Philosophie fenouillardesque

Fenouillard1

  • Plus on est de fous, plus on est serrés.
  • L’immensité, c’est le commencement de l’infini.
  • La perfide Albion a brûlé Jeanne d’Arc sur le rocher de Sainte-Hélène.
  • Monsieur Fenouillard veille. Si le père d’Hélène en avait fait autant, Troie existerait encore.
  • Principe fenouillardesque : ce que l’on ne peut empêcher, il faut le subir.
  • Nous sommes des atomes jetés dans le gouffre sans fin de l’infini.
  • Le loir est cher.
  • Cherchons à Damas le chemin dont on parle tant.
  • Quand on n’a pas ce qu’on désire, il faut se contenter de ce qu’on a.

Fenouillard2

« Christophe (Georges Colomb) fut l’une des grandes figures – en tout cas, l’une des plus gaies – de la pédagogie sous la IIIe République. Fils du principal du Collège de Lure, G. Colomb entra à l’École normale supérieure en 1878, en même temps que Jaurès, Bergson et Baudrillard. Docteur en sciences naturelles, il enseigna dans divers lycées – il eut pour élève Marcel Proust, sans que l’on aperçoive d’ailleurs les conséquences qu’il faille tirer de cette observation –, fut sous-directeur du Laboratoire de Botanique à l’École des Hautes Études et publia, chez A. Colin, des dizaines de manuels et d’ouvrages didactiques.

Mais son titre de gloire est, bien entendu, d’avoir écrit et dessiné Le Sapeur Camembert, La Famille Fenouillard et Le Savant Cosinus, qu’il publia dans Le Petit Français illustré entre 1889 et 1899. » (Pierre Caspard. Histoire de l’éducation. 1982)

_ _ _ _ _ _ _

21143_1CHRISTOPHE

La Famille Fenouillard

Paris, Armand Colin, 1929, vingt-septième édition. Un volume 18 x 12 cms. 262-[VII] pages.
Cartonnage éditeur illustré au dos et au premier plat.
Bon état, malgré un brochage à surveiller.

30 € + port

Il en a vu, le grenadier Pils !

portrait PilsFrançois Pils [1785-1867] était l’ordonnance du Général Oudinot, à la tête des Grenadiers de l’Empire, appelés aussi « la colonne infernale ».

Il a tenu son journal pendant 10 ans, et l’on suit son régiment à Austerlitz, à Friedland, à Wagram, pendant la campagne de Russie, la retraite et le franchissement de la Bérézina. Puis pendant les campagnes de Saxe et de France, jusqu’au traité de Fontainebleau et l’abdication de Napoléon, exilé à l’île d’Elbe.

journal de pils

Mais Pils ne faisait pas que tenir son journal – précieux, parce que précis. Il croquait les événements, croquis dont il reprendra certains pour en tirer des dessins ou des toiles.

Pils2

Autodidacte, il avait le sens du mouvement, de la composition et de la couleur. Qualités héréditaires, puisque son fils Isidore deviendra un peintre militaire reconnu.

02876_1

Le Journal de Pils a été publié par un certain Raoul de Cisternes. Il semble qu’il s’agisse de Raoul de Cisternes de Veilles [1837-1918] qui fut sous-lieutenant au 1er Zouave, reçut la Légion d’Honneur en 1863, publia un ouvrage sur le duc de Richelieu et un autre sur la Campagne de Minorque, en 1756.

De Cisternes ajoute au Journal de Pils de nombreux documents concernant le général Oudinot, qui est le vrai sujet du livre, et déclare dans sa préface qu’il a « l’espoir d’arriver un jour à réunir la plus grande partie des dessins, des aquarelles et des huiles de Pils, et d’en faire un album. »

02876_3

Malheureusement, ce projet resta sans suite, et l’on ne sait pas où se trouvent actuellement ces documents iconographiques qui seraient d’un grand intérêt.

_ _ _ _ _ _ _

02876_4PILS François, RAOUL de CISTERNES

Journal de marche du Grenadier Pils (1804-1814), recueilli et annoté par Raoul de Cisternes ; illustrations d’après les dessins originaux de Pils

Paris, Ollendorf, 1895. Un volume 21 x 14 cms. X-354 pages. Gravures in et hors texte, noir et couleur, certaines dépliantes. Demi reliure, dos lisse à filets.
Reliure très frottée avec manques en coiffes. Intérieur en bon état, y compris les gravures (la gravure couleur de la page 134, qui aurait dû être dépliante, a été coupée au massicotage du livre).

200 €

02876_2

Petit Lexique illustré du Bibliophile amateur

« Le marché du livre est en pleine mutation : Internet, livres électroniques, salles de ventes spécialisées… La façon dont on achète un livre s’est sûrement plus modifiée ces vingt dernières années que les deux cent précédentes.

lexique1On peut regretter ces changements, on peut regretter l’ultimatum qui est adressé aux professionnels du livre : « s’adapter ou mourir ». Et de constater que tous les jours des librairies et des ateliers ferment définitivement leurs rideaux.

À l’inverse, les bibliophiles ont maintenant accès à un marché mondialisé, l’offre qui leur est accessible est sans aucune mesure par rapport avec celle qui passionnait leurs ainés. Les bibliophiles ont repris avec jubilation un peu de pouvoir aux libraires, ils peuvent comparer, mettre en concurrence, se fournir aux mêmes sources…

Mais cela a un prix, celui d’avoir de moins en moins souvent un contact physique avec le livre avant de l’acheter. La majorité des achats de livre se font et se feront en vente par correspondance, sur la foi des catalogues, des annonces, des photos.

lexique2La vente par correspondance repose sur un rapport de confiance entre le libraire et le bibliophile, mais pour cela il faut parler le même langage. Et il faut reconnaitre que les mots du livre ancien peuvent sembler obscurs et intimidants aux yeux du novice.

Tel est donc le but de ce fascicule, ouvrir les portes de la bibliophilie à ceux qui n’en ont pas encore acquis les clés. Ce document n’a pas vocation d’exhaustivité, tant le domaine de la bibliophilie est vaste, mais il devrait vous permettre de comprendre 90% des annonces présentes sur le marché du livre ancien. » (Sébastien Vatinel)

_ _ _ _ _ _ _

couv lexiqueLibrairie De Natura Libris.

Petit Lexique illustré du bibliophile amateur

Document pdf téléchargeable gratuitement ici

Un Trésor des Ménages – truffé.

05549_1L’Abbé Jean-Joseph Petitpoisson, prêtre dans le diocèse de Nancy était un homme pratique. Outre des ouvrages que l’on n’est pas surpris de trouver sous la plume d’un homme d’Église (Manuel du premier communiant, Examen de conscience instructif,  Vade-mecum du prêtre), il a publié un Trésor des Ménages, recueil d’utiles connaissances, de recettes et de procédés faciles et peu couteux qui connut deux éditions.

Mais il n’estimait pas sortir de son ministère : « Publier les moyens d’augmenter le bien-être de nos semblables et de diminuer les souffrances de l’humanité, c’est répondre aux vues de la Providence. »

Son ouvrage est une mine de recettes de bonne femme, comme l’on disait un peu péjorativement, avant de redécouvrir toute la sagesse et l’économie de ces anciens procédés.

Par exemple :
    •    crépissage indestructible
    •    colle de riz
    •    nettoyer un tableau ancien et crasseux
    •    raccommoder la porcelaine fendue
    •    laver la flanelle
    •    composition de cirage anglais
    •    obtenir les odeurs des plantes par distillation
    •    sirops, gelées, confitures, marmelades, compotes
    •    liqueurs, vinaigres
    •    manière de faire du pain
    •    préparer et conserver les viandes
    •    bouillons et soupes
    •    conservation des haricots verts et des petits pois
    •    comment cultiver un jardin potager
    •    récolte et conservation des végétaux
    •    réussir les boutures d’œillets
    •    culture des groseilliers
    •    guérir les arbres de leurs maladies, greffer, bouturer
    •    procédés pour améliorer le vin dans les mauvaises années
    •    du régime alimentaire des gens de lettres
    •    tisanes, potions, emplâtres, gargarismes
    •    sirop pectoral, thé économique, lait de poule
    •    remèdes contre les panaris, les engelures, contre la sueur des pieds

petitpoisson1

Notre exemplaire est « truffé », selon le terme consacré : y sont intercalées de nombreuses fiches manuscrites et coupures de journaux, pieusement recueillies par un précédent propriétaire :
    •    encre noire (recette manuscrite)
    •    préserver de la rouille les outils en fer (coupure de journal)
    •    moyen de conserver les cerises (coupure de journal)
    •    comment obtenir plus de lait de sa vache (coupure de journal)
    •    faire fleurir les rosiers (recette manuscrite)
    •    remède contre la sérosité âcre (recette manuscrite)
    •    de l’usage du céleri contre les rhumatismes

petitpoisson2

_ _ _ _ _ _ _

05549_2PETITPOISSON Jean-Joseph

Le Trésor des ménages, recueil d’utiles connaissances, de recettes et de procédés faciles et peu couteux concernant l’industrie et l’économie domestique, la cuisine et l’office, le potager et le jardin, la cave et le cellier ; et de précieuses notions sur l’hygiène et l’art de soigner les malades, avec des remèdes de choix pour les maladies et les infirmités, les plus ordinaires et les plus fréquentes, etc.

Paris, Charles Douniol, 1861. Un volume 18 x 11 cms. 568 pages. Demi reliure, dos à faux petits nerfs.
Plats très frottés, intérieur très frais, sans rousseurs. Nombreuses recettes manuscrites ou imprimées intercalées dans l’ouvrage.

120 €

Les Deux livres (fable)

les deux livres - gillotCôte à côte sur une planche,
Deux Livres ensemble habitaient.
L’un neuf, en maroquin, et bien doré sur tranche ;
L’autre en parchemin vieux, que les vers grignotaient.

Le Livre neuf, tout fier de sa parure,
S’écriait : Qu’on m’ôte d’ici ;
Mon Dieu, qu’il pue la moisissure !
Le moyen de durer auprès de ce gueux-ci ?
Voyez la belle contenance,
Qu’on me fait faire à côté du vilain !
Est-il œil qui ne s’en offense ?

Eh ! de grâce, compère, un peu moins de dédain,
Lui dit le Livre vieux ; chacun a son mérite,
Et peut-être qu’on vous vaut bien.
Si vous me connaissez à fonds… Je vous en quitte,
Dit le Livre Seigneur. Un moment d’entretien,
Reprend son camarade, Eh non ; je n’entends rien.
Souffrez du moins que je vous conte…
Taisez-vous ; vous me faites honte ;
Holà, Monsieur du Libraire, holà,
Pour votre honneur, retirez-moi de là.

Un Marchand vient sur l’entrefaite,
Demande à voir des livres ; il en voit :
À l’aspect du bouquin, il l’admire, et l’achète ;
C’était un auteur rare, un Oracle du Droit.
Au seul titre de l’autre, ô la mauvaise emplette !
Dit le Marchand homme entendu.
Que faites-vous de ce poète,
Extravagant ensemble et morfondu ?
C’est bien du maroquin perdu.

Reconnaissez-les bien, faut-il qu’on vous les nomme,
Ceux dont en ces vers il s’agit ?
Du Sage mal vêtu le grand Seigneur rougit ;
Et cependant, un est un homme ;
L’autre n’est souvent qu’un habit.

Antoine Houdar de La Motte [1672-1731]

Racan, l’indolent

Racan par DesrochersQue peut-on savoir d’un homme ? se demandait Sartre en commençant son illisible – et inachevé – pensum sur Flaubert, L’Idiot de la famille.

Que peut-on savoir de Racan ? s’était déjà demandé Louis Arnould, dans la thèse qu’il a consacrée en 1895 à ce poète (un peu) méconnu du tout début du XVIIe siècle.

Sa démarche est novatrice pour son époque, et il la revendique hautement : « J’aurais dû, pour suivre la voie ordinaire de ces sortes d’ouvrages, consacrer quelques pages à la Vie du poète, puis faire une Partie littéraire beaucoup plus développée, où ses œuvres eussent été méthodiquement examinées et jugées, sa place marquée dans l’histoire de notre poésie, et résolus à part les deux problèmes d’influence qui se posent à son sujet : dans quelle mesure est-il le disciple de Malherbe ? dans quelle mesure le précurseur de La Fontaine ? […] On n’aboutit guère ainsi qu’à une image mutilée et informe de la réalité.
J’ai toujours estimé que le spectacle attachant par-dessus tout pour un homme est celui d’une vie d’homme. La méditation des idées générales est sans doute bien intéressante, mais il leur manque toujours cette part d’humanité, ce coin de tragédie douloureuse, par lesquels une existence nous touche de près. […]
Pour avoir chance de se moins tromper dans l’examen d’un ouvrage, la première condition est de le replacer dans le milieu de circonstances particulières où il baignait réellement, surtout quand l’auteur a mis dans son œuvre, comme Racan, autant de son cœur, de ses sentiments, de sa nature même. »

C’est en fait introduire dans le contexte universitaire la méthode de critique littéraire initiée par Sainte-Beuve.

Nous voyons ainsi Racan [1589-1670] grandir comme page à la Cour d’Henri IV, rencontrer Malherbe, devenir son élève, lire L’Astrée, suivre un enseignement militaire, vivre le début de guerre civile déclenchée par Condé, servir Louis XIII dans le corps de la Cornette blanche, et rechercher, toute sa jeunesse une gloire militaire que, comme Vigny, il ne trouvera jamais.

Ses amours ne sont pas plus couronnées de succès :

En l’excessive ardeur de ma persévérance,
d’une belle espérance
L’Amour essaie en vain de consoler mes pleurs ;
mais ne sait-on pas bien qu’il a cette coutume
de sucrer l’amertume,
et que tous ses filets sont tendus sous des fleurs ?

Quant à la politique, elle le déçoit :

Ne t’étonne pas, Armilly, de voir la conscience,
l’honneur qu’on doit aux lois, la foi, ni la raison,
non plus que des habits qui sont hors de saison,
n’être point approuvés parmi la bienséance.

Ne t’étonne de voir mépriser la science,
l’impiété partout épandre son poison,
et l’État, dépité contre sa guérison,
courir à sa ruine avec impatience.

Ne t’étonne de voir le vice revêtu
des mêmes ornements qui parent la vertu,
la richesse sans choix injustement éparse.

Si le monde fut pris des plus judicieux
pour une comédie au temps de nos ayeux,
peut-être qu’à présent l’on veut jouer la farce.

Paris à l'époque de Racan, avec sa maison (marquée R), celle de Malherbe (marquée M) et l'Hôtel de Rambouillet, que fréquentait Racan

Paris à l’époque de Racan, avec sa maison (marquée R), celle de Malherbe (marquée M) et l’Hôtel de Rambouillet, que fréquentait Racan

Tant et si bien qu’à trente ans, il n’aspire qu’à la retraite, qui lui inspirera des Stances qui restent sa pièce la plus connue :

Thirsis, il faut penser à faire la retraite :
la course de nos jours est plus qu’à demi faite.
L’âge insensiblement nous conduit à la mort.
Nous avons assez vu sur la mer de ce monde
errer au gré des flots notre nef vagabonde ;
il est temps de jouir des délices du port.

Le bien de la fortune est un bien périssable ;
quand on bâtit sur elle on bâtit sur le sable.
Plus on est élevé, plus on court de dangers :
les grands pins sont en butte aux coups de la tempête,
et la rage des vents brise plutôt le faîte
des maisons de nos rois que des toits des bergers.

Ô bienheureux celui qui peut de sa mémoire
effacer pour jamais ce vain espoir de gloire
dont l’inutile soin traverse nos plaisirs,
et qui, loin retiré de la foule importune,
vivant dans sa maison content de sa fortune,
a selon son pouvoir mesuré ses désirs ! […]

Candide sera plus concis : « Il faut cultiver son jardin. »

Racan finira par se marier, recueillera une succession qui lui vaudra des procès qui dureront toute sa vie (et ne seront éteints qu’au moment de la Révolution…) et consacrera la fin de sa vie à traduire, en plus de 10000 vers,  l’ensemble des Psaumes, en «paraphrases modernisées ».

Ainsi le Psaume VI :

Traduction de Louis Segond :

Aie pitié de moi, Yahweh, car je suis sans force ; guéris-moi, Yahweh, car mes os sont tremblants.

Version de Racan :

Ma force n’est plus animée,
mon teint  a changé de couleur,
ce qui me reste de chaleur
s’en ira comme une fumée ;
ce grand feu que j’ai ressenti
se verra bientôt amorti
dans mon corps, déjà froid et blême,
comme en un tison allumé
la braise s’éteint d’elle-même
après qu’elle l’a consumé.

Mes lèvres, sèches et ternies,
témoignent assez de ma langueur ;
il me reste moins de vigueur
qu’aux fleurs que l’automne a fanies ;
rien ne saurait me soulager ;
du boire comme du manger
je perds la mémoire et l’envie,
et pense que cet aliment
est moins pour allonger ma vie
que pour allonger mon tourment.

Mais au milieu des querelles religieuses qui déchiraient le Royaume, Racan fut l’un des seuls à rester à l’écart, revendiqué par les apologistes catholiques, mais courtisé par les salons protestants :

Toutes ces doctrines nouvelles
ne plaisent qu’aux folles cervelles.
Pour moi, comme une humble brebis,
je vais où mon pasteur me range,
et n’ai jamais aimé le change
que des femmes et des habits.

Quand ils se rencontrèrent, Racan avait 16 ans, Malherbe 50. L’enseignement de Malherbe à son disciple fut uniquement oral et empirique, et le marqua profondément. « « Racan devra à Malherbe cette limpidité, cette exquise correction sans laquelle il aurait mal exprimé les sentiments sincères qui étaient en son âme. Dieu et la Touraine l’avaient fait poète, Malherbe le fit versificateur. »

Mais tout n’était pas bénéfique dans cet enseignement :
« Malherbe savait peu les anciens, Racan les connaîtra moins encore, et toujours manqueront l’abondance, la variété et la vigueur à ses qualités natives de charme et de grâce qui, n’ayant pas un sol riche ou se développer et se fortifier, demeureront toujours grêle comme des arbrisseaux plantés dans une terre aride. Il est certain qu’en cela Malherbe lui rendit un mauvais service. »

Quoiqu’il en soit, Racan se détache peu à peu de son maître.

Ils s’opposent d’abord sur Ronsard, que Malherbe trouve « plein de latineries ridicules », mais que Racan apprécie.

Puis sur la versification : Maynard et Racan arriveront à forcer Malherbe à observer une pause après le troisième vers d’un sizain, mais refuseront d’observer une pause au septième vers d’un dizain.

Et enfin sur les rimes : Racan impose la rime entre les deux quatrains d’un sonnet, et combat la recherche de rimes riches, «génératrices de la pensée » que privilégie Malherbe,  en les qualifiant de « rares et stériles »

Le sujet est moins abscons qu’il n’y pourrait paraître : « Cette théorie de la rime génératrice de la pensée rapproche singulièrement Malherbe de la poétique moderne, en passant par-dessus Boileau, qui professait la théorie opposée de la rime « esclave » et enseignait qu’il faut commencer par penser, et enfermer ensuite sa pensée dans des rimes exactes, riches même si l’on en est capable. Les romantiques au contraire et leurs successeurs, ayant élevé la rime en honneur au détriment de la raison, prétendent dans leurs théories que l’idée avec sa rime toute prête apparaît spontanément dans le cerveau du poète, mais en fait ils semblent bien rechercher ou accueillir avec prédilection la rime rare, par qui ils se laissent conduire volontiers vers l’idée, aussi a-t-on dit spirituellement que Malherbe est l’ancêtre des Parnassiens. Or l’expérience est faite aujourd’hui, à la fin de ce siècle. La richesse de la rime n’est décidément pas en rapport avec celle de la poésie, et quand l’une s’enrichit, c’est au détriment de l’autre. Trois cents ans de poésie ont donné raison à la rime suffisante que soutenait Racan contre la rime riche défendue par Malherbe. »

Le débat n’est sans doute pas clos…

Blason de Racan

Blason de Racan

Alors, que peut-on savoir de Racan ?

  • « Si Racan était reconnu bon poète, il avait aussi une réputation universelle de bègue, de distrait et de maladroit. […] Voilà la caractéristique de l’homme : c’est un indolent. Ainsi traverse-t-il la vie cheminant lentement, tout hanté par sa fantaisie, en éternel distrait, comme plus tard La Fontaine. »
  • « Racan s’abandonna avec bonhomie à sa double destinée de gentilhomme obscur et de poète. […] Il fit des vers tout comme un arbre se couvre de fleurs, et, régulièrement, pendant de longues années, malgré des printemps trop secs ou trop pluvieux, donne toujours son odorante moisson. »
  • « Il offre un essai discret de poésie rurale. Loin de choisir, pour décrire la nature, ses aspects brillants ou terribles comme on le fera deux cents ans plus tard, Racan se borne à chanter la vendange et surtout la moisson, et en général l’abondance et la foison rustiques, avec une grâce et une vérité qui lui sont restées tout à fait propres. Il a encore sur les astres de fréquents et admirables accents que l’on ne connaît guère, mais qui pourraient suffire à sa gloire et qui font de lui, avant Lamartine, notre meilleur poète sidéral. »
  • « Il dit élégamment les choses aimables et simplement les petites choses, sans les exagérer, et il sait se tenir à distance et de la platitude et de l’emphase. […] On peut le trouver terne et trop souvent abstrait. »
  • « Soit faiblesse originelle de tempérament, soit défaut d’instruction première ou d’éducation classique, Racan manque de souffle : l’haleine est courte au moral comme au physique. Ses vers révèlent la vivacité et parfois la hauteur de l’imagination, présentent l’abondance et la facilité des détails, mais pour la solidité de la trame laissent souvent à désirer.  »
  • « Il demeure un isolé au 17e siècle, se trouvant être, par une singulière et double parenté qui l’attire à la fois en arrière et l’appelle en avant, un attardé plus naïf de la Pléiade et un devancier discret du romantisme. »

_ _ _ _ _ _ _

07287_2ARNOULD Louis

Racan (1589-1670), histoire anecdotique et critique de sa vie et de ses œuvres

Thèse présentée à la Faculté des Lettres de Paris pour le Doctorat ès Lettres. Paris, Armand Colin, 1896.
Un volume 25 x 17 cms. XXXVI-772 pages. Un portrait sous serpente en frontispice. Douze illustrations photographiques hors texte sous serpente, dont une en couleur (Blason de Racan). Deux tableaux dépliants (Tableau généalogique ; Vieux plan du centre du Paris).
Demi reliure toile, dos lisse et muet. Un tampon en page de faux titre. Très bon état.

75 €

114 sortes de Français

piece de titreEn 1840, l’éditeur Léon Curmer lance une collection de fascicules illustrés, intitulée Les Français par eux-mêmes. Dans le style des Physiologies alors à la mode, chaque fascicule fait le portrait d’un type, caractérisé par sa profession, ou par sa région. Il est illustré de gravures, soit en noir, soit en couleur (seul le prix du fascicule change).

La publication s’étalera sur deux ans, et la collection complète comptera 422 numéros, rédigés par des écrivains tels que Balzac, Henry Monnier (le créateur de l’immortel Monsieur Prudhomme) ou Théophile Gautier, ainsi que par des plumes de second rang. Les principaux illustrateurs sont Gavarni, Daumier, Flameng, Pauquet, Grandville, Staal, Henry Monnier, etc.

La Marchande de poissons

Curner publiera sa série en 10 volumes, et en 1876, l’éditeur Philippart en fera paraître la quintessence en quatre volumes. C’est l’édition que nous présentons aujourd’hui.

Elle diffère de l’édition Curner par plusieurs aspects :

  • Ne rassemblant que 114 portraits, elle offre un texte sur deux colonnes, et non plus sur une seule.
  • Les illustrations sont plus nombreuses, celles de l’édition Curner étant reprises, mais complétées par des gravures originales, ainsi que par des vignettes parsemant les textes. Certaines permettent, par leur juxtaposition, de comparer l’approche de plusieurs dessinateurs différents, par exemple Le Gamin de Paris, par Charlet et par Gavarni. On y découvre aussi les portraits des principaux dessinateurs.
  • Un grand soin est donné à la mise en page, non plus linéaire, mais très étudiée.

invalide

bourreau

Les textes n’ont pas changé, et certains sont restés célèbres, comme cette description du rentier par Balzac : « Rentier. Anthropomorphe selon Linné. Mammifère selon Cuvier, Genre de l’Ordre des Parisiens, Famille des Actionnaires, Tribu des Ganaches, le civis inermis des anciens, découvert par l’abbé Terray, observé par Silhouette, maintenu par Turgot et Necker, définitivement établi aux dépens de producteurs de Saint-Simon par le Grand-Livre. »

– – – – – – –

L'Horticulteur

L’Horticulteur

L’Homme du Peuple, Léon Gozlan
La Cour d’Assises, Timon [Cormenin]
La Première amie,Paul de Kock
L’Épicier, Balzac
Le Marchand d’habits, J. Mainzer
La Portière,  Henry Monnier
Le Gamin de Paris, Jules Janin
Le Marchand de parapluies, Joseph Mainzer
L’Institutrice, Louise Colet
La Ménagère parisienne , J.-A. Brisset
Le Maître d’Études, Eugène Nyon
Le Propriétaire, Amédée Achard
La Femme de province, Balzac
Le Bourgeois campagnard, Frédéric Soulié
Le Député, E. Briffault
Le Chasseur, Elzéar Blaze
Une femme à la mode, Madame Ancelot
L’Amateur de livres, Charles Nodier
L’Horticulteur, Alphonse Karr
La Demoiselle à marier, Mme Anna Marie
L’Aubergiste, Amédée Achard
Le Notaire, Balzac
Le Franc-Comtois, Francis Wey
Le Vitrier-Peintre, Joseph Mainzer
La Sœur de charité, L. Roux
Les Cris de Paris, Joseph Mainzer

L'Auvergnat

L’Auvergnat

Le Champenois, A. Ricard
Le Rentier, Balzac
Le Normand, E. de la Bedollière
Le Gniaffe, Pétrus Borel
Le Bauceron, Noël Parfait
Le Pair de France, Marie Aycard
La Femme comme il faut, Balzac
Le Picard, Francis Wey
Le Basque, V. Gaillard
Le Pêcheur des bords de la Seine, J. Brisset
Le Flamand, Francis Wey
L’Écolier, Henri Rolland
Le Bourguignon, F. Fertiault
L’Avocat, Old Nick
Le Chicard, Taxile Delord
Le Bressan, Francis Wey
Le Marchand de coco, Joseph Mainzer
Le Bourreau, Félix Pyat
L’Invalide, A. Lorentz et E. de la Bedollière
L’Agent de change, Frédéric Soulié
Le Roussillonnais, Amédée Achard
La Vieille fille, Mme de Longueville
L’Ami des artistes, Francis Wey
Le Breton, Alfred de Couyrcy
La Belle-mère, Mme Anna Marie
Le Mineur, F. Fertiault
Le Languedocien, E. de la Bedollière
La Grisette, Jules Janin
Le Porteur d’eau, Joseph Mainzer

Le Touriste

Le Touriste

Le Religieux, Georges d’Alcy
Le Joueur d’échecs, Méry
Le Poète, E. de la Bedollière
Le Journaliste, Jules Janin
La Dévote, Jules Janin
Le Contrôleur des Contributions Directes, Frédéric Soulié
Le Flâneur, A. de Lacroix
L’Habitant de Versailles, Arnould Frémy
Le Défenseur officieux en justice de paix, Émile Dufour
Les Mendiants, L.-A. Berthaud
Le Rat, Théophile Gautier
La Laitière, Joseph Mainzer
La Religieuse, Maria d’Anspach
Le Ramoneur, Arnould-Frémy
Le Berrichon, Félix Pyat
Le Touriste, Roger de Beauvoir
Le Béarnais, Old Nick
Le Diplomate, Comte de la Rivalière Frauendorff
La Misère en habit noir, B. Maurice
Les Banquistes, E. de la Bedollière
Le Médecin, L. Roux
La Marchande de poisson, Joseph Mainzer

Le Bourreau

Le Bourreau

L’Âme méconnue, Frédéric Soulié
La Marchande de friture, Joseph Mainzer
Le Tailleur, Roger de Beauvoir
Le Goguettier, L.-A. Berthaud
Le Provencal,  Taxile Delord
Le Commissionnaire, L. Roux
Le Dauphinois, Georges d’Alcy
La Femme adultère, Hippolyte Lucas
La Bouquetière, Mélanie Waldor
Les Chiffonniers, L.-A. Berthaud
L’Ouvrier de Paris, J. Brisset
La Maîtresse de maison de santé, Frédéric Soulié
Le Raccommodeur de faïence, le chaudronnier et le rémouleur, Joseph Mainzer
L’Auvergnat, Alfred Legoyt
Le Pharmacien, E. de la Bedollière
Le Gascon, Édouard Ourliac
Les Enfants à Paris, M.-J. Brisset
Le Rapin, J. Chaudes-Aigues

Le Maitre-mineur

Le Maitre-mineur

Le Médecin de village, Écarnot
Le Phrénologiste, Eugène Bareste
Le Lutteur, Henri Rolland
La Garde, Mme de Bawr
Le Limousin, E. de la Bedollière
La Halle, Joseph Mainzer
Le Débutant littéraire, Albéric Second
Le Jardinier de cimetière, Édouard d’Anglemont
Les Douairières, Alfred Nettement
Le Solognot, Félix Pyat
La Figurante, Philibert Audebrand
Le Paysan des environs de Paris, L. Couailhac
La Modiste, Maria d’Anspach
Le Vicaire de Province, Augustin Chevalier
Le Forésien, L. Roux
Le Botaniste, Eug. Villemin
L’Habitant des Landes, Victor Gaillard

03499_1[Collectif]

Les Français peints par eux-mêmes, types et portraits humoristiques à la plume et au crayon. 4/4

Paris, Philippart, sans date (1876-1878, date BNF).
4 volumes 28,5 x 19,5 cms. XVI-384 + 396 + 396 + 400 pages. Nombreuses illustrations in et hors texte. Percaline éditeur, dos lisses ornés, plats également ornés. Tranches dorées.
Quelques rousseurs éparses, presque uniquement en marge. Percaline abîmée aux coiffes et mors, avec une franche déchirure au dos du tome IV. Brochage à surveiller, surtout au tome IV.

250 €