Coopération européenne dans l’art du verre

Écrit par un italien, traduit en latin et commenté par un anglais, puis par un allemand, transposé en français par un futur Encyclopédiste, L’Art de la verrerie  est un parfait exemple de la circulation des idées scientifiques en Europe aux XVIIe et XVIIIe siècles.

Histoire du verre

05107bLa découverte du verre fut très probablement due au hasard.

« Aucuns, dit Bernard de Palissy, racontent que les enfants d’Israël ayant mis le feu en quelque bois, le feu fut si grand qu’il eschauffa le nitre avec le sable, jusqu’à le faire couler et distiller le long des montagnes et que dès lors on chercha à faire artificiellement ce qui avoit esté fait par accident pour faire le verre.

Autres (Pline) disent que l’exemple fut pris sur le rivage de la mer, là où quelques pirates estant descendus à bord et voulant faire bouillir leur marmite et n’ayant aucuns chenets ou landiers prirent des pierres de nitre sur lesquelles ils mirent de grosses bûches et grande quantité de bois, qui causa un si grand feu que lesdites pierres se vinrent à liquéfier, et estant liquéfiées descoulèrent sur le sablon, qui fut cause que ledit sablon estant entremeslê avec le nitre fut vitrifié comme le nitre et le tout fit une matière diaphane et vitreuse ».

Il est plus probable que l’art de la vitrification a été découvert en même temps que celui de cuire les briques et les poteries, lequel, comme on sait, remonte à une époque excessivement reculée.

Fabriqué par les Égyptiens, les Romains, les Asiatiques, les Gaulois au VIIe siècle, le verre bénéficie d’importants progrès techniques à Venise et à Murano au XVe siècle. C’est la période des vases et surtout des glaces de Venise.

L’Allemagne, vers la fin de ce même siècle, rivalise avec l’Italie. Et la Bohême commence à inonder l’Europe de ses cristaux.

05107cEn France, Henri II et Henri IV échouèrent à implanter des manufactures de verre. Mais Colbert créa une importante manufacture de glaces, à l’aide d’ouvriers italiens. L’établissement de Saint-Gobain fut fondé en 1691.

La lutte fut dès lors impossible, pour la fabrication des glaces, avec l’industrie française ; mais les Allemands restèrent supérieurs pour la fabrication des verres de Bohême, et les Anglais dans celle des cristaux massifs.

L’état de verrier avait pris une telle importance aux yeux du gouvernement français, qu’il se crut obligé d’établir une noblesse particulière, les gentilshommes verriers, en faveur de ceux qui l’exerçaient.

Technique du verre

Le verre est un silicate plus ou moins complexe, c’est-à-dire un sel résultant de la combinaison de la silice ou acide silicique avec des bases. La silice est une substance fort commune, qui se trouve dans le grès, dans le quartz, dans le sable. Cette substance, sous l’influence d’une haute température, entre en fusion, se combine avec des oxydes métalliques, tels que la potasse, la soude, l’oxyde de plomb, la chaux, la magnésie, l’alumine, devient transparente et produit le verre.

Les verres colorés doivent leur-coloration à des oxydes métalliques.

L’Art de la verrerie

05107aAntonio Neri [1576-1614] est un chimiste italien, né à Florence. Il entra dans les ordres, mais s’adonna exclusivement à son goût pour les sciences, visita une partie de l’Europe et se lia avec les plus célèbres savants de son temps. Son traité L’Arte vetraria distinta in libri VIl (Florence, 1592) est l’un des premiers sur l’art du verre.

Il fut traduit en latin et commenté  en 1662 par Christopher Merret [1614-1695], naturaliste et chimiste anglais qui aurait aussi, du moins selon ses compatriotes, inventé le procédé de gazéification du vin, la « méthode champenoise ». À noter que Merret est aussi l’auteur de  Self-conviction, or an Enumeration of the absurdities, railings, against the College, and physicians in general

À son tour, Jean Kunckel, baron de Loewenstern [1630-1702], éminent chimiste et inventeur du phosphore, reprit, traduisit et commenta les expériences de Neri dans son Ars Vitraria Experimentalis, au titre latin, mais au texte allemand, qu’il publie en 1679.

En France, Paul-Henri Thiry, baron d’Holbach [1723-1789] n’était pas encore le philosophe recevant à ses célèbres dîners Rousseau, Buffon, d’Alembert, Diderot, Helvétius, Raynal, Grimm, Marmontel, Condillac ou  Turgot, ni le futur rédacteur des articles scientifiques de l’Encyclopédie. Entre 1752 et 1766, il traduisit de nombreux ouvrages scientifiques de langue allemande.

05107eSon Art de la verrerie est une synthèse des travaux de Neri, Merret et Kunckel, regroupés par sujets, les expériences de l’un appelant les commentaires des autres.  « Je crois devoir prévenir qu’il ne faut pas s’attendre à trouver ici, ni les agréments du style, ni les saillies d’une imagination brillante : l’heureux talent de répandre de l’aménité sur les matières les plus arides, était entièrement inconnu de nos auteurs, et l’on ne rencontrera dans leurs ouvrages que des expériences et des faits, décrits avec simplicité, quelquefois avec prolixité. »

Pour compléter son volume, D’Holbach y ajoute la traduction des études sur le rubis de Johann Christian Orschall, metallurgiste allemand un peu alchimiste ; et d’un chapitre d’Henckel, autre chimiste allemand, spécialiste de la porcelaine.

Pour Neri, la verrerie nécessite un grand savoir-faire. « C’est à la pratique et à l’expérience de guider», écrivait-il. Par sa synthèse, d’Holbach put mettre à la portée des francophones tout ce qu’il fallait pour les acquérir.

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05107fNERI, MERRET, KUNCKEL, ORSCHALL, HENCKEL

Art de la verrerie, auquel on a ajouté le Sol Sine Veste d’Orschall ; L’Helioscopium videndi fine vefte solem Chymicum, le Sol Non Sine Veste ; le Chapitre XI du Flora Saturnizans de Henckel, sur la vitrification des végétaux ; un mémoire sur la maniere de faire le Saffre ; le secret des vrais porcelaines de la Chine et de Saxe. Ouvrages où l’on trouvera la manière de faire le verre & le crystal, d’y porter des couleurs, d’imiter les pierres prétieuses, de préparer & colorer les émaux, de faire la potasse, de peindre sur le verre, de préparer des vernis, de composer des couvertes pour les fayances & poteries, d’extraire la couleur pourpre de l’or, de contrefaire les rubis, de faire le saffre, de faire & peindre les porcelaines, etc.

Traduits de l’Allemand par M. D**.

Paris, Durand, Pissot, 1752. Un volume 25,5 x 20 cms. LV-629-3 pages. Seize planches dépliantes gravées.
Pleine reliure veau moucheté d’époque, dos à 5 nerfs, et fleurons, tranches rouges.
Coiffes un peu frottées. Pièce de titre. Deux tampons rouges « Homm***, pharmacien, Oberehnheim » en bas de la page de titre. Quelques rousseurs éparses sur certaines marges. Bon état global.

1 200 €

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