Un homme libre

JS_par_NadarQui, dans la mémoire collective, aurait pu remplacer Jules Ferry, le créateur de l’instruction obligatoire, laïque et gratuite – si des aléas gouvernementaux n’en avaient décidé autrement ?

Qui, dans la mémoire collective, aurait pu remplacer Aristide Briand, l’initiateur de la loi instituant la séparation de l’Église et de l’État  – si des aléas gouvernementaux n’en avaient décidé autrement ?

Qui fut l’un des membres du Gouvernement de la Défense nationale, formé le 4 septembre 1870 après la capture de Napoléon III à Sedan, et la proclamation de la République à Paris ?

Qui fut Sénateur, Académicien et Premier Ministre ?    

Qui inventa le Livret de Famille ?

Qui , en politique, forgea le terme Radical ?

À qui Victor Hugo a-t-il dédié un poème enflammé sur la peine de mort – avant de retirer sa dédicace, mais de continuer à lui envoyer tous ses ouvrages ?

À qui n’ont été consacrées en un siècle que trois biographies, dont une anglophone ?

Qui n’a pas encore vu ses 3 mètres linéaires d’archives, déposées aux Archives Nationales, être dépouillées ? [Avis aux thésards en quête d’un sujet]

De qui la statue, trônant au milieu d’une place de sa ville natale, n’a jamais été relevée, après avoir été fondue pendant la deuxième guerre mondiale ?

Réponse : Jules Simon.

SES IDÉES

La liberté

Jules Simon souvenirs des autresDurant toute sa vie, Jules Simon s’est posé – et nous pose toujours – l’éternelle question de la Liberté et de ses implications. Les titres de ses ouvrages majeurs en témoignent : La Liberté ;  La Liberté de conscience ; La Liberté politique  Dieu, Patrie, Liberté ; Le Libre Échange ;  etc.

La Liberté de conscience est sans doute son livre le plus important. Pour Jules Simon, tout découle de cette liberté de penser. Il n’a pas cessé, au fil des rééditions, de préciser et d’affiner sa réflexion, en transformant ce qui n’était d’abord qu’un recueil de notes de cours en une histoire de l’intolérance.

En digne héritier de l’esprit des Lumières, il cite D’Alembert, à la fois dans la Préface et, en majuscules, en guise de conclusion : « IL N’Y A QUE LA LIBERTÉ D’AGIR ET DE PENSER QUI SOIT CAPABLE DE GRANDES CHOSES, ELLE N’A BESOIN QUE DE LUMIÈRES POUR SE PRÉSERVER DES EXCÈS. »

Le contraire de la liberté : l’intolérance

D’où vient l’intolérance ? : « de l’ignorance et de la superstition. »

Comment se répand l’intolérance ? Par ce qu’il nomme « la force » et « la propagande », toutes les deux contraires à la vérité :

« Il y a deux moyens légitimes de répandre une vérité : la prouver ou la faire aimer ; propagande par la démonstration, propagande par la persuasion. De ces deux moyens, le premier est le plus régulier, le second est peut-être le plus fort. Le premier est toujours honnête, le second l’est ou ne l’est pas, selon la nature des procédés employés : en effet, on peut faire aimer une doctrine en montrant qu’elle est pure ou en montrant qu’elle est profitable.
Il y a une troisième sorte de propagande, et celle-là est toujours criminelle ; c’est celle qui a recours à la force. Cette sorte de propagande est proprement ce qui constitue l’intolérance. »

L’intolérance est-elle monolithique ? Non :

« Il y a deux sortes d’intolérances : l’intolérance religieuse et l’intolérance civile ; la première, inoffensive pour les incrédules, légitime à l’égard des fidèles, en tout cas, explicable ; la seconde, criminelle, soit qu’elle empêche ou punisse l’expression de la pensée. »

Peut-on suivre Jules Simon dans cette analyse ? Pas tout à fait, car elle se révèle datée, comme il le reconnaît lui-même :

« En France, les catholiques ont eu, en 1871, une courte période de domination, mais après les élections de 1875, un mouvement très vif de réaction anti-religieuse s’est prononcé, et ce sont aujourd’hui, chez nous, les incrédules qui se rendent coupables d’intolérance. »

N’oublions pas que cette phrase date d’une trentaine d’années avant la loi de 1905, séparant l’Église de l’État. Mais si l’interprétation est datée, la division de l’intolérance en deux catégories, religieuse et civile, est toujours pertinente. Simplement, si l’on peut dire, l’intolérance religieuse est devenue criminelle et non plus « inoffensive pour les incrédules ». Les deux sortes d’intolérance ont fusionné : là où le civil et le religieux ne font qu’un, c’est ensemble qu’ils empêchent ou punissent l’expression de la pensée.

Jules Simon précise d’ailleurs un peu plus loin son propos :

« Par intolérance religieuse, j’entends seulement celle qui s’applique aux seuls fidèles et n’attente en aucun cas à la liberté des incrédules ; et qui, pour les fidèles même, ne prononce aucune peine temporelle, et se borne pour toute pénalité, à l’excommunication spirituelle. »

Histoire de l’intolérance

Les grandes divisions de La Liberté de conscience parlent d’elles-mêmes :

  • De l’intolérance jusqu’à la révolution française (Grèce, Rome, les Albigeois, l’inquisition, la Saint-Barthélemy, la Ligue, l’Édit de Nantes, sa révocation, la bulle Unigenitus)
  • L’intolérance pendant la révolution française (constitution civile du clergé, persécutions contre les prêtres réfractaires, contre le clergé constitutionnel)
  • Les Concordats (les Concordats en France jusqu’à la révolution, le Concordat de 1801, oppression de la liberté de conscience, en France sous la Restauration, et dans divers pays d’Europe)
  • Conclusion générale :
    • Le régime des Concordats est incompatible avec la liberté des cultes.
    • Arguments pour la liberté des cultes
    • La liberté des cultes n’est complète et possible que si elle coexiste avec la liberté de penser
    • Légitimité et nécessité de la liberté de penser.

Qui écrira les chapitres suivants de cette histoire de l’intolérance ? [prévoir un épais volume]

Liberté et religion

Ce sujet était fort important à la fin du XIXe siècle, le débat sur les rapports réciproques de la religion (catholique) et des institutions républicaines monopolisant les esprits et le débat politique.

portrait Jules Simon trombinoscopePour Jules Simon, la religion est « une doctrine philosophique fondée non sur la démonstration, mais sur l’autorité », qui cristallise « l’éternel antagonisme de la liberté et de l’oppression, du droit et de la force. »

Curieusement, il ignore (ou écarte ?) l’importance de la spiritualité dans la religion. Ce qui ne l’empêche pas de livrer de très fines analyses :

« Les Romains [avant le Christianisme] faisaient consister la piété à admettre tous les dieux qui se présentaient. En exclure un seul, c’était offenser tous les autres, parce qu’ils ne voyaient dans la religion que l’idée de religion, sans s’inquiéter de la différence des dogmes. »

« L’Édit de Nantes n’est pas, comme on pourrait le croire, la proclamation de la liberté de conscience. D’abord, la liberté de conscience comprend la liberté de toutes les religions et de toutes les doctrines philosophiques, tandis qu’il ne s’agit, dans l’Édit de Nantes, que d’accorder la liberté aux protestants et à eux seuls. Pour eux-mêmes, la liberté est loin d’être entière. »

Il explique aussi ses choix rédactionnels : seules trois pages de La Liberté de conscience sont consacrées à l’inquisition, les faits, encore présents dans les mémoires, parlant d’eux-mêmes :

« L’inquisition est encore aujourd’hui la personnification de l’intolérance, avec son double caractère de perfidie et de cruauté. […] Je parcours cette  histoire avec une profonde douleur, comme on traverse un champ de bataille, quand les armées s’en sont retirées n’y laissant plus que des cadavres. [Mais il ne faut pas faire] de cette sinistre histoire un argument contre une doctrine […ou] une organisation spirituelle. »

Nous le suivons plus difficilement dans sa démonstration, fort alambiquée et peu convaincante, de la « pensée » des rédacteurs de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, qui en auraient exclu, entre les lignes (?), les juifs et les protestants.

Un long chapitre est consacré aux Concordats et leur histoire. L’édition de 1857 de La Liberté de conscience est à ce titre particulièrement précieuse pour les historiens, avec ses 180 pages d’annexes contenant les textes des Concordats de 1801 et 1817, du Concordat autrichien, de la loi de 1855 sur les biens de l’Église, des lois suédoise et norvégienne sur la liberté religieuse, de l’encyclique du Pape Grégoire XVI, etc.

Le Concordat n’est plus un sujet d’actualité, sauf en Alsace-Lorraine. Mais les réflexions qu’il inspire à Jules Simon n’ont en rien perdu de leur pertinence :

« Les cultes ne sauraient être exemptés de la réglementation commune ; mais ils ne doivent être soumis qu’à la réglementation commune. »  

Bien entendu une objection vient immédiatement à l’esprit : quid si la réglementation commune change, au détriment d’un ou plusieurs cultes ? La réponse se trouve quelques paragraphes plus loin :

« Si l’État se fait juge du dogme, le proscrit ou le limite, intervient dans la discipline, nomme ou révoque les ministres [du culte], il se rend coupable d’usurpation : 1° parce que ses actes ne sont pas nécessaires, 2° parce qu’il s’attribue une compétence qu’il n’a pas. »

Liberté et éducation

Jules Simon s’est prononcé dès 1848 en faveur de l’enseignement obligatoire.

Ministre de l’enseignement dans le gouvernement provisoire du 4 septembre 1870, puis dans le gouvernement Thiers en février 1871, il propose une loi en ce sens l’année suivante, loi qui ne sera pas adoptée en raison de son coût… Il faudra attendre 10 ans de plus, et Jules Ferry.

« Il est nécessaire à chaque citoyen d’être instruit. Mais l’instruction de chaque citoyen est nécessaire à tous les autres citoyens et à l’État, parce que l’instruction est le plus grand élément de paix intérieure et de richesse publique.

Jules Simon chocolatL’établissement du suffrage universel rend la création des écoles plus urgente que jamais, parce qu’il faut être éclairé pour voter, et pour défendre, dans les conditions d’une égalité complète, les droits du travail contre ceux du capital. […]

Les hommes n’ont pas plus de droit à l’instruction que les femmes. L’instruction des femmes est aussi nécessaire à l’État que celle des hommes. Toutes les fois que l’État consacre plus de soin et d’argent à l’éducation des garçons qu’à celle des filles, il est infidèle à sa mission, premièrement parce qu’il commet une injustice, secondement en ce qu’il compromet l’intérêt général.

IL FAUT DONNER À L’INSTRUCTION TOUT L’ARGENT DONT ELLE A BESOIN ET NE PAS LE REGRETTER
LE PEUPLE QUI A LES MEILLEURS ÉCOLES EST LE PREMIER PEUPLE. S’IL NE L’EST PAS AUJOURD’HUI, IL LE SERA DEMAIN » [Ces deux dernières phrases sont imprimées en majuscules et reprises de L’École]

Liberté et travail

L’Ouvrière et L’Ouvrier de huit ans paraissent 25 ans après le fameux rapport Villermé sur le travail des enfants. Jules Simon y propose entre autres la généralisation des cités ouvrières.

Il se livre aussi à une longue étude sur le régime des corporations :

« Du moment que le droit de travailler était vendu, il devenait un objet de fiscalité et de réglementation. […] De là la division par corps. […] Je ne trouve pas moins de six corporations chargées des objets de sellerie : les chapuisiers, qui faisaient le fond de la selle ; les bourreliers, qui faisaient les bourrelets ou troussequins ; les peintres-selliers, qui peignaient les ornements ; les blasonniers, à qui revenait le soin de peindre le blason des gentilshommes ; les lormiers, pour le mors, les gourmettes et les étriers ; et enfin les éperonniers. »

Il réfléchit également à une question toujours non résolue : pour le bien commun, vaut-il mieux libérer le commerce, ou bien le réglementer ? Il penche, ce qui n’étonnera pas, pour la liberté du commerce, mais avec beaucoup de réserves. Ses idées économiques le feraient qualifier aujourd’hui de libéral, ou plutôt de social-libéral.

Liberté et propriété

Les idées de Jules Simon sur la propriété mériteraient à elles seules une étude approfondie. En voici une synthèse par lui-même :

«  La propriété est naturelle dans son principe et artificielle dans ses applications.
Commençons par la déterminer : elle comprend trois choses : le droit de posséder, de succéder et de transmettre.

Le droit de posséder est incontestable. Il repose : 1° sur le travail ; 2° sur la liberté civile ; 3° sur la liberté politique ; 4° sur la famille.

Mais on conteste la succession, la transmission.
1° Origine injuste.
2° Excès de richesse, pouvoir et luxe qui en résultent. Coalition des bourses.
3° Excès de misère. Oppression morale, politique et matérielle
4° Atteinte à la morale, amour du lucre, brigandage extra-légal et légal, corruption, droits politiques, honorabilité, égoïsme, atteinte à la famille.
5° Monopole de l’argent et de l’instrument.
6° Spéculation commerciale.
7° Misère de l’ouvrier et du consommateur.
Ce sont là des objections contre l’organisation.

La seule objection contre le principe serait : le droit de ne pas mourir de faim. J’admets pleinement l’objection. Le droit de vivre est incontestable. Il n’en résulte pas le droit de voler, mais certainement le devoir pour la société de fournir du pain, un abri et l’aliment intellectuel aux pauvres. Le droit de vivre n’est pas une objection contre le principe de la propriété, mais contre toute organisation de la propriété qui ne le reconnaîtrait pas. […]

Conclusion : la propriété est absolue : mais elle doit être organisée (modifiée) selon les temps et les lieux, conformément à ses principes, sans quoi, le principe étant détruit, elle devient caduque.
Il faut donc par les lois empêcher le gain illicite ou excessif (disproportionné au travail ou au risque), assurer la vie de chacun, ôter à la richesse tout privilège ajouté. »

Jules Simon Salon de Paris

Liberté et législation

Tout dépend de la légitimité des lois, elle-même issue de leur nécessité :

« Les lois humaines ne sont légitimes que si elles sont nécessaires, et dans la mesure de leur nécessité ; elles ne peuvent ni troubler l’ordre des affections de la nature, ni créer des privilèges, ni s’opposer au progrès, c’est-à-dire à la science, ni se placer entre l’homme et Dieu, par un attentat sacrilège et inutile. »

Mais elles doivent s’appliquer à tous, sans aucune exception :

« Si une liberté concédée aux uns est refusée aux autres, il faut la rejeter comme contraire au progrès ; si un avantage offert est en contradiction avec les principes, il faut le repousser comme une déception et un déshonneur. »

Quelle liberté pour les ennemis de la liberté ?

On connait la célèbre sentence de Saint-Just : « Pas de liberté pour les ennemis de la liberté ! », phrase d’ailleurs le plus souvent sortie de son contexte.
 
L’opinion de Jules Simon est différente : « Pour être digne de la liberté, il faut savoir la respecter, même dans ceux qui la maudissent. »

Là encore, le débat n’est pas clos – à supposer qu’il puisse l’être un jour.

Critique de ces idées

Jules Simon par GillCes idées ne sont-elles pas un peu trop élevées pour être concrètement, et totalement, mises en pratique ? Ne sont-elles pas un peu trop optimistes face à la réalité de l’humain, des choses, de la politique politicienne, de ce qu’il appelait « la vie réelle ». ?

Jules Simon répond par avance à l’objection, en pragmatique :

« On peut et on doit accepter les libertés partielles qui rendent plus prochain et plus inévitable l’avènement de la liberté totale. […] La politique est tout autre chose qu’une philosophie : sa condition est d’être pratique ou de ne pas être »

Mais ceci amène deux autres questions :

  • Quelle est alors l’articulation entre philosophie et politique ? et comment s’influencent-elles réciproquement ?
  • Comment définir jusqu’où peut aller le pragmatisme, et à partir de quand fait-il perdre son âme ?

[Il est par ailleurs regrettable que Jules Simon n’ait pas vécu trois vies, la seconde consacrées à des réflexions sur l’égalité, la suivante sur la fraternité.]

Ses idées vues par l’Académie

Tout ceci était fort hardi pour l’époque ! L’Académie Française s’empressa de prendre ses distances. Dans son discours de réception, le baron de Viel-Castel fut très clair :

Jules Simon Académie« Dans La Liberté de conscience […] vous êtes dans votre rôle de philosophe, de propagateur de la vérité, vous indiquez un but vers lequel on doit tendre sans cesse, même avec la presque certitude de ne jamais l’atteindre.

Mais vous comprenez certainement que cette perfection théorique, à supposer qu’elle puisse être réalisée quelque part, n’est pas compatible avec tous les degrés de civilisation, avec toutes les formes d’organisation sociale. Mes convictions à cet égard m’empêchent de m’associer à la réprobation dont vous frappez le régime des concordats. […]

Je me permets de penser que les idées généreuses et élevées que vous développez dans vos écrits sur la liberté civile, la liberté politique et la liberté d’enseignement ne sont pas exemptes, non plus, de ces tendances absolues qui sont presque un devoir de la part d’un philosophe, mais qui se heurtent trop souvent contre les difficultés de la pratique. […]

Je m’arrête ici, Monsieur. Je m’abstiendrai de vous suivre sur ce terrain de la politique militante où vous jouez depuis quelques années un rôle si considérable. »

LA MISE EN PRATIQUE DE CES IDÉES

Concrètement ?

liberte de penserJules Simon fonde en 1847 avec Amédée Jacques et Émile Saisset, d’anciens condisciples de l’École Normale, la revue La Liberté de penser. Ernest Renan y débuta. La revue mourut au moment du coup d’état de 1851.

Il prêchait aussi par l’exemple. Après ce coup d’état 1851, il déclara à ses étudiants en Sorbonne :

« Messieurs, je vous fais ici un cours de morale. Je vous dois aujourd’hui non une leçon, mais un exemple. La France est convoquée demain dans ses comices pour blâmer ou approuver les événements qui viennent de se passer. N’y eût-il qu’un vote de blâme, je viens vous dire publiquement que ce sera le mien. »

Il fut bien entendu immédiatement révoqué, et dut se trouver un emploi alimentaire comme nègre anonyme à la Bibliothèque des chemins de fer et au Journal pour tous, deux publications d’Hachette.

Quel est le but de la politique ?

« Platon et Aristote diffèrent essentiellement sur le but de la politique.
L’idéal de Platon, c’est de réaliser dans l’État l’image de la Justice.
L’idéal d’Aristote, c’est de procurer aux citoyens la plus grande somme de bonheur compatible avec la condition humaine. […]

La politique et la morale ne se séparent pas.

Mais qu’est-ce que la Morale ? C’est la Justice, c’est-à-dire le Droit et le Devoir, la Liberté et le Dévouement.

À l’origine, liberté, fraternité.

La liberté et le droit individuel se fondent seuls contre le privilège. Ils aboutissent à la funeste théorie : Chacun chez soi, chacun pour soi.

Il faut donc à la fois sauver la liberté et la société, donner à la liberté tout ce qui n’est pas incompatible avec le salut social. »

Conséquences

« Sans liberté de conscience, il n’y a pas de liberté politique ni de vraie liberté civile. »

Tout le reste en découle fort logiquement :
– Liberté de la presse

– Liberté de la librairie
– Abolition du délit d’outrage à la morale religieuse
– Abolition de la peine de mort
– Instruction obligatoire
– Droit de réunion et d’association (« Entre les amis et les ennemis du droit de réunion, il y a toute l’épaisseur de la Révolution française. »)

Vous avez dit Radical ?

La Politique radicale paraît en 1868. C’est un recueil de discours parlementaires – son éloquence à la tribune était unanimement reconnue – précédés de préfaces synthétiques

C’est Jules Simon qui popularisa ce terme de radical, dont la signification était bien différente à l’époque :

Jules Simon Hanneton« Il y a tant de partis en France, et tant de divisions dans les partis, qu’il ne reste pas un seul mot de la langue politique qui soit parfaitement clair. […] Radical signifie seulement homme de principes. »

« Dans la société dont nous faisons partie, nous réclamons d’abord et avant tout le droit de penser et de parler ; et quant à nos actes, nous les soumettons à la volonté générale exprimée par la loi, pourvu que nous puissions contribuer à faire la loi, et que, la loi faite, nous puissions, en lui obéissant, faire tous nos efforts pour en préparer la réforme, si nous jugeons qu’elle a besoin d’être réformée.

Il est étrange que cette doctrine ait été exprimée pour la première fois par Descartes en 1637, qu’elle n’ait passé de la philosophie dans la politique qu’en 1789, et qu’elle ne soit pas universellement pratiquée après soixante-dix neuf ans de révolution. »

AU FAIT, QUI ÉTAIT JULES SIMON ?

Né en 1814 à Lorient dans une famille de marchands de draps, c’est un pur produit de la méritocratie républicaine : Normalien, professeur agrégé de philosophie, spécialiste de la philosophie grecque, il enseigne en Sorbonne jusqu’en 1851.

gouvernement défense nationaleUn discours contre la peine de mort, prononcé en mars 1870 lui vaut l’appui enflammé de Victor Hugo.

Il devient ministre de l’enseignement dans le gouvernement provisoire du 4 septembre 1870, puis dans le gouvernement Thiers en février 1871. Il démissionne après un discours attribuant à Thiers le mérite d’avoir libéré le territoire. Ce discours provoqua des réactions indignées, l’Assemblée se considérant comme tout autant méritoire.

Il est nommé sénateur inamovible et Académicien le même jour de décembre 1875

Il est Premier ministre et ministre de l’intérieur un an plus tard, sous la présidence de Mac-Mahon. Sa déclaration à l’Assemblée est restée célèbre, même l’on n’en cite souvent que les premiers mots :

« Je suis profondément républicain et résolument conservateur, dévoué par toutes mes convictions, par toutes les études de ma vie au principe de liberté de conscience ; animé pour la religion d’un respect sincère. »

Il est poussé à la démission en mai 1877 par Mac-Mahon, qui ne supporte plus leur « cohabitation » et veut constituer un gouvernement d’ordre moral. Ce qui ne lui portera pas bonheur aux élections suivantes…

Les souvenirs de Jules Simon

autographe Jules SimonIl a mis quelques souvenirs par écrit : «  Ce ne sont pas des Mémoires, ce sont des événements que j’ai vus, et auxquels j’ai été très peu mêlé. »

Par exemple  Haroun-Bey, un récit dans l’esprit des Lettres persanes, où un albano-turc chrétien, voulant s’installer à Paris, s’étonne de nos coutumes, et de notre façon de concevoir la liberté.

Ou Pierre Guérin, l’histoire d’un étudiant qui ose présenter en Sorbonne un mémoire en faveur d’un impôt progressif.

Le tout agrémenté de remarques bien en avance sur l’époque, comme celle-ci : « L’inertie provoquées par les maladies de l’âme peut provenir d’une affection anormale de la sensibilité, ou de l’anéantissement progressif de la faculté de vouloir. »

Le souvenir de Jules Simon

Deux statues, ou plutôt une seule, place du Guatemala à Paris, après avoir été devant La Madeleine. Celle de Lorient a été fondue pendant la guerre.

trois_statues

Un collège, à Vannes, où il fut répétiteur.

Plaque Jules Simon Vannes

Quelques rares rues, des artères secondaires, voire excentrées. Elles sont situées autour de Paris et, sans doute parce qu’il est né à Lorient, dans la moitié ouest de la France.

Mais on ne sait  comment le qualifier : à Tours, il est écrivain, à Rennes il est philosophe, à Lorient il est philosophe-académicien. Ailleurs, il n’est rien de spécial.
 
Quant aux plaques obtenues grâce à Google Street View, elles sont aussi floues que le souvenir qu’il a laissé…

plaques rues


Ouvrages disponibles :

05675_1La Liberté de conscience
Paris, Hachette, 1857, deuxième édition.
Un volume 17,5 x 11,5 cms. 485 pages. Demi reliure, dos orné. Quelques frottements, coiffe émoussée, texte très frais. 15 €

05676_1La Liberté. Tome II : La liberté de l’atelier – La liberté civile – La liberté publique – La liberté des cultes – La liberté de penser.
Paris, Hachette, 1859, deuxième édition. Un volume 17,5 x 11,5 cms, 485 pages. Demi reliure, dos orné. Quelques frottements, page de garde en partie détachée, texte très frais. 15 €

02041La Liberté de conscience
Paris, Hachette, 1883, sixième édition avec une introduction nouvelle.
Un volume 18 x 12 cms. 414 pages. Reliure demi-basane, dos à faux nerfs, titres et tomaisons dorés. Plats frottés. Texte frais avec quelques rousseurs. Une page de garde coupée au tiers avec tampon « offert par l’éditeur ». 20 €

02114Dieu, Patrie, Liberté
Paris, Calmann-Lévy, 1883.
Un volume 22 x 13,5 cms. VII-424 pages. Demi-reliure, dos a faux nerfs, très frottée avec manque et étiquette de bibliothèque. Coiffes, plats et coins très frottes. Brochage fragile (premier cahier débroché). Texte frais. Tampons de bibliothèque de garnison. 20 €

01972Mémoires des autres, illustrations de Noël Saunier gravées sur bois par Charpentie, Meaulle et Quesnel
Paris, Testard, Marpon & Flammarion, 1890, troisième mille.
Un volume broché 18 x 12 cms. 289 pages. Couverture salie, petit manque au dos, trace de pliure au dernier plat, très bon état intérieur. 10 €

01973Nouveaux Mémoires des autres, illustrations de Léandre gravées sur bois par Prunaire
Paris, Testard, Librairie de l’Édition Nationale, 1891.
Un volume broché 18 x 12 cms. 360 pages. Dos insolé avec petit manque. Intérieur en très bon état.

Cette entrée a été publiée dans Histoire.

Un commentaire sur “Un homme libre

  1. […] Au verso trône la photo de son prédécesseur, Jules Grévy  (la légende précise qu’il usa 12 Premiers Ministres et 120 ministres pendant ses 8 ans de mandat) ; la liste des Princes en titre ; celle des Sénateurs et des Députés. Le fonctionnement de l’Assemblée Nationale est supposé connu du lecteur, mais pas forcément celui du Sénat, puisque sont exposées ses règles de fonctionnement. Des portraits illustrent ces deux listes, sans qu’il ne nous ait été possible de déterminer le critère y donnant droit : il y a beaucoup de titulaires de la Légion d’Honneur, mais pas uniquement. Tel est le cas de Jules Simon, que nous évoquions il y a peu ici. […]

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