De l’art épistolaire

Au XVIIIe siècle, l’art épistolaire était aussi important que celui de la conversation, et les Manuels fleurissaient.

07313_1L’ouvrage de Philipon de la Madelaine, Modèles de lettres sur différents sujets, est l’un d’eux. Il se distingue par les règles générales qu’il donne, illustrées par des exemples choisis.

  • « Il faut écrire comme l’on parle. À ce précepte si simple et si étendu, il n’eût fallu d’autres commentaires que quelques modèles bien choisis. On l’a dit, et rien n’est plus vrai, il y a plus à profiter dans quelques pages de Cicéron, par exemple, que dans toutes les Rhétoriques qui ont été faites depuis Aristote. »
  • « Il faut écrire comme l’on parle, [mais] la fureur de parler beaucoup l’emporte sur la gloire de parler bien. »
  • « Une Lettre n’est que l’expression simple et facile du sentiment et de la pensée. »
  • « Le style simple doit être plein de cette vigueur qui annonce une saine constitution et ne manquer ni de suc, ni de substance. »
  • « Le style aisé, c’est le sentiment embelli par les grâces, c’est l’agrément colorant la pensée. Le style simple dit les choses, le style aisé les peint. »
  • Cependant, attention : « Quand on est loin, on ne sait quasi rien, on ne dit quasi rien qui ne soit hors de sa place ; on pleure quand il faut rire, on rit quand on doit pleurer », notait Madame de Sévigné.

Tous les types de Lettres sont méthodiquement passées en revue :

  • Le cérémonial observé dans les Lettres : « Il vaut mieux passer pour trop poli que pour grossier. »
  • Lettres familières et badines : « C’est là que l’unique règle est de n’en consulter aucune. »
  • Lettres sérieuses et morales : « Elles ne doivent afficher ni la morgue du pédantisme, ni les prétentions de l’éloquence. Il faut bien connaître les personnes à qui on les adresse. »
  • Les réponses : « Il n’y a qu’une chose à dire sur les réponses ; c’est qu’elles doivent prendre le ton de la Lettre qui les occasionne. »
  • Lettres de conseils : « Ne donnez aucun avis qu’on ne vous l’ait demandé. Paraissez convaincu que les personnes font déjà ce que vous voulez leur insinuer, vous trouverez ainsi le secret de leur indiquer une direction sans blesser leur amour-propre. »
  • Lettres de demandes : « Demander avec hauteur, c’est marchander un refus. Pour obtenir quelque chose des hommes, le plus sûr est de parler à leurs passions. » Ou alors, il faut oser, comme le fit le Contrôleur Général des jardins du Roi : « Dufresni vous supplie de le laisser dans la pauvreté, afin qu’il reste un monument de l’état où était la France avant la Régence de Votre Altesse Royale. »
  • Lettres de remerciements : « Elle doit être dictée par le coeur, puisque la reconnaissance est un sentiment, mais il faut que l’esprit s’étudie à en prendre le ton. »
  • Lettres de félicitation : « Sentez vivement, et dites tout ce que vous voudrez. » (D’Alembert).
  • Lettres de condoléance : « Quelques réflexions de piété n’y sont pas déplacées. »
  • Lettres de reproches : « Blâmez le procédé, mais ménagez l’intention. »
  • Lettres d’excuse : « De quelque façon qu’on s’y prenne, le dépit et la contrainte ne doivent jamais se laisser entrevoir. »

Il y a encore les Lettres de nouvelles, d’affaires, de bonne année, de recommandation, et les épitres dédicatoires…

07320_1Le Manuel épistolaire de Moutonnet-Clairfons, lui, donne plus à admirer l’art des autres, que des conseils pratiques pour les imiter. Ce n’est pas à proprement parler un Manuel, mais plutôt un ensemble de Morceaux choisis : « On a dit avec raison : peu de préceptes et beaucoup d’exemples. Il faut les étudier, s’en nourrir, les comparer, choisir le meilleur modèle et s’essayer dans le même genre. […] Mais il ne faut copier personne, et écrire d’après soi-même. »

La pédagogie est différente, le choix des Classiques à imiter l’est également.

Le Manuel épistolaire s’ouvre par des lettres de Balzac, que la préface des Modèles exécutait ainsi : « Il entassa des mots sonores, des périodes nombreuses, des tours pompeux, et il s’avisa de donner à cette bigarrure le nom de Lettres. Ce n’en était certainement pas ; on s’en est aperçu. »
Et continue par des lettres de Voiture, que la préface des Modèles ne loue pas plus : « Il est difficile de parler de l’abus de l’esprit sans songer tout de suite à Voiture. On croit communément qu’il en avait trop, je pense au contraire qu’il n’en avait pas assez. Il n’avait que du clinquant. »

Mais les deux se rejoignent pour admirer, entre autres, Madame de Sévigné, Bussy-Rabutin, Boileau et Cicéron.

  • « Je m’en vais vous mander la chose la plus étonnante, la plus surprenante, la plus merveilleuse, la plus miraculeuse, la plus triomphante, la plus étourdissante, la plus inouïe, la plus singulière, la plus extraordinaire, la plus incroyable, la plus imprévue, la plus grande, la plus petite, la plus rare, la plus commune, la plus éclatante, la plus secrète jusqu’aujourd’hui, la plus brillante, la plus digne d’envie ; […] Hé bien, il faut donc vous le dire. M. de Lauzun épouse Dimanche, au Louvre, devinez qui ? Je vous le donne en quatre, je vous le donne en six, je vous le donne en cent…. » Madame de Sévigné à Monsieur de Coulanges.
  • « Il y a des temps, Madame, où c’est manque de soins de ne pas écrire à ses amis ; il y en a d’autres, où c’est discrétion. Il me semble qu’il est de meilleure grâce à un malheureux de se taire que de parler ; ou il fatigue, s’il entretient de ses misères ; ou il est ridicule, s’il veut faire le plaisant. Je ne me suis pas donné l’honneur de vous écrire depuis mon départ, pour éviter l’un ou l’autre de ces inconvénients. J’ai trop de respect pour vous, Madame, pour vous importuner de mes chagrins et je ne suis pas assez fou pour vouloir rire. Je sais bien qu’il peut y avoir un milieu entre ces deux extrémités ; mais enfin le commerce des malheureux est rarement agréable à ceux qui sont dans la prospérité. Cependant, Madame, il est des devoirs dont on ne doit point se dispenser ; et c’est pour m’en acquitter que je vous assure aujourd’hui qu’on ne peut être avec plus d’estime et de respect que je suis. » Bussy-Rabutin à Madame de Montausier.

07315_1Girault de Sainville, lui, publie ses propres Lettres galantes, billets tendres et réponses.

Il n’y va pas toujours pas quatre chemins. Deux exemples suffiront :

« Je voudrais bien voir, ma belle Mignonne, de quelle manière vous commencez à tourner un Billet tendre. Vous avez de l’esprit & même du fin : il est bon de le cultiver et de vous accoutumer de bonne heure à cet agréable exercice. Si vous pensez vous retrancher sur votre âge de douze ans ; je vous dirai que je connais des Filles de vingt ans, qui n’ont pas l’air mieux formé du côté de certains agréments, et des dispositions que je vous vois pour plaire. Aussi, en cas de besoin, je m’offre à vous servir de Maître Galant, et même à vous faire crédit jusqu’à un autre temps, pour recevoir le paiement de mes soins. » (Billet à ma jeune cousine)

« Pourquoi perdre du temps, Philis, à te parer,
Qu’est-il besoin de t’habiller ?
De charmes naturels tu me parais pourvue,
Et jamais tu ne fus plus belle qu’étant nue. »
(La Parure inutile)

Quel  triste contraste offre Le Secrétaire pratique, traité complet de la correspondance, publié en 1936 :

  • secretaire pratique160. Lettre d’un jeune homme à un père, pour obtenir de lui la permission de rechercher sa fille en mariage : « Monsieur, Jaloux de mériter votre estime, je prends le parti de vous ouvrir franchement mon cœur. J’aime Mademoiselle votre fille, et c’est moins l’effet de ses charmes que des vertus que vous lui avez inspirées dès son enfance. Vous connaissez ma famille, ma fortune ; si mes vœux vous paraissent dignes d’approbation, je vous prie d’être assez bon pour me permettre l’entrée de votre maison. Je ne me suis point encore efforcé d’obtenir l’affection de Mademoiselle votre fille, dans la crainte que mes démarches ne se trouvassent en contradiction avec vos volontés. »
  • 185. Lettre d’un commerçant à une veuve pour la demander en mariage : « Madame, Des amis communs, qui m’ont appris à avoir pour vous des sentiments de respect et d’affection, vous exprimeront le plus cher de mes vœux ; ils vous diront aussi quelle est ma position de fortune. Oserais-je vous assurer que mon bonheur serait parfait si je pouvais unir mon sort au vôtre, et confier le soin de ma maison à une personne économe, prudente, sage, laborieuse, ayant enfin les rares et belles qualités qui font une femme accomplie. »

Heureusement, pensant à tout, Le Secrétaire pratique fournit les réponses, tant positives que négatives…

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07313_2[Philipon de La Madelaine, Louis]

Modèles de lettres sur différents sujets, nouvelle édition augmentée

Lyon, Pierre Bruyset Ponthus, 1776.

Un volume 16 x 10 cms. IV-[II]-472 pages. Pleine reliure du temps, dos lisse orné, pièce de titre.
Reliure très frottée avec manques. Intérieur sans rousseurs.

40 €

07320_2[MOUTONNET-CLAIRFONS]

Manuel épistolaire, ou Choix de lettres puisées dans les meilleurs auteurs françois et latins, avec des notes historiques et critiques, un précis de la vie et un jugement sur le style et les ouvrages des écrivains qui composent ce recueil. Publié par M. M. D. C. C. R. S. O. D. M.

Paris, Fournier, 1785. Un volume 17 x 10 cms. XII-642 pages. Une table des matières manuscrite en fin d’ouvrage.
Pleine reliure du temps, dos à 5 nerfs, pièce de titre. Tranches marbrées.
Reliure très brunie et frottée avec manques de cuir. Intérieur en très bon état.

50 €

07315_3GIRAULT DE SAINVILLE

Lettres galantes, billets tendres et réponses

Paris, Nicolas Le Gras, 1683. Un volume 16,5 x 9,5 cms. [XXII]-221-[XVI] pages.
Pleine reliure du temps, dos à 5 nerfs, caissons ornés.
Reliure en très mauvais état, intérieur sans rousseurs.

50 €

Comment se fringuait-on jadis ?

Jules Quicherat [1814-1882] était enseignant à l’École des Chartes. Il fut parmi les premiers à baser son enseignement sur des gravures et des dessins, qu’il relevait souvent lui-même. Collaborateur de Michelet, républicain et libre penseur, auteur d’une théorie iconoclaste sur la définition de l’art roman, il fut aussi un spécialiste de l’archéologie gallo-romaine, grand pourfendeur de la localisation d’Alésia à Alise-Sainte-Reine, en Bourgogne.
Pionnier dans l’étude des artefacts, c’est-à-dire de toutes les productions de l’industrie humaine, il livre dans son Histoire du Costume depuis les temps les plus reculés jusqu’à la fin du XVIIIe siècle un parfait exemple de sa méthode.

Les Gaulois

Quicherat2« C’est surtout par la confection des étoffes que les Gaulois signalèrent leur dextérité. Par le croisement des fils et la diversité des couleurs, ils composaient des tissus de l’effet le plus varié, à raies, à carreaux, à fleurs. »

« Ils portaient un pantalon étroit, des souliers de cuir à semelle épaisse et médiocrement élevés de l’empeigne, un petit manteau carré sous lequel le buste et les bras restaient complètement nus. Le latin nous a conservé, en se les appropriant, les noms qu’ils donnaient à ces vêtements ; sagum pour le manteau, bracae pour le pantalon, gallicae pour les chaussures. Nos mots français saie, braie et galoches en dérivent. »

« Le Gaulois pur sang tirait vanité de sa chevelure, qu’il cultivait avec un soin extrême. Il la tirait du front sur la nuque et la teignait d’une pâte faite avec de la cendre de hêtre et de la graisse de chèvre. Les cheveux devenaient par là d’un rouge ardent. Tel fut le premier usage du savon ; car cette composition de graisse et de cendre (c’est-à-dire de la soude qu’on extrayait de la cendre) n’était pas autre chose que du savon, et les Gaulois, au dire de Pline, en furent les inventeurs. […] Pour contenir leur longue chevelure, ils se mettaient autour de la tête une bandelette d’étoffe ou un cercle de bronze. […]
Ils traitaient de même ce qu’ils gardaient de poil sur leur visage. Le gros de la nation portait la barbe taillée en pointe ; les nobles n’avaient que des moustaches, et quelquefois une touffe au menton. »

« Après les Gaulois, il serait juste que les Gauloises eussent leur tour ; mais, sur ce sujet, l’histoire et l’archéologie sont d’une pauvreté désespérante. Les témoignages de l’antiquité en ce qui les concerne se réduisent à l’éloge de leur héroïsme. Nous ne connaissons ni leur manière de vivre, ni leurs habitudes, ni leur goûts. »

Quicherat1

La Révolution

Quicherat3« L’élégant de 1790 différait d’une manière notable de celui des années précédentes. Il avait abandonné le chapeau à cornes, laissant cette laide coiffure aux vieillards et aux soldats. Sa tête, poudrée ou non, ne s’accommodait plus que du chapeau rond à forme élevée, entouré d’un cordon de soie, dit bourdaloue, décoré de la cocarde nationale. Il portait un frac de drap, effilé par derrière en queue de morue, garni sur le devant de deux courts revers qui faisaient l’effet d’une veste, à cause du dégagement excessif des basques, et qui laissaient à découvert la plus grande partie du gilet. Une cravate de couleur, garnie de dentelle à ses deux bouts, formait un gros nœud sur la gorge. La culotte de casimir ou de daim, serré à l’écuyère, descendait jusqu’aux mollets et s’attachait par des rosettes sur des bas rayés en long. Avec cela de fines bottes à revers ou des souliers sans talons, des gants en étoffe rayée de deux ou trois couleurs. »

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IMGP0377QUICHERAT Jules

Histoire du costume en France depuis les temps les plus reculés jusqu’à la fin du XVIIe siècle. Ouvrage contenant 481 gravures dessinées sur bois d’après les documents authentiques par Chevignard, Pauquet et P. Sellier.

Paris, Hachette, 1875. Un volume 28 x 19 cms. III-680 pages. Demi reliure à coins. Dos à cinq nerfs. Titre doré.
Dos très insolé. Coins et bords légèrement frottés. Quelques rousseurs en marge, n’affectant ni le texte ni les gravures

150 €

Conrad le corsaire

timbre byron grècePassionné et hautain, fougueux, excessif dans la haine et dans l’amour, champion du faible contre le fort, d’une fierté intraitable, mélancolique devenu misanthrope, Byron [1788-1824] poussa à l’extrême le paroxysme des sentiments, et devint ainsi le père des romantiques de 1830.

Dans son poème en trois chants Le Corsaire, publié en 1814, il met en scène Conrad, « homme de solitude et de mystère, que l’on ne voit presque jamais sourire et plus rarement soupirer ; dont le nom seul intimide les plus hardis de sa troupe, et teint leurs visages basanés d’une couleur plus pâle, sait gouverner leurs âmes avec cet art du commandement qui éblouit, dirige et fait trembler les courages vulgaires. […] Les lignes profondes de ses traits et la couleur changeante de son visage faisaient naître parfois dans ceux qui l’approchaient un inexplicable embarras, comme si, dans la sombre profondeur de cette âme, eussent été renfermés des sentiments redoutables et indéfinis. »

Conrad quitte l’île qui lui sert de repaire, malgré les prières de Médora, sa compagne. Il veut déjouer la prochaine attaque du Sultan Seyd, en le surprenant dans sa capitale. Déguisé en derviche, il est introduit près du Sultan, tandis que sa troupe incendie ses navires et son palais.

Corsaire4

D’abord victorieux, les pirates sauvent des flammes les pensionnaires du harem, Conrad se chargeant de Gulnare, la favorite du Sultan ; mais il est finalement capturé.

Promis à la torture, il ne lui reste qu’à regretter Médora : « Il serait inutile de peindre les sentiments qu’il éprouve ; — il serait même douteux si lui-même en avait connaissance. Il est une lutte, un chaos dans l’âme : c’est lorsque tous ses éléments sont en convulsions, — sont confondus, — qu’ils se heurtent avec une sombre et puissante énergie, en grinçant les dents d’un impénitent remords, ce démon décevant — qui n’avait pas encore élevé la voix, — mais qui crie maintenant : « Je t’avais averti ! » lorsque l’œuvre est consommée. Voix inutile ! l’âme qui se consume sans être domptée peut se tordre, – se révolter , — le faible seul se repent ! même à cette heure solitaire, lorsque les sentiments se foulent, et que l’âme se révèle à elle-même ! avec tous les souvenirs du passé, — sans qu’aucune passion , aucune pensée dominante s’empare souverainement d’elle, en lui dérobant les autres. Mais la sombre et déserte perspective de l’âme qui passe en revue ses souvenirs du passé, — souvenirs qui se précipitent à travers mille issues ; les rêves expirants de l’ambition, les regrets de l’amour, la gloire en danger, la vie elle-même emprisonnée ; les joies non goûtées, le mépris ou la haine contre ceux qui triomphent de notre destinée de misères ; le passé sans espérance, l’avenir qui s’avance avec trop de rapidité pour penser à l’enfer ou au ciel ; les actions, les pensées, les paroles peut-être jamais rappelées d’une manière si aiguë jusqu’à cet instant, bien que jamais oubliées ; choses légères ou charmantes dans leur temps, mais maintenant offertes comme des crimes à l’austère réflexion ; le sentiment flétrissant du mal non révélé, non moins dévorant pour avoir été plus caché ; tout, en un mot, tout ce qui peut faire reculer d’effroi, ce sépulcre ouvert, le cœur mis à nu,  où sont ensevelies tant de douleurs, étalent leurs misères , jusqu’à ce que l’orgueil se réveille pour arracher ce miroir à l’âme — et le brise. »

Mais Conrad reçoit dans sa prison la visite de Gulnare, qui lui avoue son amour. Elle promet de le faire évader, s’il assassine le Sultan. Conrad refusant de s’attaquer à un ennemi endormi, c’est Gulnare qui le tue pendant son sommeil : « Sur le front de Gulnare – inconnue par elle – oubliée – sa main précipitée a laissé – une tache légère. […] Cette goutte de sang, cette légère mais criminelle tache a fait disparaître tous les charmes de cette beauté ! Le sang qu’il a vu, – il aurait pu le voir couler sans émotions ; – mais alors c’eût été dans le combat, ou versé par une main d’homme ! »

Corsaire3De retour dans son île, Conrad découvre que Médora, le croyant perdu, s’était donné la mort : « Le cœur de Conrad était formé pour la douceur , — mais il fut emporté violemment dans l’inconduite. Trahi de trop bonne heure, et trompé trop longtemps, ses sentiments les plus purs, – comme les gouttes d’eau qui tombent et se durcissent dans la grotte, s’étaient durcis de même, moins clairs peut-être que les stalactites, après avoir passé par les filtres terrestres, mais enfin écoulés, glacés et pétrifiés. Cependant les tempêtes sont arrivées, et la foudre a brisé le rocher de glace ; si son cœur est semblable, il s’est brisé sous le choc de la foudre. »

Alors il disparaît.

« C’est un torrent qui bouillonne, mais que des rocs endiguent. Ce sont ses chagrins, ses révoltes, ses voyages, à peine transformés et arrangés, que Byron met dans ses vers. Il n’invente pas, il observe ; il ne crée pas, il transcrit. » a observé fort justement Hyppolite Taine.

Homme des tempêtes et de la Grèce (il y a dans Le Corsaire une tempête digne de Victor Hugo et un lever de soleil éblouissant sur Athènes), Byron aurait sans nul doute voulu vivre la vie de Conrad, même et y compris sa fin.

Écrit en vers, Le Corsaire est ici traduit en prose scandée par Paul Laurencin (sans que son nom n’apparaisse).

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21182_1Corsaire2BYRON

Le Corsaire – Lara. Illustrations de Gambard et Mittis.

Paris, Dentu, Petite Collection Guillaume, 1892. Un volume 13,5 x 7,5 cms. 222 pages. Illustrations in et hors texte.
Demi reliure plus récente, dos lisse et pièce de titre. Signet. L’ensemble est comme neuf.

30 € + port

L’histoire et la poésie à travers le Code des Douanes (1790-1806)

Douaniers. 25 Pluviôse an VIII.  Gravure de E.Fort

Douaniers. 25 Pluviôse an VIII.
Gravure de E.Fort

La lecture du Code des Douanes n’est pas toujours aussi fastidieuse qu’il y paraît. Celui de la Révolution et des débuts de l’Empire nous permet de nous replonger dans l’Histoire, et réserve quelques bribes de poésie qui ne sont pas à négliger. Il est même parfois question de livres anciens…

GRANDS PRINCIPES
L’abolition des privilèges se traduit aussi en matière douanière : « Sont supprimés tous les privilèges, exemptions ou modérations des droits de douane, dont jouissent quelques ports, villes, hôpitaux et communautés de France. »
« Tous les peuples dont le gouvernement est en paix avec la République ont le même droit à la justice, à l’amitié du peuple français ; toutes les nations étrangères qui ne commettent pas d’hostilité envers lui seront traitées également. » C’est la transposition de la fameuse proclamation de la Convention : « Le gouvernement est révolutionnaire jusqu’à la paix. »

MAIS…
Le Droit douanier est toujours un droit punitif, pointilleux et suspicieux. Reste des comportements de l’Ancien Régime vis-à-vis du commerce de sel ou de grain ?
L’on n’est pas présumé innocent, contrairement aux principes fondateurs de la Révolution : « Dans toute action sur une saisie, les preuves de non contravention sont à a charge du saisi. »  
On encourage même la délation : « le tiers du produit net des saisies sera accordé au dénonciateur. »
Le contrebandier, c’est l’ennemi : « Le produit des amendes et saisies des marchandises de fraude sera partagé comme des prises sur l’ennemi. »

Des droits d’entrée et des droits de sortie coexistant, la contrebande est une préoccupation majeure, ainsi que les tabacs, les étoffes, et le circuit des « denrées coloniales ».

UN TERRITOIRE DOUANIER À GÉOMÉTRIE VARIABLE :
Au fur et à mesure des conquêtes de la Révolution, apparaissent des bureaux de douane à Anvers, Coblence, Pozzolo, puis à Mayence, Turin, Marengo ; sont déclinés le rattachement du « ci-devant Piémont », des États de Parme ;  la création du département de Gênes, dont dépend le nouvel entrepôt douanier d’Alexandrie.

 
Ainsi que l’imposition de la langue française pour les actes publics dans « les départements de la ci-devant Belgique et de la rive gauche du Rhin ». Mais ceux « qui possèdent des vignes sur la rive droite, pourront y faire leur vin et importer, chaque année jusqu’au 1er Nivôse, le produit de leur récolte. »

L’on assiste aussi à l’application pratique du nouveau système de poids et mesures, puis au rétablissement du calendrier grégorien (avec un tableau de correspondance jour par jour).

LE BLOCUS CONTINENTAL :
« L’importation des marchandises manufacturées, provenant soit des fabriques, soit du commerce anglais, est prohibée, tant par mer que par terre. »

Mais le blocus continental a bon dos. C’est en fait une prohibition générale qui est instaurée : « Sont réputés provenir des fabriques anglaises, les objets ci-après, importés de l’étranger : 1° Toute espèce de velours de coton, toutes étoffes et draps de laine, de coton et de poil ;  2° Toute espèce de bonneterie de coton ou de laine ; 3° Les boutons de toute espèce ; 4° Tout ouvrage de quincaillerie fine, de coutellerie, de tabletterie, d’horlogerie ; 5° Les cuirs ; 6° Les rubans, chapeaux ; 8° Toute espèce de verrerie et cristaux ; 9° Les sucres raffinés ; 10° Toute espèce de faïence ou poterie. »

POÉSIE DU DÉTAIL
Certaines règlementations laissent rêveurs quant à leur précision, mais elles en disent beaucoup sur le commerce d’un pays presque totalement tourné vers l’agriculture :

  • « La tare pour le tabac en boucauts, et pour les drogueries et épiceries en futailles, sera évaluée à 12 pour cent, et à 2 pour cent sur les mêmes objets en paniers ou en sacs. »
  • « L’exportation en Espagne des chèvres du département des Pyrénées Orientales est permise pendant une année. »
  • « La réexportation de raisins de Corinthe est exemptée de droits. »
  • « Il ne sera payé aucun droit d’entrée sur la vieille argenterie, sur les bois en planches et madriers, le bois de gayac en bûches, les cheveux, les galles légères, les roseaux, sur les habillements vieux, quoiqu’ils n’accompagnent pas les voyageurs dès qu’ils sont dans une même malle avec d’autres effets et qu’ils n’excèdent pas le nombre de six, sur les gazettes et journaux, ainsi que sur la librairie en langue savante. »
  • « La sortie des drilles ou chiffes hors de la République est interdite. » De même que, successivement, les grains et farines, les poils de lapins, les pommes de terre, l’amidon, les marrons et chataîgnes. Mais sont créées, là aussi successivement, des primes pour la pêche à la baleine, au cachalot, à la morue et au hareng
  • Les nankins des Indes sont dispensés de la représentation du certificat d’origine, de même que les poils de chèvre (filés ou en mottes), mais pas les crépons ou burails de Zürich.
  • « Le retour en franchise est accordé aux vases de cuivre nommés estagnons, dans lesquels on renferme les essences expédiées pour l’étranger ; aux bouteilles de verre ayant servi à l’exportation d’huile de vitriol ; aux bouteilles de verre exportées de Genève, pleines d’eau minérale artificielle. »
  • « Les fers au-dessous de neuf lignes en carré sont réputés carillons. Les fers de neuf lignes et au-dessus, c’est-à-dire ceux dont la largeur multipliée par l’épaisseur donne quatre-vint-une lignes sont dans la classe de ceux en barres. »
  • « La quantité d’huile nécessaire à la fabrication d’un quintal de savon blanc, rouge ou marbré, sera fixé à 75 livres, pour calculer la prime d’exportation des savons. »
  • « Les cuirs destinés à la reliure des livres ne diffèrent des cuirs corroyés qu’en ce qu’ils sont préparés avec de l’eau saturée d’alun, au lieu que les peaux à empeigne ou à tiges de bottes le sont au suif ou à l’huile de poisson ; ils sont secs et raides au toucher, tandis que les autres sont souples, à cause de la préparation qu’ils ont subie. »

De telles précisions n’auraient pas été désavouées par l’administration européenne à Bruxelles…

On pense même au bonheur des citoyens possédant des maisons de campagne : « Il arrive souvent que les habitants des frontières possèdent dans le pays étranger limitrophe, et réciproquement les étrangers en France, des domaines et maisons de campagne qu’ils n’habitent qu’une partie de l’année ; ils y conduisent et y ramènent une grande quantité d’effets à leur usage qui, en suivant la loi, doivent acquitter les droits toutes les fois qu’ils entrent ou qu’ils sortent. Cependant les dispositions hospitalières de la constitution française » les en exemptent dès 1791.

Le rétropédalage existe déjà : « Une décision du ministre des finances porte que la loi du 27 Vendémiaire an II, en établissant un droit d’expédition sur les navires de 200 tonneaux et au-dessous, n’a pas eu l’intention de comprendre dans cette disposition des embarcations de faible contenance de quatre à cinq tonneaux. »

Ainsi que le cheval déguisé en bœuf : « Il a été présenté à la douane de Marseille, sous la dénomination de poudre à poudrer, des quantités considérables de poudre venant de Gênes, reconnue être composée de terre argileuse. Considérant qu’il importe de ne pas laisser plus longtemps le consommateur exposé à être trompé sur la nature de cette poudre, dont l’usage peut être dangereux  déclare que l’introduction en est défendue. »

Même quand c’est gratuit, c’est payant :

  • « Dans le cas où les marchandises devront être expédiées sous plomb, les cordes seront aux frais des expéditionnaires, qui paieront en outre chaque plomb sur le pied de trois sous. »
  • « Pour assurer l’exactitude des tableaux d’importation et d’exportation, et subvenir aux frais de leur confection, il sera perçu quinze centime par cent francs de valeur sur les objets qui ne sont pas assujettis à des droits. »

Et y avait déjà des emmerdeurs :  « Le Directoire exécutif, sur le rapport que les redevables des droits d’enregistrement, payables en numéraire, affectent de les acquitter en monnaie de cuivre ; considérant que cette monnaie n’est destinée que pour les appoints ; que les difficultés de son transport des bureaux de perceptions dans les caisses générales, préjudicie beaucoup au service du trésor public ; arrête qu’il ne pourra être admis en paiement que le quarantième en monnaie de cuivre, le surplus devant être acquitté en espèces d’or ou d’argent. » Qu’aurait dit Bernadette Chirac face à cet ostracisme envers les pièces jaunes ?

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04084_1 MAGNIER-GRANDPREZ

Code des Douanes de l’Empire français, au courant depuis le mois de Novembre 1790 jusqu’en juin 1806 ; avec deux traités, l’un sur toutes les questions en matière contentieuse, l’autre sur les acquits-à-caution. 2/2

Strasbourg, Imprimerie F.G. Levrault, 1806.
Deux volumes 20 x 12,5 cms. XVI-629 + 483 pages.
Pleine reliure, dos lisses à faux nerfs et motifs dorés, pièces de titre et de tomaison. Plats encadrés en doré, tranches dorées.
Légers frottements, rares rousseurs très éparses sur quelques cahiers.

175 €

L’Italie en 1899

carriole

« Un voyage en Italie entraîne généralement deux impressions bien distinctes et nettement caractérisées :

  • La première est toute de la vie intime ; c’est le souvenir des délicieuses flâneries dans la rue, sur la place publique, dans les carrefours les plus retirés et les plus obscurs, là où est le vrai peuple ; c’est la vie en plein vent du Napolitain, la tarentelle dansée sur l’asphalte, au son de la mandoline et des castagnettes, ou le spectacle de quelque artiste forain, jongleur ou avaleur de sabres, accompagné d’une prima donna en costume de danseuse jouant de l’orgue de barbarie.
    Ce sont les rêveries au bord de la mer, ou les mille petits incidents de la vie bruyante des grandes villes : les théâtres, les concerts et ces bons petits restaurants où l’on savoure le délicieux macaroni, sous la tente, en regardant le pêcheur amarrer sa barque, et où la vague vient mourir à vos pieds.
  • La seconde ce ces impressions nous rappelle au contraire tout ce qui se rattache à l’histoire, depuis les temps reculés où l’Italie, favorisée entre tous les pays par sa situation, son climat et son ciel toujours pur, allait devenir le berceau des arts et le rendez-vous de toutes les intelligences.
    Alors, on revoit pas à pas l’œuvre des siècles, à travers lesquels tant d’empires, de gouvernements et de dynasties se sont succédés, laissant après eux ces irrécusables témoins que nous admirons aujourd’hui avec une sainte et profonde vénération. »

Éternelle Italie… Mais y a-t-il une éternelle Italie comme il y aurait une éternelle France ?

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Pour sa préface au Voyage en Italie, album illustré de huit cents photographies, Jean Bachelin, illustre inconnu qui ne semble pas avoir commis d’autre texte, a fait dans le conventionnel et les idées reçues.

Les textes d’A. Spuhler, qui constituent le corps de l’ouvrage, sont de la même veine :

  • « Le Grand Canal est l’artère principale de Venise ; c’est la grande attraction ou mieux encore, c’est ce qui grave à jamais le souvenir de cette ville, dans la mémoire surchargée du touriste. C’est là aussi que la richesse et la fortune, hélas ! si éphémères, et la vanité humaine qui ne l’est malheureusement pas, ont demandé à l’imagination féconde de l’artiste quelque chose attestant aux générations futures quelques traces de leur passage sur la terre ! »

ou bien :

  • « Il n’est malheureusement pas donné aux paysans de ces régions de pouvoir voyager beaucoup, mais par contre ils se paient l’économique plaisir de venir voir passer les trains dans les gares ; aussi est-ce un plaisir pour l’étranger que de voir le pittoresque costume des bergers des Abruzzes et les chatoyantes couleurs de la gracieuse Signorina Contadina dans son costume bigaré [sic] d’éclatantes couleurs, avec des boucles d’oreilles monumentales, capables de faire pâlir de dépit les négresses de la cour du roi M’tesa. »

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Ce qui fait l’intérêt de cet album, ce sont les photographies. Tantôt pleine page – surtout pour les monuments, tantôt en vignettes – surtout pour les scènes de rues, elles sont remarquablement cadrées et mises en valeur.

En fait, les textes importent peu.

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Cet album s’inscrit dans la grande tradition des descriptions (pas encore) touristiques, lancées par l’américain John Stoddard, qui ont fleuri à la fin du XIXe siècle.

En format « à l’italienne » – c’était bien le moins – il était, comme de coutume à l’époque, d’abord proposé en livraisons périodiques, puis en volume relié.

Soit cette collaboration franco-germano-suisse ne rencontra pas le succès escompté, soit un chasseur de coûts (déjà ?) suggéra des économies : il est piquant de constater que les couvertures illustrées de chaque livraison sont en couleurs jusqu’à la n° 8, monochromes ensuite, pour finir carrément grisâtres…

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03608_5SPUHLER A.

Mon Voyage en Italie, album illustré de 800 photographies. 26/26 livraisons

Neufchâtel, Comptoir de Phototypie ; Paris, Schlachter ; Leipzig, Koehler ; 1899-1900 [date BNF].
Un album à l’italienne 30 x 40 cms. Photographies en noir et blanc. Couvertures de livraison en couleurs jusqu’à la livraison n° 9, monochrome ensuite.
Demi reliure à coins, dos à 5 nerfs, titre doré, reporté sur le plat. Reliure un peu frottée, ex-libris manuscrit, très bon état intérieur.

125 €

Dans le même genre :

03420STODDARD John. L.

Portfolio de Photographies des villes, paysages et peintures célèbres. Séries d’art n° 1 à 16

Chicago, The Werner Company, sans date (circa 1900).
Seize fascicules de 16 photographies chacun, en feuilles dans une chemise cartonnée.
Très bon état.

50 €

Les Mots du livre, par Littré et Larousse

En 278 termes définis par Émile Littré et développés par Pierre Larousse, tout l’univers du livre : de l’histoire des bibliothèques à celle des droits d’auteur, de la technique de l’eau-forte à celle de la gravure, des elzévirs aux différentes espèces de papyrus, des dédicaces obséquieuses aux signatures, tout cela vous (re)deviendra familier.

couv ebook mots du livre test

Pierre Larousse, Émile Littré

Les mots du livre

Livre électronique au format Kindle (environ 543 pages)

Lisible aussi sur iPhone, iPad, Android ou Windows Phone

2,04 €

Téléchargement ici

Quand Jules Verne continuait Le Robinson suisse

Décidément, personne n’était satisfait du Robinson suisse : rédigé par le pasteur bernois Johann David Wyss, le manuscrit fut édité en allemand par son fils en 1812, complété en français par Isabelle de Montolieu en 1814, et encore augmenté par elle en 1824. C’est cette dernière version qui servit de base à la majorité des traductions encore en circulation.

seconde_patrie_1Mais ce n’était pas suffisant, semble-t-il, puisqu’en 1896-1897, à la fin de sa longue carrière littéraire (Cinq semaines en ballon date de 1863, Vingt mille lieux sous les mers de 1870), Jules Verne décide d’y donner une suite, Seconde Patrie, qui ne paraîtra dans Le Magasin d’Éducation et de Récréation qu’en 1900.

Pourquoi a-t-il voulu continuer ce roman bien pensant et pontifiant ? (dont la plus belle descente en flammes se trouve ici)

Peut-être pour en éviter la lecture, puisqu’il le résume au premier tome – mais pas tout de suite, il faut laisser s’installer le suspense – en supprimant tous les sermons et digressions à la Homais qui figurent dans l’original.

Dans l’ouvrage de Wiss,  la famille Zermatt fait naufrage sur une île déserte de l’Océan Indien. À la différence de Robinson, ils peuvent récupérer providentiellement dans leur navire toutes sortes d’outils, de matériaux et d’animaux qui leur permettront de fonder une petite colonie, appelée bien sûr Nouvelle Suisse.

Isabelle de Montolieu ajoutera quelques épisodes, en particulier le sauvetage d’une autre naufragée, échouée sur un îlot volcanique à quelques milles de là. Au bout de onze ans, un navire anglais, La Licorne, arrive en vue de l’île. Les parents Zermatt décident de rester sur leur île, pendant que leurs enfants regagneront l’Angleterre pour recruter des volontaires devant peupler la colonie.

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C’est à partir du départ de La Licorne que Jules Verne imagine la suite. Victime d’une avarie, le navire doit rester trois mois au Cap pour être remis en état. Les enfants Zermatt, ne voulant pas attendre, embarquent sur le Flag, dont l’équipage va se révolter. Abandonnés en mer, ils se retrouvent sur un ilôt rocheux peuplé uniquement de tortues, heureusement bonnes pour la soupe, et couvert de varech, heureusement bon pour la cuisson de ladite soupe.

seconde_patrie_3Ils y affronteront l’hiver, les tempêtes, des attaques de sauvages, avant que l’aide d’un albatros ne conduise à… un dénouement inattendu et (trop ?) miraculeux.

Ce n’est pas du meilleur Jules Verne, mais c’est du bon Jules Verne : aventures, péripéties, tous les ingrédients du roman d’aventures qui tient éveillé, même si l’on reconnaît parfois quelques trucs déjà utilisés dans L’Île mystérieuse.

Bizarrement, cette suite au Robinson suisse n’est pas devenue aussi célèbre que l’original.

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01605_1VERNE Jules

Seconde patrie. 2/2. Illustrations par Georges Roux

Paris, Hetzel, sans date (circa 1900 – mention de quatrième édition au tome II).

Deux volumes 18 x 12 cms. 343-[4] + 297 pages. Demi reliure rouge. Dos à 5 nerfs soulignés de filets dorés. Titres et tomaisons dorés. Signets. Petit manque à la coiffe du tome I et au dernier plat du tome II. Tout petite déchirure sans gravité en marge de la page 61 du tome I, sinon très bon état. Aucune rousseur.

120 €