(pré) Histoire littéraire de la France : du travail de Bénédictin !

Vapereau, dans ses Éléments d’histoire de la littérature française, place au Xe siècle le premier « monument littéraire français ». Il s’agit pour lui du Cantilène de sainte Eulalie.

Émile Faguet fait débuter sa Petite histoire de la littérature française au Moyen-Âge, avec les Chansons de Geste.

Pour Désiré Nisard, dans son Histoire de la littérature française (à qui nous avons consacré un article ici), « les premiers écrivains qui ont laissé des noms durables dans l’histoire de la prose, ce sont les chroniqueurs [du XIIe siècle] : Villehardouin, Joinville, Froissart, De Comines. »

07367_1Telle n’est pas l’opinion des Bénédictins de Saint-Maur qui, dans leur Histoire littéraire de la France, où l’on traite de l’Origine et du Progrès, de la Décadence & du rétablissement des Sciences parmi les Gaulois & parmi les François ; Du goût et du génie des uns & des autres pour les Lettres en chaque siècle…, série dirigée à ses débuts par Dom Rivet [1683-1749], remontent jusqu’au IVe siècle avant Jésus-Christ.

  • « Nous nous proposons de ménager aux Français l’agrément d’avoir un recueil complet des Écrivains, qu’eux et les Gaulois leurs prédécesseurs, avec qui ils n’ont fait dans la suite qu’un seul peuple, ont donné à la République des Lettres. Tous ceux de la nation, dont on a connaissance, et qui ont laissé quelque monument de littérature, y trouveront place, tant ceux dont les écrits sont perdus, que ceux dont les ouvrages nous restent, en quelque langue et sur quelque sujet qu’ils aient écrit. » explique la Préface.

Il faut dire que les Bénédictins de Saint-Maur n’ont pas une conception étriquée de la Gaule ou de la France.

Sont considérés comme auteurs français les savants nés en Gaule, même installés ailleurs, à Rome par exemple, et écrivant en grec ou en latin. Ou encore morts en Gaule, comme Lactance, prolixe auteur religieux du début du IVe siècle, qui fut plus tard l’un des premiers bénéficiaires de l’invention de l’imprimerie.

Il est cependant curieux d’annexer des personnages comme l’empereur Claude, sous prétexte qu’il naquit à Lyon, ou comme Pétrone et Démosthène, nés à Marseille. L’avantage cependant, pour ces auteurs, est de bénéficier d’études détaillées et, comme toutes les autres, d’un niveau remarquable.

À cette définition géographique fort large, correspond une notion extensive de la littérature. Contrairement à nos conceptions modernes, Dom Rivet et ses assistants y incluent tout ce qui intéresse l’esprit humain, nous dirons presque tout ce qui peut figurer dans un livre ou un manuscrit.

Sans oublier la littérature orale :  « Avant que l’on s’avisât de rédiger l’Histoire en écrit, on la comprenait en une certaine Poésie, dont on instruisait le Peuple, qui la retenait sans peine à cause de la cadence, et qui la chantait même pour l’ordinaire. […] Et c’est de cette manière-là que les Gaulois, qui n’écrivaient rien, savaient leur propre Histoire. »

Ainsi, pas moins de six volumes sont nécessaires pour couvrir la période allant jusqu’au Xe siècle.

On y découvre par exemple :

  • Pytheas, géographe né environ 325 ans avant notre ère, « le premier Gaulois que nous sachions s’être fait connaître par son savoir et par ses écrits. »
  • Valère Caton, installé à Rome au Ier siècle avant l’ère chrétienne, qui laissa des poèmes, et des Traités de Grammaire fort estimés de Suétone.
  • Cornelius Gallus qui, à la même époque, gagnait l’estime d’Ovide pour ses poèmes en latin sur la mort, l’avarice et la vieillesse.

Puis vient l’ère chrétienne, et la Gaule va surtout compter comme lettrés des Évêques, écrivant des ouvrages à thèmes religieux, comme Saint Irénée ou Saint Hippolyte, auteur d’un célèbre Traité sur l’Antéchrist.

Mais aussi Florus, historien et poète ; Favorin, historien, philosophe et orateur ; Ausone, auteur d’épigrammes et d’une description en vers héroïques des 17 villes célèbres ; Marcel, surnommé l’Empirique, auteur d’un traité sur les médicaments qui fait souvent référence à des plantes de Gaule.

Même ceux dont les écrits sont perdus revivent, comme Probe et Syagre, hommes de lettres ; Lampride, orateur ; ou Procule, poète.

Jusqu’à Dungal, « étranger retiré en France », philosophe et astronome, que Charlemagne interrogea sur les éclipses de l’année 811.

Ce monde littéraire est plus peuplé qu’on pourrait le penser. Le volume consacré au Ve siècle par exemple, répertorie trente-cinq évêques, quatre abbés, dix-sept prêtres, diacres ou moines, un empereur, vingt grands officiers de l’empire, vingt poètes, quinze rhéteurs, orateurs ou hommes de lettres, neuf historiens anonymes, deux philosophes, deux médecins et un jurisconsulte.

07367_5Le plan adopté est chronologique, et immuable :

  • Pour chaque siècle une présentation synthétique intitulée État des Lettres
  • Pour chaque écrivain : « Le premier [article ou paragraphe] est toujours employé à rapporter l’histoire de la vie de l’Écrivain ; le second à traiter de ses écrits véritables et existants, dont on marque l’ordre, la chronologie, le sujet, l’occasion. Le troisième article est destiné à faire connaître les écrits perdus ; le quatrième à discuter des écrits douteux ; le cinquième à parler de ceux qu’on lui a supposés. Sa doctrine, sa manière d’écrire et le jugement qu’on en a porté, font le sujet du sixième article. Enfin dans le septième on fait le dénombrement des différentes éditions de ses ouvrages, en marquant avec soin celles qui méritent la préférence. […] Puis nous passons à la discussion des écrits de nos Auteurs. C’est la partie de l’ouvrage où les recherches curieuses, les découvertes intéressantes, les remarques critiques et historiques doivent avoir leur place. » (Préface).

À tout cela s’ajoutent – autre travail de Bénédictin – des Tables : Table des citations, c’est-à-dire des références utilisées et indiquées en abrégé en marge du texte ; Table des Auteurs et des principales Matières ; Table chronologique.

tables

Toutes permettent de circuler avec profit dans l’ouvrage.

Et de faire de multiples découvertes !

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07367_2[DOM RIVET], Bénédictins de Saint-Maur

Histoire littéraire de la France, où l’on traite de l’Origine et du Progrès, de la Décadence & du rétablissement des Sciences parmi les Gaulois & parmi les François ; Du goût et du génie des uns & des autres pour les Lettres en chaque siècle…
Édition Originale. Tomes I à VI : Des Origines au Xe siècle

07367dParis, Osmont, Huart, Clousier, etc.Six volumes 26 x 21 cms. LXIV-424-450-[XXXII] + 707-[XXVII] + XVI-676-[XLIII] + LVIII-[II]-638-[XXIX] + XXXVIII-[II]-717-[XXXII] + XLIV-645-[XXXIX] pages. Deux gravures hors texte au tome I.

Pleine reliure du temps. Dos à 5 nerfs, caissons ornés, pièces de titre et de tomaison. Tranches rouges.

Reliure frottée avec petits manques. Intérieur très frais, sans rousseurs. Ex-Libris de Charles de Baschi, Marquis d’Aubais.

350 €

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