Un Jésuite-Mandarin

Jésuite missionnaire en ChineAprès le Comte-Pacha (ici), le Jésuite-Mandarin.

Les Jésuites furent présents en Chine depuis 1582, avec l’arrivée de Matteo Ricci, et se firent accepter surtout comme lettrés et savants.
Immergés dans la langue et la culture chinoise, ils adaptent leur message missionnaire à la culture locale.  Le pape met fin à leur mission en 1773, considérant qu’ils étaient allés bien trop loin dans l’acceptation des rites confucianistes aux côtés des rites chrétiens. Ils ne reviendront qu’en 1841.

Le Père Moyriac de Mailla [1669-1748] arrive à Pékin en 1703. Il restera en Chine jusqu’à sa mort.

Il participe d’abord au relevé cartographique ordonné par l’Empereur et, avec deux autres religieux, s’occupe des provinces de Hénan, Zhejang et Fujian. Il établira aussi une carte générale de Chine et de Tartarie, qui sera gravée en France par D’Anville (elle est visible sur Gallica ici). L’empereur lui décernera pour ces travaux le titre de Mandarin.

Mais la grande œuvre de Moyriac de Mailla est sa traduction du Tongjian Gangmu (通鑒綱目), un corpus d’Annales historiques compilées sous les différents empereurs. Il traduit, il condense, et il complète, pour les périodes qui sont les plus proches de lui. Son manuscrit est terminé en 1737.

Moyriac de Mailla se veut humble dans son travail : « Dans le dessein de donner à l’Europe l’histoire de la Chine, je n’ai d’autre vue que de justifier les Chinois sur des points les plus conformes à la raison, qu’on condamne, faute de les connaître. […] Ce n’est point moi qui parle dans cette histoire, c’est la nation entière dans son histoire authentique, qu’aucun chinois n’oserait contredire, et dont je ne suis que le traducteur. »

Mais son ouvrage va mettre quarante ans à être publié…carte

Tout d’abord, Nicolas Fréret, un des premiers sinisants français, qui devait se charger de l’édition, meurt.

L’Ordre des Jésuites montre un faible enthousiasme à faire connaître le travail de l’un des siens. Car, dans ses études de chronologie de l’histoire chinoise, basées sur le recalcul des éclipses, Moyriac de Mailla remettait en cause une partie du calendrier alors admis par les chrétiens, en particulier la datation du déluge. Les mêmes travaux l’amènent à préférer la traduction grecque de la Bible (la Septante) à la traduction latine (la Vulgate), considérée par Rome comme la référence : « La chronologie chinoise ne saurait s’accorder avec celle de notre Vulgate, et favorise entièrement celle des Septante. »

En 1764, l’Ordre des Jésuites est dissous en France par Louis XV, et en 1773 partout dans le monde par le pape Clément XIV.

Ce n’est qu’en 1775 que l’Abbé Grosier achète le manuscrit. Grosier, collaborateur, puis successeur de Fréron (l’ennemi juré de Voltaire) à L’Année littéraire, s’adjoint l’aide de Michel Deshautesrayes, orientaliste et interprète à la bibliothèque du Roi et lance une souscription pour L’Histoire générale de la Chine.

Le prospectus de Grosier, malheureusement inaccessible aujourd’hui, recueille les éloges de D’Alembert et de La Harpe. Les volumes paraissent de 1777 à 1780, un douzième tome  (Tables, Nomenclatures) dû à Deshauterayes en 1783, et un treizième (Description générale de la Chine), écrit par Grosier, en 1785.

C’est donc une œuvre à plusieurs mains.

chapitre 1Le corps principal de l’ouvrage, onze volumes, est dû à Moyriac de Mailla, qui explique comment se faisait l’Histoire en Chine : « Les historiens publics, remarquent avec soin, et écrivent sur une feuille volante, chacun en leur particulier, et sans le communiquer à personne, toutes les choses à mesure qu’elles se passent ; ils jettent cette feuille dans un bureau, par une ouverture faite exprès ; et afin que la crainte et l’espérance n’y influent en rien, ce bureau ne doit s’ouvrir que quand la famille régnante perd le trône ou s’éteint, et qu’une autre famille lui succède ; alors, on prend tous ces mémoires particuliers pour en composer l’histoire authentique de l’empire. »

Il ne cache pas son admiration pour la culture chinoise : « Pour moi, ce que je trouve encore plus digne de notre admiration, sont les exemples multipliés des vertus, puisées dans la plus saine morale mise en pratique. Des princes dont les actions héroïques rappellent les plus beaux temps de la Grèce et de Rome ; des ministres et des juges dont le zèle pour la justice, le dévouement pour le bien public et l’avantage de l’administration, sont allés jusqu’à sacrifier généreusement leur vie, sans être intimidés par les funestes exemples qu’ils avaient devant les yeux ; des généraux, dont on admire l’habileté, la conduite, la bravoure et la fidélité ; des femmes, les unes conduire des armées et se battre en héros ; les autres prodiguer leur vie et marcher avec joie à un infâme supplice pour l’honneur de leur prince ; des gens de lettres combattre avec ardeur et sans relâche pour la doctrine qu’ils avaient reçue des anciens, et s’exposer aux peines les plus rigoureuses pour la maintenir contre leur souverain entêté d’une secte erronée ; des peuples attentifs à leur devoir, laborieux à l’excès, d’une merveilleuse industrie dans le commerce, d’une obéissance rare, d’une douceur et d’une politesse qu’on ne trouve point parmi les autres nations. »

Il s’est livré à une immense compilation :

Mailla

Deshautesrayes est intervenu sur la mise en forme : « Lorsque le Père de Mailla commença cette traduction, il y avait déjà près de 37 ans qu’il résidait à Pékin où, occupé de la langue chinoise, il avait, pour ainsi dire, oublié le génie et le goût de la sienne, comme il a la candeur de le marquer lui-même dans ses lettres. Il m’a fallu donc retoucher son style en grande partie, mais je l’ai toujours fait avec la plus scrupuleuse discrétion, de manière à ne jamais altérer le sens. J’ai cru devoir, encore, répandre dans le cours de l’ouvrage un assez grand nombre de notes qui m’ont paru nécessaires pour l’intelligence du texte. » On peut également supposer qu’il a rédigé la fin du tome XI, qui s’arrête à l’année 1780, bien après la mort de Moyriac de Mailla.

description GrosierGrosier, lui, rédigea le treizième volume, la Description générale de la Chine, qui obtient un tel succès qu’il en fut tiré des éditions séparées, et des traductions. Sa Table des Matières en révèle l’ampleur :

  • Description des quinze provinces de la Chine.
  • Tartarie chinoise et États tributaires : Corée, Tong-kin, Cochinchine, Thibet, Ha-mi, Lieou-kieou.
  • Histoire naturelle de la Chine : climat, population, fertilité, mines, fruits et légumes, arbres et plantes, herbes et plantes médicinales. Quadrupèdes, oiseaux, papillons, poissons.
  • Gouvernement : Autorité souveraine, mandarins, forces militaires, tribunaux supérieurs, lois civiles et criminelles, police, finances, piété filiale, administration.
  • Religion : Religion ancienne, sacrifices, secte des tao-ssé, secte de Fo, autres superstitions, juifs à la Chine.
  • Mœurs et usages : mariage, éducation vêtements et costumes, bâtiments et ameublements, repas, réjouissances. Cérémonial public & particulier. Mercantillage. Obsèques. Caractère général des Chinois.
  • Littérature, sciences et arts : langue, poésie, ouvrages divers, astronomie, imprimerie, soieries, porcelaine, médecine, musique, dessin.

Ces treize volumes devaient rester pendant longtemps la seule source sur l’Histoire chinoise connue des Européens. L’édition que nous proposons est une reproduction à l’identique réalisée à Taipei en 1969.

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02862_1MOYRIAC DE MAILLA, DESHAUTESRAYES, GROSIER

Histoire générale de la Chine, ou Annales de cet empire traduites du Tong-Kien-Kang-Mou par le feu Père Joseph-Anne-Marie de Moyriac de Mailla, Jésuite François, Missionnaire à Pékin, publiées par M. L’Abbé Grosier. 13/13

Taipei, Ch’eng-Wen Publishing Company, 1969, réimpression à l’identique de l’édition originale publiée à Paris, chez Pierres et Clousier en 1777-1783, et chez Moutard en 1785 pour le volume XIII (Description générale de la Chine par l’Abbé Grosier).
Treize volumes 22 x 16 cms. CC-349 + 590 + 588 + 594 + 564 + 587 + 484 + 662 + 658 + 579 + 610 + [XX]-196-348 + 798 pages. Gravures hors texte, cartes, tableaux dépliants.
Percaline éditeur, dos lisse, titre en long. Quelques coins émoussés,quelques frottements aux coiffes, sinon très bon état.

650 €

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