Richepin, Vallès, et la Commune

Richepin3On a décrit Jean Richepin comme proche de la personne et des idées de Jules Vallès, le révolutionnaire de la Commune de Paris.

De sa personne, c’est sûr, de ses idées, cela l’est bien moins.

Quand il publie sa brochure, Les Étapes d’un réfractaire : Jules Vallès, Richepin est un parfait inconnu. Il ne commencera à se faire un nom qu’en 1876, date de la condamnation de certains poèmes du recueil La Chanson des Gueux.

Mais en 1872, il débute. Veut-il se faire les dents sur Vallès, que l’on croyait mort pendant la Commune, et qui vient de réapparaître à Londres ?

Certes, il lui adresse quelques compliments, en louant sa « vaillance, ses nobles et rares sentiments, son cœur affectueux, son style chaud, son talent tout de paradoxe et d’ironie, pétri de brutalité et de colère, enluminé de couleurs voyantes. »

Mais il est intarissable sur les défauts qu’il lui prête : « orgueil, ambition, désirs sans bornes, volonté féroce, envie, convoitise, vengeance… » N’en jetez plus !

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Richepin prétend qu’il y a deux sortes de réfractaires : « Les rêveurs, les faibles, les résignés, ceux qui n’ont pas eu assez de force pour accepter la vie telle qu’elle se présente, mais qui n’ont pas non plus assez d’énergie pour attaquer de front l’ordre établi. […] Les violents, les impatients, sont dangereux. De leur misère ils se font un aiguillon qui les pousse, en attendant qu’elle devienne une arme qui les venge. Ils s’excitent, ils s’irritent de tout. L’insuccès, qui peut corriger l’ambition, les aigrit ; le succès, loin de les calmer, les exalte. Vaincus, l’envie les soutient ; vainqueurs, la vanité les gonfle. » Vallès est bien entendu dans la deuxième catégorie.

Richepin donne au détour d’une phrase le fond de sa pensée : « Les déclassés de la plume, on les admire souvent, on les aime quelquefois, on les plaint presque toujours. »

Mais tout d’un coup, après avoir mis les défauts de Vallès sur le compte de son caractère et de son individu, dans les dernières pages de sa brochure, il fait volte-face et en rend totalement responsable la Société : « N’a-t-elle pas excité les désirs par des tentations ? allumé l’envie par des injustices ? enflé la haine par des cruautés ? »

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Et avant de conclure par un couplet enflammé, qui détonne avec le reste :

« Ô riches et heureux de ce monde, vous tous qui vivez joyeusement votre vie, et qui ne sortez de votre paresse que pour engraisser de cadavres le fumier où pousse l’arbre de vos prospérités, ô vous les repus, vous les gavés, vous les satisfaits, en vérité je tremble pour vous »,

il dévoile sa vision des rapports entre les classes sociales : « C’est la lutte des affamés contre les repus, des déguenillés contre les richards, des travailleurs contre les oisifs. Leur mot d’ordre est bien simple ; ils disent : « Ôte-toi de là que je m’y mette ! » »

Car comme beaucoup, il récuse  « l’abîme qui s’appelle la Commune de 1871, […] soulèvement des déclassés, et gouvernement de fruits-secs » mené par  « La Bête populaire. »

Richepin préfère les Gueux, quand ils sont bien pittoresques, mais surtout quand ils restent à leur place.  Il est ainsi possible de les décrire – avec talent – mais il ne faudrait pas qu’ils gâchent un si beau sujet…

Pas frileux

Moi j’ai l’ cœur gai. C’est pas ma faute.
J’ rigol’ quand j’ vois les gens d’ la haute
L’ cou engoncé comme des bossus.
On doit rien suer sous leur capote !
Et quand qu’on a sué, ça ch’lipote.
J’ voudrais pa’ êt’ leur pardessus.

Et moi sauciss’, j’ su’ quand j’ turbine.
Mais, bon sang ! la danse s’ débine
Dans l’ coulant d’air qui boit ma sueur.
Eux aut’s, c’est pompé par leur linge.
Minç’ qu’ils doiv’ emboucanner l’ singe.
Vrai, c’est pas l’ ling’ qui fait l’ bonheur.

Est-c’ qu’un mâle a besoin d’ limace,
D’ can’çon, d’ flanell’ ? C’est d’ la grimace.
Bon pour frusquiner nos jeun’s vieux !
Moi, j’ai du sang, du nerf, d’ la moelle,
Du poil partout. Ça m’ tient lieu d’ toile.
J’ai froid null’ part, surtout aux yeux.

Aussi j’ suis gai. Quand la lansquine
M’a trempé l’ cuir, j’ m’essui’ l’échine
Dans le vent qui passe et m’ fait joli ;
Et j’ soutiens qu’ les gens vraiment sales
C’est ceuss que pour laver leurs balles
Il leurs en faut cinque d’ Bully.

Viv’ la gaîté ! J’ai pas d’ chaussettes ;
Mes rigadins font des risettes ;
Mes tas d’ douilards m’ servent d’ chapeau ;
Mais avec vous j’ chang’rais pas d’ mise.
Qué qu’ ça fait qu’on n’ait pas d’ chemise,
Quand qu’on a du cœur sous la peau ?

Sonnet consolant

Malheur aux pauvres ! C’est l’argent qui rend heureux.
Les riches ont la force, et la gloire et la joie.
Sur leur nez orgueilleux c’est leur or qui rougeoie.
L’or mettrait du soleil même au front d’un lépreux.

Ils ont tout : les bons plats, les vieux vins généreux,
Les bijoux, les chevaux, le luxe qui flamboie,
Et les belles putains aux cuirasses de soie
Dont les seins provocants ne sont nus que pour eux.

Bah ! Les pauvres, malgré la misère sans trêves,
Ont aussi leurs trésors : les chansons et les rêves.
Ce peu-là leur suffit pour rire quelquefois.

J’en sais qui sont heureux, et qui n’ont pour fortune
Que ces louis d’un jour nommés les fleurs des bois
Et cet écu rogné qu’on appelle la lune.

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07331_1RICHEPIN Jean

Les Étapes d’un réfractaire : Jules Vallès. Édition Originale.

Paris, Lacroix, Verboeckhoven et Cie, 1872.
Une brochure 19 x 12 cms. 95 pages. Sans couverture. Petits manques aux bords supérieurs, dus au coupage des feuillets.

50 €

Sur le même sujet :

01929_1RICHEPIN Jean

La Chanson des Gueux, illustrations d’après les dessins de Ricardo Flores – Braves gens, illustrations de René Lelong – Les Débuts de César Borgia, illustrations d’après les aquarelles d’A. Calbet – Histoire d’un autre mondeMonsieur Destrémeaux

Paris, Fayard, Modern Bibliothèque, sans date.
Un volume 23 x 17 cms. Demi reliure percaline, dos lisse. Couvertures originales conservées. Bon état.

25 €

02782_1LISSAGARAY

Histoire de la Commune de 1871. Nouvelle édition précédée d’une notice sur Lissagaray par Amédée Dunois.

Paris, Librairie Marcel Rivière, 1947. Un volume broché 22,5 x 14 cms. XXXI-476 pages. Bon état. Non coupé.

25 €

02294[Anonyme]

Guerre des communeux de Paris, 18 mars – 28 mai 1871, par un officier supérieur de l’Armée de Versailles

Paris, Firmin-Didot, 1871, troisième édition. Un volume 18 x 12 cms. 368 pages. Demi reliure. Dos à faux nerfs. Titre et n° de bibliothèque dorés. Dos insolé. Frottements. Quelques rousseurs. Tampons de cercle militaire .

50 €

02909_1La Commune de Paris, 1871-1971, exposition du centenaire au Musée d’art et d’histoire de Saint-Denis du 18 mars au 13 septembre 1971

Alençon, Imprimerie Corbière et Jugain, 1971. Un volume broché 24 x 24 cms. 96 pages. Illustrations in et hors texte. Bon état, malgré une petite tache sur la couverture.

25 €

Bibliographies galantes

Une première édition épuisée rapidement, une deuxième, augmentée, publiée trois ans plus tard, qui sera suivie de deux autres, cette Bibliographie des ouvrages relatifs à l’amour, aux femmes, au mariage… aura eu du succès.

Pourtant, il s’agit d’un ouvrage hybride, mélangeant des listes d’ouvrages, des extraits de catalogues, des commentaires de l’auteur ou de littérateurs, des indications de prix de vente, des citations, le tout dans un ordre apparent, qui cache un profond désordre.

On a l’impression que l’auteur, Jules Gay, à la fois théoricien du socialisme et éditeur d’ouvrages galants, a rassemblé assez hâtivement des fiches plus ou moins précises et abouties.

Ainsi, il établit une subtile distinction entre Romans, Nouvelles, Facéties et Dialogues, qu’il classe par date de parution avant de passer, à partir de 1815 à l’ordre alphabétique d’auteurs.

Et classe à sa façon : Les Véritables secrets pour rendre les femmes fidèles sont rangés dans la rubrique Sciences et Arts…

Il est parfois elliptique : « La Muse folastre, 3 parties, Tours, 1600. Recueil très libre et contenant beaucoup de pièces que l’on ne trouve point ailleurs. »

Mais parfois bibliographiquement précieux : « Peignot consacre à Claude Le Petit un article plein d’erreurs. Il dit que l’ouvrage qui a motivé la condamnation et le supplice du poète avait pour titre Le B… céleste. On vient de voir que ce livre ne portait pas ce titre, mais était intitulé Le B… des Muses. […] L’erreur de Peignot se retrouve dans les principaux ouvrages de bibliographie, et même (qui le croirait ?) dans la nouvelle édition du Manuel du Libraire du savant M. Brunet. Et cependant cette erreur avait été rectifiée dès 1844 par Charles Nodier. […] »

En tout cas polyglotte : beaucoup de références en langues étrangères. Ainsi, les Annals of gallantry, a conjugal monitor, voisinent avec De Broekdragende vrouw (« scènes de lieux de débauche qui auraient été imprimées par Pierre Elzevir ») et avec Die Inoculation der Liebe (« contes en vers où une jeune fille prend les démonstrations d’amour d’un chevalier pour l’inoculation. Cette bluette est pleine de détails piquants. »)

Il faut donc fouiller, et l’on apprendra qu’un libraire anglais fut mis au pilori et eut les oreilles coupées pour avoir publié Nun in her smock, traduction de Vénus dans le cloître.

Que Corneille avait commis ces vers :

Avec un amoureux silence,
Dans un secret appartement,
Elle supporte doucement,
Son amour et sa violence ;
Ses bras qu’elle veut avancer
Ne servent à le repousser
Que pour l’attirer davantage ;
Elle le souffre à ses genoux,
Et n’a pas presque le courage
De lui dire : « Que faites-vous ? »

L’on pourra aussi parcourir des extraits du Banquet des chambrières ; du Sermon joyeux d’un dépuceleur de nourrices ; ou du Vuydangeur sensible.

Et méditer cette parole de Mathurin le Picard, curé du Mesnil-Jourdain, auteur du Fouet des paillards, ou Juste punition des voluptueux et charnels : « La femme est une vraie pierre à feu, et les yeux de l’homme sont de vrais fusils. La pierre étant frappée par le fusil, jette incontinent du feu. »

Les livres galants écrits par les religieux, voici le sujet de la Bibliographie clérico-galante établie par L’Apôtre Bibliographe, pseudonyme du libraire parisien Laporte.

Il a trouvé son sujet sous le coup d’une grande colère, provoquée par une dénonciation publique de l’impureté de son catalogue, parue dans L’Univers, le grand journal clérical du XIXe siècle.

« Cette Bibliographie clérico-galante est presque, ma foi ! l’histoire littéraire d’un concile galant. Toute la hiérarchie cléricale, depuis l’humble minime à la tonsure modeste, jusqu’au pape à la tiare souveraine, apporte gaiement son œuvre à l’édification de ce monument de galanterie. On y trouve, à côté du livre mystique dans lequel l’imagination enflammée des ascètes épand, sous le couvert de Dieu, de Jésus, de Marie et des saints, ses rêveries charnelles les plus érotiques, le roman sensuel de l’abbé libertin et la débauche d’esprit d’un évêque ou d’un pape en belle humeur. »

On y retrouve bien entendu l’abbé Picard de tout à l’heure, avec cette précision : « Il fut exhumé en 1647 et brûlé comme sorcier. On l’accusait d’avoir commis des actes de débauche et ensorcelé les religieuses de Louviers. »

Défilent (cette fois dans un strict ordre alphabétique) des Dissertations plus ou moins scabreuses sur la conception de la Vierge Marie, ou sur le péché du confesseur avec sa pénitente ; d’innombrables romans et contes plus ou moins licencieux ; et même des poésies légères.

Laporte a visiblement lu tous les ouvrages qu’il recense, puisqu’il y va à chaque fois de son petit commentaire. À propos de La Religieuse en chemise : « Cet ouvrage, effrontément obscène, doit être classé dans les écrits licencieux. L’abbé Lenglet-Dufresnoy, qui l’attribuait à l’abbé Barrin et le désignait sous l’épithète d’infâme, en a pourtant donné une réimpression en 1739. Quand on a lu une production aussi nettement ordurière, faite par un moine et rééditée par un abbé, on se demande comment les cléricaux osent accuser les bouquinistes d’affriander la pratique par une pâture horrible. »

Et à propos des Carmina, de Pierre Bembo :  Ces poésies latines, sont tellement libres que Bembo en supprimait avec soin tous les exemplaires. Il est heureux pour sa réputation littéraire, sinon pour son salut, qu’elles aient échappé à la destruction. »

Il cerne aussi le ridicule.  Ainsi dans une tragédie, ces vers :

Tu ne dis pas aussi qu’auprès de cette grotte
Je faisais de la grue et toi de la marmotte…

Mais on sent parfois une pointe d’affection pour quelques auteurs. Ainsi Jean-Pierre Camus, ami de saint François de Sales : « Il a beaucoup écrit contre les moines, dont il détestait la mollesse et l’oisiveté. Écrivain d’une imagination et d’une fécondité inépuisable, il a produit plus de deux cents volumes. […] Rien de plus étrange, de plus amusant que ce mélange d’amour charnel, d’amour mystique, d’aventures pieuses et scabreuses, de caractères religieux et profanes, d’expressions chastes et risquées, de style sobre et intempérant. Il n’est pas absolument mauvais, mais il serait bien drôle si, sous ce style baroque et de tous morceaux, on ne sentait palpiter un cœur à conscience droite et digne. Son intention est plus chaste que sa plume. »

Ou le Père Vénance Dougados, qu’un désespoir amoureux conduisit au monastère : « Ces vers sont remarquables par leur facilité et l’originalité de la pensée. On sent que les macérations de la discipline n’ont jamais pu triompher des ardeurs de cet amour, d’autant plus puissant, qu’il est davantage combattu. »

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Gay[GAY Jules]

Bibliographie des ouvrages relatifs à l’amour, aux femmes, au mariage, contenant les titres détaillés de ces ouvrages, les noms des auteurs, un aperçu de leur sujet, leur valeur et leur prix dans les ventes, l’indication de ceux qui ont été poursuivi ou qui ont subi des condamnations, etc., par M. le C*** d’I***.

Paris, Gay, 1864, seconde édition, revue, corrigée et considérablement augmentée, notamment d’un index alphabétique.
Un volume broché 22 x 14 cms. VIII pages-810 colonnes.
Volume débroché. Des rousseurs, en particulier au premier cahier, n’empêchant nullement la lecture. Déchirure (recollée) au dernier plat.

120 €

Laporte[LAPORTE Antoine]

Bibliographie clerico-galante ; ouvrages galants ou singuliers sur l’amour, les femmes, le mariage, le théâtre etc. écrits par des abbés, prêtres, chanoines…, par l’apôtre bibliographe

Paris, Laporte, 1879. Un volume 22 x 14 cms. 178 pages.
Demi reliure percaline rouge. Dos à un fleuron. Pièce de titre brune légèrement décollée. Premier plat abimé. Ex-libris. Couverture originale conservée. Texte frais, sans rousseurs.

35 €

L’homme est la nature prenant conscience d’elle-même

Élisée Reclus [1830-1905] était anarchiste. Il était aussi géographe.

Élisée Reclus [1830-1905] était géographe. Il était aussi anarchiste.

Car pour lui, la politique ne peut se concevoir sans prise en compte des rapports entre l’homme et la nature :
« L’homme, cet « être raisonnable » qui aime tant à vanter son libre arbitre, ne peut néanmoins se rendre indépendant des climats et des conditions physiques de la contrée qu’il habite. Notre liberté, dans nos rapports avec la Terre, consiste à en reconnaître les lois pour y conformer notre existence. Quelle que soit la relative facilité d’allures que nous ont conquise notre intelligence et notre volonté propres, nous n’en restons pas moins des produits de la planète : attachés à sa surface comme d’imperceptibles animalcules, nous sommes emportés dans tous ses mouvements et nous dépendons de toutes ses lois. »

Alors qu’est-ce que l’homme ? « L’homme est la nature prenant conscience d’elle-même. »

Et qu’est-ce que la Géographie : « Dans ses rapports avec l’Homme, la Géographie n’est autre chose que l’Histoire dans l’espace, de même que l’Histoire n’est que la Géographie dans le temps. »

Élisée Reclus était aussi prolixe que son domaine d’étude était vaste. Après son premier ouvrage, La Terre, il est embauché par Hachette pour écrire les Guides Joanne (les ancêtres des Guides Bleus), puis se lance dans son grand œuvre, la Nouvelle Géographie Universelle : vingt-deux ans pour l’écrire, 1061 livraisons, soit 19 volumes de 800 à 900 pages chacun.

05679_1L’Homme et la terre est achevé juste avant sa mort. C’est la synthèse de ses études et de sa pensée, qui brosse l’histoire de toutes les activités humaines sur tous les continents, et tente d’en dégager des idées générales.

Ainsi ce qu’il appelle la Géographie sociale, et qu’il résume en trois faits majeurs :
« La première catégorie d’événements que constate l’historien nous montre comment, par l’effet d’un développement inégal chez les individus et dans les sociétés, toutes les collectivités humaines se dédoublent pour ainsi dire en classes ou en castes, non seulement différentes, mais opposées d’intérêts et de tendances, même franchement ennemies dans toutes les périodes de crise.

Le deuxième fait collectif, conséquence nécessaire du dédoublement des corps sociaux, est que l’équilibre rompu d’individu à individu, de classe à classe, se balance constamment autour de son axe de repos  : le viol de la justice crie toujours vengeance. De là d’incessantes oscillations. Ceux qui commandent cherchent à rester les maîtres, tandis que les asservis font effort pour reconquérier leur liberté.
Le troisième groupe de faits nous atteste que nulle évolution dans l’existence des peuples ne peut être créée si ce n’est par l’effort individuel. La société libre s’établit par la liberté fournie dans son développement complet à chaque personne humaine, première cellule fondamentale, qui s’agrège ensuite et s’associe comme il lui plaît aux autres cellules de la changeante humanité. »

Il donne également sa définition personnelle du progrès : « Aménager les continents, les mers et l’atmosphère qui nous entoure, “cultiver notre jardin” terrestre, distribuer à nouveau et régler les ambiances pour favoriser chaque vie individuelle de plante, d’animal ou d’homme, prendre définitivement conscience de notre humanité solidaire, faisant corps avec la planète elle-même, embrasser du regard nos origines, notre présent, notre but rapproché, notre idéal lointain, c’est en cela que consiste le progrès. »

Tout en n’étant pas dupe : « Le fait général est que toute modification si importante qu’elle soit, s’accomplit par adjonction au progrès de régrès correspondants. »

Et en revenant ainsi au Politique : « Le progrès humain se confond avec la solidarité. »

Voire à ce qui ne s’appelait pas encore l’écologie politique : « Dans l’ensemble, les hommes ont travaillé sans méthode à l’aménagement de la Terre. […] C’est donc le hasard qui nous gouverne aujourd’hui. L’humanité n’a pas encore fait l’inventaire de ses richesses et décidé de quelle manière elle doit les distribuer pour qu’elles soient réparties au mieux pour la beauté, le rendement, l’hygiène des hommes. La science n’est pas encore intervenue pour établir à grands traits les parts de la surface terrestre qui conviennent au maintien de la parure primitive et celles qu’il importe d’utiliser diversement, soit pour la production de la nourriture, soit pour les autres éléments de la fortune publique. Et comment pourrait-on demander à la société d’appliquer ainsi les enseignements de la statistique, alors que, devant le propriétaire isolé, devant l’individu qui a le “droit d’user et d’abuser”, elle se déclare impuissante !  »

Avec une définition prémonitoire de la mondialisation : « Le théâtre s’élargit, puisqu’il embrasse maintenant l’ensemble des terres et des mers, mais les forces qui étaient en lutte dans chaque État particulier sont également celles qui se combattent par toute la Terre. En chaque pays, le capital cherche à maîtriser les travailleurs ; de même sur le plus grand marché du monde, le capital, accru démesurément, insoucieux de toutes les anciennes frontières, tente de faire œuvrer à son profit la masse des producteurs et à s’assurer tous les consommateurs du globe, sauvages et barbares aussi bien que civilisés. »

Son optimisme viscéral envers l’Humain l’entraîne parfois vers une forme de mysticisme suranné : « Sous le fourmillement des vibrions acharnés à leur entre-destruction, on sent la tendance générale des choses à se fondre en un corps vivant dont toutes les parties seront en interdépendance réciproque, organisme à l’unisson du rythme universel dans le mécanisme immense.  […] Tout serait en voie de composer un cosmos harmonieux où chaque cellule aurait son individualité, correspondant à une libre travail personnel, et où tous s’engrèneraient mutuellement, chacun étant nécessaire à l’œuvre de tous. Le mécanisme fonctionnerait parfaitement si, par une survivance encore souveraine, chacun ne se croyait tenu d’avoir en main un signe représentatif de son droit à la consommation, c’est-à-dire la pièce d’argent, le « rond » de métal. Acheter et vendre sont encore les mots d’ordre de ceux qui entrent dans la vie, mais des indices précurseurs nous font comprendre déjà que ces mots seront un jour abolis. La Production libre et la Répartition équitable pour tous, telle est la réalisation que nous exigeons de l’avenir. »

Il y a encore du chemin à faire…

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05679_2RECLUS Élisée

L’Homme et la Terre. Édition Originale. 6/6

Paris, Librairie Universelle, 1905-1908. Six volumes 28 x 21 cms. IV-580 + 572 + 639 + 651 + 575 + 579 pages. Nombreuses illustrations et cartes.
Reliure éditeur, dos cuir à 4 faux nerfs (couleurs différentes), plats en percaline verte ornée de filets et motif à froid (une main soutenant le globe terrestre).
Petits frottements extérieurs. Intérieur en excellent état.

300 €

D’autres ouvrages d’Élisée Reclus :

03038RECLUS Élisée

Géographie universelle. L’Europe méridionale : Grèce, Turquie, Roumanie, Serbie, Italie, Espagne et Portugal.

Paris, Hachette, 1876. Un volume 28 x 20 cms. 1012 pages. 73 gravures. 4 cartes en couleur tirées à part et 174 cartes intercalées dans le texte.
Reliure demi basane rouge. Dos à 5 nerfs. Titre, tomaison et fleurons dorés.
Plats frottés, coins émoussés. Mouillures sur les premières pages. Rousseurs sans atteinte au texte.
75 €

03194_1RECLUS Élisée

Géographie universelle : l’Inde et l’Indo-Chine

Paris, Hachette, 1885. Ouvrage contenant 7 cartes en couleurs tirées à part, 203 cartes dans le texte et 84 vues et types gravés sur bois. Un volume 28,5 x 21 cms. 982 pages.
Demi reliure à coins. Dos à 5 nerfs richement orné. Coiffes, coins et mors frottés. Intérieur en excellent état
150 €

03201RECLUS Élisée

Géographie universelle : La France

Paris, Hachette, 1885. Ouvrage contenant 1 grande carte de la France, 10 cartes en couleurs, 69 vues et types gravés sur bois et 234 cartes intercalées dans le texte. Un volume 28,5 x 21 cms. 959 pages.
Demi reliure. Dos à 5 nerfs richement orné un peu frotté. Tranches dorées. Intérieur en excellent état. La grande carte dépliante en fin de volume est recollée.
60 €

Le Désert de Retz, premier jardin anglo-chinois d’Europe

Aucun rapport avec le Cardinal.

C’est un nommé François de Monville qui, en 1774, achète la première parcelle de son futur domaine, dont la surface totale atteindra près de 40 hectares.

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Original, amoureux des jardins, connaisseur des antiquités classiques et des arts de l’Orient, il est aussi architecte, et dessinera de sa main le plan de ce qu’il nomme son Désert.

Il prête une particulière attention aux perspectives qu’offrent les allées qu’il fait tracer, les arbres qu’il fait planter, les bâtiments qu’il fait construire.

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Il y a, entre autres, un temple au dieu Pan, une glacière camouflée en pyramide, un théâtre découvert, une maison chinoise, et une résidence, aux pièces rondes, logée dans ce qui ressemble à une immense colonne ayant volontairement l’aspect d’une ruine.

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Une telle originalité attira du beau monde : Louis XVI et Marie-Antoinette, le duc d’Orléans, la comtesse du Barry, le poète Dorat, le roi de Suède Gustave III, ainsi que Thomas Jefferson, qui aurait voulu s’inspirer de la Colonne pour le futur Capitole à Washington…

Ils passaient tous par le Rocher servant d’entrée : « Côté forêt, la porte est imposante, à l’image de celle d’un ouvrage militaire qui pourrait être soit caserne, soit arsenal. Les bossages dont les crosses sont très fortement prononcées, donnent un aspect rude et peu accueillant. La surprise devait être totale quand on ouvrait les deux battants et que, dans l’axe, occupant tout l’espace laissé libre par le ciel de la voûte, on découvrait la Colonne détruite. Effet de surprise encore quand on se retourne : une grotte naturelle masque la puissante porte et deux satyres, brandissant des torches, vous encadrent. »

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Vendu comme bien national pendant la révolution, le Désert passe entre les mains de différents propriétaires d’abord scrupuleux, jusqu’en 1936, puis totalement négligents. C’est alors qu’il se dégrade fortement, à commencer par la Maison chinoise, complètement ruinée. Quelques travaux de conservation sont imposés par la loi Malraux au début des années 1970.

Ce n’est qu’en 1986 que de nouveaux acquéreurs engagent des travaux de rénovation, bien aboutis aujourd’hui.

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La brochure que nous présentons date de cette époque charnière. Sous forme de 101 questions/réponses, elle brosse l’histoire de Monville, du domaine, de ses constructions, jardins, serres et arbres, et expose la philosophie qui sous-tendra la remise en état.

Une description du Désert de Retz par Jules Roy se trouve sur notre Cartographie littéraire de la France, ici.

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03622_3Société Civile du Désert de Retz

Le Désert de Retz

Croissy-sur-Seine, 1988.
Un volume à l’italienne 21 x 31 cms. 124 pages non numérotées. Nombreuses illustrations et croquis.
Couverture carton fin avec une ouverture circulaire découvrant une illustration. Ouvrage divisé en 4 parties par des onglets.
Très bon état, à l’exception d’une petite trace de mouillure apparaissant sur l’illustration découverte par la couverture.

35 €

Un adversaire de Voltaire (enfin) à sa hauteur

« Le secrétaire juif, nommé Guénée, n’est pas sans esprit et sans connaissances ; mais il est malin comme un singe, il mord jusqu’au sang en faisant semblant de baiser la main », écrivait Voltaire à D’Alembert le 8 décembre 1776.

Pareil compliment n’est pas fréquent de la part du plus grand polémiqueur du XVIIIe siècle.

Celui qui l’a mérité s’appelait Antoine Guénée [1717-1803], dont une biographie se trouve ici, et une bibliographie ici.

Guenee2Il publie en 1769 ses Lettres de quelques juifs portugais, allemands et polonois à M. de Voltaire, avec un petit commentaire extrait d’un plus grand.

« De tous les adversaires de la philosophie, c’est l’abbé Guénée qui est le mieux armé en guerre ; très instruit, dialecticien souple et adroit, et, ce qui est rare dans son camp, bon écrivain et fin railleur, il semble avoir appris la controverse chez les théologiens anglais qu’il cite souvent et l’ironie chez Voltaire lui-même, dont il arrive parfois à attraper le ton badin, le style vif et alerte.
Ce n’est pas un mince honneur, pour l’abbé Guénée, d’avoir si bien su jouter contre le plus grand moqueur du siècle que plus d’une fois il mit les rieurs de son côté. […] Dans ses plaisanteries, comme d’ailleurs dans les critiques sérieuses qu’il fait du Dictionnaire philosophique, Guénée ne se départ jamais de la plus parfaite urbanité : en cela encore il pouvait en remontrer à Voltaire. Ses Lettres obtinrent un très grand et très légitime succès : elles eurent en France de nombreuses éditions et elles furent traduites en allemand et en anglais ; Chateaubriand le connaissait et, de nos jours encore, on ne les lit pas sans plaisir », écrit Louis Ducros dans Les Encyclopédistes (un des meilleurs ouvrages sur le sujet).

« Guénée ne déclame point quand il faut raisonner ; il presse son adversaire sans le harceler, et le confond sans l’insulter », résume la Notice de l’édition Dufour.

Le prétexte des Lettres de quelques Juifs… est habile : il s’agit, prétend-on, d’améliorer la nouvelle édition de ses œuvres que Voltaire avait annoncé préparer, en rectifiant « les erreurs qui s’y étaient glissées. »
Tout en s’attendant à quelque réplique : les auteurs des Lettres  « n’ignorent pas combien il [Voltaire] est sensible à la contradiction, et ils aiment à croire son cœur honnête, lors même que sa bouillante et impétueuse imagination l’emporte au-delà des bornes, qu’il se prescrirait sans doute, dans des moments plus calmes. »

L’ouvrage est anonyme, comme très souvent à cette époque où l’on pouvait être banni et voir ses œuvres brûlées si elles déplaisaient.
Mais anonymat ne signifiait pas forcément incognito, et les pseudonymes plus ou moins fantaisistes qu’utilisait Voltaire ne trompaient personne. Pas plus Guénée que les autres, qui évoque « cette foule d’écrits furtifs qu’on ose vous attribuer ; enfants malheureux supposés par l’envie, ou jugés par leur propre père indignes de porter son nom. »

Le jeu de rôle qui structure l’ouvrage est non moins habile que son prétexte. Ces Lettres sont soit disant écrites par des juifs de tous les pays, mais commentées par un chrétien, par l’éditeur, et par les auteurs. Bien entendu, c’est Guénée qui tient tous ces rôles à la fois, ce qui lui permet, l’air de ne pas y toucher, de se livrer à une charge parfois féroce, et à une démolition en règle des assertions de Voltaire. En fait, les notes sont aussi importantes que le texte – sinon plus.

  • « Vous savez, Monsieur, que je suis grand admirateur [des ouvrages de Voltaire], que je regarde comme une Bibliothèque Encyclopédique (2).
    (2) Nous ne savons si cet éloge est digne de M. de Voltaire : jusqu’ici il n’a été donné à personne de parler de tout, et d’en parler bien. La sphère de l’esprit humain a des bornes : au-delà de ces limites, il perd toujours en profondeur ce qu’il gagne en superficie. Éditeur.
  • « Si M. de Voltaire, dans l’immensité de ses connaissances, avait mis la Langue Hébraïque (1)…
    (1) L’auteur ne pouvait reprocher plus poliment à M. de Voltaire l’ignorance de la Langue sainte. Éditeur. »
  • « (1) Ce passage suffit pour répondre à l’Auteur de la Philosophie de l’Histoire. Avancer le contraire, c’est évidemment entendre mal le texte. Auteur. »
  • « (1) Si les contradictions déplaisent à quelques Lecteurs, elles sont très utiles à quelques Écrivains. Ils en retirent au moins cet avantage qu’il faut qu’ils aient raison, soit quand ils nient, soit quand ils affirment. Auteur. »
  • « (2) Il parait que M. de Voltaire change de principes comme les Corsaires changent de pavillon, selon l’ennemi auquel ils veulent échapper ou qu’ils veulent surprendre. Cette manœuvre peut être utile ; mais est-elle savante ? Est-ce là trancher la vérité et non la dispute ? Éditeur. »
  • « (1) Dieu nous préserve de soupçonner la sincérité de M. de Voltaire ! Nous croyons seulement qu’en compilant ces objections, il a pu confondre avec d’autres les noms des écrivains qu’il copiait. Auteur. »
  • « (2) Si M. de Voltaire suit ses principes, s’il tient les Juifs pour ses frères, comme hommes ; et pour ses pères, comme Juifs, il faut avouer que ce grand homme traite durement sa famille. Chrétien. »

Ce jeu avec les notes permet également à Guénée d’exprimer des positions « avancées » pour son temps et pour son école de pensée :

  • « En croyant les Juifs dans un aveuglement coupable, les Chrétiens ne s’estiment pas en droit de les outrager, ils les plaignent. Tels sont du moins les sentiments de ceux qu’anime le véritable esprit du Christianisme. Chrétien. »
  • « Aussi n’est-ce pas l’esprit de la Religion Chrétienne que nous avons à craindre : l’envie, l’avarice, la faute politique, etc., couverts du manteau de la Religion, voilà nos vrais ennemis. Éditeur. »

Guenee4

Après les Lettres qui répondent à Voltaire d’une manière, disons générale, vient un Petit commentaire extrait d’un plus grand à l’usage de M. de Voltaire et de ceux qui lisent ses Œuvres, qui effectue une critique ligne à ligne de certaines des Questions sur l’Encyclopédie.

Guenee3C’est toujours aussi bien envoyé : « En commentant Corneille, vous avez fait honneur et ajouté un nouveau prix à ses ouvrages. En commentant les vôtres, aurions-nous le bonheur de contribuer à leur perfection ? Nous ne nous attacherons point ici à relever les beautés dont vos Écrits étincellent partout : malheur à ceux qui ne pourraient les apercevoir qu’à l’aide d’un Commentaire ! Nous croyons travailler plus utilement à votre gloire, en vous mettant sous les yeux les petites inadvertances qui vous ont échappées sur des matières qui nous intéressent, et dont vous parlez quelquefois sans les avoir assez approfondies. Vous aimez trop la vérité, pour vous irriter contre ceux qui vous la montrent avec le respect et les égards qui vous sont dus. »

Guénée retourne contre Voltaire son plaidoyer pour la tolérance : « Nous avons parcouru d’abord votre Traité de la Tolérance avec l’empressement que le titre seul devait inspirer à des hommes d’une Religion qui n’est nulle part la dominante, et qu’on ne tolère qu’à peine dans la plupart des États. Quelle a été notre surprise, lorsque dans un Écrit, qui n’annonce que des vues de douceur et d’humanité, que le dessein de resserrer de plus en plus les liens de bienveillance, qui devraient unir tous les hommes, nous vous avons vu traiter notre Nation, nos Livres sacrés, et tout ce qui nous est cher, d’une manière si opposée au caractère d’équité et de modération dont vous vous parez ? Aurions-nous cru devoir trouver tant de prévention et tant de haine contre un peuple malheureux, dans l’Ouvrage d’un Philosophe conciliateur et ami du genre humain ! »

Tout en ne mâchant pas ses mots, comme par exemple quand il qualifie certain passage de Voltaire d’« imputation la plus odieuse », quand il le traite de « vieillard » ou de « juge éclairé, mais partie. » En synthèse : « Nous aimons la vérité et vous n’aimez pas la contradiction ; nous aurions de la peine à vivre ensemble. »

Si ses attaques font souvent mouche, c’est parce que Guénée a étudié attentivement tous les ouvrages de Voltaire, y compris les libelles anonymes, et se fait un malin plaisir de les comparer entre eux, pour y relever des contradictions. Il sait aussi utiliser à bon escient des références à Montesquieu ou à… Rousseau.

Nous ne nous lancerons pas dans une étude sur l’antijudaïsme de Voltaire, qui s’attaque à ce qu’il considère comme superstition dans la religion juive, comme il le fait pour le christianisme et pour l’islam (par exemple avec sa tragédie Mahomet).
Ni dans les arguments que développe Guénée en réponse.

Nous ne disposons que de deux des trois volumes de cet ensemble mais, sauf pour les passionnés de ce que l’on pourrait appeler les débats techniques, ils sont plus que suffisants pour découvrir – et apprécier à leur juste valeur – tous les moyens, nous n’oserons pas dire, presque démoniaques, qu’emploie Guénée pour envelopper et tenter de circonvenir son adversaire.

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01697_1GUÉNÉE Antoine

Lettres de quelques juifs portugais, allemands et polonois à M. de Voltaire, avec un petit commentaire extrait d’un plus grand. 2/3

Paris, Moutard, 1781, 5e édition, revue, corrigée et considérablement augmentée.
Deux volumes (tomes I et II) 20 x 12,5 cms. XXXII-542 + 498 pages. Pleine reliure du temps. Dos à cinq nerfs, caissons ornés, pièces de titre et de tomaison. Tranches jaspées.
Coiffes frottées, en particulier au tome I. Intérieur frais.

90 €

Cyrano chante clair !

Mais comment fait-il pour être à la fois lyrique, poétique, et comique ?

C’est toute l’alchimie d’Edmond Rostand, qui éclate dans Cyrano de Bergerac et dans Chantecler.

On ne présente plus Cyrano, mélange de matamore et d’amoureux transi, qui sacrifie son amour pour Roxane, qu’elle ne devinera qu’à sa mort.

Ni Chantecler, le coq persuadé que son chant à lui seul fait se lever le soleil.

Rostand a le génie de la rime, et son vers se fait souvent cocasse :

  • dogue / psychologue
  • Reims / sempervirens
  • Kant / estomaquant
  • vésicule / ridicule
  • sapristi / travesti
  • Io / proprio
  • lapidaire / hebdomadaire
  • espérance / protubérance
  • coagule / virgule
  • solitaire / lépidoptère

Il renouvelle complètement l’alexandrin, le tordant dans tous les sens.

Cela va de la désintégration :

La Poule blanche
C’est vrai !
Le Poussin, cherchant toujours
Cali…
Le Dindon, pour l’aider
Gu ?…
Le Poussin
Gu…
Le Pigeon
Poule, est-ce vrai…
Le Poussin, bondissant de joie d’avoir trouvé
Gula !

À la totale condensation :

Kaléidoscopiquement cosmopolite

Mais sans sacrifier l’alexandrin classique, et sa fonction d’exhortation :

Sache qu’il faut savoir ne pas finir, en art !

Comme il sait indiquer que les haines de races
Ne sont jamais que des haines de places !

Ces deux fléaux qui sont les plus tristes du monde :
Le mot qui veut toujours être le mot d’esprit,
Le cri qui veut toujours être le dernier cri !

Le mal, pour commencer, prend un petit modèle.
Ne prends pas des essais pour des diminutifs :
L’âme des coutelas rêve dans les canifs.

Quand on sait regarder et souffrir, on sait tout.
Dans une mort d’insectes on voit tous les désastres.
Un rond d’azur suffit pour voir passer les astres…

Il faut savoir mourir pour s’appeler Gavroche !

Il n’est de grand amour qu’à l’ombre d’un grand rêve !
Je n’oublierai jamais la noble forêt verte
Où j’appris que celui qui voit son rêve mort
Doit mourir tout de suite ou se dresser plus fort !

Ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul !

Mais on ne se bat pas dans l’espoir du succès !
Non ! non ! c’est bien plus beau lorsque c’est inutile !

Mais un humour toujours présent accompagne le message. Là où un auteur classique se serait contenté d’écrire :

Car sais-tu ce qui vaut de vivre uniquement ?
L’effort ! qui rend sacré l’être le plus infime !

Rostand ajoute sa touche de burlesque :

Chantecler
Car sais-tu ce qui vaut de vivre uniquement ?
Le merle
Oh ! non, n’élevons pas le débat, c’est plumant !
Chantecler
L’effort ! qui rend sacré l’être le plus infime !

Il ne recule pas devant les calembours :

  • Un doigt de… basse-cour
  • Un coq trop en pâte
  • Les quilles au corset sanglé, ces belles filles,
    Dont le chien, mal reçu, dérange les quadrilles.
  • Ah ! qu’importe le pot pourvu qu’on ait l’ivresse ?
  • L’éminence qui grise

Quant aux morceaux de bravoure, ils sont immortels.

Ainsi la tirade de Cyrano sur son nez :

21211_1En variant le ton, – par exemple, tenez :
Agressif : « Moi, monsieur, si j’avais un tel nez,
Il faudrait sur-le-champ que je me l’amputasse ! « 
Amical : « Mais il doit tremper dans votre tasse
Pour boire, faites-vous fabriquer un hanap ! « 
Descriptif : « C’est un roc ! … c’est un pic ! … c’est un cap !
Que dis-je, c’est un cap ? … C’est une péninsule ! « 
Curieux : « De quoi sert cette oblongue capsule ?
D’écritoire, monsieur, ou de boîte à ciseaux ? « 
Gracieux : « Aimez-vous à ce point les oiseaux
Que paternellement vous vous préoccupâtes
De tendre ce perchoir à leurs petites pattes ? « 
Truculent : « Ça, monsieur, lorsque vous pétunez,
La vapeur du tabac vous sort-elle du nez
Sans qu’un voisin ne crie au feu de cheminée ? « 
Prévenant : « Gardez-vous, votre tête entraînée
Par ce poids, de tomber en avant sur le sol ! « 
Tendre : « Faites-lui faire un petit parasol
De peur que sa couleur au soleil ne se fane ! « 
Pédant : « L’animal seul, monsieur, qu’Aristophane
Appelle Hippocampéléphantocamélos
Dut avoir sous le front tant de chair sur tant d’os ! « 
Cavalier : « Quoi, l’ami, ce croc est à la mode ?
Pour pendre son chapeau, c’est vraiment très commode ! « 
Emphatique : « Aucun vent ne peut, nez magistral,
T’enrhumer tout entier, excepté le mistral ! « 
Dramatique : « C’est la Mer Rouge quand il saigne ! « 
Admiratif : « Pour un parfumeur, quelle enseigne ! « 
Lyrique : « Est-ce une conque, êtes-vous un triton ? « 
Naïf : « Ce monument, quand le visite-t-on ? « 
Respectueux : « Souffrez, monsieur, qu’on vous salue,
C’est là ce qui s’appelle avoir pignon sur rue ! « 
Campagnard : « Hé, ardé ! C’est-y un nez ? Nanain !
C’est queuqu’navet géant ou ben queuqu’melon nain ! « 
Militaire : « Pointez contre cavalerie ! « 
Pratique : « Voulez-vous le mettre en loterie ?
Assurément, monsieur, ce sera le gros lot ! « 
Enfin parodiant Pyrame en un sanglot :
« Le voilà donc ce nez qui des traits de son maître
A détruit l’harmonie ! Il en rougit, le traître ! « 
– Voilà ce qu’à peu près, mon cher, vous m’auriez dit
Si vous aviez un peu de lettres et d’esprit.
Mais d’esprit, ô le plus lamentable des êtres,
Vous n’en eûtes jamais un atome, et de lettres
Vous n’avez que les trois qui forment le mot : sot !

Et le discours de Chantecler aux coqs de parade, déjà génétiquement modifiés :

21210_1… Oui, Coquards cocardés de coquilles,
Coquardeaux, Coquebins, Coquelets, Cocodrilles,
Au lieu d’être coquets de vos cocoricos,
Vous rêviez d’être, ô Coqs ! de drôles de cocos !
Oui, Mode, pour que d’eux tu t’emberlucoquasses,
Coquine ! ils n’ont voulu, ces Coqs, qu’être cocasses !
Mais, coquins, le cocasse exige un Nicolet !
On n’est jamais assez cocasse quand on l’est !
Mais qu’un Coq, au coccyx, ait plus que vous de ruches,
Vous passez, Cocodès, comme des coqueluches !
Mais songez que demain, Coquefredouilles ! mais
Songez qu’après-demain, malgré, Coqueplumets !
Tous ces coqueluchons dont on s’emberlucoque,
Un plus cocasse Coq peut sortir d’une coque,
– Puisque le Cocassier, pour varier ses stocks,
Peut plus cocassement cocufier des Coqs ! –
Et vous ne serez plus, vieux Cocâtres qu’on casse,
Que des Coqs rococos pour ce Coq plus cocasse !

Mais la poésie ne disparait pas :

Un baiser, mais à tout prendre, qu’est-ce ?
Un serment fait d’un peu plus près, une promesse
Plus précise, un aveu qui veut se confirmer,
Un point rose qu’on met sur l’i du verbe aimer ;
C’est un secret qui prend la bouche pour oreille,
Un instant d’infini qui fait un bruit d’abeille,
Une communion ayant un goût de fleur,
Une façon d’un peu se respirer le cœur,
Et d’un peu se goûter, au bord des lèvres, l’âme !

Ni l’art du portrait croqué :

  • Le papillon :
    On prend un W qu’on met sur un Y..
  • Le coq :
    Vous prenez un melon, de Honfleur, pour le torse.
    Pour les deux jambes, deux asperges, d’Argenteuil.
    Pour la tête, un piment, de Bayonne. Pour l’œil,
    Une groseille, de Bar-le-Duc. Pour la queue,
    Un poireau, de Rouen, tordant sa gerbe bleue.
    Pour l’oreille, ô Soissons ! un petit haricot.
    Ça y est ? C’est un coq !

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Nous proposons également L’Aiglon : Le fils de Napoléon et de Marie-Thérèse d’Autriche vit de rêves et d’hésitations, comme Hamlet. Mais dans un miroir, il découvre qu’il est l’héritier du sang dégénéré des Habsbourg, bien plus que de celui de son père.

Musardises
« Des vers gais, riants, alertes, simples, verdissants, des poèmes très ingénieux, la plupart exquis déjà de prestesse, de désinvolture et d’une sentimentalité légère, mousseuse et capiteuse. » dira Émile Faguet.
Des extraits figurent sur notre Cartographie littéraire de la France, ici.

La Samaritaine : Jésus convertit la libertine Photine, et dans cette pièce mystique, Rostand remet en vers la parabole du Bon Samaritain et le Notre-Père.

La Princesse lointaine : Joffroy, troubadour provençal, s’est épris de Mélissinde en entendant les descriptions qu’en font les pèlerins revenant de Jérusalem. Malade, il décide de partir la voir avant de mourir…

  • Oui, tous les grands amours travaillent pour le ciel.
  • On finit par aimer tout ce vers quoi l’on rame.

21212_1_ _ _ _ _ _ _

21208_2ROSTAND Edmond

Les Musardises – Le Bois sacré. – Les Romanesques. Précédés de La Vie et l’œuvre d’Edmond Rostand par Émile Faguet. Illustrations en couleurs et en noir dans le texte et hors texte de MM. Brouillet, Calbet, Gorguet, Lelong, Macchiati, Orazi et Zier. Portrait par Lévy-Dhurmer

Paris, Pierre Lafitte, collection Œuvres complètes illustrées d’Edmond Rostand, sans date [1911, date BNF].
Un volume 30 x 22 cms. XX-194-XIX-100 pages.
Reliure éditeur, dos à motifs en long, plats avec motifs à froid et titres en doré.
Reliure frottée avec manque en coiffe. Intérieur impeccable.
20 € + port

21209_2ROSTAND Edmond

L’Aiglon, drame en six actes, en vers. Illustrations en couleurs et en noir dans le texte et hors texte de MM. François Cormon, Jean-Paul Laurens, Antonio de La Gandara, Gaston Latouche et O.-D.-V. Guillonnet.

Paris, Pierre Lafitte, collection Œuvres complètes illustrées d’Edmond Rostand, sans date [1910, date BNF].
Un volume 30 x 22 cms. 339 pages.
Reliure éditeur, dos à motifs en long, plats avec motifs à froid et titres en doré.
Quelques frottements sur la reliure. Intérieur impeccable malgré le ressaut d’un cahier.
25  € + port

21210_2ROSTAND Edmond

Chantecler, pièce en quatre actes, en vers. Illustrations en couleurs et en noir, dans le texte et hors texte, de MM. Tattegrain, Devambez, Guillonnet, Orazi et Georges Scott.

Paris, Pierre Lafitte, collection Œuvres complètes illustrées d’Edmond Rostand, sans date [1910, date BNF].
Un volume 30 x 22 cms. 268 pages.
Reliure éditeur, dos à motifs en long, plats avec motifs à froid et titres en doré.
Quelques frottements sur la reliure. Intérieur impeccable malgré une tache d’encre en haut de la page de garde.
25 € + port

21211_2ROSTAND Edmond

Cyrano de Bergerac, comédie héroïque en cinq actes, en vers. Illustrations en couleurs et en noir, dans le texte et hors texte, de MM. François Flameng, Albert Besnard, Aug.-F. Gorguet et Paul-Albert Laurens

Paris, Pierre Lafitte, collection Œuvres complètes illustrées d’Edmond Rostand, sans date [1910, date BNF].
Un volume 30 x 22 cms. 268 pages.
Reliure éditeur, dos à motifs en long, plats avec motifs à froid et titres en doré.
Quelques frottements sur la reliure. Intérieur impeccable.
25 € + port

ROSTAND Edmond

21212_2La Princesse lointaine – La Samaritaine. Illustrations en couleurs et en noir, dans le texte et hors texte, de MM. Luc-Olivier Merson, A.-F. Gorguet, Georges Rochegrosse, Lévy-Dhurmer

Paris, Pierre Lafitte, collection Œuvres complètes illustrées d’Edmond Rostand, sans date [1910, date BNF].
Un volume 30 x 22 cms. 124-107 pages.
Reliure éditeur, dos à motifs en long, plats avec motifs à froid et titres en doré.
Quelques frottements sur la reliure. Intérieur impeccable.
25  € + port

Les cinq volumes ensemble : 100 €

Voyage dans le Japon de 1876

Isidore Eggermont [1844-1923], diplomate belge, est en poste au Japon en 1876-1877.

Il en profite pour le parcourir de long en large, et nous livre un journal de voyage à la fois enlevé et précis, qui brosse un portrait détaillé de ce pays à peine ouvert aux étrangers.

Les femmes japonaises
« Les formes de leur corps fluet, mais élégant, s’estompent, noyées sous le flot de plusieurs robes superposées, brochées ou brodées, dont les couleurs vives et tranchantes se marient avec art ; les ors éclatants, les bleus saphir, les verts véronèse, les rouges carminés, les nuances feu s’assemblent, se confondent ou se heurtent dans autant de dissonances harmonieuses d’une intensité toute vénitienne. Et tandis que leur ample tunique de soie est maintenue fermée au moyen d’une large ceinture de foulard appelée obi, laquelle vient se nouer sur la croupe, en forme de pouf agaçant, leurs noires chevelures, piquées d’épingles d’or, luisantes d’huile fine et saturées de parfums, constituent tout un poème de séduction. »

Eggermont3

La bibliothèque tournante d’Asaksa
« Une construction assez insignifiante et de forme carrée, attenant à la pagode, abrite le Rinzo. On désigne sous ce nom une sorte de « bibliothèque tournante », dont les rayons renferment les six mille sept cent soixante et onze volumes qui constituent, dans leur ensemble, toutes les Écritures bouddhistes. Comme il serait impossible à chaque croyant de parcourir cette collection touffue d’un bout à l’autre, il est attribué des mérites équivalents à celui qui fait tourner la bibliothèque trois fois sur elle-même. Rien n’est d’ailleurs plus facile que cette manœuvre. Il suffit d’imprimer à la vaste machine, haute d’au moins quatre mètres et large de trois, une impulsion un peu vigoureuse pour la faire se mouvoir comme un tourniquet à macarons.
La bibliothèque tournante d’Asaksa est recouverte de laque rouge dans la partie supérieure et de laque noire dans la partie inférieure. Le pivot central repose sur un socle de pierre refouillé en forme de lotus épanouis. » [Malheureusement, aucune gravure ne complète cette description]

Eggermont2

L’art des bouquets
« Qu’il s’agisse de disposer dans un vase soit quelque branche d’arbuste ou de scion, soit quelque plante vivace ou même quelque plante annuelle, on est tenu, par tradition ou par simple courtoisie, d’appliquer à ces singuliers arrangements les règles d’un code très complet.
Deux grandes divisions, les ki (plantes ligneuses) et les kousa (plantes herbacées) sont dans l’espèce, les premiers points à observer. Ainsi, une branche d’arbre (ki) ne saurait être encadrée symétriquement par des tiges de plantes (kousa), ou vice versa. Une mauvaise combinaison, par exemple, serait de placer un iris (kousa) entre une azalée (ki) et un camélia (ki). Pour bien faire, il faudrait mettre ou l’azalée ou le camélia au milieu et remplacer l’un ou l’autre par un iris.  De même, on jugerait incorrect de dresser un bambou (kousa) entre une branche de sapin (ki) et une branche de prunier (ki).
Toutefois, il est encore d’autres prescriptions à observer. Bien qu’en général le pétale blanc, à quelque fleur qu’il appartienne, soit considéré comme occupant le premier rang dans l’ordre hiérarchique, on admet certaines exceptions à cette règle : dans le chrysanthème, c’est le jaune qui tient la tête ; dans la fleur de pêcher, c’est le rose tendre ; dans l’iris, le pourpre ; dans le camélia, le rouge ; dans la pivoine, l’écarlate ; dans le convolvulus, le bleu foncé, etc. – De plus, toute couleur présente une signification particulière, chacune d’elle étant même classée par sexes, comme dans la poésie décadente de nos modernes stylistes. Ainsi le rouge, le pourpre, le rose (ô mystère !) sont de sexe mâle, tandis que le bleu, le jaune, le blanc seraient de sexe féminin.
Enfin, conformément à une règle immuable, qu’on dirait empruntée au langage symbolique des poètes persans, le blanc exprime l’élégance ; le bleu, la grâce ; le jaune, la splendeur ; le rouge, la beauté ; le pourpre, la modestie. »

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Le passage de l’Impératrice
« En repassant par les rues d’Odawara, j’y constate un déploiement de drapeaux tout à fait inusité. On m’apprend alors que l’impératrice, en se rendant à Kioto, passera par la ville, où elle logera cette nuit. C’est pour cette raison qu’on travaille si assidûment à réparer le Tokaïdo. La route est sablée sur une grande étendue. Toutes les inégalités ont été soigneusement aplaties. […]
Voici déjà les bagages, en quantités innombrables et recouverts de draperies en soie verte ou noire avec l’écusson impérial tout en blanc ! Ces bagages sont placés en partie sur des charrettes à bras, en partie confiés à des coolies qui les portent tout bonnement suspendues à de grosses perches de bambous. Puis viennent de nombreux djinrikchas occupés par des personnages à l’air important et que dans mon for intérieur, au risque de les déprécier, je prends pour les domestiques de Sa Majesté. […]
Enfin l’impératrice apparaît. Elle se tient assise, les jambes repliées, dans un norimon rouge dont les stores, formés de nattes très fines, sont soigneusement baissés. Tout ce que je puis distinguer, malgré la persistance et la fixité de mes regards, c’est que Sa Majesté s’évente complaisamment. […]
Une escorte de yakounins et de porteurs de rechange ferme la marche. En somme, c’est un défilé interminable de gens éparpillés presque au hasard et s’avançant au pas, dans le plus profond silence. […] Autrefois, le peuple entier se serait prosterné le nez dans la poussière. Aujourd’hui, on ne se livre plus à aucune démonstration. C’est par ordre exprès du Mikado qu’on a renoncé à rendre à la famille souveraine des hommages qui tenaient de l’adoration. »

Le Temple d’Ichiyama
« Nous voici parvenus à l’entrée du temple d’Ichiyama. Conformément à l’usage, il apparaît défendu par les monstres légendaires qu’on rencontre à la porte de tout sanctuaire bouddhiste. Immédiatement après se présente une longue avenue, dallée en son milieu et bordée de momidjis, espèce particulière d’érables. Cette avenue conduit à trois escaliers. Le plus grand possède une série de soixante-six marches, coupées par un palier. Il est spécialement attribué au sexe fort. Le deuxième, formé de degrés plus larges et plus commodes, est réservé aux femmes. Au delà de ces deux rampes, de construction spéciale, est un troisième escalier où hommes et femmes, après être montés séparément, ont tout le loisir de se rencontrer pour la descente. […]
Une véritable surprise nous attend de la plate-forme où nous accédons. Tout autour du parvis qui s’étend devant le temple proprement dit, plusieurs petits sanctuaires, disséminés au hasard, se détachent sur un fond de roches noires de l’aspect le plus fantastique. On dirait des êtres monstrueux, sculptés dans une table polie, tant ils se détachent, comme en haut-relief, sur le basalte qui leur sert de repoussoir. Tout au-dessus de ces rochers, se dresse la montagne à pic, couverte de bois, et sur laquelle se penchent gracieusement de jolies petites chapelles faisant risette aux sanctuaires placées en contre-bas. Cet ensemble est magique. »

Eggermont1

La Table des matières détaillée et quelques autres illustrations se trouvent ici.

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03431EGGERMONT I.

Autour du globe, le Japon. Ouvrage illustré de nombreuses gravures, de plans et de cartes.

Paris, Librairie Charles Delagrave, 1900.
Un volume broché 31 x 23 cms. 522 pages. Couverture rouge illustrée en noir et or, rempliée.
Dos lisse avec petit manque. Couverture renforcée par un dos lisse et muet (réparation récente). Intérieur en excellent état.

150 €