L’Économie pour les Nuls… de la fin du XIXe siècle

cochon de capitaliste

Si la collection « Pour les Nuls » avait existé en 1882, l’ABC du travailleur en aurait sans nul doute été l’un des bestsellers.

Il est écrit par Edmond About [1828-1885], romancier, journaliste, critique d’art, aux positions assez conservatrices (rallié au Second Empire, il n’aime pas Courbet et critique le Réalisme).

L’objet de son livre ? : « Quelques heures de conversation familière sur la richesse, le capital, le revenu, le travail, le salaire, la production, la consommation, la coopération, l’impôt, la monnaie. »

C’est gentil, c’est pédagogique et vulgarisateur, c’est simple – parfois à la limite du simpliste – mais les notions exposées n’étaient pas encore des poncifs. C’est aussi honnête, plein de bonnes intentions, et profondément optimiste.

Qu’on en juge :

  • Le travail : « Tous les biens de l’humanité sont des conquêtes du travail. »
  • L’utilité : « Transformer une chose inutile en chose utile, c’est produire. Guérir, c’est produire, enseigner c’est produire, assurer, c’est produire, satisfaire un besoin artificiel, c’est produire. »
  • La valeur : « Un prix librement débattu. »
  • La valeur ajoutée :  « Le travailleur a droit à la totalité de la plus-value qu’il ajoute aux choses par lui-même. »
  • La valeur relative : « Les truffes ont trois cents fois plus de prix que les pommes de terre, mais l’agriculteur qui produirait dix mille sacs de pommes de terre en une saison aurait le droit de manger des truffes, et le chercheur de truffes qui n’en trouve que trois ou quatre kilos par mois ne mangera que des pommes de terre. »
  • La perception des lois du marché : « Nous fût-il amplement démontré que l’on paye nos biens ou nos services au cours, nous crions encore au voleur, parce que l’on s’exagère la valeur de ce qu’on donne et que l’on déprécie les choses qu’on reçoit. »
  • La valeur éthique de l’échange : « Si le dogme de la solidarité humaine avait besoin d’être prouvé, le mécanisme de l’échange en fournirait une démonstration éclatante. »
  • La (bonne) mondialisation : « Un simple ouvrier que lime et polit le métal dans une mansarde parisienne est intéressé à ce que l’on produise le plus de soie possible en Chine, le plus de laine possible en Australie, le plus de fer possible en Suède, et à ce qu’on y détruise le moins de biens qu’il sera possible : car plus les biens utiles abonderont ici-bas, plus le travail que nous faisons, vous et moi, sera récompensé par l’échange. »

C’est également profondément libéral :

  • « La liberté peut seule apprendre aux peuples à quelle industrie ils sont aptes. » : c’est la théorie des avantages comparatifs, émise par Ricardo
  • La valeur est un « prix librement débattu », mais il n’est pas question d’une éventuelle inégalité des contractants.
  • Le dirigisme économique est proscrit : les lois sur l’accaparement et le Maximum, instaurées sous la Révolution et encore présent dans les esprits, sont condamnées. Quant au socialisme (de 1848), il est assimilé à la violence.
  • L’organisation des travailleurs est inutile : « Tous les efforts qu’on a tentés jusqu’ici pour organiser arbitrairement le travail n’ont servi qu’à effaroucher le capital, à ralentir la production, à réduire la consommation, et à imposer un jeûne cruel aux prolétaires. »

Mais on trouve quelques bémols, avec un accent mis sur la coopération, et les Coopératives, ou sur ce qui ne s’appelait pas encore la micro-finance, illustrée par la Société du Prince Impérial.
Et une condamnation nette de l’exploitation des colonies :  « Nous gagnons sur eux  en leur vendant notre travail d’une heure contre leur travail d’un jour et plus. »

Vastes débats qui ne sont toujours pas clos…

Mais comment ne pas avoir la nostalgie de l’une des caractéristiques économiques majeures à cette époque, le plein-emploi : « Les prolétaires sont intéressés à ce que le travail de leurs mains soit mis aux enchères par la concurrence des capitalistes. C’est à ce prix qu’ils parviendront à gagner non seulement le nécessaire, mais le superflu. »

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ABC du travailleurABOUT Edmond

ABC du travailleur

Paris, Hachette, 1882, quatrième édition.

Un volume 18 x 11,5 cms. 315 pages. Demi reliure. Dos à 4 nerfs. Texte très frais, rares rousseurs.

40 € + port

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