(pré) Histoire littéraire de la France : du travail de Bénédictin !

Vapereau, dans ses Éléments d’histoire de la littérature française, place au Xe siècle le premier « monument littéraire français ». Il s’agit pour lui du Cantilène de sainte Eulalie.

Émile Faguet fait débuter sa Petite histoire de la littérature française au Moyen-Âge, avec les Chansons de Geste.

Pour Désiré Nisard, dans son Histoire de la littérature française (à qui nous avons consacré un article ici), « les premiers écrivains qui ont laissé des noms durables dans l’histoire de la prose, ce sont les chroniqueurs [du XIIe siècle] : Villehardouin, Joinville, Froissart, De Comines. »

07367_1Telle n’est pas l’opinion des Bénédictins de Saint-Maur qui, dans leur Histoire littéraire de la France, où l’on traite de l’Origine et du Progrès, de la Décadence & du rétablissement des Sciences parmi les Gaulois & parmi les François ; Du goût et du génie des uns & des autres pour les Lettres en chaque siècle…, série dirigée à ses débuts par Dom Rivet [1683-1749], remontent jusqu’au IVe siècle avant Jésus-Christ.

  • « Nous nous proposons de ménager aux Français l’agrément d’avoir un recueil complet des Écrivains, qu’eux et les Gaulois leurs prédécesseurs, avec qui ils n’ont fait dans la suite qu’un seul peuple, ont donné à la République des Lettres. Tous ceux de la nation, dont on a connaissance, et qui ont laissé quelque monument de littérature, y trouveront place, tant ceux dont les écrits sont perdus, que ceux dont les ouvrages nous restent, en quelque langue et sur quelque sujet qu’ils aient écrit. » explique la Préface.

Il faut dire que les Bénédictins de Saint-Maur n’ont pas une conception étriquée de la Gaule ou de la France.

Sont considérés comme auteurs français les savants nés en Gaule, même installés ailleurs, à Rome par exemple, et écrivant en grec ou en latin. Ou encore morts en Gaule, comme Lactance, prolixe auteur religieux du début du IVe siècle, qui fut plus tard l’un des premiers bénéficiaires de l’invention de l’imprimerie.

Il est cependant curieux d’annexer des personnages comme l’empereur Claude, sous prétexte qu’il naquit à Lyon, ou comme Pétrone et Démosthène, nés à Marseille. L’avantage cependant, pour ces auteurs, est de bénéficier d’études détaillées et, comme toutes les autres, d’un niveau remarquable.

À cette définition géographique fort large, correspond une notion extensive de la littérature. Contrairement à nos conceptions modernes, Dom Rivet et ses assistants y incluent tout ce qui intéresse l’esprit humain, nous dirons presque tout ce qui peut figurer dans un livre ou un manuscrit.

Sans oublier la littérature orale :  « Avant que l’on s’avisât de rédiger l’Histoire en écrit, on la comprenait en une certaine Poésie, dont on instruisait le Peuple, qui la retenait sans peine à cause de la cadence, et qui la chantait même pour l’ordinaire. […] Et c’est de cette manière-là que les Gaulois, qui n’écrivaient rien, savaient leur propre Histoire. »

Ainsi, pas moins de six volumes sont nécessaires pour couvrir la période allant jusqu’au Xe siècle.

On y découvre par exemple :

  • Pytheas, géographe né environ 325 ans avant notre ère, « le premier Gaulois que nous sachions s’être fait connaître par son savoir et par ses écrits. »
  • Valère Caton, installé à Rome au Ier siècle avant l’ère chrétienne, qui laissa des poèmes, et des Traités de Grammaire fort estimés de Suétone.
  • Cornelius Gallus qui, à la même époque, gagnait l’estime d’Ovide pour ses poèmes en latin sur la mort, l’avarice et la vieillesse.

Puis vient l’ère chrétienne, et la Gaule va surtout compter comme lettrés des Évêques, écrivant des ouvrages à thèmes religieux, comme Saint Irénée ou Saint Hippolyte, auteur d’un célèbre Traité sur l’Antéchrist.

Mais aussi Florus, historien et poète ; Favorin, historien, philosophe et orateur ; Ausone, auteur d’épigrammes et d’une description en vers héroïques des 17 villes célèbres ; Marcel, surnommé l’Empirique, auteur d’un traité sur les médicaments qui fait souvent référence à des plantes de Gaule.

Même ceux dont les écrits sont perdus revivent, comme Probe et Syagre, hommes de lettres ; Lampride, orateur ; ou Procule, poète.

Jusqu’à Dungal, « étranger retiré en France », philosophe et astronome, que Charlemagne interrogea sur les éclipses de l’année 811.

Ce monde littéraire est plus peuplé qu’on pourrait le penser. Le volume consacré au Ve siècle par exemple, répertorie trente-cinq évêques, quatre abbés, dix-sept prêtres, diacres ou moines, un empereur, vingt grands officiers de l’empire, vingt poètes, quinze rhéteurs, orateurs ou hommes de lettres, neuf historiens anonymes, deux philosophes, deux médecins et un jurisconsulte.

07367_5Le plan adopté est chronologique, et immuable :

  • Pour chaque siècle une présentation synthétique intitulée État des Lettres
  • Pour chaque écrivain : « Le premier [article ou paragraphe] est toujours employé à rapporter l’histoire de la vie de l’Écrivain ; le second à traiter de ses écrits véritables et existants, dont on marque l’ordre, la chronologie, le sujet, l’occasion. Le troisième article est destiné à faire connaître les écrits perdus ; le quatrième à discuter des écrits douteux ; le cinquième à parler de ceux qu’on lui a supposés. Sa doctrine, sa manière d’écrire et le jugement qu’on en a porté, font le sujet du sixième article. Enfin dans le septième on fait le dénombrement des différentes éditions de ses ouvrages, en marquant avec soin celles qui méritent la préférence. […] Puis nous passons à la discussion des écrits de nos Auteurs. C’est la partie de l’ouvrage où les recherches curieuses, les découvertes intéressantes, les remarques critiques et historiques doivent avoir leur place. » (Préface).

À tout cela s’ajoutent – autre travail de Bénédictin – des Tables : Table des citations, c’est-à-dire des références utilisées et indiquées en abrégé en marge du texte ; Table des Auteurs et des principales Matières ; Table chronologique.

tables

Toutes permettent de circuler avec profit dans l’ouvrage.

Et de faire de multiples découvertes !

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07367_2[DOM RIVET], Bénédictins de Saint-Maur

Histoire littéraire de la France, où l’on traite de l’Origine et du Progrès, de la Décadence & du rétablissement des Sciences parmi les Gaulois & parmi les François ; Du goût et du génie des uns & des autres pour les Lettres en chaque siècle…
Édition Originale. Tomes I à VI : Des Origines au Xe siècle

07367dParis, Osmont, Huart, Clousier, etc.Six volumes 26 x 21 cms. LXIV-424-450-[XXXII] + 707-[XXVII] + XVI-676-[XLIII] + LVIII-[II]-638-[XXIX] + XXXVIII-[II]-717-[XXXII] + XLIV-645-[XXXIX] pages. Deux gravures hors texte au tome I.

Pleine reliure du temps. Dos à 5 nerfs, caissons ornés, pièces de titre et de tomaison. Tranches rouges.

Reliure frottée avec petits manques. Intérieur très frais, sans rousseurs. Ex-Libris de Charles de Baschi, Marquis d’Aubais.

350 €

Bas-fonds de haut vol

21246_2Ça, c’est du roman-feuilleton !

C’est bourré de retournements de situation, c’est à la limite du mélo, les points de suspension succèdent aux points d’exclamation.

Mais ça palpite !…

Un page turner, diraient les anglophones : vite, à la page suivante, pour découvrir le prochain rebondissement !

Heureusement, Les Bas-fonds de Paris, d’Aristide Bruant, durent 2400 pages ! De quoi haleter…

Roman-feuilleton, roman populaire, roman d’action et de sentiments, c’est aussi un portrait de Paris, des Parisiens, de leurs journaux et petits plaisirs, de la façon dont on peut basculer – et en tirer une morale. Et c’est bien écrit !

Le décor est brossé :

  • « Il fait un froid noir, mortel. La-haut, scintillant autour de la lune d’argent, des myriades d’étoiles piquent le ciel comme des perles de glace. La bise souffle aiguë, implacable… Cette nuit, il gèlera à pierre fendre.
    Le bourgeois s’est calfeutré au coin de son feu avec une égoïste volupté… Paris qui travaille, qui peine et qui souffre, s’endort dans un long frisson avec l’âpre angoisse du lendemain…
    Dans la rue, les sans-logis et les sans-feu refilent la triste comète… Ils marchent, juifs-errants de l’éternelle misère, ils marchent courbés sous le vent qui leur mord la chair, qui leur brûle les yeux.
    C’est le grand hiver!…
    Les prisons regorgent ; plus de lits dans les hôpitaux; le fatal écriteau : Complet, s’étale lugubre, à la porte close de tous les asiles de nuit.
    La Seine elle-même est prise et sa muraille de glace ferme le dernier refuge aux désespérés !…
    Et, cependant, les viveurs, les soupeurs, le Tout-Paris de la nuit et de la noce s’apprête pour la fête ! »

L’action s’amorce :

  • « Ce soir-là, des individus à l’œil louche, à la face patibulaire quoique bourgeoisement mis, s’étaient entassés de bonne heure dans le poste de police de la rue Bochard-de-Saron, sorte de caverne creusée dans les bâtiments du collège Rollin : c’était Monsieur Jules au grand complet, c’est-à-dire la brigade des mœurs, mobilisée à la requête de quelque sénateur pudibond et ami de ses aises. On allait jeter un grand coup de filet, ceinturer, poisser, rafler (arrêter et emprisonner) tout le gibier marécageux, grues et poissons : chasse à courre et pêche miraculeuse, à coup sûr !…»
  • « Car c’est la lutte pour le trottoir… Le grand boulevard donne l’assaut à l’autre… à l’extérieur, pour cause d’art, de snobisme… ou pour toute autre chose. Et les agents battent la charge, à coups de poing et de botte, en faveur des gens chics, des rupins… (des riches). On va nettoyer ça, messieurs : vous pourrez circuler !… Tant pis pour les innocentes ou les malheureuses : On ramasse tout en tas…»

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(tentative de) Résumé (du début)

  • C’est Noël. Rafle de la brigade des mœurs boulevard Rochechouart. Le patron d’un cabaret évite au dernier moment à une fille-mère de se faire embarquer. Celle-ci s’évanouit en voyant arriver le comte Roger en compagnie d’une des reines de Paris, Suzanne Damour, danseuse aux Folies-Bergères.
  • Valentine Clément, la fille-mère, est enceinte du comte Roger, mais ignorait qu’il fût à présent marié. Il l’avait séduite lorsqu’elle était dame de compagnie de sa tante, qui l’avait recueillie orpheline.
  • Elle gîte rue Ramey, au fond du quartier Clignancourt, « presque sur les fortifs, parmi les miséreux avachis » et « se sentait tirée par en bas, vers des choses inconnues et monstrueuses… l’abîme louche et glauque des bas-fonds dont on ne se relève jamais ! »
  • Elle vient accoucher chez le comte Roger, dont la femme Adrienne vient de donner naissance à un enfant qui n’est pas de lui, car son mariage avait été « une affaire ». Le père de la fille d’Adrienne est l’architecte Jean Rollin, parti en Amérique.
  • « Non!… Deux accouchements dans la même soirée, dans la maison familiale, celui de sa femme légitime et celui de sa maîtresse!… Il y avait, là, de quoi sombrer à. tout jamais dans le ridicule et le scandale ! »
  • Roger organise la substitution des enfants, afin de garder le sien, celui qu’il a eu avec Valentine, auprès de lui, et il se débarrasse de l’autre, moyennant cinquante mille francs, en le donnant à une gouape nommée Raquedalle.
  • Qui s’en débarrasse à son tour auprès des Chopin, un couple d’ivrognes. Mais le père Chopin se prend de bec avec la police et se voit condamner à 6 mois. Et Raquedalle, qui a tout compris, fait chanter Roger. Puis en fait son complice en le faisant entrer dans des conseils d’administrations de sociétés destinées à gruger les épargnants honnêtes. Mais Raquedalle se fait prendre à tricher au jeu et va lui aussi en prison.
  • Le Comte de Charmeuses envoie sa fille en province, sa femme chez son père.
  • La famille Chopin se fait expulser de son galetas et trouve refuge en banlieue dans un wagon désaffecté.
  • Raquedalle force le comte à l’aider à s’évader, et passe en Angleterre.
  • L’architecte Jean Rollin, le vrai père de la fille de la comtesse de Charmeuses, revient en France, après être devenu milliardaire en Amérique. Il retrouve Adrienne, et se fait provoquer en duel par le Comte.
  • Geneviève est morte. Valentine avoue la substitution à Adrienne. Celle-ci force le comte, à qui elle annonce qu’elle sait tout, à s’excuser auprès de Jean Rollin, d’éviter le duel, et de préférer ainsi le déshonneur au bagne.
  • Un soir, le comte assassine une enfant, mais n’est pas inquiété par la police, qui classe l’affaire. Il se cache à Belleville sous le nom de Jules Blanchon, se met en ménage avec une nommée Nini, qu’il ne tarde pas à mettre sur le trottoir, et sombre dans l’alcoolisme.
  • Jean Rollin fait rechercher Raquedalle pour le forcer à dire ce qu’il a fait de son enfant…

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Un portrait de Paris et des Parisiens :
Les Bas-Fonds mettent en scène tant les prolétaires que les riches banquiers truands : tous les deux sont de la même sorte.

  • « Paris, c’est-à-dire ce milieu tout à fait spécial qui n’est ni celui du commerce ni celui des travailleurs, milieu aux élégances fausses, aux honorabilités louches, si souvent ; et dans lequel des hommes d’une impeccable probité, d’une respectabilité reconnue coudoient des aventuriers aux antécédents bizarres, des joueurs de métier, des journalistes sans talent, — et même sans journal, — des professionnels du chantage, des souteneurs de lettres ou d’autre chose. »

Un portrait de leurs journaux :

  • « C’était un ragoût assez affriolant à mettre sous la dent des abonnés de l’Oriflamme, tous gens conservateurs, religieux, bien pensants, mais dont les, sensations émoussées, les goûts blasés, les tendances quelque peu perverses s’accommodaient de certains plats savamment relevés, comme Lourmon en cuisinait…
    Pas de pornographie! Non, jamais ! pas même de choses lestes…
    On est chaste dans le monde de Tartufe, de Basile, voire de M. le sénateur Bérenger…
    On fait ses petits coups en sourdine, et la consigne est de ne jamais ; en parler ; péché caché, péché pardonné ! »

Les petits plaisirs de la vie quotidienne :

  • « Et puis, il y avait des petits extras, des chatteries : J.-B. Chopin s’en souvenait avec une émotion rétrospective ! On achetait un sou de fromage d’Italie ou de pâté de foie, un sou de gelée de groseilles ou plutôt de gélatine rougie ; mais quand on voulait se payer des confitures de cerises, — rien que ça! — il fallait s’associer à deux arpettes, car l’épicier n’en donnait que pour deux sous à la fois ; par contre, il consentait à délivrer à sa jeune clientèle un sou de raisiné en deux parts !
    On se cotisait aussi pour la salade : une botte de cresson et cinq centimes d’assaisonnement (sel, poivre, huile et vinaigre), ce qui faisait quelque peu renauder l’épicemard ; mais comme on prenait chez lui les fournitures de la patronne, il était obligé de faire des concessions, cet homme. »

Comment on peut – très vite – basculer :

  • « Dans la majeure partie des cas, les choses se passent ainsi : un individu quelconque est arrêté pour un fait sans gravité, — insultes aux agents ou soulographie, — on le gerbe (on le juge) et on le sape (on le condamne).
    Bien ! Il a perdu son travail, il n’a plus de références à donner ; il est à l’index et à l’œil. Le voilà sans gîte et sans pain : dans la rue !
    Illico et dare dare on le repoisse (on le ramasse) de nouveau, pour vagabondage, et ainsi de suite jusqu’à plus soif.
    Il est récidiviste : gare la sauce !
    En prison, au tas, il se corrompt par la contagion de l’exemple; il apprend la théorie du vol, et, une fois en liberté, il passe à la pratique.
    C’est un être perdu, il roulera de prison en centrale pendant le restant de ses jours. Et il échouera finalement à la Nouvelle ou à l’Abbaye de Cinq-Pierres dit Monte-à-Regret (l’échafaud).
    Voilà comment on commence et comment on finit : c’est la loi physique et fatale d’accélération de la chute des corps… et des êtres ! »21146f

Y-a-t-il une Morale à l’histoire ?

  • « Tant il est vrai, qu’ici-bas, le succès arrange, explique, excuse et couronne tout,, même le crime ! »
  • « Les dégénérescences de la noblesse actuelle, vendue aux rois de la Bourse et servilement aplatie devant le Veau d’or. »
  • « Paris se déroulait au loin, dans la fantasmagorie de ses milliers de lumières, avec son grondement de vie intense à cette heure de nuit où la ville immense et superbe réalise des rêves de splendeur et des cauchemars de misère !… »
  • « Combien de voleurs faut-il pour faire un banquier ? »
  • « Ce qu’on appelle le grand monde est un étrange pot-pourri, pourri de toutes les façons !…»

Un dictionnaire d’argot :

Bruant s’est très tôt passionné pour l’argot. Il fait œuvre pédagogique en assurant la traduction simultanée.

  • – V’là les pestailles de la renâcle qui radinent (les mouchards qui arrivent)
  • – V’là tes fringues (tes vêtements)… Aboule le pèze (donne l’argent) et s’il n’y a qu’nib (rien) dans ton morlingue (porte-monnaie)… c’est peau, dalle et niente, avec mézigotte (il n’y a rien à faire avec moi), oh ! ji... trois fois ji (oui, trois fois oui)… Tu peux virer du figne et rebondir à la lune (tourner le dos et déguerpir)… Est-ce que t’entraves ? (comprends-tu?)
  • – Y’a qu’tout le monde était secoué (gris), et comme y’avait du gauche avec les cognes (du mauvais avec la rousse), moi, j’m’ai « tiré des flûtes » après les avoir « arrangés en vache » (donner un coup traître). Et me v’là : j’suis garé et paré (tiré d’affaire), mais les autres sont à l’hosto (au clou).

L’auteur se met en scène :
Bruant se met en scène : au chapitre I, par exemple, c’est lui qui sauve la jeune fille de la rafle. On le reconnaît au fait que le vendredi, la bière est à 100 sous, et à sa façon, debout sur une table, d’eng… les bourgeois. Ainsi qu’aux injures débitées aux client(e)s : Oh ! la la ! C’tte gueul’, ctte binette, Oh ! la la ! C’tte gueul’ qu’elle a !

Il intègre aussi certaines de ses chansons à son roman :

Va, mon vieux, pouss’-toi d’ la ballade
En attendant l’ jour d’aujourd’hui,
Va donc, ya qu’ quand on est malade
Qu’on a besoin d’ pioncer la nuit ;
Tu t’ portes ben, toi, t’as d’ la chance,
Tu t’ fous d’ la chaud, tu t’ fous d’ la froid,
Va, mon vieux, fais pas d’ rouspétance,
T’es dans la ru’, va, t’es chez toi.

Un long roman idéal pour les longues soirées d’hiver…

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21246_1BRUANT Aristide

Les Bas-fonds de Paris. Complet en 2 volumes

Paris, Jules Rouff, 1897 [date BNF].
Deux volumes 27 x 18 cms. 2404 pages (numérotation continue sur les deux volumes). Illustrations in et hors texte.
Demi percaline rouge, dos lisses à filets dorés.
Pages de garde du tome I rapportées. Mors du tome II fendu, sur 4 cms. Papier un peu jauni, surtout en marge. Quelques taches par-ci par là, plus ou moins fortes, mais bon état global.

120 €

À nouveau Saint-Evremond – mais il le mérite !

Nous avons déjà évoqué Saint-Evremond [1616-1703], à propos d’une édition moderne de ses œuvres. (ici)

Celle que nous présentons aujourd’hui peut être qualifiée d’édition de référence.

21324cSaint-Evremond ne se voulait pas écrivain. Il écrivait, certes, mais destinait ses compositions à ses amis, à qui il adressait également des lettres-fleuve, sur tous les sujets qui préoccupaient à l’époque les lettrés.

La qualité de ses textes, la pratique courante de la copie, le peu de scrupule des Libraires, tout cela fit que ses textes circulèrent, et commencèrent d’être imprimés, mais mutilés. De faux recueils, des contrefaçons se répandirent. L’Avertissement  du tome I en donne une description détaillée, savoureuse, et très instructive quant aux mœurs éditoriales de l’époque.

Trois ans après la mort de Saint-Evremond, ses amis Pierre Silvestre et Pierre des Maizeaux donnèrent en 1705 à Londres la première édition sérieuse de ses Œuvres, établie sur les manuscrits. Elle fut suivie d’une seconde parue en Hollande l’année suivante, d’une troisième à Paris en 1711, d’une quatrième à Londres en 1725, et de celle qui nous occupe aujourd’hui, la cinquième, parue à Amsterdam en 1739.

  • « Je l’ai revue sur les Manuscrits de Mr de Saint-Evremond, et sur les corrections qu’il avait faites à diverses reprises dans mon exemplaire d’une vieille impression. Cette révision m’a donné lieu de rétablir quelques passages qui avaient été omis. On y trouvera aussi quatre ou cinq petits Ouvrages qui n’étaient pas dans les éditions précédentes. Le plus considérable, c’est une lettre à Mylord Gallwway. J’ai déplacé quelques Pièces, pour leur donner un ordre plus conforme au temps qu’elles ont été composées. Enfin j’ai corrigé les Notes, et y ai fait entrer plusieurs nouveaux éclaircissements. » explique De Maizeaux dans l’Avertissement.

C’est une édition de référence pour plusieurs raisons :

  • C’est la dernière qui se veut « complète ». Une autre, parue en 1743, n’en est que la recomposition typographique. Ne suivront plus que des Œuvres choisies (1804 ; 1852 ; 1878) ou des Œuvres mêlées (1865 ; 1909-1912).
  • Elle comprend la version définitive – en 326 pages… – de la Vie de Saint-Evremond par De Maizeaux : « Je l’ai remaniée d’un bout à l’autre et je me flatte de l’avoir rendue beaucoup plus supportable qu’elle n’était. […] J’ai éclairci de nombreux endroits par des Remarques. »
  • Qualifiée de« parfois absolument nécessaire pour entrer dans la pensée de Mr de Saint-Evremond, pleine d’allusions », l’annotation est abondante, précise, et de grande qualité.
  • Ce qui est intitulé Table des Matières est en réalité un index analytique très détaillé, mais malheureusement établi volume par volume.

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Le parti pris éditorial est chronologique : « Cette méthode a tant d’avantage, qu’il est surprenant qu’elle ait été si négligée. Les Pièces composées dans le même temps, se trouvant ainsi près les unes des autres, se servent, pour ainsi dire, de commentaire. Cet ordre chronologique nous donne une espèce d’Histoire de la vie d’un Auteur, et des changements qui sont arrivés dans son humeur, dans ses sentiments et dans son style. »

Le parti pris éditorial est aussi l’exhaustivité : « Ces petites Pièces de Mr de Saint-Evremond le montrent dans son naturel, sans étude et sans préparation. Elles nous font connaître ses Amis et ses Amies. […] C’est une représentation de ce qui se passe dans le commerce du monde. Si les Anciens nous avaient laissé de pareils Ouvrages, avec quel plaisir ne les lirait-on pas ? »

Une édition de référence, que Brunet, dans son Manuel du Libraire, qualifiait d’édition préférée, mais sans expliquer pourquoi.

L’ordre chronologique, mêlant des pièces de toutes sortes et sur tous les sujets, nous permet de découvrir un des esprits les plus fins de son siècle, sous toutes ses facettes.

Contemporain de Corneille, Molière, Racine, Pierre Bayle, Saint-Evremont est un fin lettré, et lire ses textes au fil de leur composition est un régal pour l’esprit. On a l’impression de converser avec lui, sur des sujets aussi variés que plaisants.

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Un portait de Spinoza voisine avec des réflexions sur le Théâtre, l’Histoire ou l’Opéra. Une Dissertation sur le Vaste (opposé au Grand) précède des Considérations sur la Retraite, l’évocation d’une Taxe sur les hommes non mariés, ou des Réflexions sur les divers génies du peuple romain. Une comédie, Sir Politik would-be, est éclairée par une Lettre sur les Ingrats et des Stances sur la mort de Charles II. Une Lettre sur la dispute touchant les Anciens et les Modernes fait écho au Billet sur la tyrannie de la Raison.

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Les deux volumes de Mélange curieux des meilleures pièces attribuées à Mr de Saint-Evremond ne méritent pas autant de louanges éditoriales que les cinq volumes d’Œuvres.

De Maizeaux devait en être conscient, puisqu’il s’est gardé d’y faire apparaître son nom, que ce soit en page de titre, ou en signataire de la Préface, dont le contenu ne laisse pourtant aucun doute sur  l’auteur.

La justification éditoriale est faible : « De tous les Ouvrages attribués à Mr de Saint-Evremond, je n’ai conservé que ceux qu’il avait distingués à la marge de mon exemplaire [d’une édition de Mélanges parue auparavant] par ces mots : point de moi, je voudrais qu’il en fût ; point de moi, mieux que je ne saurais faire ; point de moi, on me fait trop d’honneur. […] J’ai ajouté d’autres Pièces, par exemple une Comédie qui donne une assez juste idée du Théâtre Anglais, et peut servir d’éclaircissement à ce que Mr de Saint-Evremond a dit de la Comédie Anglaise. […] On trouvera à la fin quelques petites Pièces de Poésie. Elles avaient déjà paru dans la première édition de ce Mélange, à la réserve des deux dernières. On eut pu les réduire à un plus petit nombre ; mais le Libraire a craint que ce retranchement n’augmentât trop la disproportion qu’il y a dans la grosseur des deux volumes. »

Bref, du remplissage, mais qui permet cependant de découvrir des textes que Saint-Evremond appréciait, et qui met à jour l’arrière-plan historique et littéraire de son siècle. Avec hélas une annotation minimale, voire inexistante.

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21324_1SAINT-EVREMOND, DES MAIZEAUX

Œuvres de Monsieur de Saint-Evremond, publiées sur les Manuscrits, avec la vie de l’auteur par Mr de Maizeaux.
Cinquième édition, revue, corrigée et augmentée, enrichie de Figures gravées par B. Picart le Romain. 5/5
ET
Mélange curieux des meilleures pièces attribuées à Mr de Saint-Evremond et de quelques autres ouvrages rares ou nouveaux. Quatrième édition où l’on a retranché plusieurs Pièces, pour en ajouter de plus intéressantes, enrichie de Figures gravées par B. Picard le Romain. 2/2

Amsterdam, Covens & Mortier, 1739.

En tout 7 volumes 16 x 10 cms. XXVIII-365-[VII]-169-[XIX] + 460-[XII] + 443-[XV] + 490-[XVII] + 418-[XII] + XXIV-[II]-516 + 396-[XV] pages. Une gravure en frontispice des tomes I, II, IV et VI. Une vignette pleine page en frontispice des tomes III et V. Deux gravures supplémentaires au tome I, une gravure supplémentaire au tome VII.

Pleine reliure du temps, dos à 5 nerfs, caissons ornés en doré, pièces de titre et de tomaison. Reliure frottée avec petits manques, en particulier en coiffe. Rousseurs sur quelques rares cahiers épars. Nom d’un précédent propriétaire à l’encre sur certains volumes. Une page manuscrite collée en garde du tome I. Bon état global.

350 €

Poésie méchante, ou méchante poésie ?

Si tu veux être rebuté,
Malade d’un spectacle infâme,
Et jusque dans le fond de l’âme,
Un jour te sentir insulté ;

Si tu veux voir quelle guenille
Peut devenir l’esprit humain ;
Si tu veux faire un peu chemin
Avec le porc et le gorille ;

Si tu veux voir l’affreuse mort
Créant à sa façon la vie,
Grouillante, infecte, inassouvie
Des fanges sans nom qu’elle mord :

Ouvre ces livres où s’étalent
Les pestes qui nous font mourir :
Tu sauras quels parfums exhalent
Les peuples en train de pourrir.

Les Poètes.

Journaliste et écrivain polémique intransigeant, au service du catholicisme le plus traditionnel, Louis Veuillot [1813-1883] met toutes les formes littéraires au service de son combat : articles de presse, essais, pamphlets, romans, et même poésie.

Son recueil Les Couleuvres, paru en 1869, lui vaudra cette appréciation, attribuée à De Boissière: « M. Veuillot, qui est chrétien, a baptisé ses vers du nom symbolique de couleuvres ; il a raison, ils rampent et ne mordent pas. » Mais le pourquoi du titre choisi reste obscur.

Louis Veuillot, dans son volume, s’en prend à trois principaux ennemis : les Hommes de Lettres, Paris, le Peuple.

1) Les Hommes de Lettres, regroupés en un « Temple »

Notre temple est ouvert aux dieux les plus risqués,
Simon, Renan, Quinet y seront expliqués ;
Jean Reynaud y viendra pour la métempsychose,
Mahomet et Luther y mènent les houris,
Platon, Calvin et Bèze y sont pour autre chose,
Sainte-Beuve et Fourier en ornent le pourpris,
Et le commode About est portier, non sans gloire ;
Tous les mérites ont leur prix.

La Matière, ballade.

Ceci pour une raison simple :

Ô poète ! Ainsi fait, quoique ta rage en dise,
Cet Atlas tout divin que tu hais tant : l’Église !

Défense du Mont Atlas

2) Paris

T’oserai-je quitter, cher Paris, la grand’ville !
Et quels autres climats trouverai-je meilleurs ?
Où s’épanouit mieux la fleur du vaudeville ?
Où sont plus de bavards, de vantards, de hurleurs ?

Sur plus d’alignement quel monde plus servile
Prend sa loi des journaux, des filles, des tailleurs ?
Quel pavé voit grouiller populace plus vile ?
Je ne saurai jamais tant m’ennuyer ailleurs !

Ô Paris, entrepôt de choses éculées,
Vieux terrain des recueils, des charniers, des égouts,
Bazar de lieux communs pour tous les hideux goûts !

Chez toi se vend la mort en robes maculées ;
Chez toi le mépris règne et n’est point exigu ;
Chez toi l’ennui devient chronique et reste aigu.

Quitter Paris !

3) Le Peuple

… Ce fantôme
Qu’on nomme Peuple souverain.
Fantôme et maître véritable,
À la fois monstre et fiction,
Géant vainqueur, nain pitoyable
Qu’on nomme aussi l’Opinion.
C’est là le maître ! Son caprice
Seul est la loi, seul la justice ;
La règle est l’erreur qui lui plaît.

Les Mercenaires.

De telles attaques aident à comprendre pourquoi Pierre Larousse, dans son Grand Dictionnaire, quitte – ce qui est rarissime – sa neutralité habituelle dans l’article qu’il consacre à Veuillot :

« Il nous semble superflu de porter un jugement sur M. Veuillot, devenu le chef reconnu des catholiques de France. […]
Sans instruction, sans idées, sans aucune force d’esprit, il a conquis le rang qu’il occupe par son zèle dévorant et par son talent de polémiste.
Toutefois ce talent, si on l’examine de près, consiste surtout dans des raffinements de méchanceté. Sa préoccupation est de rendre l’injure aussi outrageante que possible, et comme il n’a aucune finesse de goût et n’est retenu par aucune des considérations qui arrêtent les hommes bien élevés, il tombe dans des grossièretés inouïes. Il reproche aux gens leur âge, leurs infirmités, leur tournure, leur laideur. Il entre dans leur vie privée ; il ne lui suffit pas d’assassiner, il faut qu’il souille, qu’il déshonore.
Quant à son style, il a de la verve, de l’éclat, d’heureuses trouvailles de mots, mais il tend de plus en plus à tomber dans l’afféterie, dans la recherche, et il abonde en incorrections d’autant plus frappantes que M. Veuillot parle des lettrés en cuistre et en pédant. […]
Ajoutons, en terminant, que nul homme de ce temps-ci n’a rendu plus de services à la libre pensée que le rédacteur de l’Univers. En exposant incessamment le divorce complet qui existe entre l’Église et la société moderne ; en s’attachant à prouver que le catholicisme condamne absolument les idées de liberté, de justice et de tolérance admises par toutes les nations civilisées ; que les peuples doivent retourner au moyen âge, se courber sous l’omnipotence papale et prendre pour règle unique le Syllabus ; enfin, en affirmant que « rien n’est plus naturel et plus nécessaire que de livrer au bras séculier et de punir de mort l’hérétique » M. Veuillot a déchiré tous les voiles, rendu toute illusion impossible et fourni à la libre pensée un de ses arguments les plus forts contre les doctrines romaines. »

Alors oui, poésie méchante et méchante poésie à la fois, mais dont l’outrance rafraîchit…

Ces païens enragés que l’on voit par essaims
S’envoler tous les ans de l’École Normale ;
Ces grands adorateurs de Vénus animale,
Qui parlent de reins forts et de robustes seins,

Regardez-les un peu : la plupart sont malsains.
Cuirassés de flanelle anti-rhumatismale,
Ils vont en Grèce avec des onguents dans leur malle,
Et ne peuvent s’asseoir que sur certains coussins.

Nos Païens.

Le poison coule comme un fleuve
De mainte fleur, de maint fruit mûr ;
Mais l’alambic de Sainte-Beuve
Distille un venin bien plus sûr.

Tout compte fait.

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21320_121320_2VEUILLOT Louis

Les Couleuvres.

Paris, Victor Palmé, 1869.
Un volume 18 x 11 cms. III-204 pages.
Demi reliure, dos à 4 nerfs soulignés de filets dorés. Bon état.

15 € + port

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Du même auteur :

VEUILLOT Louis

06168Mélanges religieux, historiques, politiques et littéraires. Deuxième série, 6/6.

Paris, Gaume et Duprey, 1859 à 1861.
Six volumes 22 x 15 cms. IV-580 + 620 + 559 + 598 + 627 + XL-331 pages.
Demi reliure. Dos lisses à faux nerfs, titres tomaisons et fleurs dorés. Reliures un peu frottées. Des rousseurs.

150 € + port

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VEUILLOT Louis

07340_207340_1Les Odeurs de Paris. Édition Originale

Paris, Palmé, 1867.
Un volume 21 x 14 cms. XVI-498 pages.
Demi reliure toile de bibliothèque , avec étiquette papier.
Reliure très frottée, plats abîmés. Texte très frais.

15 € + port

La BNF n’en a que le tiers…

02963_3En 1713, paraît la première édition de l’ouvrage du père jésuite Gabriel Daniel [1649-1728], Histoire de France depuis l’établissement de la monarchie françoise dans les Gaules.

Elle sera suivie de beaucoup d’autres, donnera lieu a des Abrégés, et sera complétée après la mort de l’auteur par le père Dorival.

Prolixe défenseur des doctrines de son ordre, auteur d’ouvrages largement traduits qui réfutent Descartes et Pascal, Gabriel Daniel fut également nommé Historiographe de France par Louis XIV.

Son Histoire de France… est son œuvre majeure, qui fut autant louée que critiquée.

Sans juger sur le fond, nous pouvons lui laisser le bénéfice de bonnes intentions.

Sa méthode, qu’il expose dans la Préface, est résolument moderne : s’appuyer sur les faits ; rechercher l’unanimité des auteurs contemporains de ces faits ; relever les contradictions quand il y en a ; ne pas commettre d’anachronismes, en gardant par exemple en tête que l’ordre de rangement des armées a évolué au cours du temps ; ne pas se baser sur son imagination, ni tenter de trouver à tout prix les motifs des actions des personnages historiques ; ne pas ignorer les mérites des ennemis.

Il ne recule pas devant les sujets qui fâchent, par exemple en expliquant longuement de quelle manière il a cherché à ne pas se laisser influencer par sa position d’homme d’Église au moment de traiter des différents entre les Papes et les Rois de France, tentant de « privilégier la sincérité en exposant les choses ; et la prudence dans la manière dont je l’ai fait, en ne m’écartant point du respect que l’on doit aux Puissances souveraines. »

Il prend aussi la peine de détailler longuement les vignettes qui ouvrent chaque volume, exposant les sources historiques de chaque détail. Tout en regrettant qu’il y en ait si peu. « [Mon livre] a été imprimé dans un temps où les Libraires avaient quelque droit de demander qu’on leur épargnât la dépense. » Sans commentaire…

Clipboard 126

Une co-édition.

Les trois volumes de l’édition originale furent publiés par deux éditeurs, associés pour moitié, ainsi que l’indique le Privilège du Roy : Delespine et Mariette.

02963b

Les textes sont identiques chez les deux éditeurs, mais quelques toutes petites différences apparaissent dans l’édition Mariette : d’autres vignettes aux pages de titre, une vignette supplémentaire à la fin du chapitre traitant de Louis VIII, et un ordre différent d’insertion des tableaux généalogiques.

Une édition incomplète à la BNF

Si l’édition Delespine est complète à la BNF (1) (et a fait l’objet d’une numérisation sur Gallica), cette édition Mariette ne l’est pas, puisque seul le premier des trois volumes figure au catalogue (2).

(1) Notice FRBNF30298490
(2) Notice  FRBNF30298491

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02963_1DANIEL Gabriel

Histoire de France depuis l’établissement de la monarchie françoise dans les Gaules. Édition Originale in-folio. 3/3

Paris, Denis Mariette, 1713.

Trois volumes 38 x 28 cms, dont la numérotation principale se fait par colonnes et non par pages. Vignettes, lettrines.

Pleine reliure postérieure, dos à six nerfs, pièces de titre et de tomaison. Tranches marbrées. Coiffe et queue du tome III émoussées, quelques petits frottements, page du tome II contenant la vignette roussie, sinon très bon état.

Clipboard 128

CONTIENT :

TOME I (De Clovis à Philippe Auguste) : Une gravure pleine page en frontispice – Épitre au Roy [VIII pages] – Préface [XXXII pages] – Préface historique sur l’Histoire de France, XIX pages – Approbation et Privilège [I page] – Une table dépliante recto-verso – 1464 colonnes de texte – Chronologie [VIII pages] – Tables pour l’Histoire ; errata [XIX pages ].

TOME II (De Louis IX à Louis XII) : 1919 colonnes de texte – Tables [XXXV pages].

TOME III (De François Ier à Henri IV) : Liste des Rois [I page] – 2020 colonnes de texte – Tables [XXIII pages].

750 €

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Également disponible :

02740_2DANIEL, DORIVAL

Abrégé de l’Histoire de France, depuis l’établissement de la Monarchie Françoise dans les Gaules. 10/12

Paris, Les Libraires Associés, 1751. Dix volumes 17 x 10 cms. CLII-348 + 547 + 506 + 480 + 449 + 546 + 512 + 499 + 497 + 568-[VI] pages.

Pleine reliure du temps. Dos lisse, caissons ornés, pièces de titre et de tomaison. Tranches rouges. Reliures un peu frottée avec parfois petits manques. Intérieur très frais, à l’exception du tome III (fortes brunissures en marge des pages 189 à 285, sans atteinte au texte), et du tome IV (petites brunissures au coin supérieur des pages 399 à 480). Bon état global.

02740_1TOME I : Depuis l’an 486 jusqu’en 814 – TOME II : Depuis l’an 814 jusqu’en 1226 – TOME III : Depuis l’an 1226 jusqu’en 1350 – TOME IV : Depuis l’an 1350 jusqu’en 1422 – TOME VII : Depuis l’an 1547 jusqu’en 1574 – TOME VIII : Depuis l’an 1574 jusqu’en 1610 – TOME IX : Depuis l’an 1610 jusqu’en 1634 – TOME X : Depuis l’an 1635 jusqu’en 1669 – TOME XI : Depuis l’an 1670 jusqu’en 1705 – TOME XII : Depuis l’an 1706 jusqu’à l’an 1715 – Table Générale des Matières de 334 pages.

Manquent les tomes V et VI.

350 €

Tout le savoir du monde en un volume 19 x 11 cms !

Saviez-vous que :

  • Il y a deux sortes de carrés magiques : les pairs et les impairs, dont les règles de construction diffèrent
  • Le mathématicien Huygens construisit son automate planétaire en établissant les roues d’engrenages dans des dimensions déterminées par les éléments du système solaire
  • Le centre de gravité d’un humain bien proportionné, qui se tient debout et immobile, se trouve ordinairement dans l’intérieur du corps à peu près à la hauteur du nombril. C’est pourquoi un homme qui porte un fardeau sur ses épaules est obligé de s’incliner en avant, et une femme grosse de rejeter son corps en arrière
  • Les Chaldéens avaient des observations astronomiques remontant à 49 siècles avant Alexandre. Ils appelaient Saros une période de 223 mois lunaires
  • Les sons diffèrent des bruits en ce que les sensations produites par ceux-ci ne sont pas exactement comparables entre elles 
  • La carte géologique de la France, publiée en 1664 par l’abbé Coulon, est d’une exactitude surprenante
  • À Geffe, en Suède a été mesuré un pin-sylvestre qui avait 63 centimètres de diamètre et 437 ans
  • Quand la nourriture est végétale, la respiration consomme moins d’oxygène, et l’on a remarqué que les hommes nourris exclusivement de végétaux pouvaient demeurer plus longtemps sous la cloche du plongeur que ceux qui vivent de viande
  • C’est Jules César qui introduit dans le calendrier la notion d’année bissextile
  • On estime que le numéraire qui circule en Europe s’élève à 4 milliards, tandis qu’on évalue à 37 milliards la masse des emprunts contractés par les grands États
  • Il y a un rapport direct, incontestablement prouvé par les chiffres, entre les lumières morales de l’esprit et la lumière du jour qui pénètre dans les maisons ; ce rapport entre l’instruction et le nombre des ouvertures est parfait, c’est-à-dire que plus il y a de portes et fenêtres, plus il y a d’instruction, et réciproquement
  • Les taupes sont moins nuisibles qu’on le pense, puisqu’elles compensent en partie le tort que font aux plantes leurs galeries en détruisant les larves d’insectes et les vers de terre
  • Les fondations du canal Saint-Martin ont été construites selon un principe venu du Surinam
  • Locke rechercha les sources de la connaissance humaines. Il en trouva deux, la sensation et les opérations de l’entendement, dont l’ensemble est désigné sous le nom de réflexion. Ces opérations sont la comparaison, le raisonnement, l’abstraction, la composition, l’association, toutes facultés qui séparent ou combinent les éléments qui dérivent de l’autre source de connaissance, la sensation, mais n’y ajoutent rien
  • Cicéron donne les préceptes de l’art oratoire en distinguant le genre simple, le tempéré et le sublime, et suit presque toujours Aristote en l’expliquant avec le style de Platon
  • De même que la musique a son dessin, la peinture a sa gamme ; ce mot est techniquement appliqué par les peintres à la dégradation des tons de couleurs comparées entre elles ou à chaque couleur en particulier, mais soumise à la dégradation de la lumière, c’est-à-dire, si l’on veut, à chaque nuance des teintes différentes et successives qui appartiennent à une même couleur.
  • Sous Louis XII on fabriqua les premières grosses monnaies d’argent, qui furent appelées testons, parce qu’elles portaient la tête du roi. On trouve aussi quelques monnaies portant une date, ce qui ne fut définitivement adopté que sous le règne de Henri II.
  • L’empire français, à sa plus grand extension, comprenait l’ancien royaume de France, l’Italie (moins le royaume de Naples), une partie de l’Allemagne occidentale, la Belgique et la Hollande. La France était divisée en 130 départements, dont 85 provenaient des anciennes provinces.
  • La population des États-Unis, d’après le recensement de 1841, se compose de 17 100 572 individus, savoir : 14 359 413 blancs, 371 606 noirs libres et 2 369 553 noirs esclaves
  • Siva, la troisième personne de la Trinité hindoue, est le rénovateur et le modificateur par excellence, et se présente par conséquent sous deux faces tout à fait contraires, destruction et reproduction. Car le monde existant de toute éternité, et toutes choses ne faisant que se transformer, naître, c’est apparaître sous une forme nouvelle ; mourir, c’est ne plus paraître sous cette forme. Siva gouverne et conduit l’univers, il prononce et exécute à la fois, dans les enfers comme ici-bas, les arrêts de la justice et de la vengeance divines.
  • La propriété de la lettre de change se transmet par la voie de l’endossement. Le défaut d’acceptation ou de paiement se constate par un acte appelé protêt.

Voici 21 faits, parmi le million annoncé par cet Aide-mémoire universel des Sciences, des Arts et des Lettres.

L’ambition est élevée : « Quel est l’homme qui ne trouverait quelque avantage moral ou matériel à disposer d’un répertoire dans lequel serait enregistré méthodiquement, tout ce qui est exactement connu, tout ce qu’il peut être utile de savoir sur un sujet déterminé ? »

L’objectivité est annoncée : « Les faits ont été scrupuleusement conservés tels que nous les connaissons, sans que nous ayons jamais cherché à les altérer pour les faire cadrer avec des hypothèses [que nous pourrions avoir par ailleurs]. »

Mais parfois se glissent des opinions :

  • « Le règne du burlesque, entre Malherbe et Boileau, est dans notre littérature ce qu’est la Fronde dans notre histoire politique, entre Richelieu et Louis XIV, une protestation énergique et légitime au fond, mais souvent ridicule et absurde dans la forme, contre une excessive autorité. »
  • « Les théories de Grotius sont remarquables par leur esprit de mansuétude et d’humanité. »

Et une restriction : « On ne rencontrera dans notre livre aucun passage de nature à porter la moindre atteinte aux lois de la morale la plus sévère. »

08148_2La première édition de Un Million de faits ; aide-mémoire universel des Sciences, des Arts et des Lettres parut en 1843, la dixième en 1869.

Œuvre collective, l’ouvrage est rédigée principalement par d’anciens collaborateurs de l’Encyclopédie Nouvelle, lancée par Pierre Leroux,  ardent républicain, ami de George Sand, et créateur du néologisme « socialisme », promis à tant de succès. Publiée par Furne, l’éditeur de Balzac, cette Encyclopédie resta inachevée, les volumes 5 à 7 n’ayant jamais paru.

Les rédacteurs font preuve d’un remarquable esprit de synthèse. Ainsi la philosophie de Locke est exposée en un paragraphe, et la mythologie hindoue en une page…

08148_3

La structure même du livre pourrait entraîner à de longues réflexions. Elle se base déjà sur la notion de Sciences humaines séparées, spécifiques, autonomes.

Deux types de connaissances sont distingués :
 1) Les connaissances relatives aux faits matériels du monde, divisées en trois groupes :
– Sciences mathématiques pures et appliquées : arithmétique, algèbre, géométrie, calcul infinitésimal, calcul des probabilités, mécanique, astronomie, météorologie, physique du globe, physique générale, chimie et géologie
– Sciences naturelles et médicales : botanique, anatomie, physiologie de l’homme, hygiène, zoologie
– Les connaissances applicables à l’existence matérielle de l’espèce humaine : arithmétique sociale, agriculture, technologie, commerce, art militaire.

Ce qui est nommé arithmétique sociale mérite d’être relevé : « Son but est de déterminer les éléments numériques d’une nature quelconque qui peuvent intéresser l’homme dans l’état de société, comme par exemple les poids et mesures, les unités de mesure du temps, les monnaies, les intérêts simples et composés. »

2) Les connaissances en rapport aux faits de l’ordre moral, également divisées en trois groupes :
– Philosophie, littérature, Beaux-Arts
– Paléologie, numismatique, chronologie et histoire, philologie, géographie, biographie et mythologie
– Éducation et législation.

Tout cela en un petit volume 19 x 11 cms !

Le prix à payer est typographique : les caractères sont minuscules, de bons yeux ou des lunettes sont nécessaires…

Mais c’est voulu :
« Réduit à un volume très portatif, notre Aide-Mémoire Universel équivaut matériellement à une véritable encyclopédie : nos lignes renferment autant de lettres que celles des volumes in-8° ordinaires. Chacune de nos 24 feuilles à 72 colonnes de 79 lignes équivaut donc à 5688 lignes ou à un demi-volume in-8° de 379 pages. »

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08148_1AICARD, DESPORTES, GERVAIS, JUNG, LALANNE, LE PILEUR, MARTINS, VERGÉ

Un Million de faits ; aide-mémoire universel des Sciences, des Arts et des Lettres. Cinquième édition.

Paris, Garnier Frères, 1850. Un volume 19 x 11 cms. XXVIII pages + 1596 colonnes + [XXXVII] pages d’index alphabétique.

Demi reliure, dos à faux nerfs et pièce de titre. Dos un peu insolé, très bon état intérieur.

25 € + port

Les talents oubliés d’Antoinette Deshoulières

Il y a une petite dizaine d’années, Isabelle Huppert et Jean-Louis Murat avaient, en mettant en musique quelques-unes de ses œuvres (voir ici), brièvement sorti de l’oubli Antoinette Deshoulières, poétesse de l’époque de Louis XIV. Mais elle y est bien retombée depuis.

Peut-être parce que personne n’a encore pris toute la mesure de la variété de son talent.

Deshoulieres1Née De La Garde, Antoinette Deshoulières est mariée très jeune par sa famille, mais ne rejoint son mari qu’à vingt ans, en Belgique, où il guerroyait sous les ordres du prince de Condé. Entre temps, elle étudie, et pratique à merveille, le latin, l’italien et l’espagnol ; apprend la poésie sous l’égide d’Hénault. Mais elle restera enfermée huit mois au château de Vilvorden pour avoir osé réclamer auprès de la Cour d’Espagne les émoluments dus à son mari… Celui-ci profitera d’ailleurs de l’amnistie offerte par Louis XIV pour quitter le parti de Condé et rentrer d’exil. À sa mort, il la laissera totalement ruinée.

Fréquentant les salons littéraires, elle participe aux débats du temps, prenant parti pour Perrault dans la querelle des Anciens et des Modernes, ou optant pour une inscription en français – en non en latin – pour orner le futur Arc de Triomphe alors en projet.

À La Rochefoucauld, elle dédiera une Ode qui, tout en louant les Réflexions morales, exprime quelques réserves :

« Quel spectacle offre à ma vue
L’état où vous paraissez ?
Ah que mon âme est émue,
Et que vous m’attendrissez !
Mais d’où vient ce dur silence ?
Pourquoi porter la constance
Jusqu’à ne point soupirer ?
Victime d’un fol usage,
Vous croyez que le vrai sage
Doit souffrir sans murmurer. »

Avec Racine, la querelle alla bien plus loin, car elle place Corneille au plus haut, et ne peut supporter l’apparition d’un rival. Elle « résumera » donc ainsi le Phèdre de Racine :

« Une grosse Aricie, au cuir rouge, aux crins blonds,
N’est là que pour montrer deux énormes tétons,
Que malgré sa froideur, Hippolyte idolâtre.

Il meurt enfin traîné par ses coursiers ingrats ;
Et Phèdre, après avoir pris de la mort-aux-rats,
Vient en se confessant, mourir sur le théâtre. »

Il faut lui reconnaître de l’esprit, qui apparaît aussi dans quelques portraits bien troussés :

« Son teint est assez vif ; et ses yeux enfoncés,
Et rouges par les bords, nous font connaître assez
Qu’il est accoutumé de répandre des larmes.
Cette occupation leur ôte bien des charmes ;
Il leur en reste encore assez passablement :
Ils sont fins, ils sont doux, voilà leur agrément.
Sur tous les autres nez, son nez a l’avantage,
Et jamais un grand nez n’orna mieux un visage.
Sa bouche à ce qu’on dit, ne manque point d’appas ;
Elle a ce beau vermeil que tant d’autres n’ont pas,
La lèvre de dessus est pourtant enfoncée,
L’autre, par conséquent, est assez avancée. »
Portrait de Monsieur de Lignières. (1658).

Elle s’essaiera à tous les genres. (Une particularité de la Table des Matières du volume que nous présentons est d’être organisée par types de poésies : Airs, Ballades, Épitres, Odes, etc., plutôt que selon la pagination ou les titres.)

Il y a bien sûr des poèmes de circonstance ; des portraits – élogieux, bien entendu –  d’ami(e)s ou de personnages célèbres ; des glorifications d’événements historiques et militaires ; une Imitation de la première Ode d’Horace dédiée à Colbert ; mais on y trouve cependant quelques merveilles d’originalité ou de finesse. Elle écrit à son mari sous forme de Chansons. Elle fait signer quelques-uns de ses poèmes par son épagneul ; ou en rédige sous forme de discours d’un chat à un autre chat (qui bien sûr répondra).

Elle ne dédaigne pas non plus les jeux littéraires, comme dans ces  Poèmes intitulés Rimes en ailles, en eilles, en ille et en ouille,  que M. le Maréchal de Vivonne lui donna, pour les remplir à la louange du Roi, les rimes masculines à son choix.

« Amoureux Rossignols, de qui la voix chatouille
L’oreille et le cœur à la fois ;
Zéphirs, qui murmurez dans le fond de ce bois ;
Ruisseau, de qui l’onde gazouille,
Taisez-vous ; laissez moi dans un profond repos
Rêver quelques moments au plus grand des Héros.
Jamais d’une campagne il n’est sorti bredouille.
Dès que ses ennemis ont osé l’irriter,
Sur eux, on l’a vu remporter
Plus d’une glorieuse et superbe dépouille. […] »

Elle porte une attention particulière au rythme de ses poèmes, rompt souvent ses alexandrins par des vers de huit pieds ; et se fait en quelque sorte une spécialité des poèmes à sept pieds, qui renouvellent les scansions auquel les oreilles sont habituées.

« Qu’il fait beau faire voyage
Quand de froid on est transi !
Puissent les ennuis, la rage,
Les chagrins et le souci
Être de votre équipage ;
Puisse tout l’air épaissi
Vous régaler d’un orage.
Puisse l’enfant sans merci
Vous forcer à rendre hommage
À quelque Iris de village,
Au teint couleur de souci,
Au pied sentant le fromage […] »
Épitre à M. le Maréchal Duc de Vivonne. [1679]

Mais ce qui la distingue tout autant, c’est un profond pessimisme. Certains lui ont reproché d’adresser des poèmes aux Moutons, aux Oiseaux, aux  Fleurs  ou aux Ruisseaux, mais ils n’en avaient pas saisi la portée philosophique.

« Hélas ! petits moutons, que vous êtes heureux ! […]
Vous ne formez jamais d’inutiles désirs. […]
L’ambition, l’honneur, l’intérêt, l’imposture,
Qui font tant de maux parmi nous,
Ne se rencontrent point chez vous.
Cependant nous avons la raison pour partage,
Et vous en ignorez l’usage.
Innocents animaux, n’en soyez point jaloux :
Ce n’est pas un grand avantage.
Cette fière raison, dont on fait tant de bruit,
Contre les passions n’est pas un sûr remède :
Un peu de vin la trouble, un enfant la séduit,
Et déchirer un cœur qui l’appelle à son aide
Est tout l’effet qu’elle produit. »
Les Moutons.  (1674)

« Plus heureuses que nous, ce n’est que le trépas
Qui vous fait perdre vos appas ;
Plus heureuses que nous, vous mourez pour renaître.
Tristes réflexions, inutiles souhaits !
Quand une fois nous cessons d’être,
Aimables fleurs, c’est pour jamais !
Un redoutable instant nous détruit sans réserve :
On ne voit au delà qu’un obscur avenir.
À peine de nos noms un léger souvenir
Parmi les hommes se conserve. »

Les Fleurs (1677)

Elle s’est un peu plus dévoilée dans ces deux quatrains, issus d’une série de Réflexions diverses :

« Non, mais un esprit d’équité
À combattre le faux incessamment m’attache,
Et fait qu’à tout hasard j’écris ce que m’arrache,
La force de la vérité. »

« Mais rien n’est si trompeur que la prudence humaine.
Hélas, presque toujours le détour qu’elle prend
Pour nous faire éviter un malheur qu’elle attend,
Est le chemin qui nous y mène. »

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21093_2Deshoulieres2DESHOULIÈRES Antoinette

Œuvres de Madame et de Mademoiselle Deshoulières, nouvelle édition, augmentée de leur Éloge historique et de plusieurs pièces qui n’avaient pas encore été imprimées. Tome Premier seul.

Paris, Libraires Associés, 1744.
Un volume 14,5 x 8 cms. LX-248 pages. Un portrait en frontispice.
Pleine reliure du temps. Dos lisse à faux caissons ornés, pièce de titre et de tomaison. Tranches rouges.
Trace de mouillure aux coins inférieurs et supérieurs sur l’ensemble du volume, sans empêcher la lecture.
60 €