Parémiologie

08145_1La Parémiologie est l’étude des parémies, c’est-à-dire des proverbes et formes apparentées : sentences, préceptes, slogans, devises. 

Pratiquée par les Anciens, cette science a été ressuscitée par Pierre-Marie Quitard [1792-1882], érudit et grammairien, puis est tombée dans un nouvel oubli, brièvement rompu en 1975 par le Collège de Pataphysique et sa Sous-Commission de Parémiographie et Intermission des Traductions & Trahisons.

Pour Quitard, « les proverbes résument les faits sociaux. » Et si l’on n’y trouve tout et son contraire, il ne faut pas s’en étonner : « Chaque époque a ses opinions dominantes, lesquelles se traduisent en formules populaires. En changeant de qualités ou de vices, la société change de proverbes, et cela explique pourquoi les proverbes disent quelquefois le pour et le contre. »

Mais qu’est-ce qu’un proverbe ? Notre parémiographe se tire aisément de cette question piège : « J’ai regardé le piquant du tour et l’originalité de l’expression comme la condition expresse des vrais proverbes. » En tombant dans un autre, par sa sélection d’expressions de bon ton : « Plus scrupuleux que la plupart des parémiographes, j’ai laissé dans son bourbier natal la phraséologie de la canaille. »

Il propose une liste alphabétique, le plus souvent abondamment et éruditement commentée.

En voici quelques exemples, tirés des lettres A et P :

  • ACCORD. – Être de tous bons accords.
    Cette expression, dont on se sert en parlant d’une personne d’humeur aisée et de bonne composition, est une métaphore empruntée de la musique. On a dit autrefois : Être comme la quinte, laquelle est de tous bons accords. Phrase qui se trouve, je crois, dans Rabelais.
    Étienne Tabourot publia en 1560 son Livre des bigarrures et touches, sur le titre duquel il déguisa son nom sous celui de Seigneur des Accords, voulant faire entendre par là qu’il savait s’accommoder au goût de tout le monde.
    Les Bigarrures et touches du Seigneur des Accords sont un recueil de règles appuyées de beaucoup d’exemples pour composer, tant en latin qu’en français, des facéties de toute espèce, comme les rébus ordinaires, les rébus de Picardie, les étymologies, les anagrammes, les allusions, les équivoques, les mots à triple entente, les contrepèteries, les acrostiches simples et doubles, les échos ou rimes redoublées, les vers numéraux, les vers rétrogrades par lettres et par mots, etc., etc.
  • AFRIQUE. Pythagore disait : « Si tu veux voir des monstres, ne va pas en Afrique, voyage chez un peuple en révolution. »
  • AHAN. – Suer d’ahan.
    C’est se donner une grande peine, une fatigue extraordinaire. Le mot ahan, d’où vient le verbe ahanner, qu’on employait pour dire haleter en travaillant, est l’onomatopée du cri de respiration précipitée que laissent échapper les bûcherons dans leurs travaux. La plupart de nos auteurs, de Meung jusqu’à Montaigne, de Rabelais à Voltaire, se sont servis de ce terme très expressif.
  • AIGUILLETTE. — Nouer l’aiguillette.
    Cette expression, dont on se sert pour désigner un prétendu maléfice auquel le peuple attribue le pouvoir de réduire les nouveaux mariés à un état d’impuissance, est venu, dit un excellent commentateur de Regnier, de ce que, autrefois, le haut-de-chausses tenait au pourpoint par un lacet nommé aiguillette, ajustement dont le costume de L’Avare, conservé au théâtre dans cette pièce de Molière, peut donner une idée. C’est l’explication la plus décente, et je m’y tiens. Si l’on en désire une autre, on saura bien la trouver sans moi.
    On a cru, dans tous les temps, qu’il y avait des sorciers capables d’empêcher la consommation du mariage, et cette croyance, tout absurde qu’elle est, a été partagée par des philosophes, des saints, des législateurs et des papes. Platon, livre XI des Lois, conseille aux nouveaux époux de se prémunir contre les charmes ou ligatures qui trompent l’espoir du lit conjugal. Saint Augustin, Traité septième, De l’Évangile selon saint Jean, spécifie les divers sortilèges usités en pareil cas. Charlemagne, dans ses Capitulaires, condamne à des peines afflictives les fauteurs de cette œuvre d’iniquité, et plusieurs pontifes ont fulminé des bulles contre eux.
    La superstition avait suggéré un assez grand nombre de moyens pour empêcher ou pour rompre le nouement de l’aiguillette. Un des plus anciens, que rapportent les auteurs qui ont écrit sur les cérémonies nuptiales, consistait à frotter de graisse de loup le haut et les poteaux de la porte de la maison où les mariés devaient coucher. Chez nos bons aïeux, on avait soin de mettre du sel dans ses poches ou des sous marqués dans ses souliers, avant d’aller à l’église pour la cérémonie du mariage.
  • ALLELUIA. — L’Alleluia d’Othon.
    L’empereur Othon II fit une irruption en France et s’avança, à la tête de soixante mille Allemands, jusqu’à Paris, qu’il assiégea, au mois d’octobre 978. Il s’approcha d’une des portes de la cité et la frappa de sa lance. Ensuite il monta sur le haut de Montmartre, et fit chanter alleluia en l’honneur d’une telle prouesse. Mais Lothaire, qui arriva sur ces entrefaites avec les troupes du comte Hugues-Capet et du duc de Bourgogne Henri, troubla la joie inconsidérée de ce fier conquérant, le mit en déroute, le poursuivit jusqu’à Soissons, et s’empara de tous ses bagages. L’alleluia d’Othon passa en proverbe, et servit autrefois à désigner une réjouissance intempestive ou une fanfaronnade suivie de quelque effet désagréable pour la fanfaron.
  • ÂNE. — Pour un point Martin perdit son âme.
    Un ecclésiastique, nommé Martin, qui possédait l’abbaye d’Asello, en Italie, voulut faire inscrire sur la porte ce vers latin :

Porta patens esto. Nulli claudaris honesto.
Porte reste ouverte. Ne sois fermée à aucun honnête homme.

C’était à une époque où la ponctuation, longtemps abandonnée, venait d’être remise en usage. Martin, étranger à cet art, s’adressa à un copiste qui n’en savait pas plus que lui. Le point, qui devait être après le mot esto, fut placé après le mot nulli, et changea le sens de cette manière:

Porta patens esto nulli. Claudaris honesto.
Porte ne reste ouverte pour personne. Sois fermée à l’honnête homme.

Le pape, informé d’une inscription si mal séante, priva l’abbé Martin de son abbaye qu’il donna à un autre. Le nouveau titulaire corrigea la faute du malheureux vers, auquel il ajouta le suivant :

Uno pro puncto caruit Martinus asello.
Martin, pour un seul point, perdit son asello.

Ce qui revenait à cette formule de l’antique jurisprudence des Romains : Qui cadit virgula, caussa cadit ; et comme asello signifie également un âne, l’équivoque donna lieu au dicton : Pour un point Martin perdit son âne.

  • ANGE. — Écrire comme un ange.
    Ange Vergèce, célèbre calligraphe, venu de l’île de Candie, sa patrie, à Paris, vers 1540, donna lieu, dit-on, à cette expression proverbiale par la beauté de son écriture qui servit d’original aux graveurs des caractères de l’alphabet grec pour les impressions royales sous François I ». La bibliothèque royale possède trois beaux manuscrits grecs de cet hellène, qui était attaché au collège royal en qualité d’écrivain du roi en lettres grecques.
  • ANGUILLE. — Rompre l’anguille au genou.
    C’est tenter l’impossible, car une anguille, qui glisse toujours des mains, ne peut se rompre sur le genou comme un bâton. Les Espagnols disent : Soldar el azogue, souder le vif-argent ; et les Italiens : Pigliar il vento con le reti, prendre le vent au filet.
  • PIE. — Être au nid de la pie.
    C’est-à-dire au plus haut degré d’élévation, de fortune, parce que la pie fait toujours son nid à la cime de l’arbre le plus élevé. —On dit aussi : prendre la pie au nid ; trouver la pie au nid, pour signifier, se procurer un grand avantage, faire une découverte importante.
  • PIED — Être sur un grand pied dans le monde.
    C’est y être en estime, en considération, y jouer un rôle brillant. Geoffroi Plantagenet, comte d’Anjou, un des hommes les plus beaux et les plus galants de son siècle, avait au bout du pied une excroissance de chair assez considérable. Il imagina de porter des souliers dont le bout recourbé était de la longueur nécessaire pour couvrir cette imperfection sans le gêner. Chacun voulut bientôt avoir des souliers comme ceux de ce seigneur ; et la dimension de cette chaussure, qu’on nommait à la poulaine devint, surtout dans le XIVe siècle, la mesure de la distinction. Les souliers d’un prince avaient deux pieds et demi de long, ceux d’un haut baron, deux pieds. Le simple chevalier était réduit à un pied et demi, et le bourgeois à un pied. De là l’expression : Être sur un grand pied dans le monde.
  • PILULE. — Dorer la pilule à quelqu’un.
    Employer des paroles flatteuses pour le déterminer à faire quelque chose qui excite sa répugnance, ou pour lui adoucir l’amertume d’un refus. Métaphore prise d’un procédé en usage chez les apothicaires, qui dorent ou argentent les pilules, afin d’en déguiser la couleur et le goût.— Les Espagnols disent : Si la pildora bien sapiera, no la doraran por defuera. Si la pilule avait bon goût, on ne la dorerait pas.
  • POTRON — S’éveiller ou se lever dès le potron minet.
    C’est-à-dire de très grand matin, comme le petit chat, qui distinguant très bien les objets dans le crépuscule, à cause de la conformation particulière de ses yeux, profite de ce moment pour s’exercer avec plus d’avantage à la chasse des souris.
    Potron est un diminutif du vieux mot potre, qui signifie petit des animaux.— On dit aussi dès le potron jacquet, comme on le voit dans ces vers du septième chant du poème de Cartouche par Grandval :

Il avançait pays monté sur son criquet,
Se levait, tous les jours, dès le potron Jacquet.

  • POURCEAU. — Le pourceau de saint Antoine.
    On lit dans le Carpentariana, qu’il y avait autrefois de bons religieux qu’on appelait pourceaux de saint Antoine, lesquels étaient obligés de faire huit repas par jour par esprit de pénitence. Ces pourceaux, qui s’engraissaient comme les autres à la plus grande gloire de Dieu et aux dépens des fidèles, faisaient consister la piété à montrer jusqu’où la peau humaine peut s’étendre.

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08145_2QUITARD Pierre-Marie

Dictionnaire Étymologique, Historique et Anecdotique des Proverbes et des Locutions proverbiales de la langue française, en rapport avec des proverbes et des locutions proverbiales des autres langues.

Paris, Bertrand, Strasbourg, Levrault, 1842.
Un volume 20 x 13 cms. XV-701 pages. Un cahier de feuilles lignées relié en fin de volume.
Demi reliure, dos lisse à faux nerfs dorés.
Reliure frottée avec épidermures. Rares soulignés au crayon à l’intérieur. Une vague trace de mouillure au coin de certaines pages. Envoi d’un des auteurs.

50 € + port

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