L’Italie en 1899

carriole

« Un voyage en Italie entraîne généralement deux impressions bien distinctes et nettement caractérisées :

  • La première est toute de la vie intime ; c’est le souvenir des délicieuses flâneries dans la rue, sur la place publique, dans les carrefours les plus retirés et les plus obscurs, là où est le vrai peuple ; c’est la vie en plein vent du Napolitain, la tarentelle dansée sur l’asphalte, au son de la mandoline et des castagnettes, ou le spectacle de quelque artiste forain, jongleur ou avaleur de sabres, accompagné d’une prima donna en costume de danseuse jouant de l’orgue de barbarie.
    Ce sont les rêveries au bord de la mer, ou les mille petits incidents de la vie bruyante des grandes villes : les théâtres, les concerts et ces bons petits restaurants où l’on savoure le délicieux macaroni, sous la tente, en regardant le pêcheur amarrer sa barque, et où la vague vient mourir à vos pieds.
  • La seconde ce ces impressions nous rappelle au contraire tout ce qui se rattache à l’histoire, depuis les temps reculés où l’Italie, favorisée entre tous les pays par sa situation, son climat et son ciel toujours pur, allait devenir le berceau des arts et le rendez-vous de toutes les intelligences.
    Alors, on revoit pas à pas l’œuvre des siècles, à travers lesquels tant d’empires, de gouvernements et de dynasties se sont succédés, laissant après eux ces irrécusables témoins que nous admirons aujourd’hui avec une sainte et profonde vénération. »

Éternelle Italie… Mais y a-t-il une éternelle Italie comme il y aurait une éternelle France ?

03608_2

Pour sa préface au Voyage en Italie, album illustré de huit cents photographies, Jean Bachelin, illustre inconnu qui ne semble pas avoir commis d’autre texte, a fait dans le conventionnel et les idées reçues.

Les textes d’A. Spuhler, qui constituent le corps de l’ouvrage, sont de la même veine :

  • « Le Grand Canal est l’artère principale de Venise ; c’est la grande attraction ou mieux encore, c’est ce qui grave à jamais le souvenir de cette ville, dans la mémoire surchargée du touriste. C’est là aussi que la richesse et la fortune, hélas ! si éphémères, et la vanité humaine qui ne l’est malheureusement pas, ont demandé à l’imagination féconde de l’artiste quelque chose attestant aux générations futures quelques traces de leur passage sur la terre ! »

ou bien :

  • « Il n’est malheureusement pas donné aux paysans de ces régions de pouvoir voyager beaucoup, mais par contre ils se paient l’économique plaisir de venir voir passer les trains dans les gares ; aussi est-ce un plaisir pour l’étranger que de voir le pittoresque costume des bergers des Abruzzes et les chatoyantes couleurs de la gracieuse Signorina Contadina dans son costume bigaré [sic] d’éclatantes couleurs, avec des boucles d’oreilles monumentales, capables de faire pâlir de dépit les négresses de la cour du roi M’tesa. »

03608_4

Ce qui fait l’intérêt de cet album, ce sont les photographies. Tantôt pleine page – surtout pour les monuments, tantôt en vignettes – surtout pour les scènes de rues, elles sont remarquablement cadrées et mises en valeur.

En fait, les textes importent peu.

03608_3

Cet album s’inscrit dans la grande tradition des descriptions (pas encore) touristiques, lancées par l’américain John Stoddard, qui ont fleuri à la fin du XIXe siècle.

En format « à l’italienne » – c’était bien le moins – il était, comme de coutume à l’époque, d’abord proposé en livraisons périodiques, puis en volume relié.

Soit cette collaboration franco-germano-suisse ne rencontra pas le succès escompté, soit un chasseur de coûts (déjà ?) suggéra des économies : il est piquant de constater que les couvertures illustrées de chaque livraison sont en couleurs jusqu’à la n° 8, monochromes ensuite, pour finir carrément grisâtres…

03608_1

_ _ _ _ _ _ _

03608_5SPUHLER A.

Mon Voyage en Italie, album illustré de 800 photographies. 26/26 livraisons

Neufchâtel, Comptoir de Phototypie ; Paris, Schlachter ; Leipzig, Koehler ; 1899-1900 [date BNF].
Un album à l’italienne 30 x 40 cms. Photographies en noir et blanc. Couvertures de livraison en couleurs jusqu’à la livraison n° 9, monochrome ensuite.
Demi reliure à coins, dos à 5 nerfs, titre doré, reporté sur le plat. Reliure un peu frottée, ex-libris manuscrit, très bon état intérieur.

125 €

Dans le même genre :

03420STODDARD John. L.

Portfolio de Photographies des villes, paysages et peintures célèbres. Séries d’art n° 1 à 16

Chicago, The Werner Company, sans date (circa 1900).
Seize fascicules de 16 photographies chacun, en feuilles dans une chemise cartonnée.
Très bon état.

50 €

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s