Botaniste, graveur, imprimeur et éditeur : cela existe !

« Tout le monde s’occupe des moyens d’étendre l’empire de la Botanique ; moi, c’est ce dont je m’occupe le moins. Je n’envisage cette science que du côté de son utilité. […] Je pense qu’il vaut mieux s’employer à perfectionner et à simplifier [les méthodes] qui sont reçues ; et il en est plusieurs qui sont susceptibles de la dernière perfection, et qui deviendront infaillibles, sitôt que l’on aura pris le parti de joindre à chaque description une image exacte de chaque plante. » [souligné par nous]

Ainsi Pierre Bulliard (1742-1793) définit-il ses intentions dans le Discours Préliminaire qui ouvre son Dictionnaire élémentaire de Botanique.

Et joint le geste à la parole :

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Il lui a été reproché de n’avoir apporté que très peu à la science botanique, sauf dans son Traité sur les champignons où il décrit des espèces nouvelles ou très peu connues.

Ce n’est pas ce qu’il cherchait : « J’aurais pu donner, à l’exemple de tant d’autres, un système nouveau ou quelque méthode rajeunie qui, promettant les plus grands avantages, aurait été avidement saisie de toute le monde. Mais, de bonne foi, à quoi cela eût-il servi ? » (Discours préliminaire).

Il préfère compiler, synthétiser, et illustrer.

Qui était Pierre Bulliard ?

« Jean-Baptiste-François Bulliard dit Pierre, naît le 24 novembre 1752 dans le Barrois, à Aubepierre, petite ville située dans l’actuel département de la Haute-Marne.
Dernier né d’une famille de treize enfants, très tôt orphelin, il peut néanmoins faire des études au collège de Langres puis trouve un emploi à l’abbaye de Clairvaux, ce qui lui permet d’ aborder les sciences naturelles.

Il a la passion de la chasse, réalise une importante collection d’oiseaux empaillés par ses soins. À 15 ans, il a constitué un très bel herbier. Vers 1775, venu à Paris, il étudie la médecine et la botanique.
Puis il apprend la technique de la gravure auprès de Martinet. François-Nicolas Martinet, né en 1731, est l’auteur de la plus grande partie des 673 très remarquables planches, rehaussées de couleurs à la main, de format 32,5 x 24, de la grande édition par l’Imprimerie royale de l’Histoire Naturelle des Oiseaux de Buffon, Gueneau de Montbéliard et l’abbé Bexon. Quelques unes de ses planches ornent actuellement les murs du cabinet de travail de Buffon à Montbard. […]

Bulliard meurt à Paris, dans l’île Saint-Louis, 1 quai de l’Égalité – aujourd’hui quai d’Orléans -, en face du Pont Rouge – remplacé aujourd’hui par la passerelle Saint-Louis – , le 8 vendémiaire an II, soit le dimanche 29 septembre 1793, dans la maison où il vivait au deuxième étage et où il avait installé son cabinet de curiosités et son laboratoire au troisième. […]

Bulliard appartient à l’histoire de la botanique. Au début du XIXème siècle, le grand botaniste Augustin Pyrame de Candolle a donné à un genre de la famille des Crassulacées le nom de Bulliarda, aujourd’hui Crassula, et l’on retrouve chez les champignons le nom de Bulliard dans plusieurs genres et espèces. »

[Ces éléments biographiques sont tirés de l’important article consacré à Bulliard par Claude Hartmann, professeur honoraire à l’Université d’Orléans. Nous les reproduisons avec son aimable autorisation, et le citerons à nouveau. L’intégralité de cet article, qui traite également de l’influence de Linné et de Rousseau sur Bulliard, de ses choix éditoriaux et de ses apports « pharmaceutiques » peut être consulté ici.]

Qu’a-t-il écrit ?

Après un tour de chauffe avec une Introduction à la flore des environs de Paris, parue en 1776, Pierre Bulliard aborde sa grande œuvre : L’Herbier de France, ou Collection complète des plantes de ce Royaume. « L’ouvrage est publié sous forme de fascicules de format petit in-folio à partir de 1780. Des cahiers trimestriels de 10 planches imprimées en couleurs étaient prévus ; ce sera des cahiers mensuels de 4 planches.
L’Herbier débute par les Plantes vénéneuses ou suspectes (planches 1 à 200), de la Lauréole femelle (Daphne mesereum) à la Mandragore femelle en passant par l’Agaric bulbeux (notre Ammanite phalloïde).
Puis viennent les Plantes médicinales (planches 201 à 400) et enfin les Champignons (planches 401 à 602).

Bulliard n’aura pas la possibilité de poursuivre son panorama comme il le souhaitait par Les Plantes alimentaires de la France, la Collection des Plantes grasses et celle des Frumentacées et des plantes qui peuvent faire le meilleur fourrage. Le temps, ainsi que les moyens matériels lui feront défaut. » (Claude Hartmann. art. cit.)

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Le Dictionnaire élémentaire de Botanique ou Exposition par ordre alphabétique, des préceptes de la botanique, et de tous les termes, tant françois que latins, consacrés à l’étude de cette science paraît en 1783. Il adopte certes l’ordre alphabétique, mais se veut plus qu’un simple dictionnaire : « J’ai fait en sorte que cet ouvrage pût procurer en même temps les avantages d’un discours suivi. [par exemple aux articles Végétal, Principes ou Méthode.] »

Ses apports à la technique de l’impression

Pierre Bulliard se veut pédagogue, mais aussi vulgarisateur au sens noble du terme. Pour cela, il est nécessaire que ses ouvrages puissent être proposés (relativement) bon marché. D’autant plus qu’il les finançait lui-même, et avait donc intérêt à ce qu’ils se débitent vite.

Fort des compétences acquises auprès de Martinet, il met au point son propre procédé, permettant d’éviter les retouches manuelles au pinceau.

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Nous aurions aimé pouvoir développer les détails de cette technique. Le seul article, à notre connaissance, consacré au procédé de Bulliard, a été rédigé par E. J. Gilbert, et publié dans le Bulletin de la Société Mycologique de France n° 68. Malheureusement, ce numéro semble totalement inaccessible, même sous forme papier.
Bientôt tout ce qui n’aura pas été numérisé n’existera plus, mais ceci est un tout autre sujet…

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Bulliard_platBULLIARD Pierre
Dictionnaire élémentaire de Botanique, ou Exposition par ordre alphabétique, des Préceptes de la Botanique & de tous les Termes, tant françois que latins, consacrés à l’étude de cette Science.
Paris, chez l’auteur et chez Didot, Barrois, Belin, 1783, Édition Originale.
Un volume 34 x 23 cms. VIII-242 pages à grandes marges. Dix planches hors texte dont neuf en couleurs : trois insérées dans le texte, sept en fin de volume, accompagnées chacune d’une page d’explication non numérotée. Cartonnage d’attente d’époque bien frotte. Intérieur très frais. 300 €


De la même époque, sur le même sujet :

Bonnet_1BONNET Charles
Recherches sur l’usage des feuilles dans les plantes, et sur quelques autres sujets relatifs à l’Histoire de la Végétation.
Neufchatel, Samuel Fauche, 1779, tome IV des Œuvres Complètes (ouvrage complet en soi). Un volume 22 x 14 cms. [VI]-464 pages non rognées. 31 gravures dépliantes en fin de volume. Cartonnage éditeur, dos lisse. Tampon ancien sur la page de titre, ex-libris au verso du premier plat. Cartonnage un peu frotté, excellent état du texte et des gravures. 200 €

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Cette entrée a été publiée dans Science.

Un commentaire sur “Botaniste, graveur, imprimeur et éditeur : cela existe !

  1. Anonyme dit :

    Bonjour,
    Si vous recherchez toujours le « Bulletin trimestriel de la Société Mycologique de France » n° 68 de 1952, je vous invite à vous rapprocher de la bibliothèque universitaire la plus proche de chez vous. Comme vous pourrez le constater sur le site du SUDOC, http://www.sudoc.fr/03957413X , de nombreuses bibliothèques possèdent ce titre. L’une d’entre elles a sans doute le numéro qui vous intéresse, et vous pourrez le consulter en faisant une demande de PEB (Prêt entre bibliothèques). Cordialement

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