Des tolérances en matière d’orthographe

Que fait l’Arrêté du 26 février 1901 relatif aux tolérances en matière d’orthographe dans les examens ou concours dépendant du ministère de l’Instruction Publique en tête du Petit Larive et Fleury, dictionnaire français encyclopédique à l’usage des écoliers ?

C’est un peu comme si l’on insérait la loi de 1905 sur la séparation de l’Église et de l’État en tête de chaque missel.

Mais cet austère document administratif mérite plus qu’un haussement d’épaule dédaigneux. D’abord du fait de sa longévité : il ne fut abrogé qu’en …1976. Ensuite de par son contenu.

Certes, il est bref :

« Le Ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts arrête :
Dans les examens ou concours dépendant du Ministère de l’Instruction publique, qui comportent des épreuves spéciales d’orthographe, il ne sera pas compté de fautes au candidats pour avoir usé des tolérances indiquées dans la liste annexée au présent arrêté. »

Signé Georges Leygues, ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts dans le gouvernement de Pierre Waldeck-Rousseau (1898-1902). Lequel se distingua par une loi, difficilement adoptée, rapprochant les enseignements primaire et secondaire. Son arrêté comporte un longue annexe, où se côtoient tolérances et jugements de valeur.

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Tolérances

La plupart passeraient pour des horreurs aujourd’hui, mais elles sont révélatrices des usages et aussi des préjugés de l’époque :
Aucun : Avec une négation, on tolérera l’emploi de ce mot aussi bien au pluriel qu’au singulier. Ex. : ne faire aucun projet ou aucuns projets.
Accord du verbe quand le sujet est un mot collectif : un peu de connaissance suffit ou suffisent.
Gens : On tolérera l’accord de l’adjectif au féminin avec le mot gens. Ex. : instruits ou instruites par l’expérience, les vieilles gens sont soupçonneux ou soupçonneuses.
Adjectifs composés : On tolérera la réunion de deux mots constitutifs en un seul mot qui formera son féminin et son pluriel d’après la règle générale. Ex. : nouveauné, nouveaunée, nouveaunés, nouveaunées. [cette tentative d’agglutination sera reprise en 1990, sans plus de succès ]
Trait d’union : On tolérera l’absence de trait d’union entre le verbe et le pronom sujet placé après le verbe. Ex. : est il.
C’est, ce sont. Comme il règne une grande diversité d’usage relativement à l’emploi régulier de c’est et de ce sont, et que les meilleurs auteurs ont employé c’est pour annoncer un nom au pluriel, on tolèrera c’est ou ce sont des montagnes et des précipices.

Cette tolérance frôle parfois un scabreux dû à un lapsus du rédacteur  : « On ne comptera pas de faute non plus à ceux qui écriront indifféremment, en faisant parler une femme, je suis tout à vous ou je suis toute à vous. »

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Jugements (de valeur) :
– La plus grande obscurité régnant dans les règles et les exceptions enseignées dans les grammaires, on tolérera dans tous les cas que les noms propres, précédés de l’article pluriel, prennent la marque du pluriel : les Corneilles comme les Gracques ; des Virgiles (exemplaires) comme des Virgiles (éditions)
– Certains noms composés se rencontrent tantôt avec le trait d’union, tantôt sans trait d’union. Il est inutile de de fatiguer les enfants à apprendre des exceptions que rien ne justifie. Ex. : La Fayette ou Lafayette.
– Différence du sujet apparent et du sujet réel. Ex. : sa maladie sont des vapeurs. Il n’y a pas lieu d’enseigner de règles pour des constructions semblables dont l’emploi ne peut être étudié utilement que dans la lecture et l’explication de textes. C’est une question de style et non de grammaire.
Ne dans les propositions subordonnées. L’emploi de cette négation dans un très grand nombre de propositions subordonnées donne lieu à des règles compliquées, difficiles, abusives, souvent en contradiction avec l’usage des écrivains les plus classiques.

– La conclusion donne beaucoup de latitude au correcteur : « Il conviendra, dans les examens, de ne pas compter comme fautes graves celles qui ne prouvent rien contre l’intelligence et le véritable savoir des candidats, mais qui prouvent seulement l’ignorance de quelque finesse ou de quelque subtilité grammaticale. » [note du blogueur : finesse ou finesses ?, subtilité ou subtilités ?]

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 L’arrêté de 1976

Ce texte de 1901 vécut 75 ans. Continuait-il à être appliqué ? Mystère. En tout cas il fut abrogé par l’arrêté du 28 décembre 1976, signé René Haby, qui base explicitement, et uniquement, ses tolérances sur l’usage. (ici)

Accord du verbe précédé de plusieurs sujets à la troisième personne du singulier unis par ou ou par ni : Ni l’heure ni la saison ne conviennent pour cette excursion ; ni l’heure ni la saison ne convient pour cette excursion. L’usage admet, selon l’intention, l’accord au pluriel ou au singulier.
Participe passé des verbes tels que coûter, valoir, vivre, etc., lorsque ce participe est placé après un complément : Je ne parle pas des sommes que ces travaux m’ont coûté) (coutées) ; J’oublierai vite les peines que ce travail m’a coûtées (coûté)
Liberté du nombre : De la gelée de groseilles, de la gelée de groseille ; des pommiers en fleurs, des pommiers en fleur.  L’usage admet le singulier et le pluriel.
Noms masculins de titres ou de professions appliquées à des femmes. Le français nous est enseigné par une dame. Nous aimons beaucoup ce professeur. Mais il (elle) va nous quitter. Précédés ou non de Madame, ces noms conservent le genre masculin ainsi que leurs déterminants et les adjectifs qui les accompagnent. [ce sujet est toujours d’actualité en 2015, en particulier à l’Assemblée Nationale…]

L’exemple scabreux de l’arrêté de 1901 a été revu : Elle est toute (tout) à sa lecture.

Et la question du potentiel nouveauné à demi tranchée [à demi-tranchée ?] : On admettra nouveau-né et nouveau né.

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La tentative de réforme de l’orthographe de 1990

Le premier ministre de l’époque, Michel Rocard, avait souhaité que soient rédigées des propositions de réforme sur cinq points précis :

– le trait d’union
– le pluriel des mots composés
– l’accent circonflexe
– le participe passé des verbes pronominaux
– diverses anomalies

Le résultat fut un texte qui souleva un tollé et obligea le Conseil Supérieur de la Langue Française et l’Académie Française à faire marche arrière, en décrétant que son application n’en serait pas obligatoire. (texte ici)

Il faut dire qu’il réformait « quatre à cinq mille mots sur les cinquante mille que compte la langue française. ». Avec des propositions plus révolutionnaires qu’on aurait pu l’imaginer de la part de si respectables institutions : Il eût fallu, depuis 1990, écrire contrespionnage, ampèreheure, braséro, il ruissèle, musli, taliatelle, tapecul, harakiri, ognon, sénior, pédigrée, et aussi nénufar.

Depuis, nous en sommes là.

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Mais au fait, qui étaient ces messieurs Larive et Fleury, auteurs du Dictionnaire par lequel nous avons commencé ? Curieusement la BNF sait très peu de chose à leur sujet. La fiche biographique de  Larive ne connaît ni son prénom, ni sa date de naissance (185.-19..), et le déclare Professeur de Français. Même chose, à la virgule près pour Fleury. La BNF ne semble pas connaître non plus l’édition de 1933 parue chez Delagrave, ne répertoriant que celles de 1901 et 1902 chez Chamerot.

L’École Normale Supérieure de Lyon en sait un peu plus, mais visiblement pas tout.

Larive – Pseudonyme de Merlette, Auguste Nicolas. Grammairien français, né à Pontpoint (Oise) en 1827.
Fleury – Pseudonyme de Hauvion l’aîné (?). Il s’agit peut-être de Casimir Hauvion (né à Lyon en 1843).
[La suite est ici]

Pour conclure, notons qu’il n’y a PAS de Grammaire de l’Académie Française. La dernière tentative date de 1932, fut certes un succès de librairie, mais sera autant, sinon plus, contestée que la proposition de réforme de l’orthographe de 1990. Son rédacteur, Abel Hermant, ayant été exclu de l’Académie à la Libération pour faits de collaboration, tout le monde se dépêcha de l’oublier, lui et sa grammaire. [un article de Michel Louis (ici) résume la controverse académique sur cette Grammaire]

Il vaut donc mieux se reporter à la Grammaire historique de la langue française, présentée par un auteur… danois, mais agrégé de grammaire… française. Lequel se serait sans doute offusqué de ce que l’on trouve dans certaines adresses internet de l’Académie :

http://www.academie-francaise.fr/sites/academie-francaise.fr/files/rectifications_1990.pdf


 LARIVE et FLEURY

08160_1Petit Larive et Fleury, dictionnaire français encyclopédique à l’usage des écoliers. 953 figures dans le texte, 44 tableaux d’art et de vulgarisation, 112 cartes.

Paris, Delagrave, 1933. Un volume 20 x 13 cms,  XIV-1150 pages. Cartonnage éditeur illustré, marqué en doré « Prix de certificat d’études primaires élémentaires 1934 » au dernier plat. Volume un peu gauchi, mais en bon état.

30 €


NYROP Kr.

08158_1Grammaire historique de la langue française, deuxième édition revue et augmentée. Tomes I à V.

Copenhague, Gyldendalske Boghandel, 1904-1925. Cinq volumes 24 x 16 cms, XVI-551 + 451 + 459 + 496 + 464 pages. Demi reliure, dos à 5 nerfs, titre et tomaison dorés. Frottements d’usage, quelques annotations marginales au tome I. Très bon état global.

125 €

La substance de tous les Dictionnaires

C’est ce que promet le Dictionnaire des Dictionnaires, paru en 1892 : « La substance de tous les dictionnaires, c’est-à-dire le résumé des connaissances humaines, sous forme de vocabulaire. »

Rien de moins.

Paul Guérin [1830-1908], son maître d’œuvre et responsable éditorial, également connu pour ses quinze volumes consacrés aux Petits Bollandistes : vie des Saints, savait s’entourer. On trouve, parmi ses collaborateurs, des académiciens, des écrivains comme Paul Bourget ou Victor Fournel, ou des musiciens comme Camille Saint-Saëns.

L’approche d’Un Million de faits, dont nous parlions ici, était thématique. Celle du Dictionnaire des dictionnaires est alphabétique.

Mais l’objectif est le même : offrir sous un volume réduit la quintessence du Savoir, à une époque où l’on croyait encore que c’était possible.

Le projet

Le but est de vulgariser, au sens noble du terme :

  • « Les différentes branches des Lettres, des Sciences, des Arts, des Métiers ont été confiées à des hommes spéciaux, à la fois savants et vulgarisateurs, qui ont su présenter les principes, donner le dernier mot de la science, en indiquer toutes les applications pratiques et mettre les objets les plus abstraits et les plus ardus à la portée de tous, en se faisant comprendre par ceux mêmes qui n’y sont point initiés. »

De combler des lacunes :

  • « Le croirait-on ? il n’existe pas un Dictionnaire des Sciences militaires. Les termes de guerre, de fortification, de topographie, sont définis, expliqués, par des écrivains militaires.
    Les dictionnaires ne comprennent rien ou presque rien sur les termes de Bourse ou de Finance ; aussi combien de personnes lisent dans leur journal le bulletin financier ou le tableau de la bourse, sans comprendre.
    Pour la Médecine, chaque maladie est décrite ; on en donne le diagnostic et le pronostic ; vient ensuite ce qui concerne le traitement.
    Le dictionnaire contient l’histoire, de chaque ville, de chaque pays, de chaque peuple ; des événements ; des Institutions ; des Factions et des Partis. »

De se mettre à portée de tous :

  • « Tout le monde ne peut pas consacrer cinq ou six cents francs à l’acquisition d’une encyclopédie. »

Et d’être de son siècle :

  • « C’est qu’en effet les sciences et les idées s’étendent d’un essor ininterrompu dans la sphère indéfiniment dilatée des choses de l’esprit. Tout va, tout progresse ; tout change aussi. Bien des hautes vérités scientifiques viennent seulement d’être rendues accessibles à la démonstration. D’autres, à demi-comprises aujourd’hui, appartiennent moins au présent qu’à l’avenir.
    La langue n’est jamais faite ; les Dictionnaires qui prétendent la savoir au dernier point de sa formation, sont perpétuellement à recommencer. Instrument obéissant du monde et des auteurs, elle doit être mobile à leur gré, comme les variations de leurs caprices. La rénovation sans trêve imposée ; et elle ne s’arrête de créer des titres pour les acquisitions incessantes que lui apportent : l’histoire et la description de la nature, l’économie sociale, l’industrie, le commerce, l’agriculture.
    Rien ne demeure à l’état fixe. On voit les décrets et les lois, comme les réglementations les mieux assises, se transformer de fond en comble dans des espaces de temps à peine appréciables. La machine politique change d’aspects à tous ses mouvements. Les mœurs et les habitudes se modifient par contre-coup ; les arts et les lettres ont leurs glorieuses révolutions, et les activités contemporaines deviennent bientôt des restes, des souvenirs du passé que d’autres activités remplacent, non moins ambitieuses d’appartenir à l’histoire. »
    (Extraits de l’Avertissement et de la longue Introduction, remarquable de finesse, qui sont en ligne ici).

Une ambition réalisée ?

Si le succès commercial n’est pas au rendez-vous, la pertinence éditoriale de la série est encore aujourd’hui reconnue :

  • « Les lexicographes de la fin du XIXe siècle qui auraient dû enregistrer l’apport romantique sont, à l’exception de Pierre Larousse et de Guérin, des puristes qui ont repoussé les innovations réalisées à partir de 1830. C’est à cette date que s’arrêtent les exemples fournis par Littré. […] Après le Littré, le Grand Larousse universel du XIXe siècle et le Dictionnaire général [d’Hatzfeld], la lexicographie française n’a produit au XIXe siècle qu’un très petit nombre d’œuvres. Cette lacune se comprend : il fallait du courage à un lexicographe pour rédiger un dictionnaire après la publication d’œuvres aussi remarquables ! Le Dictionnaire de l’Académie de 1878 n’apporte aucune innovation par rapport à l’édition de 1835, imitée de très près.
    Le seul recueil qu’il soit nécessaire de mentionner est le Dictionnaire des dictionnaires de Paul Guérin (6 vol. in-4°, 1892), qui est un répertoire exhaustif, enrichi de nombreux exemples, malheureusement présentés sans références, de la langue de la fin du XIXe siècle. » (Georges Matoré. Histoire des dictionnaires français. Larousse)

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08034GUERIN Paul [Dir]

Dictionnaire des Dictionnaires, Lettres, Sciences, Arts, Encyclopédie universelle. 6/6

Paris, Librairie des Imprimeries Réunies, sans date [1892].
6 volumes 31,5 x 25 cms. XXXV-1200 + 1196 + 1200 +1196 + 1196 + 1261 pages. Texte sur 3 colonnes.
Pleine reliure éditeur. Dos à 4 nerfs. Titres et tomaisons dorés.
Quelques frottements aux dos et aux bords. Très bon état intérieur.

300 € + port (poids : 25 kgs)

Tout le savoir du monde en un volume 19 x 11 cms !

Saviez-vous que :

  • Il y a deux sortes de carrés magiques : les pairs et les impairs, dont les règles de construction diffèrent
  • Le mathématicien Huygens construisit son automate planétaire en établissant les roues d’engrenages dans des dimensions déterminées par les éléments du système solaire
  • Le centre de gravité d’un humain bien proportionné, qui se tient debout et immobile, se trouve ordinairement dans l’intérieur du corps à peu près à la hauteur du nombril. C’est pourquoi un homme qui porte un fardeau sur ses épaules est obligé de s’incliner en avant, et une femme grosse de rejeter son corps en arrière
  • Les Chaldéens avaient des observations astronomiques remontant à 49 siècles avant Alexandre. Ils appelaient Saros une période de 223 mois lunaires
  • Les sons diffèrent des bruits en ce que les sensations produites par ceux-ci ne sont pas exactement comparables entre elles 
  • La carte géologique de la France, publiée en 1664 par l’abbé Coulon, est d’une exactitude surprenante
  • À Geffe, en Suède a été mesuré un pin-sylvestre qui avait 63 centimètres de diamètre et 437 ans
  • Quand la nourriture est végétale, la respiration consomme moins d’oxygène, et l’on a remarqué que les hommes nourris exclusivement de végétaux pouvaient demeurer plus longtemps sous la cloche du plongeur que ceux qui vivent de viande
  • C’est Jules César qui introduit dans le calendrier la notion d’année bissextile
  • On estime que le numéraire qui circule en Europe s’élève à 4 milliards, tandis qu’on évalue à 37 milliards la masse des emprunts contractés par les grands États
  • Il y a un rapport direct, incontestablement prouvé par les chiffres, entre les lumières morales de l’esprit et la lumière du jour qui pénètre dans les maisons ; ce rapport entre l’instruction et le nombre des ouvertures est parfait, c’est-à-dire que plus il y a de portes et fenêtres, plus il y a d’instruction, et réciproquement
  • Les taupes sont moins nuisibles qu’on le pense, puisqu’elles compensent en partie le tort que font aux plantes leurs galeries en détruisant les larves d’insectes et les vers de terre
  • Les fondations du canal Saint-Martin ont été construites selon un principe venu du Surinam
  • Locke rechercha les sources de la connaissance humaines. Il en trouva deux, la sensation et les opérations de l’entendement, dont l’ensemble est désigné sous le nom de réflexion. Ces opérations sont la comparaison, le raisonnement, l’abstraction, la composition, l’association, toutes facultés qui séparent ou combinent les éléments qui dérivent de l’autre source de connaissance, la sensation, mais n’y ajoutent rien
  • Cicéron donne les préceptes de l’art oratoire en distinguant le genre simple, le tempéré et le sublime, et suit presque toujours Aristote en l’expliquant avec le style de Platon
  • De même que la musique a son dessin, la peinture a sa gamme ; ce mot est techniquement appliqué par les peintres à la dégradation des tons de couleurs comparées entre elles ou à chaque couleur en particulier, mais soumise à la dégradation de la lumière, c’est-à-dire, si l’on veut, à chaque nuance des teintes différentes et successives qui appartiennent à une même couleur.
  • Sous Louis XII on fabriqua les premières grosses monnaies d’argent, qui furent appelées testons, parce qu’elles portaient la tête du roi. On trouve aussi quelques monnaies portant une date, ce qui ne fut définitivement adopté que sous le règne de Henri II.
  • L’empire français, à sa plus grand extension, comprenait l’ancien royaume de France, l’Italie (moins le royaume de Naples), une partie de l’Allemagne occidentale, la Belgique et la Hollande. La France était divisée en 130 départements, dont 85 provenaient des anciennes provinces.
  • La population des États-Unis, d’après le recensement de 1841, se compose de 17 100 572 individus, savoir : 14 359 413 blancs, 371 606 noirs libres et 2 369 553 noirs esclaves
  • Siva, la troisième personne de la Trinité hindoue, est le rénovateur et le modificateur par excellence, et se présente par conséquent sous deux faces tout à fait contraires, destruction et reproduction. Car le monde existant de toute éternité, et toutes choses ne faisant que se transformer, naître, c’est apparaître sous une forme nouvelle ; mourir, c’est ne plus paraître sous cette forme. Siva gouverne et conduit l’univers, il prononce et exécute à la fois, dans les enfers comme ici-bas, les arrêts de la justice et de la vengeance divines.
  • La propriété de la lettre de change se transmet par la voie de l’endossement. Le défaut d’acceptation ou de paiement se constate par un acte appelé protêt.

Voici 21 faits, parmi le million annoncé par cet Aide-mémoire universel des Sciences, des Arts et des Lettres.

L’ambition est élevée : « Quel est l’homme qui ne trouverait quelque avantage moral ou matériel à disposer d’un répertoire dans lequel serait enregistré méthodiquement, tout ce qui est exactement connu, tout ce qu’il peut être utile de savoir sur un sujet déterminé ? »

L’objectivité est annoncée : « Les faits ont été scrupuleusement conservés tels que nous les connaissons, sans que nous ayons jamais cherché à les altérer pour les faire cadrer avec des hypothèses [que nous pourrions avoir par ailleurs]. »

Mais parfois se glissent des opinions :

  • « Le règne du burlesque, entre Malherbe et Boileau, est dans notre littérature ce qu’est la Fronde dans notre histoire politique, entre Richelieu et Louis XIV, une protestation énergique et légitime au fond, mais souvent ridicule et absurde dans la forme, contre une excessive autorité. »
  • « Les théories de Grotius sont remarquables par leur esprit de mansuétude et d’humanité. »

Et une restriction : « On ne rencontrera dans notre livre aucun passage de nature à porter la moindre atteinte aux lois de la morale la plus sévère. »

08148_2La première édition de Un Million de faits ; aide-mémoire universel des Sciences, des Arts et des Lettres parut en 1843, la dixième en 1869.

Œuvre collective, l’ouvrage est rédigée principalement par d’anciens collaborateurs de l’Encyclopédie Nouvelle, lancée par Pierre Leroux,  ardent républicain, ami de George Sand, et créateur du néologisme « socialisme », promis à tant de succès. Publiée par Furne, l’éditeur de Balzac, cette Encyclopédie resta inachevée, les volumes 5 à 7 n’ayant jamais paru.

Les rédacteurs font preuve d’un remarquable esprit de synthèse. Ainsi la philosophie de Locke est exposée en un paragraphe, et la mythologie hindoue en une page…

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La structure même du livre pourrait entraîner à de longues réflexions. Elle se base déjà sur la notion de Sciences humaines séparées, spécifiques, autonomes.

Deux types de connaissances sont distingués :
 1) Les connaissances relatives aux faits matériels du monde, divisées en trois groupes :
– Sciences mathématiques pures et appliquées : arithmétique, algèbre, géométrie, calcul infinitésimal, calcul des probabilités, mécanique, astronomie, météorologie, physique du globe, physique générale, chimie et géologie
– Sciences naturelles et médicales : botanique, anatomie, physiologie de l’homme, hygiène, zoologie
– Les connaissances applicables à l’existence matérielle de l’espèce humaine : arithmétique sociale, agriculture, technologie, commerce, art militaire.

Ce qui est nommé arithmétique sociale mérite d’être relevé : « Son but est de déterminer les éléments numériques d’une nature quelconque qui peuvent intéresser l’homme dans l’état de société, comme par exemple les poids et mesures, les unités de mesure du temps, les monnaies, les intérêts simples et composés. »

2) Les connaissances en rapport aux faits de l’ordre moral, également divisées en trois groupes :
– Philosophie, littérature, Beaux-Arts
– Paléologie, numismatique, chronologie et histoire, philologie, géographie, biographie et mythologie
– Éducation et législation.

Tout cela en un petit volume 19 x 11 cms !

Le prix à payer est typographique : les caractères sont minuscules, de bons yeux ou des lunettes sont nécessaires…

Mais c’est voulu :
« Réduit à un volume très portatif, notre Aide-Mémoire Universel équivaut matériellement à une véritable encyclopédie : nos lignes renferment autant de lettres que celles des volumes in-8° ordinaires. Chacune de nos 24 feuilles à 72 colonnes de 79 lignes équivaut donc à 5688 lignes ou à un demi-volume in-8° de 379 pages. »

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08148_1AICARD, DESPORTES, GERVAIS, JUNG, LALANNE, LE PILEUR, MARTINS, VERGÉ

Un Million de faits ; aide-mémoire universel des Sciences, des Arts et des Lettres. Cinquième édition.

Paris, Garnier Frères, 1850. Un volume 19 x 11 cms. XXVIII pages + 1596 colonnes + [XXXVII] pages d’index alphabétique.

Demi reliure, dos à faux nerfs et pièce de titre. Dos un peu insolé, très bon état intérieur.

25 € + port

Parémiologie

08145_1La Parémiologie est l’étude des parémies, c’est-à-dire des proverbes et formes apparentées : sentences, préceptes, slogans, devises. 

Pratiquée par les Anciens, cette science a été ressuscitée par Pierre-Marie Quitard [1792-1882], érudit et grammairien, puis est tombée dans un nouvel oubli, brièvement rompu en 1975 par le Collège de Pataphysique et sa Sous-Commission de Parémiographie et Intermission des Traductions & Trahisons.

Pour Quitard, « les proverbes résument les faits sociaux. » Et si l’on n’y trouve tout et son contraire, il ne faut pas s’en étonner : « Chaque époque a ses opinions dominantes, lesquelles se traduisent en formules populaires. En changeant de qualités ou de vices, la société change de proverbes, et cela explique pourquoi les proverbes disent quelquefois le pour et le contre. »

Mais qu’est-ce qu’un proverbe ? Notre parémiographe se tire aisément de cette question piège : « J’ai regardé le piquant du tour et l’originalité de l’expression comme la condition expresse des vrais proverbes. » En tombant dans un autre, par sa sélection d’expressions de bon ton : « Plus scrupuleux que la plupart des parémiographes, j’ai laissé dans son bourbier natal la phraséologie de la canaille. »

Il propose une liste alphabétique, le plus souvent abondamment et éruditement commentée.

En voici quelques exemples, tirés des lettres A et P :

  • ACCORD. – Être de tous bons accords.
    Cette expression, dont on se sert en parlant d’une personne d’humeur aisée et de bonne composition, est une métaphore empruntée de la musique. On a dit autrefois : Être comme la quinte, laquelle est de tous bons accords. Phrase qui se trouve, je crois, dans Rabelais.
    Étienne Tabourot publia en 1560 son Livre des bigarrures et touches, sur le titre duquel il déguisa son nom sous celui de Seigneur des Accords, voulant faire entendre par là qu’il savait s’accommoder au goût de tout le monde.
    Les Bigarrures et touches du Seigneur des Accords sont un recueil de règles appuyées de beaucoup d’exemples pour composer, tant en latin qu’en français, des facéties de toute espèce, comme les rébus ordinaires, les rébus de Picardie, les étymologies, les anagrammes, les allusions, les équivoques, les mots à triple entente, les contrepèteries, les acrostiches simples et doubles, les échos ou rimes redoublées, les vers numéraux, les vers rétrogrades par lettres et par mots, etc., etc.
  • AFRIQUE. Pythagore disait : « Si tu veux voir des monstres, ne va pas en Afrique, voyage chez un peuple en révolution. »
  • AHAN. – Suer d’ahan.
    C’est se donner une grande peine, une fatigue extraordinaire. Le mot ahan, d’où vient le verbe ahanner, qu’on employait pour dire haleter en travaillant, est l’onomatopée du cri de respiration précipitée que laissent échapper les bûcherons dans leurs travaux. La plupart de nos auteurs, de Meung jusqu’à Montaigne, de Rabelais à Voltaire, se sont servis de ce terme très expressif.
  • AIGUILLETTE. — Nouer l’aiguillette.
    Cette expression, dont on se sert pour désigner un prétendu maléfice auquel le peuple attribue le pouvoir de réduire les nouveaux mariés à un état d’impuissance, est venu, dit un excellent commentateur de Regnier, de ce que, autrefois, le haut-de-chausses tenait au pourpoint par un lacet nommé aiguillette, ajustement dont le costume de L’Avare, conservé au théâtre dans cette pièce de Molière, peut donner une idée. C’est l’explication la plus décente, et je m’y tiens. Si l’on en désire une autre, on saura bien la trouver sans moi.
    On a cru, dans tous les temps, qu’il y avait des sorciers capables d’empêcher la consommation du mariage, et cette croyance, tout absurde qu’elle est, a été partagée par des philosophes, des saints, des législateurs et des papes. Platon, livre XI des Lois, conseille aux nouveaux époux de se prémunir contre les charmes ou ligatures qui trompent l’espoir du lit conjugal. Saint Augustin, Traité septième, De l’Évangile selon saint Jean, spécifie les divers sortilèges usités en pareil cas. Charlemagne, dans ses Capitulaires, condamne à des peines afflictives les fauteurs de cette œuvre d’iniquité, et plusieurs pontifes ont fulminé des bulles contre eux.
    La superstition avait suggéré un assez grand nombre de moyens pour empêcher ou pour rompre le nouement de l’aiguillette. Un des plus anciens, que rapportent les auteurs qui ont écrit sur les cérémonies nuptiales, consistait à frotter de graisse de loup le haut et les poteaux de la porte de la maison où les mariés devaient coucher. Chez nos bons aïeux, on avait soin de mettre du sel dans ses poches ou des sous marqués dans ses souliers, avant d’aller à l’église pour la cérémonie du mariage.
  • ALLELUIA. — L’Alleluia d’Othon.
    L’empereur Othon II fit une irruption en France et s’avança, à la tête de soixante mille Allemands, jusqu’à Paris, qu’il assiégea, au mois d’octobre 978. Il s’approcha d’une des portes de la cité et la frappa de sa lance. Ensuite il monta sur le haut de Montmartre, et fit chanter alleluia en l’honneur d’une telle prouesse. Mais Lothaire, qui arriva sur ces entrefaites avec les troupes du comte Hugues-Capet et du duc de Bourgogne Henri, troubla la joie inconsidérée de ce fier conquérant, le mit en déroute, le poursuivit jusqu’à Soissons, et s’empara de tous ses bagages. L’alleluia d’Othon passa en proverbe, et servit autrefois à désigner une réjouissance intempestive ou une fanfaronnade suivie de quelque effet désagréable pour la fanfaron.
  • ÂNE. — Pour un point Martin perdit son âme.
    Un ecclésiastique, nommé Martin, qui possédait l’abbaye d’Asello, en Italie, voulut faire inscrire sur la porte ce vers latin :

Porta patens esto. Nulli claudaris honesto.
Porte reste ouverte. Ne sois fermée à aucun honnête homme.

C’était à une époque où la ponctuation, longtemps abandonnée, venait d’être remise en usage. Martin, étranger à cet art, s’adressa à un copiste qui n’en savait pas plus que lui. Le point, qui devait être après le mot esto, fut placé après le mot nulli, et changea le sens de cette manière:

Porta patens esto nulli. Claudaris honesto.
Porte ne reste ouverte pour personne. Sois fermée à l’honnête homme.

Le pape, informé d’une inscription si mal séante, priva l’abbé Martin de son abbaye qu’il donna à un autre. Le nouveau titulaire corrigea la faute du malheureux vers, auquel il ajouta le suivant :

Uno pro puncto caruit Martinus asello.
Martin, pour un seul point, perdit son asello.

Ce qui revenait à cette formule de l’antique jurisprudence des Romains : Qui cadit virgula, caussa cadit ; et comme asello signifie également un âne, l’équivoque donna lieu au dicton : Pour un point Martin perdit son âne.

  • ANGE. — Écrire comme un ange.
    Ange Vergèce, célèbre calligraphe, venu de l’île de Candie, sa patrie, à Paris, vers 1540, donna lieu, dit-on, à cette expression proverbiale par la beauté de son écriture qui servit d’original aux graveurs des caractères de l’alphabet grec pour les impressions royales sous François I ». La bibliothèque royale possède trois beaux manuscrits grecs de cet hellène, qui était attaché au collège royal en qualité d’écrivain du roi en lettres grecques.
  • ANGUILLE. — Rompre l’anguille au genou.
    C’est tenter l’impossible, car une anguille, qui glisse toujours des mains, ne peut se rompre sur le genou comme un bâton. Les Espagnols disent : Soldar el azogue, souder le vif-argent ; et les Italiens : Pigliar il vento con le reti, prendre le vent au filet.
  • PIE. — Être au nid de la pie.
    C’est-à-dire au plus haut degré d’élévation, de fortune, parce que la pie fait toujours son nid à la cime de l’arbre le plus élevé. —On dit aussi : prendre la pie au nid ; trouver la pie au nid, pour signifier, se procurer un grand avantage, faire une découverte importante.
  • PIED — Être sur un grand pied dans le monde.
    C’est y être en estime, en considération, y jouer un rôle brillant. Geoffroi Plantagenet, comte d’Anjou, un des hommes les plus beaux et les plus galants de son siècle, avait au bout du pied une excroissance de chair assez considérable. Il imagina de porter des souliers dont le bout recourbé était de la longueur nécessaire pour couvrir cette imperfection sans le gêner. Chacun voulut bientôt avoir des souliers comme ceux de ce seigneur ; et la dimension de cette chaussure, qu’on nommait à la poulaine devint, surtout dans le XIVe siècle, la mesure de la distinction. Les souliers d’un prince avaient deux pieds et demi de long, ceux d’un haut baron, deux pieds. Le simple chevalier était réduit à un pied et demi, et le bourgeois à un pied. De là l’expression : Être sur un grand pied dans le monde.
  • PILULE. — Dorer la pilule à quelqu’un.
    Employer des paroles flatteuses pour le déterminer à faire quelque chose qui excite sa répugnance, ou pour lui adoucir l’amertume d’un refus. Métaphore prise d’un procédé en usage chez les apothicaires, qui dorent ou argentent les pilules, afin d’en déguiser la couleur et le goût.— Les Espagnols disent : Si la pildora bien sapiera, no la doraran por defuera. Si la pilule avait bon goût, on ne la dorerait pas.
  • POTRON — S’éveiller ou se lever dès le potron minet.
    C’est-à-dire de très grand matin, comme le petit chat, qui distinguant très bien les objets dans le crépuscule, à cause de la conformation particulière de ses yeux, profite de ce moment pour s’exercer avec plus d’avantage à la chasse des souris.
    Potron est un diminutif du vieux mot potre, qui signifie petit des animaux.— On dit aussi dès le potron jacquet, comme on le voit dans ces vers du septième chant du poème de Cartouche par Grandval :

Il avançait pays monté sur son criquet,
Se levait, tous les jours, dès le potron Jacquet.

  • POURCEAU. — Le pourceau de saint Antoine.
    On lit dans le Carpentariana, qu’il y avait autrefois de bons religieux qu’on appelait pourceaux de saint Antoine, lesquels étaient obligés de faire huit repas par jour par esprit de pénitence. Ces pourceaux, qui s’engraissaient comme les autres à la plus grande gloire de Dieu et aux dépens des fidèles, faisaient consister la piété à montrer jusqu’où la peau humaine peut s’étendre.

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08145_2QUITARD Pierre-Marie

Dictionnaire Étymologique, Historique et Anecdotique des Proverbes et des Locutions proverbiales de la langue française, en rapport avec des proverbes et des locutions proverbiales des autres langues.

Paris, Bertrand, Strasbourg, Levrault, 1842.
Un volume 20 x 13 cms. XV-701 pages. Un cahier de feuilles lignées relié en fin de volume.
Demi reliure, dos lisse à faux nerfs dorés.
Reliure frottée avec épidermures. Rares soulignés au crayon à l’intérieur. Une vague trace de mouillure au coin de certaines pages. Envoi d’un des auteurs.

50 € + port

Quelques-uns des papillons épinglés par Chaudon

08107_1Louis-Mayeul Chaudon [1737-1817] historien bénédictin, spécialiste de la chronologie, aidé de ses assistants Pierre-Jean Grosley [1718-1785] et François Moysant [1735-1813], publie en 1765 la première édition de son Nouveau dictionnaire historique ; ou Histoire abrégée de tous les hommes qui se sont fait un nom…, qui en comptera près d’une dizaine, et servira de base à la Biographie universelle de Feller.

La méthode est simple : « Écarter les articles superflus, voilà le premier devoir d’un Historien Lexicogaphe ; présenter les articles nécessaires sous un jour vrai et agréable, voilà le second. Rien ne sert plus à remplir ce dernier objet que les Anecdotes, et les Anecdotes bien choisies. »

Certes, il y a des anecdotes, mais pas seulement. Et c’est en cela que ce Dictionnaire Historique est à des années-lumière d’un simple recueil d’ana (comme celui-ci).

On trouve par exemple une longue citation des positions théologiques d’Abélard condamnées par le pape ; un article sur Bacon qui critique l’homme d’état mais loue l’écrivain et le scientifique ; une étude stylistique des sermons de Bossuet et d’Esprit Fléchier ; un remarquable exposé de la philosophie de Timée de Locres ; et même un éloge de D’Alembert, pour son « vestibule » de l’Encyclopédie.

Car Chaudron refuse le sectarisme, pourtant courant à son époque : « Qu’on ne s’attende pas à des plaidoyers pour ou contre ; nous ne serons que témoins, et le Public sera le juge. Nous avons cru devoir nous interdire un plaisir, celui de la satire. […] L’Histoire doit être l’école de la Morale et de la Politique, et non celle de la frénésie. »

Et plus loin : « « On nous reproche d’avoir pesé avec  une froide indifférence le mérite de tous les enthousiastes, même celui des fanatiques d’irreligion, tels Voltaire, Rousseau, La Mettrie, dont on a peint les égarements sans se livrer à un emportement indigne d’un Chrétien et d’un Philosophe. Fallait-il donc méconnaître leurs talents, parce qu’ils en ont abusé, et prendre dans un Dictionnaire de faits le style d’un orateur qui tonne en chaire ? »

Quoi qu’il en soit, l’on y rencontre des personnages parfois fascinants :

ANACHARSIS, philosophe scythe, mort vers 550 avant Jésus-Christ, qui disait : « La vue de l’ivrogne est la meilleure leçon de sobriété. » et « Les gens de bons sens proposent les questions, et les fous les décident. »

Pierre ARETIN répondit à un trésorier de la cour de France, qui venait de lui payer une gratification : « Ne soyez pas surpris si je garde le silence ; j’ai usé mes forces à demander, il ne m’en reste plus pour remercier. »

COMBABUS, jeune seigneur de la cour du roi de Syrie, fut nommé par ce prince pour accompagner la reine Stratonice dans un voyage. Cette commission lui parut délicate. La reine était femme, et Combabus bel homme. Ces circonstances lui firent craindre les suites de l’honneur qu’il recevait. Pour les prévenir, il se priva lui-même de ce qui pouvait lui inspirer ces craintes et l’ayant enfermé dans une boite cachetée, il supplia le roi, avant que de partir, de la lui garder jusqu’à son retour.

CRÉBILLON père : toujours entouré d’une trentaine de chiens et chats, il avait fait de son appartement une espèce de ménagerie. Pour dissiper les mauvaises exhalaisons de ces animaux, il fumait beaucoup de tabac ; mais cette odeur ne remédiait pas entièrement à la corruption de l’air.

DANTE : Un jour, le prince de Vérone s’étonna de ce qu’un bouffon recevait beaucoup de caresses de la part des courtisans ; et se tournant vers Dante, il lui dit : « Pourquoi un homme savant et sage tel que vous n’est-il pas aussi chéri que cet insensé ? » L’autre répondit : « C’est que chacun chérit son semblable. » Ce bon mot causa sa disgrâce.

Paul DESFORGES-MAILLARD s’avisa vers l’an 1732 d’écrire des Lettres, moitié prose et moitié vers, sous le nom de Mademoiselle Malerais de la Vigne. Tous les poètes à l’envi célébrèrent cette nouvelle Muse, et lui firent même des déclarations très galantes. Enfin, Desforges quitta le masque, et il fut sifflé de ses admirateurs et de ses amants. L’aventure de ce triste hermaphrodite du Parnasse donna lieu au chef-d’œuvre de la Métromanie de Piron.

Gabriel-Daniel FAHRENHEIT fut d’abord destiné au commerce ; mais son goût le tournant vers la physique, il s’appliqua à la construction de baromètres et de thermomètres, et en fit d’excellent en substituant le mercure à l’esprit-de-vin.

Jean-François FERNEL devint le premier médecin d’Henri II pour avoir trouvé le secret de rendre féconde Marie de Médicis.

MAIGRET : écrivain lyonnais, il publia en 1542 un Traité singulier sur l’Orthographe française, qui fit beaucoup de bruit : il était conforme à la prononciation, qui a presque autant changé depuis que l’orthographe.

Louis MORIN [1635-1715], né au Mans, et qui vint à pied à Paris en herborisant. Sa devise :  « Ceux qui viennent me voir me font honneur, ceux qui n’y viennent pas me font plaisir. »

NÉRON, qui disait : « J’aime mieux être haï qu’aimé, parce qu’il ne dépend pas de moi seul d’être aimé, au lieu qu’il ne dépend que de moi seul d’être haï. »

Louis de NEUFGERMAIN, poète sous le règne de Louis XIII, qui s’avisa de faire des vers dont les rimes étaient formées des syllabes qui composaient le nom de ceux qu’il prétendait louer.

Ulric OBRECHT, habile professeur en droit à Strasbourg. Il parlait de tous les personnages de l’histoire comme s’il avait été leur contemporain, de tous les pays comme s’il y avait vécu, et des différentes lois comme s’il les avait établies.

OCCASION, divinité allégorique qui préside au moment le plus favorable pour réussir dans une entreprise. On le représentait sous la forme d’un jeune homme chauve par derrière, un pied en l’air, et l’autre sur une roue, tenant un rasoir d’une main et une voile dans l’autre.

PEREGRIN, philosophe qui, après avoir beaucoup voyagé, se fit brûler lui-même pendant les Jeux Olympiques de 166. Quelque temps avant sa mort, il avait été attaqué d’une fièvre violente. Le médecin qu’il appela lui dit que, puisqu’il souhaitait si fort de mourir, c’était pour lui une bonne fortune que d’être conduit au tombeau par la fièvre, sans recourir à un bûcher. « La différence est grande, répondit ce charlatan de philosophe,  la mort dans mon lit ne serait pas aussi glorieuse. »

Henri IV, qui ne se souciait pas de retenir en France Joseph-Juste SCALIGER, appelé à enseigner à l’université de Leyde, se contenta de lui demander : « Est-il vrai que vous avez été de Paris à Dijon sans aller à la selle ? »

Jacques SCHEGKIUS professa pendant 13 ans la philosophie et la médecine à Tubinge. Il devint aveugle et fut si peu sensible à la perte de sa vue, qu’un oculiste lui en promettant la guérison, il le refusa « pour n’être pas obligé de voir tant de choses qui lui paraissait odieuses ou ridicules. »

Jean TAYLOR, appelé le Poète d’eau, naquit dans le comté de Glocester et ne poussa jamais plus loin ses études qu’à la grammaire. Son père le mit en apprentissage chez un cabaretier, et au milieu du tumulte et des dégoûts de son art, il composa des pièces de poésie assez agréables. Après la mort de Charles I, il exerça son métier à Londres, et prit pour enseigne de son cabaret une Couronne noire ou de deuil. Mais pour ne pas se rendre suspect, il mit en dessus son portrait avec deux vers anglais dont le sens était : On voit pendre aux cabarets, pour enseignes, des têtes de Rois et même de Saints ; pourquoi n’y mettrai-je pas la mienne ?

TIMON, fameux athénien misanthrope, alla un jour dans l’assemblée du peuple et donna cet avis impertinent : « J’ai un figuier auquel plusieurs se sont déjà pendus ; je veux le couper pour bâtir à la place. Ainsi s’il y a quelqu’un parmi vous qui s’y veuille pendre, qu’il se dépêche. »

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08107_2[CHAUDON Louis-Mayeul, GROSLEY P.-J., MOYSANT F.]

Nouveau dictionnaire historique ; ou Histoire abrégée de tous les hommes qui se sont fait un nom par des talens, des vertus, des forfaits, des erreurs, &c. depuis le commencement du monde jusqu’à nos jours. Et dans laquelle on expose avec impartialité ce que les Écrivains les plus judicieux ont pensé sur le caractère, les mœurs & les Ouvrages des Hommes célèbres dans tous les genres ; avec des Tables chronologiques pour réduire en Corps d’Histoire les Articles répandus dans ce Dictionnaire, par une Société de Gens de Lettres.
Sixième édition, revue, corrigée & considérablement augmentée. 8/8.

Caen, Le Roy, 1786 (1785 pour le tome V). Huit volumes 21 x 12,5 cms. XLIV-230-384 + 738 + 717 + 648 + 652 + 651 + 628 + 744-[III] pages. Texte sur deux colonnes.

Pleine reliure du temps. Dos à 5 nerfs, caissons ornés, pièces de titre et de tomaison. Ex Libris. Reliure passée, trace de réparation à la coiffe du dernier tome. Intérieur très frais.

400 €

Les Mots du livre, par Littré et Larousse

En 278 termes définis par Émile Littré et développés par Pierre Larousse, tout l’univers du livre : de l’histoire des bibliothèques à celle des droits d’auteur, de la technique de l’eau-forte à celle de la gravure, des elzévirs aux différentes espèces de papyrus, des dédicaces obséquieuses aux signatures, tout cela vous (re)deviendra familier.

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