Loango, pays de cocagne ?

Proyart2Situé sur la côte du Congo actuel, au nord de Pointe-Noire, ce royaume a été décrit par l’abbé Prévost et par l’abbé Proyart, à quelques décennies de distance.

L’abbé Prévost, au volume XVI de son Histoire générale des Voyages (voir ici), compile les récits de deux auteurs du siècle précédent :

  • Andrew Battel [1589-1614] un matelot anglais, qui séjourna longtemps dans la région comme prisonnier des Portugais.
  • Olfert Dapper [1635 ?-1689], hollandais, qui a donné son nom au musée parisien d’art africain Sa Description de l’Afrique, qui date de 1668, était déjà une compilation

L’abbé Proyart – qui fut un des professeurs de Robespierre, mais ne partageait pas ses idées, loin de là, puisqu’il émigra pendant la Révolution – s’appuie, lui, sur les récits et lettres des premiers missionnaires chrétiens ayant séjourné à Loango à partir de 1766 (et ne manque pas de critiquer l’ouvrage de Prévost)

Ils se rejoignent tous deux dans la description d’un pays de cocagne, où abondent manioc, pistaches, palmiers, bananiers, près d’eaux poissonneuses, tant salées que douces.

Ils s’accordent aussi quant au despotisme royal, au mode de désignation du roi (élection parmi les princes de souche matrilinéaire), à l’aspect magique des albinos, à la profonde soumission des femmes, à l’épreuve du Bonda (sorte jugement de Dieu sous forme de poison), au droit pour les princesses du sang de choisir un mari sans qu’il puisse refuser sous peine de mort.

Mais il diffèrent totalement dans la description de la capitale du royaume (dont aucun ne sait bien fixer les frontières)

  • Prévost : « Le pays, qui porte proprement le nom de Loango, est situé au Sud de Kalongo. Sa principale ville est connue sous le même nom, et sert de résidence au Roy du Pays. Elle est à trois milles de la mer, dans une vaste plaine. Les palmiers et les platanes y entretiennent une fraîcheur continuelle, et ses rues sont fort longues et fort larges. »
  • Proyart : « Les villes ne sont, à proprement parler, que de grands villages, elles n’en diffèrent que parce qu’elles renferment un plus grand nombre d’habitants. L’herbe y croît comme dans les villages : les rues ne sont que des sentiers étroits. Une grande ville est un vrai labyrinthe, d’où un étranger ne sortirait pas, s’il n’avait soin de prendre un conducteur. »

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Autres différences notables : les auteurs cités par Prévost évoquent un culte des idoles, alors qu’il n’y en a pas un mot chez Proyart. Les missionnaires sur lesquels il s’appuie n’auraient pourtant pas manqué d’en faire état.

Même chose quant à la question du trafic d’esclaves. Pas un mot dans Prévost : sans doute les récits de Battel et Dapper sont ils antérieurs ou tout juste contemporains du début de la traite dans la région (la Compagnie Royale d’Afrique a été fondée en 1660).

Par contre, longs développements chez Proyart, qui explique le fonctionnement de ce commerce supervisé par un ministre, donne les tarifs exprimés en marchandises européennes (les Français paient plus cher que les Anglais et les Portugais), insiste sur le fait que les esclaves vendus sont des prisonniers de guerre qui sauvent ainsi leur vie, sans jamais remettre en cause la pratique elle-même.

Proyart se distingue par un long chapitre sur la langue parlée à Loango, qui comprend 13 articles, des sous-verbes, un nombre de temps plus élevé que les nôtres. Par contre, ses rapprochements étymologiques avec l’hébreu et le grec semblent bien hasardeux…

Quant aux bévues, match nul.

  • Prévost : « Tous les enfants naissent blancs, et dans l’espace de deux jours ils deviennent parfaitement noirs.»
  • Proyart : « Les nègres ne connaissent point l’usage du puits ; ils n’en creusent jamais. » (page 10) et : « Ceux qui ont le choix du terrain donnent naturellement la préférence à celui offre naturellement de l’eau, et laissent aux derniers venus le soin de creuser des puits. » (page 41).

Deux visions à presque un siècle de distance. Celle de Prévost plus descriptive, avec une tendance à un certain exotisme, celle de Proyart plus analytique, marquée par une profonde empathie envers les « naturels ».

À noter que le Royaume de Loango, même s’il n’a plus d’existence politique, maintient la désignation (parfois difficile, semble-t-il) de princes héritiers. L’actuel titulaire du titre vit en France, et travaille comme informaticien…
http://www.royaumeloango.org/

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Proyart3Abbé PROYART

Histoire de Loango, Kakongo et autres royaumes d’Afrique.

Paris, Méquignon, 1819. Un volume 16,5 x 10 cms. 295 pages. Une carte dépliante.

Demi reliure modeste. Dos lisse, pièces de titre et de tomaison. Tranches rouges. Reliure très frottée, motifs et titres presque effacés. Intérieur frais.

125 €

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03529_3Abbé PREVOST

Histoire générale des voyages, ou nouvelle collection de toutes les Relations de voyages par mer et par terre qui ont été publiées jusqu’à présent dans les différentes langues de toutes les nations connues.
TOME SEIZIÈME : Voyages dans les Royaumes de Congo et d’Angola (Première Partie. Livre Douzième) – Description des Royaumes de Loango, de Congo, d’Angola, de Beuguela et des Pays voisins. (Première Partie. Livre Treizième. Chapitres I à III)

Paris, Didot, 1748. Un volume in-12 de 16,5 x 9 cms. 526-[II] pages. 5 gravures et cartes (Jagas avec leurs habits et leurs armes – Carte du Royaume de Congo Angola et Benguela, petite déchirure sans gravité – Carte de l’embouchure de la Rivière de Congo ou de Zayre – Vue dépliante de la cité de Loango – Dom Daniel de Silva, comte de Sogno, en 1741).

Pleine reliure du temps. Dos à 5 nerfs, caissons ornés, pièces de titre et de tomaison. Tranches rouges. Reliure frottée, avec traces de réparations anciennes au dos. Traces d’ex libris au dos de la couverture. Texte très frais. Bon état global.

125 €

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