Contre Lincoln

Lincoln WantedSteven Spielberg vient de dresser un monument cinématographique à Lincoln.

Xavier Eyma ne partageait pas son avis.

Sous ce pseudonyme, Adolphe Ricard (1815-1876), après avoir débuté par des poésies et des vaudevilles, été chargé d’une mission aux Antilles en 1846 et avoir longuement visité les États-Unis, a multiplié les écrits en tout genre sur le Nouveau Monde : études (La République américaine, 1861), essais anecdotiques (Les Femmes du Nouveau Monde, 1853), nouvelles et romans pittoresques (Les Peaux-Rouges, 1854).

Son ouvrage Les trente-quatre étoiles de l’Union Américaine, paru en 1862, obéit à un plan curieux, du fait des circonstances.

Le cœur du volume est une monographie décrivant l’état politique, économique et juridique des 34 états qui composaient les États-Unis au moment du déclenchement de la guerre de Sécession. Elle reste précieuse, malgré la déplorable manie qu’a l’auteur de citer longuement des documents de diverses sources sans indiquer de références précises.

On en apprend d’ailleurs  de belles sur la gestion du budget de l’état fédéral : « Avec la crise financière de 1857, un gaspillage coupable, des déprédations administratives commises avec une impudence incroyable, pus de 300 millions disponibles dans le Trésor s’écoulèrent par des voies inconnues, et ce Trésor trop riche se trouva, tout à coup, vide et en déficit. »

On trouve aussi dans cette partie une prédiction hasardeuse : « Le Nord n’osera jamais marcher en armes contre le Sud ; la question [de l’esclavage] se débattra donc longtemps encore, éternellement peut-être, dans les sphères de la discussion théorique. »

USA 1860

À la fin du livre, deux chapitres intitulés «Toga» et « Arma » (sans doute d’après la citation de Cicéron « Cedant arma togae, Que les armes cèdent à la toge »), font le point des événements de la guerre jusqu’à la bataille de Manassas Junction, en juillet 1861.
Avec une autre prédiction : « Il est permis de le croire, l’Union est à jamais brisée, on peut prévoir la formation de deux républiques. »

Et en tête, une longue introduction, datée de septembre 1861, qui persiste : « L’avantage est du côté du Sud. […] Le Nord vaincu serait libre d’accepter ou de refuser la réconciliation. […] Si l’Union doit se réformer, ce sera à la condition, au contraire, que le Sud restera vainqueur. Le Nord n’a que des conditions inacceptables à dicter au Sud. »

L’Histoire démentira…

On l’a vu, Xavier Eyma est un Sudiste affiché. Pour lui, les causes de la guerre de sécession sont d’abord économiques : «Le Nord est devenu particulièrement manufacturier et industriel ; le Sud est resté essentiellement agricole et producteur de matières premières. La tendance de l’un a toujours été de sauvegarder son industrie par des tarifs protecteurs et de jeter ses produits libres de droits sur les marchés du Sud en concurrence avec les produits européens chargés de droits dont le Sud supportait le poids. Celui-ci, au contraire, par cela même qu’il est producteur, avait un goût très net pour la plus large liberté du commerce, afin d’étendre ses marchés d’écoulement, de pouvoir se procurer à moindre prix les objets dont il a besoin, et produire au meilleur marché possible. »

L’esclavage : où est le problème ?

  • « L’esclavage est la base de la constitution sociale des États du Sud, à cause de l’immense étendue des propriétés territoriales, étendue qu’exige la nature des cultures adoptées dans ces États. Le morcellement des terres y étant inconnu et impossible, et le système des fermes ou du colonage impraticable, et l’ouvrier agricole proprement dit, n’existant pas aux États-Unis où le sentiment de l’indépendance se double d’un amour effréné de la propriété, l’esclave seul peut se plier à être un serviteur dans toute l’acception du mot, comme sa nature seule peut résister aux épreuves du rude climat sous lequel il abolit son labeur. »
  • « Il ne s’agit pas de savoir si l’esclavage est en principe légitime ou non, mais bien en admettant avec les abolitionnistes qu’il ne le soit pas, s’il est juste, prudent et humain de l’éteindre dans le sang et sous les ruines. Les champions de l’émancipation seront obligés de reconnaître que l’esclavage est un fait qui échappe à la discussion et qu’il faut respecter. »

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 Et quelle acrobatie dans la démonstration : « Ce qui prouve d’une façon péremptoire que l’esclavage n’a joué qu’un rôle fort secondaire dans ce soulèvement du Sud contre le Nord, c’est que toutes les tentatives de réconciliation, toutes les propositions de compromis ont été repoussées par le Congrès et par les amis du président qui lui-même en est arrivé, par une aberration incroyable d’esprit, à sanctionner un bill d’émancipation des esclaves. »

Lincoln

Ce serait donc bien Lincoln qui est à la source de tous les maux, et de la guerre :

  • « Du jour où, avec M. Lincoln, le pouvoir a passé aux mains d’un parti sectioniste, antipathique et hostile au Sud où il n’avait aucune racine, le Sud a pu et dû redouter les calamités auxquelles il avait échappé jusque-là. »
  • « M. Lincoln, en abolissant l’esclavage, reconnaît de fait la dislocation de l’Union, et délie les États du Sud de toute soumission au pacte fédéral ; il entreprend purement et simplement la guerre contre une république qu’il tente de conquérir. […] Déclarer libres les noirs contre la volonté de leurs maîtres, c’est soulever la guerre servile dans le Sud. C’est un droit que n’a pas M. Lincoln, s’il garde encore l’espoir de rétablir l’Union. Ce n’est pas davantage son droit, s’il considère désormais les États confédérés du Sud comme une nation étrangère. Dans le premier cas, il outrage la morale. Dans la seconde hypothèse, il manque aux plus simples notions du droit international. »

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L’entourage de Napoléon III était certes globalement favorable à la Sécession, mais allait-il jusqu’à partager ces outrances ? Distribuées comme ouvrages de prix dans les écoles…

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03596_1EYMA Xavier

Les trente-quatre étoiles de l’Union américaine, histoire des États et des Territoires.

 Paris, Michel Lévy, 1862.
2 tomes en un volume 22 x 15 cms. XXXIV-312-342 pages.

Percaline éditeur rouge aux armes de la Pension Garnier à Choisy-le-Roy. Tranches dorées.

Couverture salie avec déchirure en haut du dos. Quelques rares piqûres, principalement en tranche, sinon bon état.

45 € + port

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