25 villes – 25 écrivains : autant de guides…

Remonter le temps, abolir l’espace, visiter vingt-cinq villes, avec pour chacune un écrivain pour guide, quel rêve !

Le voici réalisé par cet ouvrage, richement illustré, que publia Hachette en 1892, Les Capitales du monde.

Chaque écrivain-guide s’y dévoile autant que la ville qu’il présente, et peut se révéler descriptif ; personnel ; nostalgique ; historique ; politique ; artistique…

  • « Je ne suis qu’un vieux flâneur de Paris, on le sait, un songe-creux qui choisit pour ses promenades solitaires les quartiers paisibles et les banlieues mélancoliques. Le bruit torrentiel des voitures sur les boulevards m’étourdit; le hurlement qui s’échappe du portique de la Bourse m’épouvante.[…] Au tumulte des grands boulevards, je préfère l’extrême tranquillité de certaines rues de la rive gauche, où l’on entend chanter les serins en cage; et, si magnifique que soit l’avenue du Bois sous ses frondaisons printanières, vous me rencontrerez plus volontiers dans les allées tournantes du vieux Jardin des Plantes, qu’attriste l’agonie des arbres de Judée plantés par Buffon. » François Coppée. Paris
  • « Le Japon était si fermé encore il y a vingt-deux ans, on savait si peu de lui, qu’à peint a-t-on pris garde en Europe à ce qui arriva là-bas alors. Ce qui s’était passé, cependant, était absolument extraordinaire ; unique, je crois, dans l’histoire du monde. La Révolution française n’est pas aussi formidable que cette révolution-là, qui s’est accomplie presque sans effusion de sang. Qu’on s’imagine le régime féodal dans toute sa force ; pour maître, un pontife suprême, trop divin pour s’occuper des choses de la terre, et laissant gouverner à sa place un officier, devenu roi, dont la dynastie se succède au pouvoir depuis des siècles ; des princes vassaux, souverains maîtres dans leurs principauté ; puis, subitement, sans plus de secousses pour le pays que n’en éprouve un vaisseau dont on change l’orientation, les princes, avec un désintéressement inouï, renonçant d’eux-mêmes à leurs fiefs, le Taïcoun déposant ses pouvoirs, le Fils des Dieux devenant un roi constitutionnel, et la civilisation moderne succédant, sans transition, aux séculaires coutumes d’un peuple fanatiquement conservateur ! » Judith Gautier – Tokyo.
  • « Écrire une impersonnelle description, avec un détachement d’artiste, j’en serais, dans le cas présent, moins que jamais capable. Une fois de plus, ceux qui voudront bien me suivre devront se résigner à regarder par mes yeux : c’est presque à travers mon âme qu’ils vont apercevoir le grand Stanboul…» Pierre Loti. Constantinople.
  • « Les « types de Vienne » sont extrêmement curieux. Le premier qui frappe les yeux du voyageur, c’est le cocher de fiacre. Si on ne l’a pas vu, on ne peut se figurer son élégance. Personne à Vienne ne s’habille mieux que lui, et Dieu sait que l’on s’y habille bien ! Vêtu de drap fin, la coupe de ses vêtements est parfaite, ses bottes chaussent un pied aristocratique, son linge est irréprochable. » Juliette Adam. Vienne.
  • « Un portique grandiose de pierre sculptée, percé de trois baies en plein cintre, donne accès à une cour plantée d’arbres séculaires, les plus beaux peut-être qui soient à Pékin. Au fond, sur trois terrasses de marbre, un temple s’élève, très simple d’apparence, mais d’une imposante majesté. Plus simple encore est l’intérieur du sanctuaire ; une table d’autel ornée d’un brule-parfum et de deux flambeaux ; au-dessus, un panneau laqué portant quatre caractères gravés en or ; au-dessus, une tablette, gravée aussi et représentant la personne morale de Confucius ; et c’est tout.
    Cette simplicité excessive, ce froid symbolisme, conviennent bien au culte du grand philosophe qui, six siècles avant l’ère chrétienne, mit pour jamais sa puissante empreinte sur les consciences chinoises. Une morale très saine, sinon très élevée, un rationalisme très libre mais sans vrai critique, une culture intellectuelle assez forte, mais sans haute poésie, nul mysticisme, nulle prétention métaphysique, tels étaient les traits principaux des enseignements qu’il légua à la Chine et dont cette nation de 450 millions d’habitants vit depuis 2400 années. » Maurice Paléologue. Pékin.
  • « C’est toujours une surprise nouvelle que de se trouver face à face avec toutes ces figures voilées : il y a un secret inquiétant ou irritant dans ces dominos perpétuels, dans ses draperies qui marchent et qu’on coudoie ; et l’on ne peut se défendre de trouver une expression fantastique aux regards noirs embusqués au fond des fissures de tous ces masques, et qui sont la seule révélation de l’être humain enseveli sous ces plis d’étoffe. » Camille Pelletan. Le Caire.
  • « En mes souvenirs d’enfance, une ville de vieux quartiers aux torves ruelles s’angulant d’architectures en saillie, se cassant en profils de guingois, se pénombrant d’humides buées ressuées de l’égout ; – une ville qui, parmi les autres capitales, gardait une physionomie à part, bourgeoise et populaire, sans morgue, s’assoupissant en des coins de béguinages, autour de chevets d’églises pour se réveiller ailleurs en des tapages de voiries, des rumeurs de marchés, des turbulements de cabarets ; –une ville qui dégringolait des raidillons, se réticulait en des lacis de venelles et d’impasses, affluait au goulot des carrefours, passait des ponts, bouillonnait dans des entonnoirs de maçonneries lézardées aux pignons titubants, aux gables en gueule de brochet, en proue de navire, aux frontons bistournés se cimant d’urnes, de lampions, d’astrolabes, se festonnant de torsades sculptées, se bosselant de bas-reliefs. » Camille Lemonnier. Bruxelles.

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03405a

[Collectif]
Les Capitales du Monde

Paris, Hachette, 1892.

Un volume 31 x 24 cms. 592 pages. Nombreuses illustrations in et hors texte, non incluses dans la pagination.

Demi reliure à coins. Dos à cinq nerfs soulignés de filets dorés, caissons ornés. Reliure frottée avec manques en coiffe. Quelques rousseurs en marge sur certains cahiers.

Contient :
Paris, par François Coppée
Saint-Petersbourg, par E. Melchior de Vogué03405b
New York, par E. de Kératry
Constantinople, par Pierre Loti
Rome, par Gaston Boissier
Athènes, par le comte de Mouy
Tokyo, par Judith Gauthier
Vienne, par Juliette Adam
Lisbonne, par Armand Dayot
Pékin, par Maurice Paléologue
Genève, par Édouard Rod
Bucarest, par Carmen Sylva
Le Caire, par Camille Pelletan
Alger, par Maurice Wahl
Stockholm par Maurice Barrès
Berlin, par Antonin Proust
Londres, par Sir Charles Dilke
Mexico par Auguste Génin
Rio de Janeiro, par J. de Santa Anna Neri
Amsterdam, par Henry Havard
Christiania, par Harald Hansen
Copenhague, par André Michel
Bruxelles, par Camille Lemonnier
Calcutta, par James Darmesteter
Madrid, par Emilio Castelar.

80 € + port

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