La substance de tous les Dictionnaires

C’est ce que promet le Dictionnaire des Dictionnaires, paru en 1892 : « La substance de tous les dictionnaires, c’est-à-dire le résumé des connaissances humaines, sous forme de vocabulaire. »

Rien de moins.

Paul Guérin [1830-1908], son maître d’œuvre et responsable éditorial, également connu pour ses quinze volumes consacrés aux Petits Bollandistes : vie des Saints, savait s’entourer. On trouve, parmi ses collaborateurs, des académiciens, des écrivains comme Paul Bourget ou Victor Fournel, ou des musiciens comme Camille Saint-Saëns.

L’approche d’Un Million de faits, dont nous parlions ici, était thématique. Celle du Dictionnaire des dictionnaires est alphabétique.

Mais l’objectif est le même : offrir sous un volume réduit la quintessence du Savoir, à une époque où l’on croyait encore que c’était possible.

Le projet

Le but est de vulgariser, au sens noble du terme :

  • « Les différentes branches des Lettres, des Sciences, des Arts, des Métiers ont été confiées à des hommes spéciaux, à la fois savants et vulgarisateurs, qui ont su présenter les principes, donner le dernier mot de la science, en indiquer toutes les applications pratiques et mettre les objets les plus abstraits et les plus ardus à la portée de tous, en se faisant comprendre par ceux mêmes qui n’y sont point initiés. »

De combler des lacunes :

  • « Le croirait-on ? il n’existe pas un Dictionnaire des Sciences militaires. Les termes de guerre, de fortification, de topographie, sont définis, expliqués, par des écrivains militaires.
    Les dictionnaires ne comprennent rien ou presque rien sur les termes de Bourse ou de Finance ; aussi combien de personnes lisent dans leur journal le bulletin financier ou le tableau de la bourse, sans comprendre.
    Pour la Médecine, chaque maladie est décrite ; on en donne le diagnostic et le pronostic ; vient ensuite ce qui concerne le traitement.
    Le dictionnaire contient l’histoire, de chaque ville, de chaque pays, de chaque peuple ; des événements ; des Institutions ; des Factions et des Partis. »

De se mettre à portée de tous :

  • « Tout le monde ne peut pas consacrer cinq ou six cents francs à l’acquisition d’une encyclopédie. »

Et d’être de son siècle :

  • « C’est qu’en effet les sciences et les idées s’étendent d’un essor ininterrompu dans la sphère indéfiniment dilatée des choses de l’esprit. Tout va, tout progresse ; tout change aussi. Bien des hautes vérités scientifiques viennent seulement d’être rendues accessibles à la démonstration. D’autres, à demi-comprises aujourd’hui, appartiennent moins au présent qu’à l’avenir.
    La langue n’est jamais faite ; les Dictionnaires qui prétendent la savoir au dernier point de sa formation, sont perpétuellement à recommencer. Instrument obéissant du monde et des auteurs, elle doit être mobile à leur gré, comme les variations de leurs caprices. La rénovation sans trêve imposée ; et elle ne s’arrête de créer des titres pour les acquisitions incessantes que lui apportent : l’histoire et la description de la nature, l’économie sociale, l’industrie, le commerce, l’agriculture.
    Rien ne demeure à l’état fixe. On voit les décrets et les lois, comme les réglementations les mieux assises, se transformer de fond en comble dans des espaces de temps à peine appréciables. La machine politique change d’aspects à tous ses mouvements. Les mœurs et les habitudes se modifient par contre-coup ; les arts et les lettres ont leurs glorieuses révolutions, et les activités contemporaines deviennent bientôt des restes, des souvenirs du passé que d’autres activités remplacent, non moins ambitieuses d’appartenir à l’histoire. »
    (Extraits de l’Avertissement et de la longue Introduction, remarquable de finesse, qui sont en ligne ici).

Une ambition réalisée ?

Si le succès commercial n’est pas au rendez-vous, la pertinence éditoriale de la série est encore aujourd’hui reconnue :

  • « Les lexicographes de la fin du XIXe siècle qui auraient dû enregistrer l’apport romantique sont, à l’exception de Pierre Larousse et de Guérin, des puristes qui ont repoussé les innovations réalisées à partir de 1830. C’est à cette date que s’arrêtent les exemples fournis par Littré. […] Après le Littré, le Grand Larousse universel du XIXe siècle et le Dictionnaire général [d’Hatzfeld], la lexicographie française n’a produit au XIXe siècle qu’un très petit nombre d’œuvres. Cette lacune se comprend : il fallait du courage à un lexicographe pour rédiger un dictionnaire après la publication d’œuvres aussi remarquables ! Le Dictionnaire de l’Académie de 1878 n’apporte aucune innovation par rapport à l’édition de 1835, imitée de très près.
    Le seul recueil qu’il soit nécessaire de mentionner est le Dictionnaire des dictionnaires de Paul Guérin (6 vol. in-4°, 1892), qui est un répertoire exhaustif, enrichi de nombreux exemples, malheureusement présentés sans références, de la langue de la fin du XIXe siècle. » (Georges Matoré. Histoire des dictionnaires français. Larousse)

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08034GUERIN Paul [Dir]

Dictionnaire des Dictionnaires, Lettres, Sciences, Arts, Encyclopédie universelle. 6/6

Paris, Librairie des Imprimeries Réunies, sans date [1892].
6 volumes 31,5 x 25 cms. XXXV-1200 + 1196 + 1200 +1196 + 1196 + 1261 pages. Texte sur 3 colonnes.
Pleine reliure éditeur. Dos à 4 nerfs. Titres et tomaisons dorés.
Quelques frottements aux dos et aux bords. Très bon état intérieur.

300 € + port (poids : 25 kgs)

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