La prononciation est au discours ce que l’impression est à la lecture

C’est ce qu’affirme Charles Batteux, auteur d’un Traité de la construction oratoire, paru en 1763.

Et que reprend J.-B.-Colson dans la Préface de son ouvrage Principes de prononciation, tout en exemples, ou l’art de parler purement la langue française…  Après y avoir placé en exergue une citation similaire de Rousseau : « L’accent est l’âme du discours, il lui donne le sentiment. »

Mais qu’est-ce que la prononciation ?

La définition qu’en donne Colson a le mérite d’être simple : « La prononciation est l’art d’articuler les lettres et les voyelles des mots d’une manière conforme à l’usage : chacune de ces lettres, chacune de ces syllabes présente plus ou moins de difficulté. »

Comment l’améliorer ?

En appliquant des règles similaires à celles de la grammaire qui régissent la prose écrite ; en s’entraînant ; et en tenant compte bien sûr des exceptions, sans lesquelles la langue française, tant écrite que parlée, ne serait pas ce qu’elle est.

Ces trois étapes donnent le plan de l’ouvrage :

Première Partie : Principes de prononciation des accents, des dernières syllabes, et douze règles générales sur les syllabes longues ou brèves, suivies d’un exercice au moyen duquel on peut connaître le temps qui s’emploie à prononcer telle ou telle syllabe  (pages 1 à 27)

  • Ière Règle : Toute syllabe dont la dernière voyelle est suivie d’une consonne finale qui n’est ni s ni z est brève.
    « En vain l’esprit est plein d’une noble vigueur ;
    Le vers se sent toujours des bassesses du cœur. » (Boileau, Art poétique)
  • XIe règle : Tous les mots qui finissent par un e muet immédiatement précédé d’une voyelle, ont leur pénultième longue.
    «
    Quitter l’idolâtrie
    Est un titre en ce lieu pour mériter la vie ». (Voltaire, Alzire)

Deuxième Partie : Classement par ordre alphabétique de la première lettre du mot étudié, avec des listes récapitulatives, par exemple celle des mots « où l’H initial est aspiré ». (pages 28 à 127)

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Troisième Partie : Remarques sur la prononciation vicieuse de quelques mots. (pages 128 à 175)

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Chacune de ces trois parties est structurée selon le même principe pédagogique : « J’ai suivi l’avis de Dumarsais [1676-1756, grammairien et spécialiste du style figuré], qui prescrit de faire lire les exemples avant que d’en sonner la définition : ils précèdent la règle. »

Et partout, une attention particulière est donnée à la manière de rythmer les vers, « afin de privilégier le sens plutôt que la rime. »

Sus aux accents provinciaux !

« Pour s’exprimer correctement, il faut avoir le même accent, la même inflexion de voix, que les personnes de la capitale, qui ont vécu dans le grand monde ; c’est ce qu’on appelle l’accent national. Tout autre est vicieux.
On entend par accent provincial, tout ce qui a rapport à la prononciation : élever la voix où il ne faut pas, abréger les syllabes longues, est un accent provincial commun à beaucoup de personnes des départements méridionaux.
Baisser la voix où il ne faut pas, abréger les syllabes brèves, est un accent du Nord. »

Sans commentaire…

Des règles peu convaincantes pour les mots étrangers 

« Dans tous les mots qui commencent par un double V, ou qui ont cette double lettre au milieu, comme Warwick, on ne doit prononcer qu’un V, ayant le son de celui qui commence Venise.

Ainsi prononcez : Var-vick ; Krome-vel, Va-zeing-ton (en faisant sonner fortement le g), et non pas Ouarouick, Kromouel, Ouasingthon. »

L’usage dans la capitale a bien changé depuis…

Mais qui était ce J.-B. Colson ?

Il se définit en page de titre comme « Professeur de Lecture à haute voix » Beau métier ! 

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On ne connait pas son prénom complet, simplement ses initiales (J.-B.) Ni ses dates de naissance et de mort (17..-18..).
Sa fiche à la BNF indique simplement qu’il était régisseur du Grand-Théâtre de Bordeaux, information figurant dans son Manuel Dramatique, ou Détails essentiels sur deux cent quarante Opéras comiques et cent Vaudevilles… [1817], dont le titre complet est d’ailleurs également à tiroirs.

Mais le site du Grand-Théâtre de Bordeaux est muet à son sujet. De même que Wikipédia, qui répertorie pourtant 13 Colson, dont un « pâtissier et psychanalyste belge »…

Inconnu dans les répertoires de Vapereau et de Bouillet, il ne figure pas non plus dans le Grand Dictionnaire Universel de Pierre Larousse.

Lequel donne ce qui est sans doute un fausse piste, en évoquant un Jean-Baptiste Colson, fils du peintre Jean-Baptiste-Gilles Colson [1680-1762], qui « cultiva les lettres , et publia, sous le pseudonyme de Every-One un Tableau philosophique des peines morales classées selon les trois sièges de nos sensations, l’esprit, le cœur et l’âme (Paris, 1820, in-fol.), et une Vie de l’expérience et de l’observation (1820, in-12).»

Mais Pierre Larousse donne 1825 comme date de décès de ce Jean-Baptiste Colson-là, alors que l’ouvrage sur la prononciation qui nous occupe date de 1833, et n’est pas posthume, puisque son auteur indique qu’« il a été imprimé par souscription » ; qu’un Prospectus « a été imprimé il y a quelques mois » ; et que pour son ouvrage il a « employé ses connaissances acquises par quarante ans de pratique et de théorie. »

Des homonymes bordelais ? Mystère…

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07372_4 - copieCOLSON J.-B.

Principes de prononciation, tout en exemples, ou l’art de parler purement la langue française, formant un grand nombre d’exercices tant en prose qu’en vers, au moyen desquels toute personne parviendra à exprimer chaque lettre avec le caractère élémentaire et grammatical qui lui est propre ; à articuler nettement toutes les syllabes ; à distinguer les mots avec ordre et clarté ; et surtout à se corriger de l’accent provincial.
Ouvrage indispensable à la jeunesse des deux sexes ; aux Professeurs ; aux personnes qui se destinent aux emplois publics qui réclament l’usage de la parole ; à celles qui seulement veulent se distinguer dans la société par une diction claire et correcte ; aux étrangers, jaloux de bien parler la langue française.

Paris, Belin Le Prieur ; Bordeaux, Lafargue, 1833.
Un volume 20,5 x 12,5 cms. XVI-176 pages.
Demi reliure, dos lisse, titre doré.
Reliure un peu frottée. Quelques rousseurs très éparses en marge de certaines pages, plus fortes au premier et dernier cahiers, mais sans impact sur la lecture. Bon état global.

40 € + port

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