Un guide touristique de 1611

La France en 1611

  • « Persuadé qu’il était de sa politique de rester le chef du parti protestant en Europe, afin d’opposer une barrière à la puissance de la Maison d’Autriche, Henri IV allait commencer la guerre avec cette dernière lorsqu’il est assassiné à Paris par le fanatique Ravaillac.
    Louis XIII, son fils aîné, est âgé de moins de neuf ans.
    Le règne de ce 65e roi de France (1610-43) commence sous de tristes auspices. La régence étant déférée par le parlement à Marie de Médicis, que son époux venait de faire couronner à Saint-Denis, le pays est livré pour longtemps aux factions qu’entretiendront les princes de sang, toujours prêts à pousser l’opposition jusqu’à la révolte.
    La régente, sous laquelle le sage Sully perd toute influence, se laisse gouverner par un favori italien, Concini, et par sa femme Éléonore Galigaï dont elle ne sait pas se passer.
    Changement complet de politique : le parti espagnol, qui est aussi le parti de Rome, l’emporte. Marie, d’ailleurs, ne tardera pas à vider le trésor que son mari avait laissé bien fourni. »
    (
    Jean-Henri Schnitzler. Atlas historique et pittoresque, ou Histoire Universelle disposée en tableaux synoptiques embrassant à la fois les faits politiques, religieux, littéraires et artistiques, et illustrée de cartes et de planches. Strasbourg, Simon, 1860)

carte france 1610

Description de la France en 1611

02747aC’est cette année-là que paraît l’ouvrage Les Antiquitez, fondations et singularitez des plus célèbres Villes, Châteaux, places remarquables, Églises, forts, forteresses du Royaume de France ; avec les choses plus mémorables advenues en iceluy ; revues, corrigées, et augmentées de nouveau, avec une addition de la Chronologie des Roys de France

  • Chaumont : « Cette ville est située sur un rocher ; laquelle anciennement n’était qu’un Bourg jusqu’en l’an mil cinq cent, que l’on commença de la fortifier sous le règne de Louis douzième et l’armer de murailles, avec quelques tours & bouleuers, que le Roy François I continua, et puis Henri II les réduit à quelque perfection.
    À Chaumont y a un donjon ou Château enclos et fermé de murailles, hautes tours & fossés, lequel est aussi fort ancien, et se nomme de Hautefeuille, dans icelui y a une belle & grande salle qui sert de Parquet aux gens du Roy, & à tenir les assemblées de la noblesse du pays au ban & arrière-ban.
    Il y a baillage & siège présidial à Chaumont, & d’autant que cette ville est de grand rapport, il y a aussi un grenier à sel, les Officiers du Roy pour le Magasin & gabelle, un bureau pour la Justice des passages & forains ; des Lieutenants particuliers ès sièges des eaux et des forêts, avec les Officiers royaux pour icelles.
    En outre est le Consulat, pour le fait de la marchandise, qui est principalement de draps & toiles, aussi les drapiers et tisserands y tiennent le premier rang entre les marchands. »

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  • Le Bois de la Trahison : « Chose admirable à voir à une lieue de Saint-Germain-en-Laye ou environ : C’est qu’il y a un bois taillis, presque tout de chesnes qu’on appelle le bois de la trahison, duquel si on prend quelque rameau ou brâche, & qu’on le jette en la rivière de Seine, voisine de là, il va tout droict au fonds ainsi qu’une pierre. Quelques uns tiennent qu’en ce bois fut brassé le monopole de ceux qui avec Gannelon sieur de Hautefeuille, trahirent la maison des Ardennes, & les Pairs de France, les plus braves capitaines de la suite de Charles-le-Grand (laquelle histoire est très véritable) & qu’en horreur d’une si maudite menée, Dieu a voulu monstrer combien elle lui fut déplaisante. Ce bois n’ayant depuis porté aucun fruict & à mesure qu’on le coupe il demeure sans germer, ni produire, quoy que le chesne peuple assez de son naturel la terre où il est enraciné. »

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Un ouvrage de Jacques de Fonteny ?

Ce guide est communément attribué à un certain Jacques de Fonteny, « poète, auteur dramatique et faiseur d’anagrammes – Céramiste », d’après la notice de la BNF, qui le situe en 157?-165?, mais ne répertorie qu’une édition de 1614 des Antiquitez…, postérieure donc de trois ans à celle que nous évoquons.
La notice de la Bibliothèque du Congrès à Washington le déclare « actif » de 1587 à 1648.
Brunet, dans son Manuel du libraire, ne cite pas les Antiquitez… parmi les ouvrages de Fonteny.
Quérard, dans sa France littéraire, est muet sur Fonteny, mais il est vrai qu’il traite surtout des écrivains postérieurs.
Vapereau, dans son Dictionnaire des littératures est circonspect : « On a sous son nom [souligné par nous] Antiquitez…(Paris, 1611, in-12).»
Barbier, dans son Dictionnaire des ouvrages anonymes, l’attribue à Fonteny (et décode la signature I.D.F.P. en « Jacques de Fonteny, parisien »), sans préciser que la signature I. de Fonteny figure en troisième page de l’Épitre qui ouvre l’ouvrage, et tout en ne donnant comme date de parution que 1614 (et non 1611) chez le même éditeur J. Bessin en in-12.
Il fait cependant, sans autre commentaire, précéder cette notice d’une autre :
« Antiquités (les), fondations et singularités des plus célébres villes, châteaux… de France. Seconde édition (par François des Rues). Constances [Il s’agit en fait de Coutances], J. Le Cartel, 1608, in-12, 10ff. lim. y compris le titre gravé, 559 pp. et 3 ff. de table. L’auteur signe l’épitre. Le titre gravé porte la date de 1605. »

Ou bien un ouvrage de François Desrues ?

« François Desrues, né à La Lande-d’Airou en 1554, mort aux environs de 1620, est un historien et un écrivain de la Manche.
Il est, comme historien, l’auteur d‘Antiquités des plus célèbres villes de France, et, comme littérateur, de plusieurs ouvrages, dont Les Marguerites françaises.
François Desrues peut être considéré comme l’auteur du premier guide touristique. En 1605, le grand imprimeur coutançais Jean Le Cartel publie en effet un des ses ouvrages intitulé « Les antiquités, fondations et singularités des plus célèbres villes, chasteaux et places remarquables du royaume de France avec les choses plus mémorables advenues en iceluy ». Ce « guide » eut des rééditions à travers tout le pays et suscita  bien des vocations de voyageurs. Il y décrivait tous les « délices » des provinces de France. »
(L. Morin, Essai bibliographique sur F. Desrues, Troyes, 1925)  

La notice BNF donne comme dates de vie, pour Desrues, 1575?-1633.

Il est aussi à noter que le nom de Desrues ne figure pas en page de titre de son ouvrage, mais se trouve simplement dans une dédicace qui lui est adressée

Plutôt un plagiat de la part de Fonteny

Une comparaison entre une édition de 1608 de l’ouvrage de Desrues, et notre exemplaire de 1611 signé Fonteny donne les résultats suivants :

  • Le texte est identique, mais a été recomposé : les lettres sont un petit peu plus serrées, quelques lettrines ont été supprimées, ainsi que parfois des notes italiques en marge, comme certaines concernant Chartres ou Orléans.
  • Si le texte a été recomposé, il n’a pas été totalement revu : ainsi, Fonteny, en 1611, continue, comme Desrues à parler d’Henri IV, pourtant assassiné l’année précédente, au présent : « Le Palais des Tuileries… a été continué par le Roy Henri de Bourbon 4 du nom, où il fait encore travailler tous les jours, avec toutes les magnificences possibles. »
  • Une des seules mises à jour faites par Fonteny est l’ajout, au chapitre introductif De l’excellence de la France & des victoires des François, de quatre vers latins d’un certain Baptiste Mantua (?).
  • Une autre se situe aux deux dernières pages : Là où Desrues conclut que la France avec ses « trente-deux mille clochers ou paroisses, et des trois millions cinq cents mille familles ou maisons, douze Pairies, douze Généralités, soixante-dix mille fiefs, est régie par Henri IV, soixante-troisième roi » ; Fonteny, tout en reprenant exactement les mêmes chiffres, ajoute que « ce beau & incompréhensible Royaume est parcouru de cent quatre vingt trois tant fleuves que rivières, qui apportent infinies commodités et richesses dedans les villes connues en son étendue, et où l’on trouve tout ce que l’humain visage saurait désirer. […] Louis XIII, 64e Roy de France, la conservera dans la même tranquillité et réputation qui la rend bien heureuse et redoutable à toutes les nations de l’univers. »

Ce n’est donc pas le tact qui étouffe Fonteny quand, dans son Épitre dédicatoire au Conseiller du Roy, il ose écrire : « Ce petit livre est augmenté de plusieurs choses qui lui manquaient pour sa perfection. […] Ce livre sortant de la main de son premier auteur [qu’il ne daigne pas nommer] ressemblait à l’or qui n’a pas reçu toutes ses façons, ni son dernier affinage, mais par une seconde diligence et redoublé travail, je l’ai fait monter de manière à ce qui rien ne lui deffaut à présent. »

Ce qu’il a surtout fait, c’est de rajouter quelques suppléments, ainsi que le montre ce tableau.

Desrues-Fonteny
L’Avertissement au lecteur, signé par un secrétaire du Roi, mérite d’être relevé :
« Le Libraire ayant demandé à Monsieur le Chancelier d’imprimer ce livre, [celui-ci] n’a pas voulu signer ledit privilège que quelques erreurs y étant ne fussent corrigées, à savoir entre autres : p. 21, où il est dit que Philippe Auguste entreprit le voyage de Jérusalem, car ledit Roy n’y fut jamais […] p. 119, il parle d’une grande allée Royale qu’il dit être derrière le château de Chambord ; mais la vérité est qu’elle est derrière le château de Blois. […] page 449, il dit que la Dordogne se rend dans un bras de mer, au dessous de Liborne, mais c’est dans la rivière appelée Gironde. »

Toutes ces erreurs proviennent de Desrues, n’ont pas été rectifiées dans le texte de Fonteny, qui considéra sans doute que cet Avertissement serait suffisant comme errata….

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02747_2 - copieFONTENY Jacques de

Les Antiquitez, fondations et singularitez des plus célèbres Villes, Châteaux, places remarquables, Églises, forts, forteresses du Royaume de France ; avec les choses plus mémorables advenues en iceluy ; revues, corrigées, et augmentées de nouveau, avec une addition de la Chronologie des Roys de France    

Paris, Jacques Bessin, 1611.

Un volume 15 x 9 cms. [XXII]-626-[IX] pages. Plein vélin du temps. Dos lisse marqué « La Description de la France ». Un cahier (page 99) presque débroché, sinon bon état.

 300 €

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