Librairies imaginaires (3) – Pierre de Gondol (suite)

Cette famille, les douze mètres carrés de la librairie suffisaient pour la rassembler autour de moi. Librairie au sens où l’entendait Montaigne :

Ma librerie, qui est des belles entre les libreries de village, est assise à un coin de ma maison ; s’il me tombe en fantaisie chose que j’y veuille aller chercher ou escrire, de peur qu’elle ne m’eschappe en traversant seulement ma court, il faut que je la donne en garde à quelqu’autre.

Librairie qui qui est une partie de ma bibliothèque, même s’il m’arrive d’y vendre des livres. Ceux que j’accepte de céder à certains clients, ce sont mes doubles, ou plutôt mes triples : un exemplaire à mon domicile, rue de Birague, souvent un deuxième ici et, à côté de lui, les autres, ceux que je peux vendre. Du neuf et de l’occasion. Je vends les livres que j’aime et j’aime les livres que je vends. […]

– Bonjour, monsieur Gondol. Avez-vous Koenigsmark, de Pierre Benoit ?

Je ne l’avais pas entendu entrer. Nulle sonnette ou clochette n’annonce l’arrivée d’un client : mes Douze Maîtres au Carré n’ont pas d’angle mort et, si je m’y trouve, l’exiguïté de la pièce rend immédiatement sensible le moindre déplacement d’air.


54 - 1Le libraire-détective Pierre de Gondol résoudra-t-il l’énigme du 11 et du 53 ? S’il tient une ligne oblique, peut-être lui aurait-il fallu un adjoint comme Hugo Vernier…
Car les principaux suspects sont Perec et Pierre Benoît. Avec, comme complices potentiels les Atlandiades, Platon, sans oublier Claude François.

Réponse dans Le Cinquante quatrième jour, de Roland Brasseur (qui a dû bien se gondoler en l’écrivant).

Roman lisible et téléchargeable librement ici

C’est Madame de Staël qui a inventé le Big Data !

On nous rebat actuellement les oreilles avec le Big Data. En français cela s’appelle, parait-il, les Mégadonnées.

Il s’agit d’analyser la masse hétérogène des données numériques produites par les entreprises et les particuliers dont les caractéristiques (très grand volume, diversité de forme, vitesse de traitement) requièrent des outils d’analyse informatiques spécifiques.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il ne s’agit pas d’une invention récente : on peut la faire remonter à Madame de Staël qui, en 1800, écrivait dans son ouvrage De la littérature considérée dans ses rapports avec les institutions sociales :

« Il faut que ces calculs aient pour base l’uniformité constante de la masse, et non pas la diversité de chaque exemple : un à un, tout diffère dans l’ordre moral ; mais si vous admettez cent mille chances, si vous calculez d’après cent mille hommes pris au hasard, vous saurez, par une approximation juste, quelle est dans ce ce nombre la proportion des hommes éclairés, des hommes faibles, des scélérats et des esprits distingués.
Vous le saurez encore plus exactement, si vous faites entrer dans vos combinaisons la force des intérêts de chaque classe, comme en physique, l’impulsion que donne telle pente au mouvement. »

Elle y voyait des applications pratiques. D’abord celle de logiciels de prévention du crime, tels que ceux utilisés par la police anglaise :

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Librairies imaginaires (2) – La librairie des ouvrages défectueux

Mon exemplaire est en si mauvais état que je ne parviens pas à savoir si l’aspect calamiteux du livre est imputable à la malchance de son premier propriétaire ou aux turpitudes du temps.

Le libraire chez qui je l’ai acheté tient une librairie spécialisée dans les ouvrages défectueux. Son magasin est assez petit, mais il contient un extraordinaire cortège de livres fautés, boiteux ou borgnes, dont personne a priori ne voudrait. À y regarder de plus près, c’est une cohorte de grands blessés de l’édition, un hommage aux coups de massicots de biais, aux pages mal cousues, aux erreurs en tous genres, y compris les plus inattendues. Ainsi cette édition des Caligrammes d’Apollinaire imprimée en caractères d’imprimerie, dont celui qui l’a composée, certainement peu au fait de l’œuvre du poète, a défait la disposition graphique du texte pour lui rendre une apparence traditionnelle, tout en préservant par ailleurs la typographie manuscrite.

J’y ai vu également plusieurs exemplaires du Petit Livre rouge sous couverture bleue et un très bel exemplaire de La vie de Fibel, de Jean Paul, illustré d’un cahier hors-texte de photographies de Fidel Castro. Enfin, je n’ai pas pu m’empêcher d’acheter un exemplaire dépareillé des œuvres de Mauriac qui contient en réalité une anthologie des poèmes de Prévert.


 CorpsLibrairesVincent Puente
Le Corps des libraires. Histoire de quelques librairies remarquables & autres choses.
Éditions La Bibliothèque, 124 pages, cinq illustrations – ISBN : 782909 688718 – 12€

Le Corps des libraires est à la fois un livre d’histoire(s) et un guide. On y rencontre des revenants, des livres providentiels, des labyrinthes et des libraires héroïques, quelques personnages pathétiques et bien d’autres anecdotes curieuses. Il lève le voile sur certaines librairies choisies, que les amateurs de livres fréquentent sans tapage comme d’autres visitent des coins à champignons.