Petits coups d’oeil chez les voisins (5) : Le chien de Jean

Jean Geiler de Kaysersberg est né en 1445 dans la ville suisse de Schaffhouse. Élevé à Kaysersberg par son grand-père – d’où son nom -, il est étudiant, puis professeur à l’université de Fribourg. Ordonné prêtre en 1470, il étudie la théologie à Bâle, puis retourne à Fribourg comme professeur, puis comme recteur.

Il abandonne l’enseignement pour la prédication, et de 1478 à sa mort en 1510, prêche à Strasbourg, où ses sermons attirent les foules. C’est pour lui que fut construite la chaire de la Cathédrale, et la légende prétend que c’est son chien qui est sculpté en bas de l’escalier.

chien geiler2

Geiler abandonna l’enseignement pour la prédication, afin de mettre son éloquence au service de l’édification des puissants, mais aussi – et surtout – du peuple.

Lire la suite

Petits coups d’oeil chez les voisins (4) : Les 111 fenêtres de Tobias

Les 111 gravures ornant notre édition de La Nef des fous sont généralement attribuées à Tobias Stimmer, de la même manière que celles de l’édition originale de 1494 le sont à Dürer.

Né à Schaffouse en 1539, mort à Strasbourg en 1584, élève d’Holbein le Jeune, Stimmer réalisa des peintures murales (par exemple le plafond du château de Baden-Baden), des portraits (Léonard de Vinci, Michel Ange, Charles le Téméraire) dont malheureusement les originaux sont perdus, ainsi que de nombreuses gravure et les peintures ornant l’horloge astronomique de Strasbourg.

Ce « petit » travail n’a visiblement pas suffi à la Municipalité pour que lui aussi ait droit à sa rue.

Peut-être (?) parce que l’attribution des gravures de La Nef des fous a été contestée.

Il y a en effet un autre candidat : Nicolaus Höniger, le traducteur de notre édition.

Lire la suite

Bibliothèques imaginaires (15) – Une bibliothèque sur la planète Solaria

– Pensez-vous que je puisse dénicher un roman microfilmé en ces lieux ?

– Je me permets de vous suggérer d’appeler le robot chargé de la bibliothèque, répondit suavement Daneel.

De se sentir obligé d’avoir à faire avec un robot mit Baley de méchante humeur. Il aurait bien préféré feuilleter à loisir.

***

– Non, non, dit-il, pas de classiques ! Des petits romans quelconques traitant de la vie courante sur Solaria, telle qu’elle se passe actuellement. Et sortez-m’en une demi-douzaine.

Le robot obéit (bien obligé) mais, tout en manipulant les contrôles voulus pour sortir de leurs casiers les micro-films demandés, les amener dans l’extracteur, puis les remettre dans les mains de Baley, il continuait de réciter, d’un ton respectueux, toutes les autres rubriques de son catalogue.

Lire la suite

Petits coups d’oeil chez les voisins (3) : Le bateau de Sébastien

Brant_par_DurerSébastien Brant naquit en 1457 à Strasbourg dans une famille de la moyenne bourgeoisie. Il fit des études de droit civique et canonique à l’université de Bâle, dont il devint professeur, puis doyen. Il y ouvrit un cours de poétique, et se mit à composer lui-même, d’abord en latin, puis en langue vernaculaire.

Revenu en 1500 dans sa ville natale, il devint bientôt Chancelier municipal de cette ville libre de l’empire germanique. Il occupa cette fonction jusqu’à sa mort, en 1521.

La première édition de sa Nef des fous est publiée à Bâle en 1494, illustrée de gravures attribuées à Dürer.

Traduit plusieurs fois en latin, adapté en français, imité en anglais et en flamand, ce sera le livre le plus lu au XVe siècle, après la Bible, avant qu’il ne tombe dans l’oubli jusqu’au XIXe siècle.

Chaque chapitre brocarde un aspect de la folie humaine : l’ivrognerie, l’avarice, le blasphème, l’ingratitude, la brutalité, la médisance, la manie des livres, etc.

Brant en a trouvé pas moins de 112, et consacre un chapitre, un Chant à chacun, avant que tous les fous – entendez les pécheurs – ne se retrouvent dans une nef qui fait voile vers l’Île de la folie.

GRAVURE_NEF_1 Lire la suite

Librairies imaginaires (4) – La librairie des polars

Rue du Cardinal-Lemoine. Une librairie à l’ancienne. Rien à voir avec les espaces fluorescents des grands magasins spécialisés. On était à dans l’artisanat, parquet ciré, étagères de bois verni, échelles en aluminium brossé, lumières tamisées.

L’atmosphère avait ce quelque chose de calme et d’impressionnant qui fait instinctivement baisser la voix. Qui donne un avant-goût d’éternité.

Près de la porte, un présentoir de revue spécialisées, au centre une table chargée de livres de toutes dimensions. Au premier coup d’œil, l’ensemble donnait une impression poussiéreuse et désordonnée, mais un regard plus attentif montrait que l’ensemble était tenu avec soin et répondait à sa propre logique. Sur la droite, tous les livres présentaient une tranche d’un jaune vif, plus loin, de l’autre côté, s’alignait la collection, sans doute intégrale, de la Série Noire.

On pénétrait ici moins dans une librairie que dans une culture. Passé la porte, on était dans l’antre des spécialistes, quelque chose à mi-chemin du cloître et de la secte.

La boutique était vide à leur entrée. Le grelot de la porte d’entrée fit bientôt apparaître, comme sortant de nulle part, un homme grand, la quarantaine, au visage sérieux, presque soucieux, en pantalon et gilet bleus, sans élégance, lunettes minces. L’homme respirait une assurance vaguement satisfaite. « Je suis sur mon terrain, semblait dire sa silhouette longiligne. Je suis le maître des lieux. Je suis un spécialiste. »

Pierre Lemaitre. Travail soigné. Éditions du Masque, 2006.

librairie polars

Petits coups d’oeil chez les voisins (2) : Sébastien, Tobias et Jean sont en colocation

Voici un livre :

06224_5

Sa reliure est muette.

Il n’a pas de page de titre.

La numérotation est faite par feuillets, mais quelqu’un a tenu à re-numéroter par page :

correction_page_1

Et à corriger les quelques erreurs de titre :

correction_page_2

En se trompant aussi parfois, surtout vers la fin :

correction-pages

Les tranches sont rouges, le texte est visiblement de la poésie, et il y a des gravures :

chant_48

Lire la suite