Qu’est-ce que la gnomonique ?

La gnomonique est l’« art de construire des gnomons »

Nous voilà bien avancés…

Le gnomon, (du grec gnomon, indicateur, de gignoskein, connaître),  est un instrument qui indique les heures par la direction de l’ombre portée par une tige sur un plan. (Dictionnaire de l’Académie Française).

Il y a eu dans l’histoire différents types de gnomons : Le gnomon d’Anaximandre, une pyramide dont l’ombre, par sa direction, indiquait le milieu du jour ; l’hémicycle, que l’on croit être un demi-cylindre creux, ayant des marques parallèles à la ligne des pôles et portant un stylet perpendiculaire à cette ligne ; Le scaphé, une demi-sphère creuse, portant un stylet dont la pointe marquait le centre ; le disque, dont on croit que le tableau suivant les lignes d’ombre était plan ; l’arachné, le plinthe, le pelecinon, le carquois, qui sont attestés par les textes anciens, mais dont nous ne connaissons pas les principes de construction.

Le principal type de gnomon, celui qui a survécu aux aléas de l’histoire et de la technique, est le cadran solaire. Le terme gnomonique est donc à présent utilisé dans un sens un peu réducteur :

« La Gnomonique, que plusieurs auteurs appellent aussi Horlogographie, est l’Art de faire des Cadrans Solaires & Lunaires sur toute sorte de surfaces, & principalement sur les surfaces planes. » (Dominique-François Rivard. La Gnomonique, ou l’art de faire des cadrans.)

frise calculs
De nombreux ouvrages traitent de cette technique, qu’ils soient chinois, arabes, grecs ou latins. En voici deux : celui de Rivard, et celui de Bedos de Celles.

Dominique-François Rivard (1697-1778), mathématicien et philosophe, est l’auteur de manuels pédagogiques en mathématiques et en langues anciennes ; de Mémoires sur les moyens de perfectionner les études publiques et particulières ; d’un Traité de la Sphère ; et de La Gnomonique, ou l’art de faire des cadrans, qui connut trois éditions, en 1742, 1746 et 1767.

Dom Bedos de Celles (1709-1779), moine de l’ordre des Bénédictions de Saint-Maur, correspondant de différentes Académies, eut deux carrières : après s’être occupé de cadrans solaires, il devint un des facteurs d’orgues les plus célèbres de son temps.

Il publia en 1760 sa Gnomonique pratique, ou l’art de tracer les cadrans solaires avec la plus grande précision par les méthodes qui y sont les plus propres, & le plus soigneusement choisies en faveur principalement de ceux qui sont peu ou point versés dans les Mathématiques. L’ouvrage connut trois éditions de son vivant, et deux rééditions ensuite, la dernière datant de 1978. Ce qui est peu étonnant, Pierre Larousse, par exemple, l’ayant qualifié d’ « un des meilleurs traités de gnomonique qui existent. »

bedos de celles_5Les deux ouvrages sont différents. Voici ce que dit Bedos de Celles de celui de son prédécesseur : « Son ouvrage est excellent ; il démontre dans la Préface l’utilité et même l’absolue nécessité de la Gnomonique. Mais il suppose toujours qu’on est Géomètre, qu’on est au fait de la Trigonométrie, et qu’on connaît bien la Sphère. Il donne un nombre de méthodes pour chaque objet, et il ne manque pas d’en donner les démonstrations. Il ne traite pas de toutes sortes de cadrans, mais seulement de ceux qui sont les plus utiles et qui sont le plus susceptibles de justesse. Ceux qui seront curieux de la théorie et des démonstrations ne sauraient mieux choisir. »

Bedos de Celles se veut plus vulgarisateur : « Je n’ai rien négligé pour aplanir toutes les difficultés qui arrêtent ordinairement les Commençants, qui n’ont aucune teinture des Mathématiques. J’ai préféré au style sec et concis de cette Science, le style familier, et celui de la conversation. »

C’est parfaitement résumer la différences entre ces deux Traités.

Conception et construction de cadrans solaires sont des activités techniques – très techniques. Leur contemplation par contre,  peut être poétique autant qu’utilitaire.

Claude Naud (Quebec) cadran solaire horizontal

Claude Naud (Quebec) cadran solaire horizontal

Courte est la journée,
Courts sont tous les jours.
Courte encore est l’heure.
Mais l’instant s’allonge
Qui a profondeur.

Eugène Guillevic (1907-1977). Extrait du recueil Sphère (1963).

[D’autres poésies gnomoniques de Guillevic se trouvent ici]

Les cadrans solaires comportent en général une devise, le plus souvent en latin. Bedos de Celles en cite un grand nombre, parmi lesquelles :

bedos de celles_1

Solis & artis opus 
L’ouvrage du soleil et de l’art

Sol me, vos umbra
Le soleil me gouverne ; vous, c’est l’ombre

Comes luminis umbra
L’ombre, complice de la lumière

Flos brevis umbra fugax, bulla caduca sumus
Fleur éphémère, ombre fugace, bulle caduque : voilà ce que nous sommes

Vulnerant omnes, ultima necat
Toutes [les heures] blessent ; la dernière tue

Sua quemque latet
Nul ne connaît son heure

Afflictis lentae, celeres gaudentibus horae
Quand on s’afflige, les heures sont lentes ; quand on se réjouit, elles sont rapides

Il y a des cadrans solaires un peu partout, pour peu que l’on sache les voir. Et même sur la lune, où l’un deux a été déposé par la NASA.

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Il existe deux Commissions francophones de cadrans solaires : celle de Paris, émanation de la Société Astronomique de France (ici), dont les publications sont réservées aux membres ; et la Commission des Cadrans solaires du Québec (ici), qui semble plus ouverte et détendue. Elle a mis en ligne l’ensemble de ses Bulletins depuis 1995 (ici)


bedos de celles_2BEDOS DE CELLES Dom François
La Gnomonique pratique, ou l’art de tracer les cadrans solaires avec la plus grande précision par les méthodes qui y sont les plus propres, & le plus soigneusement choisies en faveur principalement de ceux qui sont peu ou point versés dans les Mathématiques.
Paris, Delalain, 1774, seconde édition. Un volume 20 x 13 cms. XL-510 pages. Une gravure en frontispice. 11 tables. 38 planches dépliantes. La carte de France annoncée n’est pas présente. Pleine reliure du temps. Dos à cinq nerfs et caissons à motifs et pièce de titre. Tranches rouge passé. Reliure frottée avec manques, principalement en queue, aux coins et aux bords. Mors un peu fragile. Intérieur très frais, rarissimes petites rousseurs. Noms de deux anciens propriétaires à l’encre en page de garde.
400 €


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RIVARD Dominique-François
La Gnomonique, ou l’art de faire des cadrans.
Paris, Charles Saillant, 1767, troisième édition revue par l’auteur. Un volume 20 x 13 cms. XV-324-51-16 pages. 12 planches dépliantes. Pleine reliure du temps. Dos à 5 nerfs à caissons fleuris et pièce de titre. Tranches rouges. Reliure très frottée avec petits manques. Coins et bords émoussés. Mors fragile. Une inscription ancienne à l’encre et une inscription récente au stylo-bille sur la page de titre. Annotations chiffrées anciennes sur certaines planches. Le coin supérieur de la planche 7 est déchiré, sans atteinte aux croquis. Le texte est très frais.
225 €

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