Caricaturiste depuis la plante des pieds jusqu’à l’extrémité des tuyaux capillaires

Hélas bien oublié, Amédée de Noé, dit CHAM [1818-1879], fut l’un des principaux caricaturistes de son époque, avec des préoccupations qui, pour certaines, sont toujours actuelles…

21138z1 Collaborateur, entre autres du Charivari, il est « caricaturiste depuis la plante des pieds jusqu’à l’extrémité des tuyaux capillaires : son nom même est une charge : il a pris le pseudonyme biblique de Cham par allusion au nom de son père, le comte de Noé », écrit le Grand Dictionnaire universel.

Mais laissons continuer Pierre Larousse qui, une fois de plus, se révèle le plus fin des analystes :

« Gavarni [à qui nous avons consacré un article ici], Daumier et Cham représentent à eux trois l’art de la caricature à notre époque. Cham est très loin d’avoir la portée philosophique du crayon de Gavarni ; il est tout aussi éloigné de la puissance politique du crayon de Daumier. Il ne tient pas le milieu entre les deux ; il les complète, en suivant à part sa voie, que l’on serait tenté de qualifier de bourgeoise, n’était que ce qualificatif ne répondrait pas à ce que ce genre a de meilleur, l’originalité.

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Cham est le Paul de Kock du crayon, et cette comparaison du crayon-charge avec une plume gauloise n’est pas un mince honneur. Quand il attrape un type, il ne le lâche pas qu’il ne l’ait épuisé ; mais il est toujours spirituel, même en se répétant. Ce qui l’attire, ce sont les petites choses de la rue et de la vie, le bourgeois, le militaire, la bonne d’enfants, choses qu’on peut accuser d’être vulgaires et sans importance, mais auxquelles son esprit et son crayon donnent un sel qui nous charme, un comique dont l’attrait s’impose à tous. Ce sont de petites observations, superficielles tant qu’on voudra, mais si drôles, si drôles… Et puis, au rez-de-chaussée du dessin, il y a le mot, incisif, fin, d’une vérité d’autant plus frappante qu’il est plus laconique et plus lestement troussé.

Cham est donc le créateur d’un genre appelé à tenir sa place, et une place distinguée, dans la caricature moderne, laquelle est un art, ou tout au moins l’un des aspects de l’art du dessin, qui a bien sa valeur réelle. Ce n’est pas un mince mérite que d’y avoir été très fécond, sans jamais cesser d’être très spirituel. […]

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Cette part donnée à l’éloge mérité nous met à l’aise pour exprimer sans détour ce qui nous reste à dire sur cet artiste de talent. Modeste dans ses goûts, paisible, rangé, vivant très retiré, Cham n’était pas fait pour mêler son crayon aux grands événements contemporains. La révolution de Février vint faire violence à ses penchants les plus chers ; il descendit dans l’arène malgré lui, avec répugnance , mais pourtant entraîné par un penchant naturel ; il ne voulut voir de la révolution que le côté le plus superficiel, ce tapage, cette cohue, ce débordement toujours inséparable des idées, des forces, des personnalités longtemps contenues et mises subitement en liberté. La caricature se complaît à jouter avec les grandes puissances ; comme l’épagneul, elle est comiquement fière des coups de griffe qu’elle lance au lion nonchalamment endormi.

Il en voulait à la forme trop bruyante des événements, sans se préoccuper le moins du monde de leur portée sociale ; il faisait de la réaction au bruit, non point à la révolution elle-même, et s’il garda rancune à cette dernière, ce fut seulement d’avoir soulevé autour de lui une tempête dont la houle lui dérobait les sujets de ses observations habituelles, les petites choses de la vie bourgeoise des temps uniformes.

Telle est, croyons-nous, la vérité vraie sur cette phase de la vie du spirituel caricaturiste. Malheureusement, bon nombre de gens se sont laissé prendre aux apparences : ils ont vu, mais à tort, une pensée arrêtée de réaction politique là où il n’y avait que du dépit ou plutôt de l’insouciance artistique.

L’esprit vraiment français, qu’il jaillisse des lèvres, du crayon ou de la plume, n’a jamais été réactionnaire. » (Pierre Larousse. Grand Dictionnaire universel.)

Qu’ajouter ? sinon notre dessin préféré :

21138z2

Cham au jardin_ _ _ _ _ _ _ _ _

Un ouvrage sur Cham, lisible en ligne : Cham, sa vie et son œuvre, par Félix Ribeyre ; préface par Alexandre Dumas fils.

Un blog consacré à  Cham (temps de chargement parfois très long, et hélas beaucoup de publicité)

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21138_1CHAM
Douze années comiques, 1868-1879, 1000 gravures, introduction par Ludovic Halévy

Paris, Calmann Lévy, 1882.
Un volume 31 x 22 cms. 349 pages (dessins imprimés au recto des feuilles, verso vierge).
Percaline éditeur rouge, noir et or. Quelques frottements, mais mors intacts. Quelques rousseurs très claires sur certains cahiers, n’atteignant que rarement les gravures, sauf au premier cahier. Bon état global.

75 € + port

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21139_1CHAM
Les Folies parisiennes, quinze années comiques, 1864-1879, introduction par Gérome

Paris, Calmann Lévy, 1883.
Un volume 31 x 22 cms. 341 pages (dessins imprimés au recto des feuilles, verso vierge).
Percaline éditeur illustrée. Reliure fanée, avec important manque au dos, ce qui reste étant en partie détaché.
Intérieur bien frais, à l’exception de quelques rares petites salissures, principalement en marge.

50 € + port

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