Conrad le corsaire

timbre byron grècePassionné et hautain, fougueux, excessif dans la haine et dans l’amour, champion du faible contre le fort, d’une fierté intraitable, mélancolique devenu misanthrope, Byron [1788-1824] poussa à l’extrême le paroxysme des sentiments, et devint ainsi le père des romantiques de 1830.

Dans son poème en trois chants Le Corsaire, publié en 1814, il met en scène Conrad, « homme de solitude et de mystère, que l’on ne voit presque jamais sourire et plus rarement soupirer ; dont le nom seul intimide les plus hardis de sa troupe, et teint leurs visages basanés d’une couleur plus pâle, sait gouverner leurs âmes avec cet art du commandement qui éblouit, dirige et fait trembler les courages vulgaires. […] Les lignes profondes de ses traits et la couleur changeante de son visage faisaient naître parfois dans ceux qui l’approchaient un inexplicable embarras, comme si, dans la sombre profondeur de cette âme, eussent été renfermés des sentiments redoutables et indéfinis. »

Conrad quitte l’île qui lui sert de repaire, malgré les prières de Médora, sa compagne. Il veut déjouer la prochaine attaque du Sultan Seyd, en le surprenant dans sa capitale. Déguisé en derviche, il est introduit près du Sultan, tandis que sa troupe incendie ses navires et son palais.

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D’abord victorieux, les pirates sauvent des flammes les pensionnaires du harem, Conrad se chargeant de Gulnare, la favorite du Sultan ; mais il est finalement capturé.

Promis à la torture, il ne lui reste qu’à regretter Médora : « Il serait inutile de peindre les sentiments qu’il éprouve ; — il serait même douteux si lui-même en avait connaissance. Il est une lutte, un chaos dans l’âme : c’est lorsque tous ses éléments sont en convulsions, — sont confondus, — qu’ils se heurtent avec une sombre et puissante énergie, en grinçant les dents d’un impénitent remords, ce démon décevant — qui n’avait pas encore élevé la voix, — mais qui crie maintenant : « Je t’avais averti ! » lorsque l’œuvre est consommée. Voix inutile ! l’âme qui se consume sans être domptée peut se tordre, – se révolter , — le faible seul se repent ! même à cette heure solitaire, lorsque les sentiments se foulent, et que l’âme se révèle à elle-même ! avec tous les souvenirs du passé, — sans qu’aucune passion , aucune pensée dominante s’empare souverainement d’elle, en lui dérobant les autres. Mais la sombre et déserte perspective de l’âme qui passe en revue ses souvenirs du passé, — souvenirs qui se précipitent à travers mille issues ; les rêves expirants de l’ambition, les regrets de l’amour, la gloire en danger, la vie elle-même emprisonnée ; les joies non goûtées, le mépris ou la haine contre ceux qui triomphent de notre destinée de misères ; le passé sans espérance, l’avenir qui s’avance avec trop de rapidité pour penser à l’enfer ou au ciel ; les actions, les pensées, les paroles peut-être jamais rappelées d’une manière si aiguë jusqu’à cet instant, bien que jamais oubliées ; choses légères ou charmantes dans leur temps, mais maintenant offertes comme des crimes à l’austère réflexion ; le sentiment flétrissant du mal non révélé, non moins dévorant pour avoir été plus caché ; tout, en un mot, tout ce qui peut faire reculer d’effroi, ce sépulcre ouvert, le cœur mis à nu,  où sont ensevelies tant de douleurs, étalent leurs misères , jusqu’à ce que l’orgueil se réveille pour arracher ce miroir à l’âme — et le brise. »

Mais Conrad reçoit dans sa prison la visite de Gulnare, qui lui avoue son amour. Elle promet de le faire évader, s’il assassine le Sultan. Conrad refusant de s’attaquer à un ennemi endormi, c’est Gulnare qui le tue pendant son sommeil : « Sur le front de Gulnare – inconnue par elle – oubliée – sa main précipitée a laissé – une tache légère. […] Cette goutte de sang, cette légère mais criminelle tache a fait disparaître tous les charmes de cette beauté ! Le sang qu’il a vu, – il aurait pu le voir couler sans émotions ; – mais alors c’eût été dans le combat, ou versé par une main d’homme ! »

Corsaire3De retour dans son île, Conrad découvre que Médora, le croyant perdu, s’était donné la mort : « Le cœur de Conrad était formé pour la douceur , — mais il fut emporté violemment dans l’inconduite. Trahi de trop bonne heure, et trompé trop longtemps, ses sentiments les plus purs, – comme les gouttes d’eau qui tombent et se durcissent dans la grotte, s’étaient durcis de même, moins clairs peut-être que les stalactites, après avoir passé par les filtres terrestres, mais enfin écoulés, glacés et pétrifiés. Cependant les tempêtes sont arrivées, et la foudre a brisé le rocher de glace ; si son cœur est semblable, il s’est brisé sous le choc de la foudre. »

Alors il disparaît.

« C’est un torrent qui bouillonne, mais que des rocs endiguent. Ce sont ses chagrins, ses révoltes, ses voyages, à peine transformés et arrangés, que Byron met dans ses vers. Il n’invente pas, il observe ; il ne crée pas, il transcrit. » a observé fort justement Hyppolite Taine.

Homme des tempêtes et de la Grèce (il y a dans Le Corsaire une tempête digne de Victor Hugo et un lever de soleil éblouissant sur Athènes), Byron aurait sans nul doute voulu vivre la vie de Conrad, même et y compris sa fin.

Écrit en vers, Le Corsaire est ici traduit en prose scandée par Paul Laurencin (sans que son nom n’apparaisse).

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21182_1Corsaire2BYRON

Le Corsaire – Lara. Illustrations de Gambard et Mittis.

Paris, Dentu, Petite Collection Guillaume, 1892. Un volume 13,5 x 7,5 cms. 222 pages. Illustrations in et hors texte.
Demi reliure plus récente, dos lisse et pièce de titre. Signet. L’ensemble est comme neuf.

30 € + port

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