« Un conte de Noël de plus ! », direz-vous. Eh bien, non.

noel« Encore un conte de Noël… »

Eh bien non !

Certes, Noël, ou le mystère de la Nativité, en vers en quatre tableauxde Maurice Bouchor [1859-1925], reprend la trame traditionnelle : La Crèche, le Bœuf et l’Âne, l’Ange Gabriel, les Bergers, les Rois Mages.

Mais comment faire autrement ?

Il se distingue cependant nettement des autres Contes de Noël :

  • Bouchor par Evert van MudyenD’abord il est en vers, ce qui est assez rare, mais étonne moins quand on sait que l’auteur est poète.
  • Ensuite, il se présente la forme d’une pièce de théâtre, ce qui n’étonne pas non plus puisque Bouchor est (aussi) auteur dramatique. La Première fut donnée le 25 novembre 1890, à Paris, au… Petit-Théâtre des Marionnettes, car la version initiale du texte n’était pas destinée à être jouée par des humains. Celle que nous présentons aujourd’hui peut l’être, indique Bouchor, en précisant comment « rendre » les personnages d’animaux, tout en complétant : « Des enfants seront toujours les acteurs les mieux appropriés à la nature de cet ouvrage. »
  • Il est coupé d’intermèdes musicaux. Ainsi, quand l’Étoile réapparaît, et annonce aux Rois qu’elle va les guider jusqu’à la Crèche, elle le fait au son d’une « musique barbare et magnifique », qui succède à la musique « tendre et recueillie » qui accompagnait les Bergers.
  • Il ne se veut ni dogmatique, ni prosélyte, et l’annonce clairement dans la Préface : « « Cet ouvrage s’adresse à quiconque, faisant ou non partie de l’Église, ne se croit pas tenu, par haine de secte ou étroitesse d’esprit, de lutter contre des émotions profondément humaines et bienfaisantes. Nous n’avons eu aucune prétention de faire œuvre dogmatique. C’est la poésie de Noël que nous avons voulu dégager. »
  • Il délivre pourtant un message, qui n’est pas forcément celui auquel on s’attendrait dans ce contexte :
    • « Ne t’enorgueillis plus d’avoir un peu de bien.
      Q’uen feras-tu, pauvre homme, au jour suprême ? Rien. »
      (L’Ange Gabriel à l’avare berger Bartomieu)
    • « Mais la stricte justice abhorre l’esclavage,
      Et nul peuple, pas même une tribu sauvage,
      Non, pas un être humain n’est maudit devant Dieu. »
      (Le Roi Indien au Roi Nègre)
    • « Dans cette monstrueuse Afrique d’où je sors,
      J’ai vu l’homme écraser l’homme sans un remords,
      Toute multitude asservie,
      D’horribles dieux, ouvrage informe de nos mains,
      De rouges lacs de sang, des mers de pleurs humains,
      La mort plus douce que la vie. »
      (Monologue du Roi Nègre)

Mais Maurice Bouchor ne perd  pour autant ni son sens poétique :

  • « La lune resplendit, ronde et couleur de miel,
    Comme un large lotus sur le lac bleu du ciel,
    Que fleurissent aussi les étoiles sans nombres ;
    L’air en est radieux, mais que m’importe ? Une ombre
    Affreuse m’envahit, puisqu’elle n’est plus là,
    Celle qui, m’ayant vu pleurer, me consola. »
    (Le Roi Indien, quand l’étoile qui guidait les Rois Mages disparaît)

… ni son sens de la description. Par exemple, celle des animaux accompagnant ces mêmes Rois Mages :

  • « Des ânes tout couverts de raies ;
    Des bêtes qui n’ont point l’air vraies ;
    Des espèces de canetons
    Plus hauts que moi ; de grands moutons,
    Ayant long cou sur longues pattes,
    Qui vous taquineraient les dattes
    À même l’arbre ; et puis, tenez,
    Une montagne avec un nez
    Qu’elle allonge et qu’elle tortille
    Comme une anguille qui frétille… »

… ni son sens de l’humour :

  • « … … Ô le bon nez que j’eus
    De faire mijoter ces tripes dans leur jus !
    Elles seront à point. Près d’elles, jusqu’à l’aube,
    Dans l’ail, l’huile et le vin se parfumera ma daube.
    Puis, au retour, j’irai cueillir en mon jardin
    Le cerfeuil tout nouveau, la tendre ciboulette ;
    Ça nous parfumera richement l’omelette ;
    Et comme il faut avoir la panse bien replète,
    Nous ferons rissoler trois aunes de boudin ! »
    (Bartomieu)

…ni, non plus, le sens du message de Noël :

  • Que ce soit pour les animaux :
    « Le prêtre, immaculé dans sa blanche tunique,
    N’ensanglantera plus l’autel
    En nous égorgeant, nous, pauvres bêtes qui sommes
    De bons serviteurs pour les hommes. »
    (Le Bœuf)
  • Ou pour les hommes :
    « Adam, pauvres humains, vous a précipités
    Dans le malheur et dans le crime. […]
    En se chargeant du poids de vos iniquités,
    Le Fils de Dieu vous en délivre. […]
    Car le salut des créatures
    Sera le prix de ses tortures. »
    (L’Ange Gabriel)

Un message qui frappe d’autant plus qu’il émane d’un militant laïque, membre de la Ligue des Droits de l’Homme, futur Dreyfusard, engagé dans la création des Universités Populaires, et auteur de chansons très populaires dans les écoles de la Troisième République.

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21041_1BOUCHOR Maurice

Noël, ou le mystère de la nativité, en vers, en quatre tableaux. Envoi de l’auteur

Paris, Léon Chaillet, 1895 (sur la couverture), 1896, 6e édition (sur la page de titre). Un volume broché 19 x 11,5 cms. 80 pages.
Couverture et dos insolés avec petits manques (surtout au dos).
Envoi de l’auteur « À Mademoiselle Marguerite Boeckel, respectueux souvenir de l’auteur ».

45 € + port

21041_2

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13037BOUCHOR Maurice, TIERSOT Julien

Chants populaires pour les écoles

Paris, Hachette, 1919. Un volume 18,5 x 12,5 cms. 46 pages (textes et partitions). Couverture cartonnée. Dos toilé muet. Intérieur très frais.

10 € + port

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