Petits coups d’oeil chez les voisins (4) : Les 111 fenêtres de Tobias

Les 111 gravures ornant notre édition de La Nef des fous sont généralement attribuées à Tobias Stimmer, de la même manière que celles de l’édition originale de 1494 le sont à Dürer.

Né à Schaffouse en 1539, mort à Strasbourg en 1584, élève d’Holbein le Jeune, Stimmer réalisa des peintures murales (par exemple le plafond du château de Baden-Baden), des portraits (Léonard de Vinci, Michel Ange, Charles le Téméraire) dont malheureusement les originaux sont perdus, ainsi que de nombreuses gravure et les peintures ornant l’horloge astronomique de Strasbourg.

Ce « petit » travail n’a visiblement pas suffi à la Municipalité pour que lui aussi ait droit à sa rue.

Peut-être (?) parce que l’attribution des gravures de La Nef des fous a été contestée.

Il y a en effet un autre candidat : Nicolaus Höniger, le traducteur de notre édition.

L’on connaît peu de choses sur ce brave homme, tout du moins les éléments dont nous disposons sont parcellaires et contradictoires :

  • Sa fiche Wikipedia en allemand donne ses dates de vie (1548-1598), indique qu’il était correcteur, auteur et traducteur chez l’éditeur bâlois Sébastien Henricpetri, mais ne fait aucune allusion à une quelconque activité de graveur.
  • Par contre, la Deutsche Biographie, indique ne pas connaître ses dates de naissance et de mort, mais précise explicitement qu’il est l’auteur des gravures de cette édition de 1574 de La Nef des fous, en ajoutant qu’elles furent fort appréciés.
  • Pierre Larousse, lui, souligne la célébrité qu’il avait acquise en son temps par son activité de lexicographe, mais reste muet sur une éventuelle activité de graveur : « C’est à lui qu’on doit aussi une édition fort estimée du Dictionnaire grec de Budé (Bâ!e, 1585, in-fol.). Höniger s’était attaché à corriger les fautes nombreuses qui déparaient ce dictionnaire et il y avait fait des additions importantes. »

Quant à effectuer une comparaison d’un point de vue graphique entre ces gravures et celles attribuées de source sûre à Stimmer (voir ici), cela dépasse notre compétence.

Aussi nous retenons faute de mieux l’attribution à Stimmer, pour deux raisons, dont une un peu folklorique :

1) Le catalogue de l’exposition consacrée à Stimmer au Musée de Berne, du 23 septembre au 9 décembre 1984, Spätrenaissance am Oberrhein, Tobias Stimmer, 1539-1584, rapporte que selon certaines sources (?) Stimmer aurait crypté sa signature dans la gravure du chant 41 : en la retournant, on verrait apparaître son nom. Admettons.

Stimmer_double_41_gris

2) Mais surtout, le rédacteur dudit catalogue semblant prendre un malin plaisir à dévaloriser son sujet, le considérant au mieux comme un pâle imitateur de Dürer, nous pensons que s’il avait trouvé la moindre preuve recevable pouvant permettre de ne PAS attribuer ces gravures à Stimmer, il ne s’en serait pas privé.

Quoiqu’il en soit, qu’elles soient de Stimmer ou de Höniger, ces gravures sur bois restent admirables, même si, pour certaines, la qualité d’impression laisse un peu à désirer.

C’est la raison pour laquelle, dans le diaporama qui suit, et qui propose toutes les gravures de cette édition de La Nef des fous, nous avons tenté de remédier à ce défaut, en les passant toutes en sépia, et en rectifiant si nécessaire les tonalités.

[note technique : pour lancer le diaporama, cliquer sur n’importe quelle gravure – Les titres et les textes sont ceux de Sébastien Brant, dans la traduction de Madeleine Horst]


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06224_5GEILER, BRANT, HÖNIGER VON KÖNIGSHOFFEN, STIMMER

Welt Spiegel, oder Narren Schiff, darinn, aller Standt, schandt und laster… gleich als in einem Spiegel gesehen und gestrafft werden : alles auf Sebastian Brands Reimen gerichtet. Aber, mit vil andern… Lehren… Sampt gewisser Schellen abtheilungen… Weilandt, durch den hochgelerten Johann Geyler… in lateinischer sprach beschrieben, jetzt aber mit sonderm fleisz ausz dem Latein inn das recht hoch Teutsch gebracht, unnd erstmals im Truck auszgangen. Durch Nicolaum Honiger von Tauber-Konigshoffen

[Sébastien BRANT, La Nef des fous, traduite par Höniger de Königshoffen, illustrée de vignettes par Tobias Stimmer, et suivie des Sermons de Jean Geiler de Kaysersberg]

Bâle, Sebastian Henricpetri, 1574. Un volume 16,5 x 10 cms. [XII]-800-[2] pages (numérotation par feuillet). Vignettes de Tobias Stimmer. Pleine reliure vélin postérieure. Dos lisse et muet. Tranches rouges. Page de titre manquante. Bas des pages un peu sali, traces de mouillures en marge supérieure des 20 derniers feuillets, sinon bon état.

3500 €

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