Bibliothèques imaginaires (3) – La Bibliothèque Saint-Victor cataloguée par Pantagruel

CHAPITRE 7
Comment Pantagruel vint à Paris,
et des beaux livres de la bibliothèque de Saint-Victor.

Saint-Victor par Merrian

Après que Pantagruel eut fort bien étudié à Orléans, il décida de visiter la grande université de Paris. […] Et il trouva la bibliothèque de Saint-Victor fort magnifique, surtout à cause de certains livres qu’il y trouva, dont voici le répertoire, et primo :

Sur la Planche du Salut.
La Braguette du Droit.
La Chaussette des Décrets.
La Grenade des Vices.
Le Peloton de théologie.
La Vergette des Prêcheurs, composé par Turlupin.
L’Éléphantesque Couille des Preux.
Les Jusquiames des Évêques.
Mannotret : A propos des Babouins et des Singes, avec un commentaire de Des Orbeaux.
Décret de l’université de Paris concernant les décolletés des Petites femmes, à suivre.
L’Apparition de sainte Gertrude à une nonne de Poissy qui était en couches.
Sur l’Art de péter poliment en société, par Maître Hardouin.
Les Charles-attend à confesse.
Les Houseaux, alias les Bottes de patience.
Sur la Fourmilière des Sept Arts.
Du droit de prendre des bouillons et de chopiner légalement, par Sylvestre de Piero, Jacobin.
Le Dupé en Cour.
Le Cabas à provisions des Notaires.
Les Bourses du Mariage.
Le Creuset de Contemplation.
Les Acrobaties du Droit.
L’Aiguillon de l’amour du Vin.
L’Éperonde Fromage.
Sur le Décrottoir des Professeurs.
Tartaret : Comment chier ?
Se faire voir à Rome.
Bricot : Comment distinguer les Mouillettes.
Aux Fondements de la Discipline.
La Savate de l’Homme Humble.
La Panse du Bien Pensant.
Le Chaudron de Ferveur.
Les Accrochages des Confesseurs.
La Tarte des Curés.
Révérend Frère Lubin, Père Provincial de Bavarderie : Comment croquer les lardons (trois volumes).
Pasquin, Docteur marmoréen : Comment avaler les petits chevreaux accommodés sous des cardons en temps papal frappé d’interdit par l’Eglise.
L’Invention de la Sainte-Croix-et-Pile, à six personnages, jouée par les Chevaliers d’industrie.
Les Lunettes des Rome-trotters.
Mayer : Comment se faire du boudin.
La Viole des Prélats.
Beda : Sur l’excellence des Tripes.
La Requête des Avocats à propos de la Réforme des Épices.
La Griffe des Procureurs.
Des Pois au lard (édition commentée).
Comment tirer Profiterolles des Indulgences.
Pillot Râcle-Deniers, expert en tous droits : Comment remédier aux niaiseries de la glose d’Accurse (toute dernière réédition).
Sur la Stratégie, par le Franc Archer de Bagnolet.
Franc Taupin : De l’Art militaire, illustré par Poltron.
Comment et pourquoi écorcher les chevaux et les juments, ouvrage de Notre Maître de Québecu.
La Rustrerie des Curetons.
Notre Maître Jambedânesse de Rostock : Pourquoi servir la moutarde post prandium (quatorze volumes apostillés par Me Vaurillon).
Le Couillage des Promoteurs.
Dix semaines de débat au Concile de Constance sur une question des plus subtiles : La Chimère bourdonnant dans le vide peut-elle manger des intentions secondes?
Le Fourrage des Avocats.
Scot : Les Barbouillages.
Comme un vol de Cardinaux.
Vers une mise à l’écart des Éperons, par Maître Albérieux de Rosata (onze décades).
Du même : Pour une occupation militaire des poils (en trois volumes).
L’Entrée d’Antoine de Leive dans la Terre de Feu.
Marforio, bachelier et boursier à Rome : Comment étriller et mâchurer les mules des Cardinaux.
Du même : Justification contre ceux qui disent que la Mule du Pape ne mange qu’à ses heures.
Pronostication qui commence par « Silvius Casseburne », baillée par Notre Maître Songecreux.
Mgr Boudarin : Neuf Ennéades sur le profit des Emulgences, avec privilège papal pour trois ans, non renouvelable.
Les Simagrées des Pucelles.
Le Cul pelé des Veuves.
Le Coqueluchon des Moines.
Les Marmonnements des Pères Célestins.
Le Péage des Frères Gourmandiants.
Le Claquedent des Vauriens.
La Ratière des Théologiens.
L’Embouchoir des Maîtres ès arts.
Les Marmitons d’Ockam, à une seule tonsure.
Notre Maître Gâtesauces : La Moulinette des heures canoniques (quarante volumes).
Anonyme : Les Culbutes des Confréries.
Le Gouffre des Moines Gloutons.
Les Relents des Espagnols, hyperstructuralisé par Frère Inigo.
Agitation chez les Misérables.
Le Laisser-aller des affaires d’Italie, par Maître Brûlefer.
Raymond Lulle : Sur le Principe du Batifolage.
Tourisme sexuel en Cafardie, par Maître Jacob Hochstraten, spécialiste en héréticométrie.
Chaudcouillon : Sur les Beuveries des Candidats au Doctorat et des Docteurs en théologie (huit volumes de très bonne compagnie).
Les Pétarades des Bullistes, Copistes, Scribes, Rédacteurs, Secrétaires et Dataires, compilées par Régis.
Calendrier perpétuel pour les Goutteux et Vérolés.
Comment ramoner les fourneaux, par Maître Eck.
La Ficelle des Marchands.
Les Aises de la Vie monacale.
La Ratatouille des Bigots.
Histoire des Farfadets.
La Gueuserie des Pleins-de-sous.
Les Attrape-nigauds des Juges ecclésiastiques.
La Baudruche des Trésoriers.
Le Décerveloir des Sophistes.
Mais où est donc Ornicar ? Enquête du Groupe Les Emmerdeurs.
Dictionnaire de Limes pour Poétaillons.
Le Soufflet des Alchimistes.
La Prise de bec des Quêteurs, mise en cabas et besace par Frère du Cadenas.
Les Entraves de Religion.
La Raquette des Noceurs de Cloches.
L’Accoudoir de Vieillesse.
La Muselière de Noblesse.
La Patenôtre du Singe.
Les Menottes de Dévotion.
La Marmite des Quatre temps.
Le Mortier de Vie commune.
L’Émouchoir des Ermites.
La Cagoule des Pénitents.
La Claquette des Frères Cafards.
Lourdaud : Enquête sur la vie et les mœurs des Dandys.
Allégories morales du Chaperon de Sorbonne, par Maître Lupold.
Les Casse-croûte des Voyageurs.
Les Potions des Evêques de l’Eméché.
Les Tribulations des docteurs de Cologne opposés à Reuchlin.
La grosse Caisse des Dames.
Les Culottes fendues des Fienteurs.
Les Virevoltes des Caddies, par Frère Rouletabille.
Les Godillots de Noble Cœur.
La Mascarade des Esprits et des Lutins.
Gerson : Pourquoi l’Église a le droit de déposer le Pape.
Le Ramassage des Titrés et Diplômés.
John Platgarny : Étude sur la terrible excommunication (exemplaire acéphale).
Le Génie du diabolisme : Comment invoquer Diables et Diablesses, par Maître Guingolfus.
Le Branle-pot des Moulins à prières.
La Danse du feu des Hérétiques.
Les Béquilles de Gaétan.
Mouillegroin, docteur chérubin : Sur l’origine des Tartuffes et sur les rites des Grenouilles de bénitiers (sept volumes).
Soixante-neuf Abrégés pleins d’onction.
La Bedaine des cinq Ordres des Mendiants.
Cuirs et Peaux des Hypocrites, extraits du Chausson Fauve inséré dans La Somme Angélique.
Le Râtissage des Cas de conscience.
La Bedondaine des Présidents.
La Verge asine des Abbés.
Couturier : Réponse à un individu qui a traité l’auteur de Fripon, avec la démonstration que les Fripons ne sont pas condamnés par l’Église.
Les Cabinets merdicaux.
Le Ramoneur d’Astrologie.
Du Champ d’action des clystères, par S.C.
Les Tirepets des Apothicaires.
Le Baise-cul, manuel de chirurgie.
Justinien : Pour la suppression des Cagots.
Les Antibiotiques de l’Âme.
Merlin Coccaie : Sur la Patrie des Diables.

Parmi ces livres, certains sont déjà imprimés ; les autres sont sous presse en cette noble ville de Tübingen.

Rabelais. Pantagruel

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Une bibliothèque totalement imaginaire ?

Pas si sûr.

Et même pas sûr du tout.

Paul Lacroix, dit le Bibliophile Jacob, l’ a démontré :

saint-victor-bibliophile-jacob« Rabelais, en inventant, ou plutôt en travestissant un titre de livre, a toujours eu sous les yeux ou dans la pensée un livre imprimé ou manuscrit, sinon plusieurs à la fois, comme point de départ.
C’est là ce qui distingue le catalogue de la bibliothèque de Saint-Victor, de tous les catalogues de livres imaginaires, qui ont été faits depuis à l’imitation de Rabelais. Dans ces catalogues, souvent composés avec beaucoup de finesse et de méchanceté, les titres de livres ne sont que des allusions aux choses et aux personnes, loin de toute préoccupation bibliographique; dans le catalogue de Rabelais, ce sont, presque sans exception, des livres réels et des titres de livres fidèlement reproduits, qui ont servi à fabriquer ces titres de livres imaginaires où l’on reconnaît encore, pour ainsi dire, le cachet de leur origine. […]
On peut se rendre compte de la difficulté extrême du travail que nous avons exécuté et dans lequel nous n’étions guidés que par des inductions souvent problématiques. Il s’agissait non-seulement de deviner quelle avait été la pensée de Rabelais, mais encore de rattacher cette pensée à l’existence de l’ouvrage qu’il avait voulu ridiculiser. […] Voilà pourquoi nous avons cru utile de grouper, sur chaque article, nos suppositions même contradictoires, et de présenter ainsi au lecteur un exposé des différents modes d’interprétation, qui se sont offerts à nous tour à tour ou simultanément. »

Son travail de titan bénédictin est accessible en ligne ici.

25 villes – 25 écrivains : autant de guides…

Remonter le temps, abolir l’espace, visiter vingt-cinq villes, avec pour chacune un écrivain pour guide, quel rêve !

Le voici réalisé par cet ouvrage, richement illustré, que publia Hachette en 1892, Les Capitales du monde.

Chaque écrivain-guide s’y dévoile autant que la ville qu’il présente, et peut se révéler descriptif ; personnel ; nostalgique ; historique ; politique ; artistique…

  • « Je ne suis qu’un vieux flâneur de Paris, on le sait, un songe-creux qui choisit pour ses promenades solitaires les quartiers paisibles et les banlieues mélancoliques. Le bruit torrentiel des voitures sur les boulevards m’étourdit; le hurlement qui s’échappe du portique de la Bourse m’épouvante.[…] Au tumulte des grands boulevards, je préfère l’extrême tranquillité de certaines rues de la rive gauche, où l’on entend chanter les serins en cage; et, si magnifique que soit l’avenue du Bois sous ses frondaisons printanières, vous me rencontrerez plus volontiers dans les allées tournantes du vieux Jardin des Plantes, qu’attriste l’agonie des arbres de Judée plantés par Buffon. » François Coppée. Paris
  • « Le Japon était si fermé encore il y a vingt-deux ans, on savait si peu de lui, qu’à peint a-t-on pris garde en Europe à ce qui arriva là-bas alors. Ce qui s’était passé, cependant, était absolument extraordinaire ; unique, je crois, dans l’histoire du monde. La Révolution française n’est pas aussi formidable que cette révolution-là, qui s’est accomplie presque sans effusion de sang. Qu’on s’imagine le régime féodal dans toute sa force ; pour maître, un pontife suprême, trop divin pour s’occuper des choses de la terre, et laissant gouverner à sa place un officier, devenu roi, dont la dynastie se succède au pouvoir depuis des siècles ; des princes vassaux, souverains maîtres dans leurs principauté ; puis, subitement, sans plus de secousses pour le pays que n’en éprouve un vaisseau dont on change l’orientation, les princes, avec un désintéressement inouï, renonçant d’eux-mêmes à leurs fiefs, le Taïcoun déposant ses pouvoirs, le Fils des Dieux devenant un roi constitutionnel, et la civilisation moderne succédant, sans transition, aux séculaires coutumes d’un peuple fanatiquement conservateur ! » Judith Gautier – Tokyo.
  • « Écrire une impersonnelle description, avec un détachement d’artiste, j’en serais, dans le cas présent, moins que jamais capable. Une fois de plus, ceux qui voudront bien me suivre devront se résigner à regarder par mes yeux : c’est presque à travers mon âme qu’ils vont apercevoir le grand Stanboul…» Pierre Loti. Constantinople.
  • « Les « types de Vienne » sont extrêmement curieux. Le premier qui frappe les yeux du voyageur, c’est le cocher de fiacre. Si on ne l’a pas vu, on ne peut se figurer son élégance. Personne à Vienne ne s’habille mieux que lui, et Dieu sait que l’on s’y habille bien ! Vêtu de drap fin, la coupe de ses vêtements est parfaite, ses bottes chaussent un pied aristocratique, son linge est irréprochable. » Juliette Adam. Vienne.
  • « Un portique grandiose de pierre sculptée, percé de trois baies en plein cintre, donne accès à une cour plantée d’arbres séculaires, les plus beaux peut-être qui soient à Pékin. Au fond, sur trois terrasses de marbre, un temple s’élève, très simple d’apparence, mais d’une imposante majesté. Plus simple encore est l’intérieur du sanctuaire ; une table d’autel ornée d’un brule-parfum et de deux flambeaux ; au-dessus, un panneau laqué portant quatre caractères gravés en or ; au-dessus, une tablette, gravée aussi et représentant la personne morale de Confucius ; et c’est tout.
    Cette simplicité excessive, ce froid symbolisme, conviennent bien au culte du grand philosophe qui, six siècles avant l’ère chrétienne, mit pour jamais sa puissante empreinte sur les consciences chinoises. Une morale très saine, sinon très élevée, un rationalisme très libre mais sans vrai critique, une culture intellectuelle assez forte, mais sans haute poésie, nul mysticisme, nulle prétention métaphysique, tels étaient les traits principaux des enseignements qu’il légua à la Chine et dont cette nation de 450 millions d’habitants vit depuis 2400 années. » Maurice Paléologue. Pékin.
  • « C’est toujours une surprise nouvelle que de se trouver face à face avec toutes ces figures voilées : il y a un secret inquiétant ou irritant dans ces dominos perpétuels, dans ses draperies qui marchent et qu’on coudoie ; et l’on ne peut se défendre de trouver une expression fantastique aux regards noirs embusqués au fond des fissures de tous ces masques, et qui sont la seule révélation de l’être humain enseveli sous ces plis d’étoffe. » Camille Pelletan. Le Caire.
  • « En mes souvenirs d’enfance, une ville de vieux quartiers aux torves ruelles s’angulant d’architectures en saillie, se cassant en profils de guingois, se pénombrant d’humides buées ressuées de l’égout ; – une ville qui, parmi les autres capitales, gardait une physionomie à part, bourgeoise et populaire, sans morgue, s’assoupissant en des coins de béguinages, autour de chevets d’églises pour se réveiller ailleurs en des tapages de voiries, des rumeurs de marchés, des turbulements de cabarets ; –une ville qui dégringolait des raidillons, se réticulait en des lacis de venelles et d’impasses, affluait au goulot des carrefours, passait des ponts, bouillonnait dans des entonnoirs de maçonneries lézardées aux pignons titubants, aux gables en gueule de brochet, en proue de navire, aux frontons bistournés se cimant d’urnes, de lampions, d’astrolabes, se festonnant de torsades sculptées, se bosselant de bas-reliefs. » Camille Lemonnier. Bruxelles.

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03405a

[Collectif]
Les Capitales du Monde

Paris, Hachette, 1892.

Un volume 31 x 24 cms. 592 pages. Nombreuses illustrations in et hors texte, non incluses dans la pagination.

Demi reliure à coins. Dos à cinq nerfs soulignés de filets dorés, caissons ornés. Reliure frottée avec manques en coiffe. Quelques rousseurs en marge sur certains cahiers.

Contient :
Paris, par François Coppée
Saint-Petersbourg, par E. Melchior de Vogué03405b
New York, par E. de Kératry
Constantinople, par Pierre Loti
Rome, par Gaston Boissier
Athènes, par le comte de Mouy
Tokyo, par Judith Gauthier
Vienne, par Juliette Adam
Lisbonne, par Armand Dayot
Pékin, par Maurice Paléologue
Genève, par Édouard Rod
Bucarest, par Carmen Sylva
Le Caire, par Camille Pelletan
Alger, par Maurice Wahl
Stockholm par Maurice Barrès
Berlin, par Antonin Proust
Londres, par Sir Charles Dilke
Mexico par Auguste Génin
Rio de Janeiro, par J. de Santa Anna Neri
Amsterdam, par Henry Havard
Christiania, par Harald Hansen
Copenhague, par André Michel
Bruxelles, par Camille Lemonnier
Calcutta, par James Darmesteter
Madrid, par Emilio Castelar.

80 € + port

Bibliothèques imaginaires (2) : Une bibliothèque de couvent – Montesquieu

Lettre 133
Rica à***

J’allai l’autre jour voir une grande bibliothèque dans un couvent de dervis, qui en sont comme les dépositaires, mais qui sont obligés d’y laisser entrer tout le monde à certaines heures.

En entrant, je vis un homme grave qui se promenait au milieu d’un nombre innombrable de volumes qui l’entouraient. J’allai à lui, et le priai de me dire quels étaient quelques-uns de ces livres que je voyais mieux reliés que les autres.

– Monsieur, me dit-il, j’habite ici une terre étrangère : je n’y connais personne. Bien des gens font de pareilles questions ; mais vous voyez bien que je n’irai pas lire tous ces livres pour les satisfaire. J’ai mon bibliothécaire qui vous donnera satisfaction : car il s’occupe nuit et jour à déchiffrer tout ce que vous voyez là ; c’est un homme qui n’est bon à rien, et qui nous est très à charge, parce qu’il ne travaille point pour le couvent. Mais j’entends l’heure du réfectoire qui sonne. Ceux qui, comme moi, sont à la tête d’une communauté, doivent être les premiers à tous les exercices.

En disant cela, le moine me poussa dehors, ferma la porte, et comme s’il eût volé, disparut à mes yeux.

De Paris, le 21 de la lune de Rhamazan 1719.

Dervis – – – – – – – – – – –

Lettre 134
Rica au même.

Je retournai le lendemain à cette bibliothèque, où je trouvai tout un autre homme que celui que j’avais vu la première fois : son air était simple ; sa physionomie spirituelle, et son abord, très affable. Dès que je lui eus fait connaître ma curiosité, il se mit en devoir de la satisfaire, et même, en qualité d’étranger, de m’instruire.

— Mon Père, lui dis-je, quels sont ces gros volumes qui tiennent tout ce côté de bibliothèque ?
— Ce sont, me dit-il, les interprètes de l’Écriture.
— Il y en a un grand nombre ! lui repartis-je. Il faut que l’Écriture fût bien obscure autrefois et bien claire à présent. Reste-t-il encore quelques doutes ? Peut-il y avoir des points contestés ?
— S’il y en a, bon Dieu ! s’il y en a ! me répondit-il. Il y en a presque autant que de lignes.
— Oui ? lui dis-je. Et qu’ont donc fait tous ces auteurs ?
— Ces auteurs, me repartit-il, n’ont point cherché dans l’Écriture ce qu’il faut croire, mais ce qu’ils croient eux-mêmes ; ils ne l’ont point regardée comme un livre où étaient contenus les dogmes qu’ils devaient recevoir, mais comme un ouvrage qui pourrait donner de l’autorité à leurs propres idées. C’est pour cela qu’ils en ont corrompu tous les sens et ont donné la torture à tous les passages. C’est un pays où les hommes de toutes les sectes font des descentes et vont comme au pillage ; c’est un champ de bataille où les nations ennemies qui se rencontrent livrent bien des combats, où l’on s’attaque, où l’on s’escarmouche de bien des manières.

— Tout près de là, voyez les livres ascétiques ou de dévotion ; ensuite, les livres de morale, bien plus utiles ; ceux de théologie, doublement inintelligibles, et par la matière qui y est traitée, et par la manière de la traiter ; les ouvrages des mystiques, c’est-à-dire des dévots qui ont le cœur tendre.
— Ah ! mon Père, lui dis-je, un moment. N’allez pas si vite. Parlez-moi de ces mystiques.
— Monsieur, me dit-il, la dévotion échauffe un cœur disposé à la tendresse, et lui fait envoyer des esprits au cerveau, qui l’échauffent de même : d’où naissent les extases et les ravissements. Cet état est le délire de la dévotion. Souvent il se perfectionne, ou plutôt dégénère en quiétisme : vous savez qu’un quiétiste n’est autre chose qu’un homme fou, dévot et libertin.
Voyez les casuistes, qui mettent au jour les secrets de la nuit, qui forment dans leur imagination tous les monstres que le démon d’amour peut produire, les rassemblent, les comparent, et en font l’objet éternel de leurs pensées : heureux si le cœur ne se met pas de la partie et ne devient pas lui-même complice de tant d’égarements si naïvement décrits et si nûment peints !
Vous voyez, Monsieur, que je pense librement, et que je vous dis tout ce que je pense. Je suis naturellement naïf, et plus encore avec vous qui êtes un étranger, qui voulez savoir les choses, et les savoir telles qu’elles sont. Si je voulais, je ne vous parlerais de tout ceci qu’avec admiration ; je vous dirais sans cesse : « Cela est divin, cela est respectable ; il y a du merveilleux. » Et il en arriverait de deux choses l’une, ou que je vous tromperais, ou que je me déshonorerais dans votre esprit.

Nous en restâmes là ; une affaire qui survint au dervis rompit notre conversation jusques au lendemain.

De Paris, le 23 de la lune de Rhamazan 1719.

Rosset couvent derviches

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Lettre 135
Rica au même.

Je revins à l’heure marquée, et mon homme me mena précisément à l’endroit où nous nous étions quittés.

— Voici, me dit-il, les grammairiens, les glossateurs et les commentateurs.
— Mon Père, lui dis-je, tous ces gens-là ne peuvent-ils pas se dispenser d’avoir du bon sens ?
— Oui, dit-il ; ils le peuvent, et même il n’y paraît pas : leurs ouvrages n’en sont pas plus mauvais ; ce qui est très commode pour eux.
— Cela est vrai, lui dis-je, et je connais bien des philosophes qui feraient bien de s’appliquer à ces sortes de sciences.

— Voilà, poursuivit-il, les orateurs, qui ont le talent de persuader indépendamment des raisons, et les géomètres, qui obligent un homme, malgré lui, d’être persuadé, et le convainquent avec tyrannie.

— Voici les livres de métaphysique, qui traitent de si grands intérêts, et dans lesquels l’infini se rencontre partout ; les livres de physique, qui ne trouvent pas plus de merveilleux dans l’économie du vaste univers que dans la machine la plus simple de nos artisans ; les livres de médecine, ces monuments de la fragilité de la nature et de la puissance de l’art, qui font trembler quand ils traitent des maladies même les plus légères, tant ils nous rendent la mort présente, mais qui nous mettent dans une sécurité entière quand ils parlent de la vertu des remèdes, comme si nous étions devenus immortels.

— Tout près de là, sont les livres d’anatomie, qui contiennent bien moins la description des parties du corps humain que les noms barbares qu’on leur a donnés : chose qui ne guérit ni le malade de son mal, ni le médecin de son ignorance.

— Voici la chimie, qui habite tantôt l’Hôpital et tantôt les Petites-Maisons, comme des demeures qui lui sont également propres.

— Voici les livres de science, ou plutôt d’ignorance occulte ; tels sont ceux qui contiennent quelque espèce de diablerie : exécrables, selon la plupart des gens, pitoyables, selon moi. Tels sont encore les livres d’astrologie judiciaire.
— Que dites-vous, mon Père ? Les livres d’astrologie judiciaire ! repartis-je avec feu. Et ce sont ceux dont nous faisons le plus de cas en Perse ; ils règlent toutes les actions de notre vie, et nous déterminent dans toutes nos entreprises. Les astrologues sont proprement nos directeurs ; ils font plus : ils entrent dans le gouvernement de l’État.
— Si cela est, me dit-il, vous vivez sous un joug bien plus dur que celui de la raison. Voilà le plus étrange de tous les empires : je plains bien une famille, et encore plus une nation, qui se laisse si fort dominer par les planètes.
— Nous nous servons, lui repartis-je, de l’astrologie comme vous vous servez de l’algèbre. Chaque nation a sa science, selon laquelle elle règle sa politique ; tous les astrologues ensemble n’ont jamais fait tant de sottises en notre Perse qu’un seul de vos algébristes en a fait ici. Croyez-vous que le concours fortuit des astres ne soit pas une règle aussi sûre que les beaux raisonnements de votre faiseur de système ? Si l’on comptait les voix là-dessus en France et en Perse, ce serait un beau sujet de triomphe pour l’astrologie ; vous verriez les calculateurs bien humiliés. Quel accablant corollaire n’en pourrait-on pas tirer contre eux ?

Notre dispute fut interrompue, et il fallut nous quitter.

De Paris, le 26 de la lune de Rhamazan 1719.

bibliothèque couvent stgall

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Lettre 136
Rica au même.

Dans l’entrevue suivante, mon savant me mena dans un cabinet particulier.

— Voici les livres d’histoire moderne, me dit-il. Voyez premièrement les histoires de l’Église et des papes, livres que je lis pour m’édifier, et qui font en moi souvent un effet tout contraire.

— Là, ce sont ceux qui ont écrit de la décadence du formidable empire romain, qui s’était formé du débris de tant de monarchies, et sur la chute duquel il s’en forma aussi tant de nouvelles. Un nombre infini de peuples barbares, aussi inconnus que les pays qu’ils habitaient, parurent tout à coup, l’inondèrent, le ravagèrent, le dépecèrent, et fondèrent tous les royaumes que vous voyez à présent en Europe. Ces peuples n’étaient point proprement barbares, puisqu’ils étaient libres ; mais ils le sont devenus depuis que, soumis pour la plupart à une puissance absolue, ils ont perdu cette douce liberté si conforme à la raison, à l’humanité et à la nature.

— Vous voyez ici les historiens de l’empire d’Allemagne qui n’est qu’une ombre du premier empire, mais qui est, je crois, la seule puissance qui soit sur la terre que la division n’a point affaiblie ; la seule, je crois encore, qui se fortifie à mesure de ses pertes, et qui, lente à profiter des succès, devient indomptable par ses défaites.

— Voici les historiens de France, où l’on voit d’abord la puissance des rois se former, mourir deux fois, renaître de même, languir ensuite pendant plusieurs siècles ; mais, prenant insensiblement des forces, accrue de toutes parts, monter à son dernier période : semblable à ces fleuves qui, dans leur course, perdent leurs eaux ou se cachent sous terre ; puis, reparaissant de nouveau, grossis par les rivières qui s’y jettent, entraînent avec rapidité tout ce qui s’oppose à leur passage.

— Là, vous voyez la nation espagnole sortir de quelques montagnes ; les princes mahométans subjugués aussi insensiblement qu’ils avaient rapidement conquis ; tant de royaumes réunis dans une vaste monarchie, qui devint presque la seule : jusqu’à ce qu’accablée de sa propre grandeur et de sa fausse opulence, elle perdit sa force et sa réputation même et ne conserva que l’orgueil de sa première puissance.

— Ce sont ici les historiens d’Angleterre, où l’on voit la liberté sortir sans cesse des feux de la discorde et de la sédition ; le prince toujours chancelant sur un trône inébranlable ; une nation impatiente, sage dans sa fureur même, et qui, maîtresse de la mer (chose inouïe jusqu’alors), mêle le commerce avec l’empire.

— Tout près de là sont les historiens de cette autre reine de la mer, la république de Hollande, si respectée en Europe et si formidable en Asie, où ses négociants voient tant de rois prosternés devant eux.

— Les historiens d’Italie vous représentent une nation autrefois maîtresse du monde, aujourd’hui esclave de toutes les autres ; ses princes divisés et faibles, et sans autre attribut de souveraineté qu’une vaine politique.

— Voilà les historiens des républiques : de la Suisse, qui est l’image de la liberté ; de Venise, qui n’a de ressources qu’en son économie ; et de Gênes, qui n’est superbe que par ses bâtiments.

— Voici ceux du Nord et, entre autres, de la Pologne, qui use si mal de sa liberté et du droit qu’elle a d’élire ses rois, qu’il semble qu’elle veuille consoler par là les peuples ses voisins, qui ont perdu l’un et l’autre.

Là-dessus nous nous séparâmes jusques au lendemain.

De Paris, le 2 de la lune de Chalval 1719.

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Lettre 137
Rica au même.

Le lendemain, il me mena dans un autre cabinet.

— Ce sont ici les poètes, me dit-il, c’est-à-dire ces auteurs dont le métier est de mettre des entraves au bon sens et d’accabler la raison sous les agréments, comme on ensevelissait autrefois les femmes sous leurs ornements et leurs parures. Vous les connaissez ; ils ne sont pas rares chez les Orientaux, où le soleil plus ardent semble échauffer les imaginations mêmes.

— Voilà les poèmes épiques.
— Eh ! qu’est-ce que les poèmes épiques ?
— En vérité, me dit-il, je n’en sais rien ; les connaisseurs disent qu’on n’en a jamais fait que deux, et que les autres qu’on donne sous ce nom ne le sont point ; c’est aussi ce que je ne sais pas. Ils disent de plus qu’il est impossible d’en faire de nouveaux, et cela est encore plus surprenant.

— Voici les poètes dramatiques, qui, selon moi, sont les poètes par excellence et les maîtres des passions. Il y en a de deux sortes : les comiques, qui nous remuent si doucement, et les tragiques, qui nous troublent et nous agitent avec tant de violence.

— Voici les lyriques, que je méprise autant que j’estime les autres, et qui font de leur art une harmonieuse extravagance.

— On voit ensuite les auteurs des idylles et des églogues, qui plaisent même aux gens de cour par l’idée qu’ils leur donnent d’une certaine tranquillité qu’ils n’ont pas, et qu’ils leur montrent dans la condition des bergers.

— De tous les auteurs que nous avons vus, voici les plus dangereux : ce sont ceux qui aiguisent les épigrammes, qui sont de petites flèches déliées qui font une plaie profonde et inaccessible aux remèdes.

— Vous voyez ici les romans, dont les auteurs sont des espèces de poètes et qui outrent également le langage de l’esprit et celui du cœur : ils passent leur vie à chercher la nature et la manquent toujours, et leurs héros y sont aussi étrangers que les dragons ailés et les hippocentaures.

— J’ai vu, lui dis-je, quelques-uns de vos romans, et, si vous voyiez les nôtres, vous en seriez encore plus choqué. Ils sont aussi peu naturels et, d’ailleurs, extrêmement gênés par nos mœurs : il faut dix années de passion avant qu’un amant ait pu voir seulement le visage de sa maîtresse. Cependant les auteurs sont forcés de faire passer les lecteurs dans ces ennuyeux préliminaires. Or il est impossible que les incidents soient variés. On a recours à un artifice pire que le mal même qu’on veut guérir : c’est aux prodiges. Je suis sûr que vous ne trouverez pas bon qu’une magicienne fasse sortir une armée de dessous terre, qu’un héros, lui seul, en détruise une de cent mille hommes. Cependant voilà nos romans. Ces aventures froides et souvent répétées nous font languir, et ces prodiges extravagants nous révoltent.

De Paris, le 6 de la lune de Chalval 1719.

Montesquieu. Lettres Persanes

Caricaturiste depuis la plante des pieds jusqu’à l’extrémité des tuyaux capillaires

Hélas bien oublié, Amédée de Noé, dit CHAM [1818-1879], fut l’un des principaux caricaturistes de son époque, avec des préoccupations qui, pour certaines, sont toujours actuelles…

21138z1 Collaborateur, entre autres du Charivari, il est « caricaturiste depuis la plante des pieds jusqu’à l’extrémité des tuyaux capillaires : son nom même est une charge : il a pris le pseudonyme biblique de Cham par allusion au nom de son père, le comte de Noé », écrit le Grand Dictionnaire universel.

Mais laissons continuer Pierre Larousse qui, une fois de plus, se révèle le plus fin des analystes :

« Gavarni [à qui nous avons consacré un article ici], Daumier et Cham représentent à eux trois l’art de la caricature à notre époque. Cham est très loin d’avoir la portée philosophique du crayon de Gavarni ; il est tout aussi éloigné de la puissance politique du crayon de Daumier. Il ne tient pas le milieu entre les deux ; il les complète, en suivant à part sa voie, que l’on serait tenté de qualifier de bourgeoise, n’était que ce qualificatif ne répondrait pas à ce que ce genre a de meilleur, l’originalité.

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Cham est le Paul de Kock du crayon, et cette comparaison du crayon-charge avec une plume gauloise n’est pas un mince honneur. Quand il attrape un type, il ne le lâche pas qu’il ne l’ait épuisé ; mais il est toujours spirituel, même en se répétant. Ce qui l’attire, ce sont les petites choses de la rue et de la vie, le bourgeois, le militaire, la bonne d’enfants, choses qu’on peut accuser d’être vulgaires et sans importance, mais auxquelles son esprit et son crayon donnent un sel qui nous charme, un comique dont l’attrait s’impose à tous. Ce sont de petites observations, superficielles tant qu’on voudra, mais si drôles, si drôles… Et puis, au rez-de-chaussée du dessin, il y a le mot, incisif, fin, d’une vérité d’autant plus frappante qu’il est plus laconique et plus lestement troussé.

Cham est donc le créateur d’un genre appelé à tenir sa place, et une place distinguée, dans la caricature moderne, laquelle est un art, ou tout au moins l’un des aspects de l’art du dessin, qui a bien sa valeur réelle. Ce n’est pas un mince mérite que d’y avoir été très fécond, sans jamais cesser d’être très spirituel. […]

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Cette part donnée à l’éloge mérité nous met à l’aise pour exprimer sans détour ce qui nous reste à dire sur cet artiste de talent. Modeste dans ses goûts, paisible, rangé, vivant très retiré, Cham n’était pas fait pour mêler son crayon aux grands événements contemporains. La révolution de Février vint faire violence à ses penchants les plus chers ; il descendit dans l’arène malgré lui, avec répugnance , mais pourtant entraîné par un penchant naturel ; il ne voulut voir de la révolution que le côté le plus superficiel, ce tapage, cette cohue, ce débordement toujours inséparable des idées, des forces, des personnalités longtemps contenues et mises subitement en liberté. La caricature se complaît à jouter avec les grandes puissances ; comme l’épagneul, elle est comiquement fière des coups de griffe qu’elle lance au lion nonchalamment endormi.

Il en voulait à la forme trop bruyante des événements, sans se préoccuper le moins du monde de leur portée sociale ; il faisait de la réaction au bruit, non point à la révolution elle-même, et s’il garda rancune à cette dernière, ce fut seulement d’avoir soulevé autour de lui une tempête dont la houle lui dérobait les sujets de ses observations habituelles, les petites choses de la vie bourgeoise des temps uniformes.

Telle est, croyons-nous, la vérité vraie sur cette phase de la vie du spirituel caricaturiste. Malheureusement, bon nombre de gens se sont laissé prendre aux apparences : ils ont vu, mais à tort, une pensée arrêtée de réaction politique là où il n’y avait que du dépit ou plutôt de l’insouciance artistique.

L’esprit vraiment français, qu’il jaillisse des lèvres, du crayon ou de la plume, n’a jamais été réactionnaire. » (Pierre Larousse. Grand Dictionnaire universel.)

Qu’ajouter ? sinon notre dessin préféré :

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Cham au jardin_ _ _ _ _ _ _ _ _

Un ouvrage sur Cham, lisible en ligne : Cham, sa vie et son œuvre, par Félix Ribeyre ; préface par Alexandre Dumas fils.

Un blog consacré à  Cham (temps de chargement parfois très long, et hélas beaucoup de publicité)

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21138_1CHAM
Douze années comiques, 1868-1879, 1000 gravures, introduction par Ludovic Halévy

Paris, Calmann Lévy, 1882.
Un volume 31 x 22 cms. 349 pages (dessins imprimés au recto des feuilles, verso vierge).
Percaline éditeur rouge, noir et or. Quelques frottements, mais mors intacts. Quelques rousseurs très claires sur certains cahiers, n’atteignant que rarement les gravures, sauf au premier cahier. Bon état global.

75 € + port

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Les Folies parisiennes, quinze années comiques, 1864-1879, introduction par Gérome

Paris, Calmann Lévy, 1883.
Un volume 31 x 22 cms. 341 pages (dessins imprimés au recto des feuilles, verso vierge).
Percaline éditeur illustrée. Reliure fanée, avec important manque au dos, ce qui reste étant en partie détaché.
Intérieur bien frais, à l’exception de quelques rares petites salissures, principalement en marge.

50 € + port

Bibliothèques imaginaires (1) – La bibliothèque du Capitaine Nemo

Le capitaine Nemo se leva. Je le suivis. Une double porte, ménagée à l’arrière de la salle, s’ouvrit, et j’entrai dans une chambre de dimension égale à celle que je venais de quitter.

C’était une bibliothèque. De hauts meubles en palissandre noir, incrustés de cuivres, supportaient sur leurs larges rayons un grand nombre de livres uniformément reliés. Ils suivaient le contour de la salle et se terminaient à leur partie inférieure par de vastes divans, capitonnés de cuir marron, qui offraient les courbes les plus confortables. De légers pupitres mobiles, en s’écartant ou se rapprochant à volonté, permettaient d’y poser le livre en lecture. Au centre se dressait une vaste table, couverte de brochures, entre lesquelles apparaissaient quelques journaux déjà vieux. La lumière électrique inondait tout cet harmonieux ensemble, et tombait de quatre globes dépolis à demi engagés dans les volutes du plafond. Je regardais avec une admiration réelle cette salle si ingénieusement aménagée, et je ne pouvais en croire mes yeux.

nautilus extrait de Nemo de Brüno ed. Milan

extrait de Nemo de Brüno ed Milan

– Capitaine Nemo, dis-je à mon hôte, qui venait de s’étendre sur un divan, voilà une bibliothèque qui ferait honneur à plus d’un palais des continents, et je suis vraiment émerveillé, quand je songe qu’elle peut vous suivre au plus profond des mers.

– Où trouverait-on plus de solitude, plus de silence, monsieur le professeur ? répondit le capitaine Nemo. Votre cabinet du Muséum vous offre-t-il un repos aussi complet ?

– Non, monsieur, et je dois ajouter qu’il est bien pauvre auprès du vôtre. Vous possédez là six ou sept mille volumes…

– Douze mille, monsieur Aronnax. Ce sont les seuls liens qui me rattachent à la terre. Mais le monde a fini pour moi le jour où mon Nautilus s’est plongé pour la première fois sous les eaux. Ce jour-là, j’ai acheté mes derniers volumes, mes dernières brochures, mes derniers journaux, et depuis lors, je veux croire que l’humanité n’a plus ni pensé, ni écrit. Ces livres, monsieur le professeur, sont d’ailleurs à votre disposition, et vous pourrez en user librement.

 Je remerciai le capitaine Nemo, et je m’approchai des rayons de la bibliothèque. Livres de science, de morale et de littérature, écrits en toute langue, y abondaient ; mais je ne vis pas un seul ouvrage d’économie politique ; ils semblaient être sévèrement proscrits du bord. Détail curieux, tous ces livres étaient indistinctement classés, en quelque langue qu’ils fussent écrits, et ce mélange prouvait que le capitaine du Nautilus devait lire couramment les volumes que sa main prenait au hasard.

Parmi ces ouvrages, je remarquai les chefs-d’œuvre des maîtres anciens et modernes, c’est-à-dire tout ce que l’humanité a produit de plus beau dans l’histoire, la poésie, le roman et la science, depuis Homère jusqu’à Victor Hugo, depuis Xénophon jusqu’à Michelet, depuis Rabelais jusqu’à madame Sand.

Mais la science, plus particulièrement, faisait les frais de cette bibliothèque ; les livres de mécanique, de balistique. d’hydrographie, de météorologie, de géographie, de géologie, etc., y tenaient une place non moins importante que les ouvrages d’histoire naturelle, et je compris qu’ils formaient la principale étude du capitaine. Je vis là tout le Humboldt, tout l’Arago, les travaux de Foucault, d’Henry Sainte-Claire Deville, de Chasles, de Milne-Edwards, de Quatrefages, de Tyndall, de Faraday, de Berthelot, de l’abbé Secchi, de Petermann, du commandant Maury, d’Agassis etc. Les mémoires de l’Académie des Sciences, les bulletins des diverses Sociétés de Géographie, etc., et, en bon rang, les deux volumes qui m’avaient peut-être valu cet accueil relativement charitable du capitaine Nemo.

Parmi les œuvres de Joseph Bertrand, son livre intitulé Les Fondateurs de l’Astronomie me donna même une date certaine ; et comme je savais qu’il avait paru dans le courant de 1865, je pus en conclure que l’installation du Nautilus ne remontait pas à une époque postérieure. Ainsi donc, depuis trois ans, au plus, le capitaine Nemo avait commencé son existence sous-marine. J’espérai, d’ailleurs, que des ouvrages plus récents encore me permettraient de fixer exactement cette époque ; mais j’avais le temps de faire cette recherche, et je ne voulus pas retarder davantage notre promenade à travers les merveilles du Nautilus.

– Monsieur, dis-je au capitaine, je vous remercie d’avoir mis cette bibliothèque à ma disposition. Il y a là des trésors de science, et j’en profiterai.

Jules Verne – Vingt mille lieues sous les mers

187 photographies – commentées – de personnages illustres

Il y a quelques dizaines d’années paraissait un Objet Littéraire Non Identifié : une série de 12 albums de photographies abondamment légendées, la plus ancienne datant de 1841, et qui représentent des personnages historiques ; des hommes d’État ; des comédiens et comédiennes ; quelques peintres ; mais surtout des écrivains.

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Avec de temps en temps un sous-titre, comme : Les Destins Douloureux ou Les Destins Tragiques, regroupant les écrivains morts fous, suicidés, assassinés, ou accidentés.

Avec parfois un invité-surprise, comme le Directeur de la Sûreté…

Et ce qui pourrait être le plagiat par anticipation du clinamen cher aux Oulipiens : la Tour Eiffel en construction…

Un ouvrage préparé par trois générations

Ces photos proviennent d’une collection privée, initiée en 1845 par Pierre-Marie Lizerolles, poursuivie par son petit-fils J.-M. Dufrénoy, et achevée par son neveu, Maurice Seirved.

Dans la dédicace qui ouvre le premier album, Lizerolles explique sa démarche : « Modeste contrôleur des finances au service du Roi, collectionneur passionné de tout ce qui est à la fois hors du commun et accessible à mon budget de serviteur honnête, j’entreprends en ce 20 novembre 1845, une collection d’un genre que je crois unique : un panorama de portraits des plus hautes personnalités de l’État, des Sciences, Arts, lettres, théâtres et autres domaines.. Puisse, au soir de ma Vie, mon petit-fils poursuivre en des recueils successifs la mise à jour de cette collection… »

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Le petit-fils en question, Jean-Marie Dufrénoy, sur lequel nous ne savons rien, exaucera le vœu de son grand-père. Il annonce en octobre 1868, en fin du premier album, qu’il prend le relais et continuera à publier les notices et commentaires accompagnant les photos dont il a hérité. Ce qu’il confirme en juin 1869, en introduction de l’album n° 2

Et dans la conclusion du cinquième album, datée de mai 1912, il se réjouit que son neveu, qu’il nomme Maurice Seirved, reprenne « le flambeau », étant « rompu à ce genre de travaux, car il a entrepris la reproduction en fac-similé des reliques les plus émouvantes de l’histoire ».

Serveid est l’anagramme de Devriès, fondateur de la maison d’édition M.D., qui publiera une quinzaine de volumes de facsimilés de documents historiques.

Ainsi que cette collection de photos.

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Des photos rares et des commentaires engagés

Si l’intérêt principal de ces albums de belle facture réside dans les photos qu’ils contiennent, certaines rarement reproduites, les commentaires personnels qui les accompagnent méritent également le détour. Car leur auteur ne cachait pas ses sentiments, ou ses appréciations.

Quelques exemples :

  • Guizot : « Réfugié à Londres, fait dire qu’il abandonne la politique pour revenir à ses travaux historiques. Que n’y est-il revenu dix ans plus tôt !
    Funeste à son Roi (dont il proposa l’abdication), funeste à son pays (Révolution de 1848), funeste à la classe sociale (les 80.000 électeurs riches qui, pour lui, étaient toute la France), M. Guizot pense qu’en dépit des événements, lui seul avait raison… Il est le seul à le penser. »
  • Proudhon : « Le Jean-Jacques Rousseau du XIXe siècle. »
  • Lamartine : « Si les anges écrivaient en vers, ils écriraient comme lui ! […] Le voici plongé dans la plus grande détresse. […] Notre pays serait-il ingrat ? »
  • Sainte-Beuve : « On l’admire, il éblouit, mais c’est une lumière froide qui ne réchauffe pas. L’esprit, chez lui, mange le cœur. »
  • Balzac : « Les 40 portraits dont s’enorgueillit son œuvre magistrale dureront plus longtemps que les 40 Messieurs de l’Académie qui n’ont pas voulu de lui. »
  • Verlaine : « Aujourd’hui, va de l’hôtel borgne à l’hôpital, et du lupanar au confessionnal, sans tenue et sans dignité, mais a traduit en une poésie aux touches délicates, la rêverie aristocratique de notre XVIIIe siècle mieux que les Watteau et les Fragonard. Poète impérissable. »
  • Le Général Boulanger : « Sous coup d’État manqué, il s’enfuit à Bruxelles et se tua sur la tombe de sa femme qu’il avait préférée à la France. Avoir pu être César et finir comme Roméo ? »

Il y a aussi quelques (mauvais) jeux de mots, par exemple sur honnêteté/Ohnêteté à propos de Georges Ohnet dans l’Album n° 4

Et une surprenante auto-censure au sixième album, à propos du Docteur Péan : « J’ai censuré la fin de ma légende d’un goût discutable. Ce que l’on coupe, disait Sardou, un maître du théâtre, n’est jamais sifflé. »

De quelques étrangetés éditoriales

Cette série soulève de nombreuses questions bibliographiques.

1) De quand date la publication ?

Aucune datation autre que celle des périodes couvertes par chacun ne figure sur les albums, dont la BNF date le premier de « vers 1942 ». Cela  paraît peu probable, la guerre et l’occupation se prêtant difficilement à la publication de tels ouvrages, présentés de surcroit en coffret titré : « Un siècle de gloires françaises ».

Par ailleurs, les albums 3 et 6 annoncent (même si c’est faux, nous y reviendrons) se terminer en 1950. Et la notice BNF indique que les deux derniers albums, les n° 11 et 12, contiennent des photos datées respectivement de 1943 et 1947.

On peut donc raisonnablement avancer que ces albums, sur papier fort et à la présentation soignée, ont paru après la guerre, disons autour de 1950.

Par contre, aucun élément ne nous permet de déterminer si la publication s’est faite album par album, ou en coffret.

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2) N’y a-t-il eu qu’une seule édition ?

– C’est également peu probable, car les périodes couvertes par chacun des albums, qui sont imprimées en page de titre, différent entre la notice de la BNF, nos exemplaires, et d’autres exemplaires disponibles chez nos confrères.

– Qu’on en juge :

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Mais pour quelles raisons l’éditeur aurait-il modifié le contenu lors d’une réédition ? Là encore, perplexité…

3) Quel ordre a présidé à la publication ?

Chronologiquement, les périodes annoncées en tête de chaque album ne se succèdent pas dans l’ordre auquel on pourrait s’attendre, et se recoupent souvent.

De plus, elles ne correspondent pas exactement au contenu :

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Il ne s’agit pas non plus d’un ordre alphabétique, ni entre les différents albums, ni à l’intérieur de chacun.

Est-ce l’ordre d’entrée de chaque photo dans la collection ? Si non, quel autre critère aurait-il pu déterminer ce découpage ?

4) Qui a écrit les notices ?

Les notices des huit premières pages du premier album sont datées et sont imprimées en rouge très foncé tirant sur le brun, et reproduisent une écriture manuscrite, présentée comme celle de Pierre-Marie Lizerolles. Elles sont datées.

Ensuite, les notices ne sont plus datées (au contraire des photos), sont imprimées en noir, et reproduisent une autre écriture, qui serait celle de J.M. Dufrenoy.

Mais tout cela n’est-il pas une mystification ?

On peut s’interroger, à la lecture de cette notice de WorldCat, le catalogue en ligne de nombreuses bibliothèques dans le monde :

« Dans son Adieu aux lecteurs, à la fin du 12e album, on lit : De fait, Pierre-Marie Lizerolles, son petit-fils J.M. Dufrenoy, le neveu de ce dernier Maurice Seirved ne sont qu’un seul et même personnage : le signataire de ces lignes … [signé] Maurice Devriès »

Ou bien la mystification n’est-elle pas elle même une mystification ?

Car, même si Maurice Devriès s’attribue toutes les notices des douze albums, il est cependant frappant de constater une grande différence de ton entre celles d’abord présentées comme écrites par Lizerolles, et les autres, bien moins spirituelles…

Mais après tout, quelle importance, devant un contenu d’une telle richesse ?

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À lire également : l’article que notre confrère le Bibliomane Moderne a consacré en 2012 à cette même série d’albums. (ici)

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02995_4[LIZEROLLES Pierre-Marie, DUFRENOY J.-M., DEVRIES Maurice]

Dans l’intimité des personnages illustres. Albums de Photographies n° 1 à 6.

Paris, Éditions M.D., sans date (circa 1950).
Six albums à l’italienne 28 x 20 cms, contenant chacun 12 pages de photographies contrecollées et légendées en police manuscrite ; un feuillet de titre ; une couverture cartonnée avec cordon de brochure, illustrée par une photographie et des motifs gaufrés.
Le tout sous chemise carton marquée  » Un siècle de gloire française », elle-même sous coffret carton.
La numérotation des Albums figure au bas de la dernière page de chacun, et diffère de celle de l’édition en 12 volumes qui est la seule répertoriée par la BNF.
Bon état de l’ensemble.

250 €

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CONTENU DÉTAILLÉ :

ALBUM n° 1, (1845-1890) : Préface de Lizerolles, illustrée de petits portraits de Daguerre et Niepce ; photographies de Louis-Philippe, de la reine Marie-Amélie, de la duchesse de Berri, de Guizot, du Prince de Joinville, de Rachel, Alfred de Musset, George Sand, Balzac, Virginie Déjazet, Berlioz, Bazaine, Corot, Proudhon, Lamartine, Théophile Gautier, Michelet, Victor Hugo, Mme Victor Hugo, Juliette Drouet, Sainte-Beuve, l’Impératrice Eugénie, Napoléon III, le Prince impérial, Mgr Lavigerie, Francis Garnier, Édouard Pailleron, Ferdinand de Lesseps, Frédéric Lemaître, Claude Bernard, Chevreul, Verlaine, le Général Boulanger.

ALBUM n° 2 (1850-1900) : Le Roi Jérôme ; Ingres ; Louis Pasteur ; Gustave Doré ; Émile de Girardin ; Littré ; Alphonse Daudet ; Maréchal Canrobert ; Victor Hugo ; Thiers ; Théodore de Banville ; Meissonnier ; Gustave Nadaus ; Savorgnan de Brazza ; Eiffel ; Alexandre Dumas fils ; Madeleine Brohan ; Émile Augier ; Grévin ; Alphonse Karr ; Berthelot ; Barbey d’Aurevilly ; Trois cabinets militaires : Président Grévy, Président Carnot, Général Boulanger ; François Coppée ; Rodin ; Coquelin Aîné ; Émile Ollivier ; Francisque Sarcey ; Alphonse Allais ; Émile Zola ; Déroulède et Mounet-Sully.

ALBUM n° 3 (1850-1950) : Une critique d’Aurélien Scholl ; Le Prince-Président ; L’Impératrice Eugénie ; Comte Walewski ; Comtesse de Ségur ; Alfred de Vigny ; Charles Baudelaire ; La Comtesse de Castiglione ; Jules Janin ; Victor Hugo à Guernesey ; Bernadette Soubirous ; Pierre Dupont ; Alexandre Dumas Père ; Ernest Renan ; Aurélien Scholl ; Cécile Sorel ; Clémenceau ; La Tour Eiffel ; Les Destins Douloureux : André Gill, Guy de Maupassant, Sauvage, Paul Féval, L’Impératrice Charlotte, Coquelin Cadet ; Les Destins Tragiques : Gérard de Nerval, Prévost-Parado, Hervé, Feyghine, Sadi Carnot, Pierre Curie ; Lucien Guitry ; Manet et Mallarmé.

ALBUM n° 4 (1860-1905) : Napoléon III et… Napoléon IV, la fin douloureuse d’une dynastie impériale : 10 photos des membres de la famille impériale ; Le général Bourbaki ; Le sergent Hoff ; Le général Faidherbe ; Daumier ; Desbordes-Valmore ; Arsène Houssaye ; Gambetta ; Anna Judic ; Rollinat ; Reichenberg ; Georges Ohnet ; Bazon père ; Georges et Jeanne Hugo ; Clémenceau ; Jules Renard ; Flammarion ; J.-H. Fabre ; Bouguereau ; Henri Rochefort ; Leconte de Lisle.

ALBUM n° 5 (1860-1925) : Victor Hugo sur son lit de mort ; Berryer ; Paul de Kock ; Amiral Courbet ; Bartholdi ; Montbazon ; Jules Verne ; Sarah Bernhardt ; Ernest Lavisse ; Charles Floquet ; Philippe Ricord ; Judith Gautier ; Fernand Forest ; Henry Monnier ; Mounet-Sully ; Courteline ; Mgr Dupanloupe ; Carolus Duran ; Victorien Sardou ; Rosa Bonheur ; Alphonse Daudet ; Paulus ; Chéret ; Renoir ; Pierre Loti ; Henri Bergson ; Réjane ; Waldeck-Rousseau ; Goron ; Octave Mirbeau ; Jules Cambon ; François Coppée.

ALBUM n° 6 (1850-1950) : Robert Houdin ; Mac-Mahon ; Barye ; Madame Honoré de Balzac ; Gérome ; Octave Feuillet ; Eugène Labiche ; Ambroise Thomas ; Degas ; Gouraud ; Henry Becque ; Henri Becquerel ; Anatole France ; Ziern ; Kirchoffer ; Alexandre Duval ; Jules Lemaitre ; Docteur Péan ; Catulle Mendès ; Jean Richepin ; Claude Debussy ; Les frères Margueritte ; Ernest Psichari ; Juliette Adam ; Henri Lavedan ; Jules Massenet.

Et voici les événements de Février

Non, nous ne savons pas encore ce qui va se passer en février 2014, mais les années précédentes, ce mois fut souvent agité.

Qu’on en juge :

Le 1er février :  mort de Turgot
Le 2 : Cassini découvre, à l’aide d’un des premiers microscopes, la structure des flocons de neige
Le 3 : Première représentation d’Esther, de Racine
Le 4 : Louis XVI vient, au milieu de l’Assemblée Constituante, critiquer la Révolution
Le 5 : Messine est détruite par un tremblement de terre
Le 6 : Mazarin prend la fuite
Le 7 : Le Parlement de Paris condamne un taureau à être pendu
Le 8 : L’armée de Gustave de Suède traverse sur la glace la mer Baltique
Le 9 : Charles I, roi d’Angleterre, est pendu
Le 10 : Mort de Montesquieu
Le 11 : Mort de Descartes
Le 12 : Le roi abolit la coutume de refuser la confession aux condamnés à mort
Le 13 : Début de la démolition de l’ancien bâtiment de la Samaritaine
Le 14 : Fin de l’épisode de tension créée par les insultes proférées par des soldats corses à l’encontre de l’ambassadeur de France à Rome
Le 15 : Élection du Pape Pie VI – Renversement de ce même Pie VI
Le 16 : Élargissement des grands chemins de France, qui vont être plantés d’arbres
Le 17 : Gracié sur l’échafaud, Saint-Vallier en meurt de saisissement
Le 18 : La Journée des harengs tourne au profit des Anglais
Le 19 : Bonaparte s’installe au château des Tuileries
Le 20 : Le Pont des Tuileries est emporté par la crue
Le 21 : Spinoza meurt
Le 22 : On brûle la Voisin, empoisonneuse ayant vendu trop de « poudre de succession »
Le 23 : Érection solennelle de la statue équestre de Louis XV
Le 24 : Le pape Grégoire XIII réforme le calendrier, et retranche dix jours de l’année en cours
Le 25 : Rien de notable, cela nous change…
Le 26 : Le frère de Saint-Louis affronte le roi des Deux-Siciles
Le 27 : Henri IV est sacré à Chartres
Le 28 : Journée des poignards

Et quand, tout cela ? Voici :

1er : en 1761février
2 : en 1692
3 : en 1689
4 : en 1790
5 : en 1783
6 : en 1651
7 : en 1314
8 : en 1655
9 : en 1649
10 : en 1755
11 : en 1650
12 : en 1396
13 : en 1715
14 : en 1664
15 : en 1774 et 1798
16 : en 1722
17 : en 1524
18 : en 1429
19 : en 1800
20 : en 1684
21 : en 1677
22 : en 1680
23 : en 1763
24 : en 1582
26 : en 1266
27 : en 1594
28 : en 1791

Bien d’autres faits sont répertoriés dans cette éphéméride de février, chaque journée étant présentée sous la forme d’un Tableau du jour, éclairé par l’exposé des événements et de leur contexte historique ; le plus souvent complété par des citations ou documents.

Le terme éphéméride (du grec hemera, jour), qui désigne un « livre indiquant les événements arrivés le même jour de l’année à différentes époques », est, d’après Littré, un mot féminin depuis 1835 – mais l’on ne sait pas quel jour précis l’Académie prit cette décision, ce qui est tout de même le comble…

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Éphémérides politiques, littéraires et religieuses, présentant pour chacun des jours de l’année un tableau des événements remarquables qui datent de ce même jour dans l’histoire de tous les siècles et de tous les pays, jusqu’au 1er janvier 1803.
MOIS DE FÉVRIER

Paris, Le Normant et Nicole, An XI-1803, seconde édition, revue, corrigée et augmentée.
Un volume 20 x 13 cms. 308 pages. Demi reliure, dos lisse à faux nerfs, titres, filets et motifs dorés.
Frottements aux plats en carton, sinon très bon état.

30 € + port