Gavarni, le Croqueur

autoportrait GavarniUn prolixe dessinateur

Sulpice-Guillaume Chevalier [1804-1866], dit Paul Gavarni, fut d’abord un géomètre ayant le goût du dessin.

Employé au cadastre à Tarbes, il se met à dessiner des paysages pyrénéens, qui paraissent dans le Journal des modes. Repéré par l’homme de presse Émile De Girardin, il participe au lancement de Mode, collabore au Charivari, et parallèlement crée des costumes pour le théâtre. Ce qui l’inspire pour deux de ses créations les plus célèbres : le titi et le débardeur.

Le succès de Gavarni fut immédiat, et ne se démentit pas, servi par une activité débordante. On estime qu’il commit entre 8 et 10 000 dessins durant sa vie.

Il aimait à se mêler aux foules, afin d’y saisir une phrase significative, un visage typique. Il croque tout : personnes, types, scènes. « Je vais à ma bibliothèque », disait-il quand il se rendait à l’Opéra.

Il travaille par séries, dont la quantité est innombrable, par exemple : Étudiants, Lorettes, Enfants terribles, Coulisses, Clichy, Impressions de ménage ; Paris le matin, Paris le soir, Oraisons funèbres, Boudoirs et mansardes, les Cabarets, les Anglais chez eux

Mais s’il était artiste, il n’était pas homme d’affaires : la faillite du Journal des gens du monde, qu’il avait créé, l’amena à la prison pour dettes de Clichy, ce qui lui procura cependant de nouveaux sujets d’observation…

Ami de Balzac, de Théophile Gautier, de Jules Sandeau, des frères Goncourt, il part en 1847 en voyage en Angleterre, dont il découvre les  abyssaux contrastes sociaux qu’il croque dans L’Illustration. « On ne sait pas, écrira-t-il, ce que c’est que la richesse et la pauvreté, que le luxe et la misère, que le vol et la prostitution, quand on n’a pas vu l’Angleterre. »

anglais chez eux

Infatigable dans sa production dessinée, il trouve encore le temps d’écrire un roman, Michel, remarqué par Sainte-Beuve – et de tenter de mettre au point, mais sans succès, un… procédé pour diriger les ballons.

À la fois gai et amer.

« Fourberies et peintures, hypocrisies du dedans, du dehors, faux serments et faux cheveux, il savait tout. […] Il a tout saisi, les lorettes maquillées et les bourgeois ventrus, la cour d’assises, le voyou. Elle restera, cette autre comédie humaine, qu’on ne peut regarder sans sourire, sans soupirer, sans frissonner aussi, ce monde grouillant, bizarre, parfumé, charmant, hideux, qui attire et qui repousse et qui fait venir aux lèvres à la fois le baiser et le mépris. », analyse Jules Clarétie.

fourberies de femmes

« Il est satirique, mais n’a rien de cruel ; il voit notre pauvre espèce telle qu’elle est et ne place pas très haut sa moyenne mesure : il ne lui prête rien d’odieux à plaisir. », complète Sainte-Beuve.

dividende

« Il n’est pas tout à fait un caricaturiste, ni même uniquement un artiste, il est aussi un littérateur. Il effleure, il fait deviner. Le caractère particulier de son comique est une grande finesse d’observation, qui va quelquefois jusqu’à la ténuité. » résume Baudelaire dans les Curiosités du XIXe siècle français.

deesse de la liberte

« Il est l’observation même. Tout ce qui a passé et défilé sous nos yeux depuis trente-cinq ans en fait de mœurs, de costumes, de formes galantes, de figures élégantes, de plaisirs, de folies et de repentirs, tous les masques et les dessous de masques, les carnavals et leurs lendemains, les théâtres et leurs coulisses, les amours et leurs revers, toutes les malices d’enfants petits ou grands, les diableries féminines ou parisiennes, comme on les a vues et comme on les regrette, toujours renaissantes et renouvelées, et toujours semblables, il a tout dit, tout montré, et d’une façon si légère, si piquante, si parlante, que ceux même qui ne sont d’aucun métier ni d’aucun art, qui n’ont que la curiosité du passant, rien que pour s’être arrêtés à regarder aux vitres, ou sur le marbre d’une table de café, quelques-unes de ces milliers d’images qu’il laissait s’envoler chaque jour, en ont emporté en eux le trait et retenu à jamais la spirituelle et mordante légende. » Sainte-Beuve. (Nouveaux Lundis)

partageuses

Masques et Visages

La série Masques et Visages comprend une petite dizaine de volumes, parus chez différents éditeurs, tant du vivant de Gavarni (7 volumes entre 1857 et 1862) que de manière posthume (1868 et 1886).

Ce sont ces derniers que nous proposons aujourd’hui

Le premier, paru à La Librairie du Figaro, mêle dialogues et petites vignettes, dans des scènes de mœurs plus ou moins datées : La Vie de jeune homme ; Les Enfants terribles ; Les Invalides su sentiment ; L’Argent ; Histoire de politiques ; Balivernes parisiennes, etc.

enfants terribles

Le second, publié par Calmann-Lévy, rassemble des portraits illustrés d’une courte légende : Études d’androgynes, Les Lorettes vieillies ; Les Partageuses.dividende

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Masques et Visages. Préface par Henri Rochefort, Vie de Gavarni par Jules Clarétie.

Paris, Librairie du Figaro – Docks de la Librairie, 1868.
Un volume 26 x 18 cms. 352 pages. Un portrait hors texte de Gavarni sous serpente. Pleine reliure percaline rouge. Dos lisse à décor dorés. Plats décorés à froid. Tranches dorées.
Extérieur un peu sali. Intérieur en très bon état.

75 €

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Masques et visages, notice par Sainte-Beuve

Paris, Calmann-Lévy, [1886, date BNF].
Un volume 37 x 27 cms. 151 pages imprimées uniquement au recto sur papier très fort. Percaline éditeur, plat illustré.
Reliure un peu frottée, des rousseurs sur quelques planches.

75 €

Un commentaire sur “Gavarni, le Croqueur

  1. […] Gavarni [à qui nous avons consacré un article ici], Daumier et Cham représentent à eux trois l’art de la caricature à notre époque. Cham […]

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