Bouhours, les Anciens, et les Modernes

Signatur:D:JobRoot8343155preprozessPORT_00128126_01-23.08.2007Dominique Bouhours [1628-1702] est un jésuite qui mêla deux combats : celui contre les jansénistes (à l’époque où l’on s’étripait sur les notions de « grâce suffisante » et de « grâce efficace ») – et celui pour le « beau langage ».

« Je voudrais, disait-il que l’expression fût si claire qu’elle frappât l’esprit du lecteur comme le soleil frappe les yeux des personnes qui ne s’attachent pas à le regarder. »

Bouhours qualifiait le style des jansénistes de « jargon », et ses critiques et mises au point grammaticales cachent une polémique de fond : « Bouhours ne tient pas deux discours – celui du jésuite qui s’en prend aux jansénistes et celui du grammairien qui s’en prend au mauvais langage. Il fait passer le premier sous couvert du second. » (Thierry Defize, 1988)

Du langage, il passa à la pensée, avec son populaire ouvrage La Manière de bien penser dans les ouvrages d’esprit  [1687], présenté sous forme de dialogues.

Comme il lui restait des matériaux non utilisés, il les recycla dans les Pensées ingénieuses des Anciens et des Modernes.

Bouhours ne s’en cache pas : c’est du vrac. « Ce sont des diamants qui ont leur prix, mais qu’on n’a pas enchâssés. […] J’ai mêlé les pensées justes et correctes [?] avec celles qui ne le sont pas, quelques brillantes ou délicates qu’elles soient. »

On y trouve des Réflexions sur l’Égypte, Louis XIV, Tite-Live, Ovide, Pline, La Bruyère, Mlle de Scudéry, Montaigne, Boileau, Malherbe, des sentences figurant sur les cadrans solaires, mais peu de préoccupations strictement religieuses. Et Bouhours n’hésite pas à citer du latin, de l’italien et de l’espagnol, en langue originale. Quant à l’ordre de composition, il reste un mystère…

21078_1Le titre est une allusion à la grande querelle alors en cours, celle des Anciens et des Modernes, à son apogée lors de la parution de la première édition de l’ouvrage, en 1689, et qui ne s’éteindra qu’en 1694, par la réconciliation entre Perrault et Boileau.

Quoique le titre puisse faire croire à une neutralité dans ces virulents débats, il y a bien plus de citations d’Anciens que de Modernes, même si Bouhours donne des gages à tous, par exemple avec ce quatrain de Martial revu par Bussy-Rabutin :

« Tu n’estimes des gens que des siècles passés,
Pardonne mon aveu sincère et légitime,
Je ne t’estime pas assez,
Pour vouloir par ma mort mériter ton estime. »

Mais on le sent : pour Bouhours, hors des Anciens, peu de salut.

Avec une préférence pour Tite-Live :

  • « La fortune tient lieu de vertu à quelques-uns. »
  • « Le mépris du triomphe est plus glorieux que le triomphe même. »
  • « On aime mieux être à la tête d’un mauvais parti que de n’être rien. »  
  • « Les Éloges funèbres sont une des causes de la fausseté de l’Histoire. »  [ce qui n’empêche pas Bouhours de citer Bourdaloue et Bossuet, les grands spécialistes du genre.]

Et des préjugés plus ou moins inconscients qui se révèlent : « Il s’abandonnait à l’oisiveté et aux plaisirs, presque plus qu’une femme, dès que les affaires ne pressaient point trop. »

Ainsi que le fond de sa pensée :
« Ce qui fait d’ordinaire qu’on est si prévenu pour l’antiquité, c’est qu’on a du chagrin contre son siècle. »

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21078_2[BOUHOURS]

Pensées ingénieuses des Anciens et des Modernes, nouvelle édition augmentée

Paris, Delaulne, 1698. Un volume 16 x 10 cms. [VII]I-496-[XXXII] pages.

Pleine reliure du temps. Dos à 5 nerfs, caissons ornés, pièce de titre. Bon état.

60 €

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