au catalogue de l’éditeur, mais qui se trouve encore (fort cher !) sur eBay.

Curieusement, Pierre Larousse ne cite pas, dans son l’article consacré à De Jouy, un ouvrage de 1822, qui oscille entre pamphlet et bons sentiments : La Morale appliquée à la Politique, pour servir aux observations sur les mœurs françaises au XIXe siècle. Il figure cependant dans la bibliographie « officielle », celle de l’Académie Française.

C’est un ouvrage d’opposant politique au gouvernement ultra-réactionnaire de Villèle, qui restreint la liberté de la presse, veut contrôler l’Université, cible de complots menés par la Charbonnerie, avec à sa tête La Fayette. C’est aussi l’œuvre d’un moraliste, qui élargit le débat.

Le Moraliste

La Morale appliquée à la Politique est parfois datée, avec ses nombreuses références au Roi et à la royauté. Mais moins qu’il n’y paraît : même si la Constitution de 1958 nous a formellement libérés d’un personnage aussi puissant, elle a maintenu le rôle d’un référent ultime, ce dont personne ne se plaint, sauf quand la place est occupée par un personnage falot.

05780 cadrage serreEt les réflexions et remarques que l’on lit dans La Morale appliquée à la Politique restent d’une brûlante actualité. Qu’on en juge :

  • « La politique, dans la seule acception  honorable que ce mot puisse recevoir, est l’art d’appliquer la morale à la science du gouvernement : hors de la morale point de politique, hors de la liberté point de morale. »
  • « Dans les états populaires l’égalité des citoyens produit ordinairement l’égalité dans les fortunes. »
  • « Le dépositaire infidèle, s’il a le malheur de n’être qu’un simple citoyen, est sévèrement puni par la loi commune ; mais qu’il occupe un des premiers rangs dans la hiérarchie politique, qu’au lieu de 400 louis, il s’agisse de 400 millions, […] les qualifications honteuses de vol, de malversation, seront noblement remplacées par celles d’erreurs de calcul, de distraction financière. »
  • « La franchise chez un bon ministre n’est pas seulement une vertu, c’est un devoir ; car les fausses craintes ou les fausses espérances qu’il donne sont des pièges meurtriers tendus sous les pas de la faiblesse. »
  • « Un ministre habile doit faire faire de telles sottises à son maître, qu’une sorte de solidarité, de complicité s’établisse entre eux. »
  • « Il vaut mieux prévenir les maux dans leurs causes, que d’appliquer son esprit à trouver les moyens d’en arrêter les effets. »

C’est dans la Table analytique que De Jouy laisse entrevoir sans fioritures le fond de sa pensée :

  •  Actions. Belles actions de Voltaire, l’honorent autant que son génie. II, 270
  •  Armées. Masses mécaniques, d’où la pensée et la volonté sont bannies. I, 223.
  •  Barcelone. Les médecins français, en allant généreusement secourir cette ville, ont fait faire un premier pas à l’union générale de tous les peuples. I, 171.
  •  Cabinets diplomatiques. Leur langage équivoque trahit leur profonde perfidie. I, 174.
  •  Cannibales. S’ils ont une législation, elle ne peut pas être plus atroce que celle des Européens. II, 75.
  •  Célibat. C’est un outrage à la nature, le père de l’hypocrisie. I, 39, 65, 66, 268.
  •  Classe. Immoralité du partage des peuples en classes distinctes. II, 6.
  •  Conscience. L’homme d’état en compte plus d’une, comme l’animal ruminant compte plus d’un estomac. I, 128.
  • etc.

L’Ermite

Les volumes de L’Hermite (les deux orthographes cohabitaient encore à l’époque) dépassent la vingtaine. Reprenons Pierre Larousse :

« En 1812, il inaugura cette série de livres qui, sous le titre commun de L’Ermite, ont véritablement fondé sa réputation. C’est la peinture des mœurs contemporaines, tracée avec finesse et élégance, sinon avec profondeur et exactitude. Ces livres eurent une vogue immense : ils la durent surtout à l’esprit libéral qui y domine, au souffle de Voltaire qu’on y respire à chaque page. »

Ces volumes portent en sous-titre : Observations sur les mœurs et les usages français au commencement du XIXe siècle, dont La Morale appliquée… est présentée comme l’introduction. Ce sont surtout des récits de voyage très détaillés, les itinéraires sont précisément décrits, l’on peut en déduire les temps moyens de parcours et connaître les monuments ou curiosités se situant au bord de la route. Un prétexte aussi pour enchaîner des paragraphes consacrés à leur histoire. La description des mœurs et usages se focalise sur ce que disent et pensent les notables chez qui De Jouy se fait héberger, parfois complétée par les avis du cocher ou du jardinier du domaine…

titres et dos


DE JOUY Etienne
La Morale appliquée à la Politique, pour servir aux observations sur les mœurs françaises au XIXe siècle. 2/2
Paris, Pillet Aine, 1822. Deux volumes 17,5 x 10,5 cms, XLVIII-319 + 439 pages, un portrait de l’auteur en frontispice du Tome I. Demi reliure, dos lisse a faux nerfs, filets et motifs dorés. Bon état malgré une petite dizaine de rousseurs claires en marge.
90,00 €

DE JOUY Etienne
L’Hermite en province, ou observations sur les mœurs et les usages français au commencement du XIXe siècle.

Tome II : Montauban – Toulouse – Carcassonne – Narbonne – Albi – Rodez – De Millau a Lodève – Montpellier – Nîmes
Paris, Pillet, 1819, troisième édition ornée de gravures et de vignettes. Un volume 18 x 11,5 cms. 409 pages. Une gravure hors texte en frontispice, une carte, vignettes en fin de chapitres. Demi reliure toile récente, dos lisse, pièce de titre. Des piqûres éparses en marge. Bon état global.
35,00 €

itinéraire savoieTome IV : Isère – Grenoble – Chartreuse – Hautes Alpes – Gap – Briançon
Paris, Pillet, 1826, deuxième édition, ornée de gravures et de vignettes. Un volume 18 x 11,5 cms. 364 pages. Une gravure hors texte sous serpente en frontispice, une carte, vignettes en fin de chapitres. Demi reliure toile récente, dos lisse, pièce de titre. Des piqûres éparses en marge. Bon état global.
35,00 €

Tome V : Vienne – Lyon – Ferney-Voltaire
Paris, Pillet, 1825, seconde édition, orneé de deux gravures et de vignettes. Un volume 18 x 11,5 cms. 321 pages. Une gravure hors texte sous serpente en frontispice, une gravure dépliante comprenant une carte et trois vues de Lyon, vignettes en fin de chapitres. Demi reliure toile récente, dos lisse, pièce de titre. Bon état.
40,00 €

Tome VI : Bretagne
Paris, Pillet, 1826, deux gravures, vignettes. Un volume 18 x 11,5 cms. 366 pages. Une gravure hors texte sous serpente en frontispice, une gravure dépliante comprenant une carte et trois vues de Brest et Nantes, vignettes en fin de chapitres. Demi reliure toile récente, dos lisse, pièce de titre. Bon état.
40,00 €

Hermite_tomeVII_2Tome VII : Normandie
Paris, Pillet, 1824, seconde édition ornée de deux gravures et de vignettes. Un volume 18 x 11,5 cms. 408 pages. Une gravure hors texte sous serpente en frontispice, une gravure dépliante comprenant une carte et cinq vues de Rouen, Le Havre, Jumièges et Mantes, vignettes en fin de chapitres. Demi reliure toile récente, dos lisse, pièce de titre. Piqûres aux toutes premières et toutes dernières pages. Bon état global.
40,00 €

Les cinq volumes de l’Hermite : 150 €

La Morale appliquée à la Politique + les cinq volumes de l’Hermite : 200 €