Comme Rousseau, Diderot ou Casanova, jouez au trictrac et aux échecs

05575aLe trictrac est un jeu de société dont l’origine est obscure.

Il se joue à deux avec un cornet, deux dés, quinze dames par joueur, sur un tablier divisé en deux parties, portant deux fois six flèches chacune.

Il fut très pratiqué aux XVIIe et XVIIe siècles, en particulier dans la haute société :
« L’excellence, la beauté et la sincérité qui se rencontrent dans ce Jeu, font que le beau monde, qui a de la politesse, s’y applique avec beaucoup de soin et en fait son jeu favori », affirme l’auteur anonyme de l’Académie universelle des jeux.

Le trictrac repose principalement sur la stratégie du joueur, beaucoup plus que sur le hasard. La partie peut se prolonger : sous le règne de Louis XVI, l’une d’elle opposa le comte de Genlis au baron de Vioménil : au bout de trois jours et trois nuits, elle s’acheva par la défaite du premier, allégé de 100 000 écus.

Tout est dans la concentration et l’anticipation : « L’on voudrait avoir pu donner les Règles certaines pour ne jamais perdre ; mais il n’y en a aucune, sinon la conduite et la prudence, surtout au Trictrac, au Revertier et au Toute-Table, où l’on perd souvent par sa faute. »

Car il y a des variantes, d’une difficulté décroissante :

  • Le Revertier : « L’on trouve dans ce jeu des agréments qui ne se rencontrent point au Trictrac, car quand on a pu une fois avancer son jeu, et avoir l’avantage sur son homme, l’on est assuré de gagner la partie, à moins qu’il n’arrivât des coups tout à fait extraordinaire, au lieu qu’au Trictrac l’on est toujours dans l’incertitude. »
  • Le Toute-Table : « Ce jeu n’a pas tant de beauté que le Revertier, cependant plusieurs le préfèrent au Trictrac, parce qu’il est moins embarrassant et qu’il ne faut pas continuellement avoir l’esprit bandé à marquer des Points ou des Trous. »
  • Le Tourne-Case : « Ce jeu consiste dans le seul hasard du Dé, la conduite et le bien joué n’y ont aucune part. »
  • Les Dames Rabattues : « Ce jeu est de tous les jeux de tables un des plus faciles à apprendre, et l’on peut dire que le hasard seul y décide. »
  • Le Plain : « Ce jeu demande quelque conduite, mais le hasard y a plus de part que le bien joué, puisque celui qui fait les plus grands nombres gagne infailliblement la partie. »

05575_2Notre volume détaille les règles de chacun de ces jeux, et se continue par un Traité d’Échecs et un Traité de Whisk.

Alors, faites comme Rousseau, qui étudie les échecs et joue contre le prince de Conti dans une partie restée célèbre.

Ou comme Diderot, qui lui aussi affectionne les échecs qu’il pratique au Café de la Régence. Il s’adonne fréquemment au trictrac, où il risque de faibles mises.

Casanova, quant à lui, joue également beaucoup à ces deux jeux.

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05575_3Académie universelle des jeux, contenant les règles de tous les jeux, avec des instructions faciles pour apprendre à les bien jouer, augmentée du jeu de Whisk. Première Partie : Le Jeu du Trictrac, enrichi de figures, avec les jeux du Revertier, du Toute-Table, du Tournecase, des Dames Rabatues, du Plain et du Toc – Le Jeu des Echecs, avec toutes les différentes manières de le jouer – Traité du jeu du Whisk

Paris, Veuve Savoye (Trictrac) Théodore Le Gras (Échecs), 1765.

Un volume 17 x 10 cms. 370-96 pages. Pleine reliure du temps. Dos à 5 nerfs, caissons ornés, pièces de titre et de tomaison. Tranches rouges. Traces d’ex-libris en page de garde. Bon état.

120 €

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Topographie et Fortifications

avordLa première école de sous-officiers d’infanterie de l’armée française est créée en 1875 au camp d’Avord, à quelques kilomètres de Bourges.

Elle sera transférée en 1881 à Saint-Maixent, et Avord retombera dans l’oubli jusqu’en 1912, avec l’implantation d’une école de pilotage, qui formera Guynemer, Mermoz, Saint-Exupéry.

La formation dispensée à Avord est sérieuse et complète : histoire, géographie, hygiène, tir, équitation…

Et aussi Mathématiques, Topographie et Fortifications.

Les cours dispensés en 1878 dans ces trois matières ont été regroupés et reliés à son chiffre par un élève nommé Debercy.

Il s’agit de cours manuscrits, en superbes écritures rondes (et parfois un peu plus anguleuses), agrémentés de nombreuses figures tracées à la main, selon des plans clairs, et des énoncés très pédagogiques.

C’est du solide :
Arithmétique : 98 pages
Algèbre : 58 pages
Géométrie : 96 pages
Géométrie dans l’espace : 79 pages
Topographie : 226 pages
Fortification : 344-8 pages
Artillerie : 62 pages

Topographie

Avant l’époque de Google Maps, on faisait les cartes à la main, les fameuses cartes d’État-Major.

05518_1Pour cela, il fallait connaître :

  • Les notions préliminaires (définitions, échelles)
  • La désignation et la représentation des objets à la surface du sol
  • L’étude et le figuré des formes du terrain
  • La lecture et l’emploi de la carte
  • L’exécution d’une levée à vue, d’un croquis

Savoir dresser et lire une carte n’est pas tout, il faut aussi savoir s’en servir et, le cas échéant la compléter.
S’en servir en assimilant des notions comme la praticabilité des pentes pour la cavalerie, l’infanterie et l’artillerie.
La compléter, car une carte étant insuffisante à décrire la totalité d’une réalité, et l’état des éléments représentés – celui d’une route par exemple –, il faut obtenir des renseignements complémentaires par la reconnaissance du terrain.

Fortifications

05518_2« La fortification est l’art de disposer un terrain de façon à fournir à celui qui l’occupe un avantage sur son adversaire. Dans ce but, la position à défendre est autant que possible entourée d’abris et d’obstacles qui couvrent le défenseur sans moyens de défense, en même temps qu’ils gênent la marche de l’assaillant et le laissent sans abri, sous le feu d’hommes à couvert. »

Le cours distingue fortifications passagères et fortifications permanentes, s’intéresse à la destruction et reconstruction des communications (chemin de fer, télégraphie électrique, télégraphie militaire, Morse), et se montre très précis quant au temps, matériel et nombre d’hommes nécessaires à l’exécution des principaux travaux de campagne.

Artillerie

Le cours d’artillerie est plus succinct :

  • Étude des fusils modèles 1866 et 1874
  • Notions sur la fabrication des armes portatives
  • Bouches à feu, affuts et caissons de campagne
  • Notions sur la fabrication des canons, projectiles et fusées
  • Fabrication de la poudre de guerre

De tout cela, allait sortir la Ligne Maginot…

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École Militaire des Sous-Officiers d’Infanterie d’Avord

Cours de Mathématiques, Topographie, Fortifications

Notes de cours manuscrites regroupées en un volume 23 x 19 cms. Demi reliure, dos lisse à filets dorés. Reliure très frottée avec manques. Intérieur en très bon état.

50 € + port

Une rare édition commentée du Code Napoléon

centenaire code civilLe Code Civil de 1804, plus connu sous le nom de Code Napoléon fut rédigé par Tronchet, Bigot de Préameneu, Portalis et De Maleville, sous la direction de Cambacérès.

Napoléon, qui avait suivi de très près les travaux, par la La Loi du 30 ventôse an XII (21 mars 1804) réunit sous le titre de Code civil des Français toutes les lois que le Corps législatif venait de voter. Cette loi divise le code civil en trois Livres, et chaque Livre en autant de Titres qu’il comprenait de Lois, le tout rangé dans une numérotation continue.

Le Discours préliminaire, rédigé par Portalis, en donne les objectifs et les limites :

  • L’office de la loi est de fixer, par de grandes vues, les maximes générales du droit ; d’établir des principes féconds en conséquences, et non de descendre dans le détail des questions qui peuvent naître sur chaque matière.
  •  Nous nous sommes également préservés de la dangereuse ambition de vouloir tout régler et tout prévoir. […] Comment enchaîner l’action du temps ? Comment s’opposer au cours des événements, ou à la pente insensible des mœurs ? Comment connaître et calculer d’avance ce que l’expérience seule peut nous révéler ? La prévoyance peut-elle jamais s’étendre à des objets que la pensée ne peut atteindre ? […] Les codes des peuples se font avec le temps ; mais, à proprement parler, on ne les fait pas.

Base du Droit français toujours en vigueur, ayant inspiré de nombreux autres pays (ceux qui ne sont pas influencés par la Common Law anglo-saxonne), ce Code Civil est remarquable à de nombreux égards.

Pierre Larousse lui rend ainsi hommage :

Napoléon législateur« Ce qui distingue ce grand ouvrage, ce qui fait sa force et sa puissance, ce qui en fait le modèle de toutes toutes les les législations, c’est l’esprit qui en a dicté toutes les prescriptions. Les hommes éminents, à la fois jurisconsultes et philosophes, qui préparèrent le code, prirent pour base les principes mêmes de la Révolution de 89 : égalité de tous les citoyens devant la loi; séparation des pouvoirs judiciaire, législatif et administratif ; séparation des pouvoirs civil et religieux ; le mariage civil, entouré de toutes les garanties de publicité qu’exige un lien indissoluble, substitué au mariage religieux, qui ne présentait que peu de sécurité ; l’abolition du droit d’aînesse ; l’ordre des successions réglé suivant le droit naturel, avec une restriction en faveur de la puissance paternelle ; la création des actes de l’état civil, confiés à des officiers municipaux […]
C’est donc en grande partie à l’incroyable activité que déploya Napoléon qu’il faut attribuer l’édification si rapide et si complète du code, et on n’a fait que justice en attachant son nom à cette œuvre. Et à qui s’étonnerait de voir un génie guerrier aussi éminent se plier aux laborieuses études du législateur, nous dirons : Napoléon, jeune encore encore, chef d’une grande république, ne prévoyant pas les brillantes destinées militaires que lui réservait l’avenir, fut tenté par la gloire de Lycurgue. Il voulut donner une législation à ce peuple qui naissait à la liberté.
Il comprenait que, de toutes, la gloire du législateur est la plus noble, la plus pure, et celle qui traverse les siècles, portée par la reconnaissance des nations. Napoléon eût-il apporté ce dévouement et cette ardeur au code après Friedland, Iéna ouWagram ? II est permis d’en douter […] On peut discuter le génie de Napoléon comme guerrier, comme capitaine et surtout comme politique, jamais comme législateur civil. Ici l’ambition aveugle qui devait le perdre n’avait aucun rôle à jouer. »

04051_2Notre Code civil, avec des notes explicatives, rédigées par des Jurisconsultes qui ont concouru à la confection du Code en offre une lecture à la fois exhaustive et éclairante.

L’ouvrage est composé de Commentaires pour chaque titre ou chapitre, du texte des différents articles, commentés individuellement quand besoin est.
Parfois, en fin de chapitre, un jeu de Questions-Réponses, ou des tableaux explicatifs (en particulier pour les questions de succession.) Ou bien, intercalée, une loi commentée qui n’a pas été intégrée au Code Civil, mais l’éclaire ou en dépend. De même un long et fouillé Tableau de la législation ancienne sur les successions et de la législation nouvelle.

Les commentaires insistent sur les différences avec les anciens droits (puisque sous l’Ancien Régime coexistaient du Droit écrit et du Droit coutumier).

Quelques exemples de ce que l’on y trouve :

Les Prénoms (Loi du 11 germinal an 11)

« À compter de la publication de la présente loi, les noms en usage dans les différents calendriers, et ceux des personnages connus de l’histoire ancienne, pourront seuls être reçus, comme prénoms, sur les registres de l’état-civil. »
Commentaire : Les décrets de la Convention Nationale reconnaissant la faculté qu’a tout citoyen de se nommer comme il lui plait « ne laissent à celui qui, dans les orages de la révolution, a reçu d’un père ou d’un ami imprudent, un nom qu’il peut rougir ou s’inquiéter de porter, aucune faculté d’en changer. […] Le prénom donné à l’enfant au moment de sa naissance n’est qu’un moyen nécessaire pour le distinguer de tout autre, et non pas un présage de ce qu’il doit être un jour ; le choix de ce nom peut tout au plus dépendre de quelque souvenir d’amitié ou de reconnaissance, mais ne doit jamais être affaire de parti. »

Aujourd’hui, ce sujet est réglé par l’article 60 du Code Civil en vigueur :

« Toute personne qui justifie d’un intérêt légitime peut demander à changer de prénom. La demande est portée devant le juge aux affaires familiales à la requête de l’intéressé ou, s’il s’agit d’un mineur ou d’un majeur en tutelle, à la requête de son représentant légal. L’adjonction, la suppression ou la modification de l’ordre des prénoms peut pareillement être décidée. »

Les Biens
Le Commentaire traite de l’abrogation de la notion de choses corporelles et incorporelles, introduite par l’empereur romain Justinien ; et de son remplacement par la notion de biens meubles et immeubles :

« Les biens sont immeubles, ou par leur nature, ou par leur destination, ou par l’objet auquel ils s’appliquent.  Sont ainsi immeubles : les moulins à eau ou à vent, fixés sur piliers, les récoltes pendantes par les racines et les fruits des arbres non recueillis [quand la cueillette est faite, ils deviennent meubles], et par destination : les animaux attachés à la culture, les pigeons des colombiers, les ruches à miel. De même les glaces d’un appartement lorsque le parquet sur lequel elles sont attachées fait corps avec la boiserie. »

Les Successions
Commentaire de l’article régissant les successions quand plusieurs personnes décèdent lors du même événement : « Lorsqu’un incendie a commencé de nuit par le premier étage d’une maison, il est présumable que la personne qui s’y trouvait couchée est morte avant la personne qui était couchée au second ou au troisième étage. Celui qui était à l’avant-garde dans une bataille doit être présumé avoir été tué avant celui qui était à l’arrière-garde. » [le commentaire ne prévoit pas le cas où l’ennemi a pris l’armée à revers…]

Le Mariage
Longs commentaires sur les articles concernant le contrat de mariage, « ce système étant en opposition avec les principes suivis auparavant dans une grande partie de la France, et changeant non seulement les choses, mais le sens des mots. »

La Société commerciale
Article 1832 du Code : « La société est un contrat par lequel deux ou plusieurs personnes conviennent de mettre quelque chose en commun, dans la vue de partager le bénéfice qui pourra en résulter. »

Commentaire : « La société, selon le droit romain, comprend la communication du profit et de la perte. Les législateurs français n’ont pas méconnu le principe, mais après une mûre délibération, ils ont adopté cette rédaction, qui passe les pertes sous silence. La définition n’en est pas moins exacte. Les contractants, au moment où ils forment la société, ont en vue les bénéfices. Les pertes sont un accident, et la manière dont elles doivent être supportées dérive de la nature du contrat, lorsqu’elle n’est pas réglée par la convention. »

timbre bicentenaire code civil

En 9 volumes, c’est tout le premier Code Civil qui renaît, et surtout son contexte, ainsi que ses motivations.

Ce Code civil, avec des notes explicatives, rédigées par des Jurisconsultes qui ont concouru à la confection du Code est rarissime : il semble inconnu à la BNF, un exemplaire se trouve à la Bibliothèque de l’Assemblée Nationale.

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04051_1Code civil, avec des notes explicatives, rédigées par des Jurisconsultes qui ont concouru à la confection du Code. 9/9

Paris, De l’Imprimerie de Guilleminet, De l’Imprimerie de J. Gratiot, 1803-1808.

Neuf volumes 20 x 13 cms. 526 + 214-VI-176 + 712 + 268 + 336 + 326 + 464 + 583 + 668 pages.

Pleine reliure, dos lisse, pièces de titres et de tomaisons, motifs dorés. Reliure un peu frottée avec petits manques, principalement aux plats. Manque en coiffe du tome III. Inversion des pièces de tomaison entre les tomes IV et VI. Ex Libris manuscrit sur chaque volume. Bon état global.

INCONNU A LA BNF (Un exemplaire complet se trouve à la bibliothèque de l’Assemblée Nationale)

1 800 €

Loango, pays de cocagne ?

Proyart2Situé sur la côte du Congo actuel, au nord de Pointe-Noire, ce royaume a été décrit par l’abbé Prévost et par l’abbé Proyart, à quelques décennies de distance.

L’abbé Prévost, au volume XVI de son Histoire générale des Voyages (voir ici), compile les récits de deux auteurs du siècle précédent :

  • Andrew Battel [1589-1614] un matelot anglais, qui séjourna longtemps dans la région comme prisonnier des Portugais.
  • Olfert Dapper [1635 ?-1689], hollandais, qui a donné son nom au musée parisien d’art africain Sa Description de l’Afrique, qui date de 1668, était déjà une compilation

L’abbé Proyart – qui fut un des professeurs de Robespierre, mais ne partageait pas ses idées, loin de là, puisqu’il émigra pendant la Révolution – s’appuie, lui, sur les récits et lettres des premiers missionnaires chrétiens ayant séjourné à Loango à partir de 1766 (et ne manque pas de critiquer l’ouvrage de Prévost)

Ils se rejoignent tous deux dans la description d’un pays de cocagne, où abondent manioc, pistaches, palmiers, bananiers, près d’eaux poissonneuses, tant salées que douces.

Ils s’accordent aussi quant au despotisme royal, au mode de désignation du roi (élection parmi les princes de souche matrilinéaire), à l’aspect magique des albinos, à la profonde soumission des femmes, à l’épreuve du Bonda (sorte jugement de Dieu sous forme de poison), au droit pour les princesses du sang de choisir un mari sans qu’il puisse refuser sous peine de mort.

Mais il diffèrent totalement dans la description de la capitale du royaume (dont aucun ne sait bien fixer les frontières)

  • Prévost : « Le pays, qui porte proprement le nom de Loango, est situé au Sud de Kalongo. Sa principale ville est connue sous le même nom, et sert de résidence au Roy du Pays. Elle est à trois milles de la mer, dans une vaste plaine. Les palmiers et les platanes y entretiennent une fraîcheur continuelle, et ses rues sont fort longues et fort larges. »
  • Proyart : « Les villes ne sont, à proprement parler, que de grands villages, elles n’en diffèrent que parce qu’elles renferment un plus grand nombre d’habitants. L’herbe y croît comme dans les villages : les rues ne sont que des sentiers étroits. Une grande ville est un vrai labyrinthe, d’où un étranger ne sortirait pas, s’il n’avait soin de prendre un conducteur. »

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Autres différences notables : les auteurs cités par Prévost évoquent un culte des idoles, alors qu’il n’y en a pas un mot chez Proyart. Les missionnaires sur lesquels il s’appuie n’auraient pourtant pas manqué d’en faire état.

Même chose quant à la question du trafic d’esclaves. Pas un mot dans Prévost : sans doute les récits de Battel et Dapper sont ils antérieurs ou tout juste contemporains du début de la traite dans la région (la Compagnie Royale d’Afrique a été fondée en 1660).

Par contre, longs développements chez Proyart, qui explique le fonctionnement de ce commerce supervisé par un ministre, donne les tarifs exprimés en marchandises européennes (les Français paient plus cher que les Anglais et les Portugais), insiste sur le fait que les esclaves vendus sont des prisonniers de guerre qui sauvent ainsi leur vie, sans jamais remettre en cause la pratique elle-même.

Proyart se distingue par un long chapitre sur la langue parlée à Loango, qui comprend 13 articles, des sous-verbes, un nombre de temps plus élevé que les nôtres. Par contre, ses rapprochements étymologiques avec l’hébreu et le grec semblent bien hasardeux…

Quant aux bévues, match nul.

  • Prévost : « Tous les enfants naissent blancs, et dans l’espace de deux jours ils deviennent parfaitement noirs.»
  • Proyart : « Les nègres ne connaissent point l’usage du puits ; ils n’en creusent jamais. » (page 10) et : « Ceux qui ont le choix du terrain donnent naturellement la préférence à celui offre naturellement de l’eau, et laissent aux derniers venus le soin de creuser des puits. » (page 41).

Deux visions à presque un siècle de distance. Celle de Prévost plus descriptive, avec une tendance à un certain exotisme, celle de Proyart plus analytique, marquée par une profonde empathie envers les « naturels ».

À noter que le Royaume de Loango, même s’il n’a plus d’existence politique, maintient la désignation (parfois difficile, semble-t-il) de princes héritiers. L’actuel titulaire du titre vit en France, et travaille comme informaticien…
http://www.royaumeloango.org/

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Proyart3Abbé PROYART

Histoire de Loango, Kakongo et autres royaumes d’Afrique.

Paris, Méquignon, 1819. Un volume 16,5 x 10 cms. 295 pages. Une carte dépliante.

Demi reliure modeste. Dos lisse, pièces de titre et de tomaison. Tranches rouges. Reliure très frottée, motifs et titres presque effacés. Intérieur frais.

125 €

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03529_3Abbé PREVOST

Histoire générale des voyages, ou nouvelle collection de toutes les Relations de voyages par mer et par terre qui ont été publiées jusqu’à présent dans les différentes langues de toutes les nations connues.
TOME SEIZIÈME : Voyages dans les Royaumes de Congo et d’Angola (Première Partie. Livre Douzième) – Description des Royaumes de Loango, de Congo, d’Angola, de Beuguela et des Pays voisins. (Première Partie. Livre Treizième. Chapitres I à III)

Paris, Didot, 1748. Un volume in-12 de 16,5 x 9 cms. 526-[II] pages. 5 gravures et cartes (Jagas avec leurs habits et leurs armes – Carte du Royaume de Congo Angola et Benguela, petite déchirure sans gravité – Carte de l’embouchure de la Rivière de Congo ou de Zayre – Vue dépliante de la cité de Loango – Dom Daniel de Silva, comte de Sogno, en 1741).

Pleine reliure du temps. Dos à 5 nerfs, caissons ornés, pièces de titre et de tomaison. Tranches rouges. Reliure frottée, avec traces de réparations anciennes au dos. Traces d’ex libris au dos de la couverture. Texte très frais. Bon état global.

125 €

M. Debas, bouquiniste sur les quais de Paris

« Durant plus d’un demi-siècle, il posa ses boîtes sur le parapet du quai Malaquais, vis-à-vis de l’hôtel de Chimay. Au déclin de son humble vie, travaillé du vent, de la pluie et du soleil, il ressemblait à ces statues de pierre que le temps ronge sous les porches des églises. Il se tenait debout encore, mais il se faisait chaque jour plus menu et plus semblable à cette poussière en laquelle toutes les formes terrestres se perdent. Il survivait à tout ce qui l’avait approché et connu. Son étalage, comme un verger désert, retournait à la nature. Les feuilles des arbres s’y mêlaient aux feuilles de papier, et les oiseaux du ciel y laissaient tomber ce qui fit perdre la vue au vieillard Tobie, endormi dans son jardin. Il lisait parfois ses livres qu’il ne vendait jamais.

L’on craignait que le vent d’automne, qui fait tourbillonner sur le quai les semences des platanes avec les grains d’avoine échappés aux musettes des chevaux, un jour, n’emportât dans la Seine les bouquins et le bouquiniste. Portant il ne mourut point dans l’air vif et riant du quai où il avait vécu. On le trouva mort, un matin, dans la soupente où chaque nuit il allait dormir.  […]

Je me rappellerai avec joie les longues heures que j’ai passées devant les boîtes des bouquinistes, sous le ciel fin, égayé de mille teintes légères, enrichi de pourpre et d’or, ou seulement gris, mais d’un gris si doux qu’on en est ému jusqu’au fond du cœur. »

Anatole France. Pierre Nozière

Les comptes de la Cour

Même avant la Cour des Comptes, la Cour tenait ses comptes.

Ce n’était pas forcément un indice de bonne gestion, mais il est possible de se faire une idée de l’emploi des impôts, et du train de vie de la Cour.

Dresser un tableau récapitulatif des dépense de l’Hôtel des rois de Charles VI à Henri II est édifiant : les mauvaises habitudes viennent de loin. Les comptes sont trois fois plus souvent en déficit qu’en excédent.

comptes royaux

Ces comptes n’étaient pas forcément annuels, et pouvaient concerner un événement particulier. Ainsi, François Ier ne dépensa pas tout le budget prévu pour la célèbre entrevue du Camp du Drap d’Or, en 1520, où les Cours française et anglaise firent pourtant rivalité de faste.

Mais à quoi servait cet argent ?

Voici par exemple un extrait des comptes de Comptes de Louis XI pour 1480 :

Louis XI - Sarreguemines - Musee de la Faience– À Jacob Loys, enfant de la Cuisine, pour ses peines et travail d’avoir veillé une nuit entière à faire et continuer du feu de charbon en la chambre du Roi au château de Mons près Mirebeau : 64 sous 2 deniers
À Guillaume du Jardin, tapissier, pour deux milliers de grosses épingles pour attacher des rideaux et autres choses pour ladite chambre : 12 sous
À Jean Vendehart, pour quatre souricères à prendre souris : 11 livres 10 sous
À Jehan Poictou, oiselleur, demeurant à Tours, pour cent seize serins et vingt-huit autres petits oiseaux privés, pour mettre en la cage du Plessis du Parc : 15 livres 13 sous 4 deniers
À Regnault Fullole, écrivain, pour deux livres de médecine qu’il a écrit audit seigneur (le Roi) et pour les enluminer et les relier : 12 livres 16 sous 8 deniers
À Guillaume Ferriere, chartier, pour avoir mené en une charrette attelée à trois chevaux, un prisonnier nommé Pierre Cormery, par tous les lieux où ledit seigneur (le Roi) a été depuis le XVIIe jour d’août jusqu’au IIe jour dudit mois de septembre : 11 livres 5 sous.

Ces livres de comptes permettent également de se faire une idée de l’étiquette qui entourait le roi. Ainsi le Règlement du 10 octobre 1582 , sous Henri III :

Seront très soigneux les officiers, de bien accoustrer la viande du Roy, et que l’on ne luy serve rien qui ne soit fort bon et bien tendre. Et que le Maître d’Hôtel luy demande tous les jours sy Sa Majesté se trouve bien traictée. Et pour cet effet le Maître d’Hôtel qui sera en service verra en la Cuisine la viande, et le pain en la Panneterie, afin de voir sy tout sera comme il doibt.
Ne changera-t-on poinct de vin au Roy sans que deux du Gobelet en ayent faict taster à son premier médecin, pour voir s’il sera de son goût.
Les jours que le Roy mangera de la chair, aura son bouillon le matin, bien cuit et bien consommé, et non si plein de gresse et clair, comme il est quelquefois.

panetier

Le personnel du roi est très nombreux, et marqué par une hiérarchie salariale bien marquée, comme en témoigne l’Ordonnance de 1261 sur les salaires journaliers des employés de l’Hôtel du Roi Saint-Louis.
[1 denier = 1/12 de sou et 1/240 de livre, la livre valant 20 sous]

  • 02315aLes trois chambellans anciens. 6 sous.
  • Le maître panetier. 6 sous.
  • Le maître échanson. 6 sous.
  • Le maître queux. 6 sous.
  • Le chambellan nouveau. 5 sous 6 deniers.
  • Les panetiers. 5 sous 6 deniers
  • Les échansons. 5 sous 6 deniers
  • Les queux. 4 sous 6 deniers.
  • Le poulailler du commun. 4 sous 6 deniers.
  • Le panetier du four. 4 sous.
  • Le charretier des bous. 4 sous.
  • Les huissiers. 4 sous.
  • La lavandière des nappes. 3 sous 6 deniers.
  • Les sauciers.3 sous 6 deniers.
  • La lavandière du roi. 2 sous 6 deniers.
  • Le potier. 2 sous.
  • Les aides de cuisine. 2 sous.
  • Le pêcheur. 2 sous.
  • Les écuyers et maréchaux. 2 sous.
  • Le fourier. 2 sous.
  • Le poulailler du roi. 18 deniers.
  • Le fuironneur [gardien des furets] 18 deniers.
  • Le garde manger. 12 deniers.
  • Le clerc de la cuisine. 12 deniers.
  • Le fruitier. 12 deniers.
  • Le sommelier. 12 deniers.
  • Les portiers. 9 deniers.
  • Les hasteurs [chargés des viandes à la cuisine]. 7 deniers.
  • Les valets de chambre. 6 deniers.
  • Les guettes. 6 deniers.
  • Les clercs de la paneterie. 6 deniers.
  • Le sommelier des nappes. 6 deniers.
  • Le clerc de l’échansonnerie. 6 deniers.
  • Le madrenier [en charge des vases à boire en agate appelés madres]. 6 deniers.
  • Le fourrier. 6 deniers.
  • Les valets de fourrière. 6 deniers.
  • Le roi des ribaux [officier de la suite du roi, dont l’emploi était de s’enquérir de crimes qui se commettaient dans cette suite et d’en faire justice]. 6 deniers.
  • Les porte chapes. 5 deniers.
  • Les boutiers. 5 deniers.
  • Les barilliers. 4 deniers.
  • Les chapelains. 4 deniers.
  • L’oubloier [pâtissier]. 4 deniers.
  • Les sommeliers de l’échansonnerie. 3 deniers.
  • Les porteurs (d’eau). 3 deniers.
  • Les souffleurs. 3 deniers.
  • Les huissiers de la cuisine. 3 deniers.

Tous ces documents ont été publiés par Louis Douet d’Arcq (1808-1883), dont l’oeuvre la plus connue est le Catalogue des sceaux conservés aux Archives Nationales.

Après avoir un temps fréquenté le Cénacle en compagnie de Vigny, Sainte-Beuve ou Victor Hugo, il entre à l’École des Chartes, puis en 1841 aux Archives, dont il gravira tous les échelons. Sa vie entière fut consacrée à la recherche et à la publication de documents d’histoire ancienne. Sa bibliographie complète ne comporte pas moins de 114 références.

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02315_8DOUET D’ARCQ

Comptes de l’Hôtel des rois de France aux XIVe et XVe siècles – Nouveau recueil de comptes de l’argenterie des rois de France.
2 volumes.

Paris, Renouard 1865 et 1874. Deux volumes 23,5 x 16 cms. XLII-437 + LXXI-359 pages.
Demi reliure. Dos à 5 nerfs avec pièces de titre. Rousseurs éparses sans atteinte au texte. Très bon état global.

240 €

La Machine à vapeur

Au milieu de l’usine où flambe une rougeur,
S’arrondit le flanc noir du cylindre de fonte
Où suinte, humide et chaud, un brouillard de vapeur ;
Un barreau de métal roide et dentelé, monte
Lentement au plafond avec un grincement,
Puis s’arrête, très brusque, accrochant quelque chose,
Et redescend dans l’ombre automatiquement ;
Le grand piston que, goutte à goutte, l’huile arrose,
Comme un bras gigantesque, actif et pétrissant
Du fer, dans un effort se ramasse et se lance
Avec un mouvement régulier et puissant,
Et glisse, énorme et doux, se mouvant en silence ;
La chaudière à grand bruit respire en haletant ;
Un long tuyau de cuivre, épais et tordu, semble
Un muscle vigoureux qui se gonfle et se tend,
Et le plancher, sous un roulis, vacille et tremble.
Les engrenages font un entrecroisement
De crochets monstrueux, une informe lignée
D’insectes de métal grouillant confusément
On croit voir remuer une énorme araignée.
Embrouillant les contours de ses orbes obscurs,
Un volant qui décrit des courbes méthodiques,
Et projette son ombre, oscillant sur les murs
Qu’empourprent largement des lueurs fantastiques,
Découpe en silhouette un spectre lumineux
Une roue aux rayons de lumière, qui bouge
Comme un serpent de feu qui déroule ses nœuds,
Sur le fond ténébreux, immense et toute rouge.

Vous ne trouverez pas ce poème  d’Henry Fèvre [1864-1937] et Louis Desprez [1861-1885], digne de La Bête humaine, dans l’ouvrage que nous vous présentons aujourd’hui.

Mais des schémas, des diagrammes, et des gravures.

C’est un ouvrage  technique, et surtout pédagogique, une mise à jour, par Max de Nansouty, du travail rédigé par le célèbre et talentueux vulgarisateur Louis Figuier.

Tout, texte et illustration, est d’une précision incroyable. Le moindre schéma fait l’objet d’un commentaire détaillé, mais néanmoins compréhensible au commun des mortels.

Il est ainsi possible de retrouver un peu du charme de cette invention majeure aujourd’hui dépassée, mais qui illumina tout le XIXe siècle, ainsi qu’une bonne moitié du XXe.

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FIGUIER Louis, DE NANSOUTY Max

Chaudières et Machines à vapeur, nouvelle édition revue, corrigée et mise à jour par Max de Nansouty, Préface d’Alfred Picard

Paris, Ancienne Librairie Furne, Boivin et Cie, Éditeurs, sans date [1909-1910, date BNF].
Un volume 30 x 20 cms. 728 pages. Texte sur deux colonnes, 823 illustrations et schémas.
Percaline éditeur, plat aux armes de la Ville de Paris. Petit accroc à la coiffe. Très bon état intérieur.

55 € + port

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Sur le même sujet :

BRETON J.-L.

Encyclopédie illustrée des grandes inventions modernes. Tome III, Mécanique : Vapeur – Moteurs – Machines-outils – Électricité – Téléphonie.

Paris, Union Latine d’Éditions, sans date (circa 1930).
Un volume 29 x 21 cms. 753 pages. Ilustrations in et hors texte.
Cartonnage éditeur illustré. Reliure frottée, mors fendu mais néanmoins solide. Intérieur très frais malgré quelques rares rousseurs. Une déchirure sur une planche dépliante.

45 € + port