Des différents types de livres

Livres apocryphes : ce sont ceux qui sont exclus du rang des canoniques, ou faussement attribués à certains auteurs.

Livres authentiques : l’on appelle ainsi ceux qui sont véritablement des auteurs auxquels on les attribue, ou qui sont décisifs et d’autorité ; tels sont parmi les livres de Droit, le Code, le Digeste.

Livres auxiliaires : sont ceux qui quoique moins essentiels en eux-mêmes, servent à en composer ou à en expliquer d’autres, comme dans l’étude des lois, les livres des instituts, les formules, les maximes, etc.

Livres élémentaires : on appelle ainsi ceux qui contiennent les premiers et les plus simples principes des sciences ; tels sont les rudiments, les méthodes, les grammaires, etc., par où on les distingue des livres d’un ordre supérieur, qui tendent à aider ou à éclairer ceux qui ont des sciences une teinture plus forte.

Livres de bibliothèque : on nomme ainsi des livres qu’on ne lit point de suite, mais qu’on consulte au besoin, comme les dictionnaires, les commentaires, etc.

Livres exotériques : nom que les savants donnent à quelques ouvrages destinés à l’usage des lecteurs ordinaires ou du peuple.

Livres acroamatiques : ce sont ceux qui traitent de matières sublimes ou cachées, qui sont seulement à la portée des savants ou de ceux qui veulent approfondir les sciences.

Livres défendus : on appelle ainsi ceux qui sont prohibés et condamnés par les évêques, comme contenant des hérésies ou des maximes contraires aux bonnes mœurs.

Livres publics, libri publici : ce sont les Actes des temps passés et des transactions gardées par autorité publique.

Lecteur assis - Karl-Ulrich NussLivres d’église : ce sont ceux dont on se sert dans les offices publics de la religion, comme sont le pontifical, l’antiphonier, le graduel, le lectionnaire, le psautier, le livre d’évangile, le missel, l’ordinal, le rituel, le processional, le cérémonial, le bréviaire ; et dans l’église grecque, le monologue, l’euchologue, le tropologue, etc. Il y a aussi un livre de paix qu’on porte à baiser au clergé pendant la messe : c’est ordinairement le livre des Évangiles.

Livres de plein-chant : ce sont ceux qui contiennent les psaumes, les antiennes, les répons et autres prières que l’on chante et qui sont notées.

Livres de liturgie : ce sont ceux qui contiennent, non toutes les liturgies de l’église grecque, mais seulement les quatre qui sont présentement en usage, savoir les liturgies de S. Basile, de S. Chrysostome, celle des Présanctifiés, Προαγιαζόμενοι, et celle de saint Jacques, qui n’a lieu que dans l’église de Jérusalem, et seulement une fois l’année.

* * * * * *

On peut distinguer les livres selon leur dessein ou le sujet qu’ils traitent, en historiques, qui racontent les faits ou de la nature ou de l’humanité, et en dogmatiques, qui exposent une doctrine ou des vérités générales. D’autres sont mêlés de dogmes et de faits ; on peut les nommer historico-dogmatiques. D’autres recherchent simplement des vérités, ou tout au plus indiquent les raisons par lesquelles ces vérités peuvent être prouvées comme la Géométrie de Mallet. On peut les ranger sous la même classe ; mais on donnera le titre de scientifico-dogmatiques, aux ouvrages qui non seulement enseignent une science, mais encore qui la démontrent comme les Éléments d’Euclide.

Livres pontificaux, libri pontificales, ἱερατικὰ Βιβλία : c’étaient parmi les Romains les livres de Numa qui étaient gardés par le grand-prêtre, et dans lesquels étaient décrites les cérémonies des fêtes, des sacrifices, les prières, et tout ce qui avait rapport à la religion. On les appelait aussi indigitamenta, parce qu’ils servaient, pour ainsi dire, à désigner les dieux dont ils contenaient les noms, aussi bien que les formules et les invocations usitées en diverses occasions.

Livres rituels, libri rituales : c’étaient ceux qui enseignaient la manière de bâtir et de consacrer les villes, les temples, et les autels, les cérémonies des consécrations des murs, des portes principales, des familles, des tribus, des camps.

Livres des augures, libri augurales, appelés par Cicéron reconditi : c’étaient ceux qui contenaient la science de prévoir l’avenir par le vol et le chant des oiseaux.

Livres des aruspices, libri haruspicini : c’étaient ceux qui contenaient les mystères et la science de deviner par l’inspection des entrailles des victimes.

Lesende auf hocker - Lectrice sur un tabouret - Karl-Ulrich NussLivres achérontiques : c’étaient ceux dans lesquels étaient contenues les cérémonies de l’Achéron ; on les nommait aussi libri etrusci, parce qu’on en faisait auteur Tages l’Étrurien, quoique d’autres les attribuassent à Jupiter même. Quelques-uns croient que ces livres étaient les mêmes que ceux qu’on nommait libri fatales, et d’autres les confondent avec ceux des haruspices.

Livres fulminants, libri fulgurantes : c’étaient ceux qui traitaient du tonnerre, des éclairs, et de l’interprétation qu’on devait donner à ces météores. Tels étaient ceux qu’on attribuait à Bigoïs, nymphe d’Étrurie, et qui étaient conservés dans le temple d’Apollon.

Livres fatals, libri fatales, qu’on pourrait appeler autrement Livres des destins. C’étaient ceux dans lesquels on supposait que l’âge ou le terme de la vie des hommes était écrit selon la discipline des Étruriens. Les Romains consultaient ces livres dans les calamités publiques, et on y recherchait la manière d’expiation propre à apaiser les dieux.

Livres noirs : ce sont ceux qui traitent de la magie. On donne aussi ce nom à plusieurs autres livres, soit par rapport à la couleur dont ils sont couverts, soit par rapport aux choses funestes qu’ils contiennent. On en appelle aussi d’autres livres rouges, ou papiers rouges, c’est-à-dire livres de jugement et de condamnation.

Bons livres : ce sont communément les livres de dévotion et de piété, comme les soliloques, les méditations, les prières.
Un bon livre, selon le langage des Libraires, est un livre qui se vend bien ; selon les curieux, c’est un livre rare; et selon un homme de bon sens, c’est un livre instructif. Une des cinq principales choses que Rabbi Akiba recommanda à son fils fut, s’il étudiait en Droit, de l’apprendre dans un bon livre, de peur qu’il ne fût obligé d’oublier ce qu’il aurait appris.

Livres spirituels : on appelle ainsi ceux qui traitent plus particulièrement de la vie spirituelle, pieuse, et chrétienne, et de ses exercices, comme l’oraison mentale, la contemplation, etc. Tels sont les livres de S. Jean Climaque, de S. François de Sales, de sainte Thérèse, de Thomas Akempis, de Grenade, etc.

Livres profanes : ce sont ceux qui traitent de toute autre matière que de la Religion.

Par rapport à leurs auteurs, on peut distinguer les livres en anonymes, c’est-à-dire, qui sont sans nom d’auteur ; en cryptonimes, dont le nom des auteurs est caché sous un anagramme ; en pseudonymes, qui portent faussement le nom d’un auteur ; en posthumes, qui sont publiés après la mort de l’auteur ; vrais, c’est-à-dire, qui sont réellement écrits par ceux qui s’en disent auteurs, et qui demeurent dans le même état où ils les ont publiés ; faux ou supposés, c’est-à-dire, ceux que l’on croit composés par d’autres que par leurs auteurs ; falsifiés, ceux qui depuis qu’ils ont été faits sont corrompus par des additions ou des insertions fausses.

Sitzende, lesend - Assise, lisant - Karl-Ulrich NussPar rapport à leurs qualités, les livres peuvent être distingués :
Livres clairs et détaillés, qui sont ceux du genre dogmatique, où les auteurs définissent exactement tous leurs termes, et emploient ces définitions dans tout le cours de leurs ouvrages.

Livres obscurs, c’est-à-dire, dont tous les mots sont trop génériques, et qui ne sont point définis ; en sorte qu’ils ne portent aucune idée claire & précise dans l’esprit du lecteur.

Livres prolixes, qui contiennent des choses étrangères et inutiles au dessein que l’auteur paraît s’être proposé, comme si dans un traité d’arpentage un auteur donnait tout Euclide.

Livres utiles, qui traitent des choses nécessaires, ou aux connaissances humaines, ou à la conduite des moeurs.

Livres complets, qui contiennent tout ce qui regarde le sujet traité. Relativement complets, c’est-à-dire, qui renferment tout ce qui était connu sur le sujet traité pendant un certain temps ; ou si un livre est écrit dans une vue particulière, on peut dire de lui qu’il est complet, s’il contient justement ce qui est nécessaire pour atteindre à son but. Au contraire, on appelle incomplets, les livres qui manquent de cet arrangement.

On peut encore donner une division des livres, d’après la matière dont ils sont composés, et les distinguer :
Livres en papier qui sont écrits sur du papier fait de toile ou de coton, ou sur le papyrus des Égyptiens ; mais il en reste peu d’écrits de cette dernière manière.

Livres en parchemin, libri in membranae, ou membranoe, qui sont écrits sur des peaux d’animaux, et principalement de moutons.

Livres en toile, libri lintei, qui chez les Romains étaient écrits sur des blocs ou des tables couvertes d’une toile. Tels étaient les livres des Sibylles, et plusieurs lois, les lettres des princes, les traités, les annales.

Livres en cuir, libri in corio, dont fait mention Ulpien. Guilandus prétend que ce sont les mêmes que ceux qui étaient écrits sur de l’écorce, différente de celle dont on se servait ordinairement, et qui était de tilleul. Scaliger pense plus probablement que ces livres étaient composés de feuilles faites d’une certaine peau, ou de certaines parties des peaux de bêtes, différentes de celles dont on se servait ordinairement, et qui étaient les peaux ou les parties de la peau du dos des moutons.

Livres en bois, tablettes, libri in schedis :  ces livres étaient écrits sur des planches de bois ou des tablettes polies avec le rabot, et ils étaient en usage chez les Romains.

Livres en cire, libri in ceris, dont parle Pline : les auteurs ne sont pas d’accord sur la manière dont étaient faits ces livres. Barbaro croit que ces mots in ceris sont corrompus, et qu’il faut lire in schedis, et il se fonde sur l’autorité d’un ancien manuscrit. D’autres rejettent cette correction, et se fondent sur ce qu’on sait que les Romains couvraient quelquefois leurs planches ou schedoe, d’une légère couche de cire, afin de faire plus aisément des ratures ou des corrections, avantage que n’avaient point les livres in schedis, et conséquemment ceux-ci étaient moins propres aux ouvrages qui demandaient de l’élégance et du soin, que les livres en cire, qui sont aussi appelés libri ceroe, ou cerei.

Encyclopédie de Diderot et D’Alembert. Articles Livre

Illustrations : bronzes de Karl-Ulrich Nuss

Un commentaire sur “Des différents types de livres

  1. Crémieu-Alcan dit :

    Merci pour ces rappels si essentiels.

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