Cyrano chante clair !

Mais comment fait-il pour être à la fois lyrique, poétique, et comique ?

C’est toute l’alchimie d’Edmond Rostand, qui éclate dans Cyrano de Bergerac et dans Chantecler.

On ne présente plus Cyrano, mélange de matamore et d’amoureux transi, qui sacrifie son amour pour Roxane, qu’elle ne devinera qu’à sa mort.

Ni Chantecler, le coq persuadé que son chant à lui seul fait se lever le soleil.

Rostand a le génie de la rime, et son vers se fait souvent cocasse :

  • dogue / psychologue
  • Reims / sempervirens
  • Kant / estomaquant
  • vésicule / ridicule
  • sapristi / travesti
  • Io / proprio
  • lapidaire / hebdomadaire
  • espérance / protubérance
  • coagule / virgule
  • solitaire / lépidoptère

Il renouvelle complètement l’alexandrin, le tordant dans tous les sens.

Cela va de la désintégration :

La Poule blanche
C’est vrai !
Le Poussin, cherchant toujours
Cali…
Le Dindon, pour l’aider
Gu ?…
Le Poussin
Gu…
Le Pigeon
Poule, est-ce vrai…
Le Poussin, bondissant de joie d’avoir trouvé
Gula !

À la totale condensation :

Kaléidoscopiquement cosmopolite

Mais sans sacrifier l’alexandrin classique, et sa fonction d’exhortation :

Sache qu’il faut savoir ne pas finir, en art !

Comme il sait indiquer que les haines de races
Ne sont jamais que des haines de places !

Ces deux fléaux qui sont les plus tristes du monde :
Le mot qui veut toujours être le mot d’esprit,
Le cri qui veut toujours être le dernier cri !

Le mal, pour commencer, prend un petit modèle.
Ne prends pas des essais pour des diminutifs :
L’âme des coutelas rêve dans les canifs.

Quand on sait regarder et souffrir, on sait tout.
Dans une mort d’insectes on voit tous les désastres.
Un rond d’azur suffit pour voir passer les astres…

Il faut savoir mourir pour s’appeler Gavroche !

Il n’est de grand amour qu’à l’ombre d’un grand rêve !
Je n’oublierai jamais la noble forêt verte
Où j’appris que celui qui voit son rêve mort
Doit mourir tout de suite ou se dresser plus fort !

Ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul !

Mais on ne se bat pas dans l’espoir du succès !
Non ! non ! c’est bien plus beau lorsque c’est inutile !

Mais un humour toujours présent accompagne le message. Là où un auteur classique se serait contenté d’écrire :

Car sais-tu ce qui vaut de vivre uniquement ?
L’effort ! qui rend sacré l’être le plus infime !

Rostand ajoute sa touche de burlesque :

Chantecler
Car sais-tu ce qui vaut de vivre uniquement ?
Le merle
Oh ! non, n’élevons pas le débat, c’est plumant !
Chantecler
L’effort ! qui rend sacré l’être le plus infime !

Il ne recule pas devant les calembours :

  • Un doigt de… basse-cour
  • Un coq trop en pâte
  • Les quilles au corset sanglé, ces belles filles,
    Dont le chien, mal reçu, dérange les quadrilles.
  • Ah ! qu’importe le pot pourvu qu’on ait l’ivresse ?
  • L’éminence qui grise

Quant aux morceaux de bravoure, ils sont immortels.

Ainsi la tirade de Cyrano sur son nez :

21211_1En variant le ton, – par exemple, tenez :
Agressif : « Moi, monsieur, si j’avais un tel nez,
Il faudrait sur-le-champ que je me l’amputasse ! « 
Amical : « Mais il doit tremper dans votre tasse
Pour boire, faites-vous fabriquer un hanap ! « 
Descriptif : « C’est un roc ! … c’est un pic ! … c’est un cap !
Que dis-je, c’est un cap ? … C’est une péninsule ! « 
Curieux : « De quoi sert cette oblongue capsule ?
D’écritoire, monsieur, ou de boîte à ciseaux ? « 
Gracieux : « Aimez-vous à ce point les oiseaux
Que paternellement vous vous préoccupâtes
De tendre ce perchoir à leurs petites pattes ? « 
Truculent : « Ça, monsieur, lorsque vous pétunez,
La vapeur du tabac vous sort-elle du nez
Sans qu’un voisin ne crie au feu de cheminée ? « 
Prévenant : « Gardez-vous, votre tête entraînée
Par ce poids, de tomber en avant sur le sol ! « 
Tendre : « Faites-lui faire un petit parasol
De peur que sa couleur au soleil ne se fane ! « 
Pédant : « L’animal seul, monsieur, qu’Aristophane
Appelle Hippocampéléphantocamélos
Dut avoir sous le front tant de chair sur tant d’os ! « 
Cavalier : « Quoi, l’ami, ce croc est à la mode ?
Pour pendre son chapeau, c’est vraiment très commode ! « 
Emphatique : « Aucun vent ne peut, nez magistral,
T’enrhumer tout entier, excepté le mistral ! « 
Dramatique : « C’est la Mer Rouge quand il saigne ! « 
Admiratif : « Pour un parfumeur, quelle enseigne ! « 
Lyrique : « Est-ce une conque, êtes-vous un triton ? « 
Naïf : « Ce monument, quand le visite-t-on ? « 
Respectueux : « Souffrez, monsieur, qu’on vous salue,
C’est là ce qui s’appelle avoir pignon sur rue ! « 
Campagnard : « Hé, ardé ! C’est-y un nez ? Nanain !
C’est queuqu’navet géant ou ben queuqu’melon nain ! « 
Militaire : « Pointez contre cavalerie ! « 
Pratique : « Voulez-vous le mettre en loterie ?
Assurément, monsieur, ce sera le gros lot ! « 
Enfin parodiant Pyrame en un sanglot :
« Le voilà donc ce nez qui des traits de son maître
A détruit l’harmonie ! Il en rougit, le traître ! « 
– Voilà ce qu’à peu près, mon cher, vous m’auriez dit
Si vous aviez un peu de lettres et d’esprit.
Mais d’esprit, ô le plus lamentable des êtres,
Vous n’en eûtes jamais un atome, et de lettres
Vous n’avez que les trois qui forment le mot : sot !

Et le discours de Chantecler aux coqs de parade, déjà génétiquement modifiés :

21210_1… Oui, Coquards cocardés de coquilles,
Coquardeaux, Coquebins, Coquelets, Cocodrilles,
Au lieu d’être coquets de vos cocoricos,
Vous rêviez d’être, ô Coqs ! de drôles de cocos !
Oui, Mode, pour que d’eux tu t’emberlucoquasses,
Coquine ! ils n’ont voulu, ces Coqs, qu’être cocasses !
Mais, coquins, le cocasse exige un Nicolet !
On n’est jamais assez cocasse quand on l’est !
Mais qu’un Coq, au coccyx, ait plus que vous de ruches,
Vous passez, Cocodès, comme des coqueluches !
Mais songez que demain, Coquefredouilles ! mais
Songez qu’après-demain, malgré, Coqueplumets !
Tous ces coqueluchons dont on s’emberlucoque,
Un plus cocasse Coq peut sortir d’une coque,
– Puisque le Cocassier, pour varier ses stocks,
Peut plus cocassement cocufier des Coqs ! –
Et vous ne serez plus, vieux Cocâtres qu’on casse,
Que des Coqs rococos pour ce Coq plus cocasse !

Mais la poésie ne disparait pas :

Un baiser, mais à tout prendre, qu’est-ce ?
Un serment fait d’un peu plus près, une promesse
Plus précise, un aveu qui veut se confirmer,
Un point rose qu’on met sur l’i du verbe aimer ;
C’est un secret qui prend la bouche pour oreille,
Un instant d’infini qui fait un bruit d’abeille,
Une communion ayant un goût de fleur,
Une façon d’un peu se respirer le cœur,
Et d’un peu se goûter, au bord des lèvres, l’âme !

Ni l’art du portrait croqué :

  • Le papillon :
    On prend un W qu’on met sur un Y..
  • Le coq :
    Vous prenez un melon, de Honfleur, pour le torse.
    Pour les deux jambes, deux asperges, d’Argenteuil.
    Pour la tête, un piment, de Bayonne. Pour l’œil,
    Une groseille, de Bar-le-Duc. Pour la queue,
    Un poireau, de Rouen, tordant sa gerbe bleue.
    Pour l’oreille, ô Soissons ! un petit haricot.
    Ça y est ? C’est un coq !

_ _ _ _ _ _ _

Nous proposons également L’Aiglon : Le fils de Napoléon et de Marie-Thérèse d’Autriche vit de rêves et d’hésitations, comme Hamlet. Mais dans un miroir, il découvre qu’il est l’héritier du sang dégénéré des Habsbourg, bien plus que de celui de son père.

Musardises
« Des vers gais, riants, alertes, simples, verdissants, des poèmes très ingénieux, la plupart exquis déjà de prestesse, de désinvolture et d’une sentimentalité légère, mousseuse et capiteuse. » dira Émile Faguet.
Des extraits figurent sur notre Cartographie littéraire de la France, ici.

La Samaritaine : Jésus convertit la libertine Photine, et dans cette pièce mystique, Rostand remet en vers la parabole du Bon Samaritain et le Notre-Père.

La Princesse lointaine : Joffroy, troubadour provençal, s’est épris de Mélissinde en entendant les descriptions qu’en font les pèlerins revenant de Jérusalem. Malade, il décide de partir la voir avant de mourir…

  • Oui, tous les grands amours travaillent pour le ciel.
  • On finit par aimer tout ce vers quoi l’on rame.

21212_1_ _ _ _ _ _ _

21208_2ROSTAND Edmond

Les Musardises – Le Bois sacré. – Les Romanesques. Précédés de La Vie et l’œuvre d’Edmond Rostand par Émile Faguet. Illustrations en couleurs et en noir dans le texte et hors texte de MM. Brouillet, Calbet, Gorguet, Lelong, Macchiati, Orazi et Zier. Portrait par Lévy-Dhurmer

Paris, Pierre Lafitte, collection Œuvres complètes illustrées d’Edmond Rostand, sans date [1911, date BNF].
Un volume 30 x 22 cms. XX-194-XIX-100 pages.
Reliure éditeur, dos à motifs en long, plats avec motifs à froid et titres en doré.
Reliure frottée avec manque en coiffe. Intérieur impeccable.
20 € + port

21209_2ROSTAND Edmond

L’Aiglon, drame en six actes, en vers. Illustrations en couleurs et en noir dans le texte et hors texte de MM. François Cormon, Jean-Paul Laurens, Antonio de La Gandara, Gaston Latouche et O.-D.-V. Guillonnet.

Paris, Pierre Lafitte, collection Œuvres complètes illustrées d’Edmond Rostand, sans date [1910, date BNF].
Un volume 30 x 22 cms. 339 pages.
Reliure éditeur, dos à motifs en long, plats avec motifs à froid et titres en doré.
Quelques frottements sur la reliure. Intérieur impeccable malgré le ressaut d’un cahier.
25  € + port

21210_2ROSTAND Edmond

Chantecler, pièce en quatre actes, en vers. Illustrations en couleurs et en noir, dans le texte et hors texte, de MM. Tattegrain, Devambez, Guillonnet, Orazi et Georges Scott.

Paris, Pierre Lafitte, collection Œuvres complètes illustrées d’Edmond Rostand, sans date [1910, date BNF].
Un volume 30 x 22 cms. 268 pages.
Reliure éditeur, dos à motifs en long, plats avec motifs à froid et titres en doré.
Quelques frottements sur la reliure. Intérieur impeccable malgré une tache d’encre en haut de la page de garde.
25 € + port

21211_2ROSTAND Edmond

Cyrano de Bergerac, comédie héroïque en cinq actes, en vers. Illustrations en couleurs et en noir, dans le texte et hors texte, de MM. François Flameng, Albert Besnard, Aug.-F. Gorguet et Paul-Albert Laurens

Paris, Pierre Lafitte, collection Œuvres complètes illustrées d’Edmond Rostand, sans date [1910, date BNF].
Un volume 30 x 22 cms. 268 pages.
Reliure éditeur, dos à motifs en long, plats avec motifs à froid et titres en doré.
Quelques frottements sur la reliure. Intérieur impeccable.
25 € + port

ROSTAND Edmond

21212_2La Princesse lointaine – La Samaritaine. Illustrations en couleurs et en noir, dans le texte et hors texte, de MM. Luc-Olivier Merson, A.-F. Gorguet, Georges Rochegrosse, Lévy-Dhurmer

Paris, Pierre Lafitte, collection Œuvres complètes illustrées d’Edmond Rostand, sans date [1910, date BNF].
Un volume 30 x 22 cms. 124-107 pages.
Reliure éditeur, dos à motifs en long, plats avec motifs à froid et titres en doré.
Quelques frottements sur la reliure. Intérieur impeccable.
25  € + port

Les cinq volumes ensemble : 100 €

2 commentaires sur “Cyrano chante clair !

  1. Merci pour ces quelques vers. On oublie souvent qu’il n’y a pas que Cyrano dans l’œuvre de l’auteur.

  2. Vanhamme thierry dit :

    Merci pour ce partage;quel talent ce Rostand!

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