L’homme est la nature prenant conscience d’elle-même

Élisée Reclus [1830-1905] était anarchiste. Il était aussi géographe.

Élisée Reclus [1830-1905] était géographe. Il était aussi anarchiste.

Car pour lui, la politique ne peut se concevoir sans prise en compte des rapports entre l’homme et la nature :
« L’homme, cet « être raisonnable » qui aime tant à vanter son libre arbitre, ne peut néanmoins se rendre indépendant des climats et des conditions physiques de la contrée qu’il habite. Notre liberté, dans nos rapports avec la Terre, consiste à en reconnaître les lois pour y conformer notre existence. Quelle que soit la relative facilité d’allures que nous ont conquise notre intelligence et notre volonté propres, nous n’en restons pas moins des produits de la planète : attachés à sa surface comme d’imperceptibles animalcules, nous sommes emportés dans tous ses mouvements et nous dépendons de toutes ses lois. »

Alors qu’est-ce que l’homme ? « L’homme est la nature prenant conscience d’elle-même. »

Et qu’est-ce que la Géographie : « Dans ses rapports avec l’Homme, la Géographie n’est autre chose que l’Histoire dans l’espace, de même que l’Histoire n’est que la Géographie dans le temps. »

Élisée Reclus était aussi prolixe que son domaine d’étude était vaste. Après son premier ouvrage, La Terre, il est embauché par Hachette pour écrire les Guides Joanne (les ancêtres des Guides Bleus), puis se lance dans son grand œuvre, la Nouvelle Géographie Universelle : vingt-deux ans pour l’écrire, 1061 livraisons, soit 19 volumes de 800 à 900 pages chacun.

05679_1L’Homme et la terre est achevé juste avant sa mort. C’est la synthèse de ses études et de sa pensée, qui brosse l’histoire de toutes les activités humaines sur tous les continents, et tente d’en dégager des idées générales.

Ainsi ce qu’il appelle la Géographie sociale, et qu’il résume en trois faits majeurs :
« La première catégorie d’événements que constate l’historien nous montre comment, par l’effet d’un développement inégal chez les individus et dans les sociétés, toutes les collectivités humaines se dédoublent pour ainsi dire en classes ou en castes, non seulement différentes, mais opposées d’intérêts et de tendances, même franchement ennemies dans toutes les périodes de crise.

Le deuxième fait collectif, conséquence nécessaire du dédoublement des corps sociaux, est que l’équilibre rompu d’individu à individu, de classe à classe, se balance constamment autour de son axe de repos  : le viol de la justice crie toujours vengeance. De là d’incessantes oscillations. Ceux qui commandent cherchent à rester les maîtres, tandis que les asservis font effort pour reconquérier leur liberté.
Le troisième groupe de faits nous atteste que nulle évolution dans l’existence des peuples ne peut être créée si ce n’est par l’effort individuel. La société libre s’établit par la liberté fournie dans son développement complet à chaque personne humaine, première cellule fondamentale, qui s’agrège ensuite et s’associe comme il lui plaît aux autres cellules de la changeante humanité. »

Il donne également sa définition personnelle du progrès : « Aménager les continents, les mers et l’atmosphère qui nous entoure, “cultiver notre jardin” terrestre, distribuer à nouveau et régler les ambiances pour favoriser chaque vie individuelle de plante, d’animal ou d’homme, prendre définitivement conscience de notre humanité solidaire, faisant corps avec la planète elle-même, embrasser du regard nos origines, notre présent, notre but rapproché, notre idéal lointain, c’est en cela que consiste le progrès. »

Tout en n’étant pas dupe : « Le fait général est que toute modification si importante qu’elle soit, s’accomplit par adjonction au progrès de régrès correspondants. »

Et en revenant ainsi au Politique : « Le progrès humain se confond avec la solidarité. »

Voire à ce qui ne s’appelait pas encore l’écologie politique : « Dans l’ensemble, les hommes ont travaillé sans méthode à l’aménagement de la Terre. […] C’est donc le hasard qui nous gouverne aujourd’hui. L’humanité n’a pas encore fait l’inventaire de ses richesses et décidé de quelle manière elle doit les distribuer pour qu’elles soient réparties au mieux pour la beauté, le rendement, l’hygiène des hommes. La science n’est pas encore intervenue pour établir à grands traits les parts de la surface terrestre qui conviennent au maintien de la parure primitive et celles qu’il importe d’utiliser diversement, soit pour la production de la nourriture, soit pour les autres éléments de la fortune publique. Et comment pourrait-on demander à la société d’appliquer ainsi les enseignements de la statistique, alors que, devant le propriétaire isolé, devant l’individu qui a le “droit d’user et d’abuser”, elle se déclare impuissante !  »

Avec une définition prémonitoire de la mondialisation : « Le théâtre s’élargit, puisqu’il embrasse maintenant l’ensemble des terres et des mers, mais les forces qui étaient en lutte dans chaque État particulier sont également celles qui se combattent par toute la Terre. En chaque pays, le capital cherche à maîtriser les travailleurs ; de même sur le plus grand marché du monde, le capital, accru démesurément, insoucieux de toutes les anciennes frontières, tente de faire œuvrer à son profit la masse des producteurs et à s’assurer tous les consommateurs du globe, sauvages et barbares aussi bien que civilisés. »

Son optimisme viscéral envers l’Humain l’entraîne parfois vers une forme de mysticisme suranné : « Sous le fourmillement des vibrions acharnés à leur entre-destruction, on sent la tendance générale des choses à se fondre en un corps vivant dont toutes les parties seront en interdépendance réciproque, organisme à l’unisson du rythme universel dans le mécanisme immense.  […] Tout serait en voie de composer un cosmos harmonieux où chaque cellule aurait son individualité, correspondant à une libre travail personnel, et où tous s’engrèneraient mutuellement, chacun étant nécessaire à l’œuvre de tous. Le mécanisme fonctionnerait parfaitement si, par une survivance encore souveraine, chacun ne se croyait tenu d’avoir en main un signe représentatif de son droit à la consommation, c’est-à-dire la pièce d’argent, le « rond » de métal. Acheter et vendre sont encore les mots d’ordre de ceux qui entrent dans la vie, mais des indices précurseurs nous font comprendre déjà que ces mots seront un jour abolis. La Production libre et la Répartition équitable pour tous, telle est la réalisation que nous exigeons de l’avenir. »

Il y a encore du chemin à faire…

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05679_2RECLUS Élisée

L’Homme et la Terre. Édition Originale. 6/6

Paris, Librairie Universelle, 1905-1908. Six volumes 28 x 21 cms. IV-580 + 572 + 639 + 651 + 575 + 579 pages. Nombreuses illustrations et cartes.
Reliure éditeur, dos cuir à 4 faux nerfs (couleurs différentes), plats en percaline verte ornée de filets et motif à froid (une main soutenant le globe terrestre).
Petits frottements extérieurs. Intérieur en excellent état.

300 €

D’autres ouvrages d’Élisée Reclus :

03038RECLUS Élisée

Géographie universelle. L’Europe méridionale : Grèce, Turquie, Roumanie, Serbie, Italie, Espagne et Portugal.

Paris, Hachette, 1876. Un volume 28 x 20 cms. 1012 pages. 73 gravures. 4 cartes en couleur tirées à part et 174 cartes intercalées dans le texte.
Reliure demi basane rouge. Dos à 5 nerfs. Titre, tomaison et fleurons dorés.
Plats frottés, coins émoussés. Mouillures sur les premières pages. Rousseurs sans atteinte au texte.
75 €

03194_1RECLUS Élisée

Géographie universelle : l’Inde et l’Indo-Chine

Paris, Hachette, 1885. Ouvrage contenant 7 cartes en couleurs tirées à part, 203 cartes dans le texte et 84 vues et types gravés sur bois. Un volume 28,5 x 21 cms. 982 pages.
Demi reliure à coins. Dos à 5 nerfs richement orné. Coiffes, coins et mors frottés. Intérieur en excellent état
150 €

03201RECLUS Élisée

Géographie universelle : La France

Paris, Hachette, 1885. Ouvrage contenant 1 grande carte de la France, 10 cartes en couleurs, 69 vues et types gravés sur bois et 234 cartes intercalées dans le texte. Un volume 28,5 x 21 cms. 959 pages.
Demi reliure. Dos à 5 nerfs richement orné un peu frotté. Tranches dorées. Intérieur en excellent état. La grande carte dépliante en fin de volume est recollée.
60 €

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