Vendue par son mari à un Pirate !

Mémoires de la Marquise de FresneBizarre, ingrat, soupçonneux, M. le Marquis de Fresne est jaloux des relations, pourtant honnêtes, qu’entretient sa femme avec Maboul et Bossuet, plus ou moins ses soupirants.
Car, dit-elle, « Il suffit à un mari jaloux de savoir qu’on aime sa femme, pour croire qu’on ne s’amuse pas à aimer tout seul. »

Après avoir tenté de l’empoisonner (du moins le croit-elle), il la vend à un Corsaire comme si elle était sa maîtresse.

Mais le Corsaire, qui est en fait un natif de La Rochelle converti au Mahométisme « pour pouvoir exercer son métier », est honnête homme. Amoureux sincère de la Marquise, il jure de la respecter jusqu’à ce que le Pape ait annulé son premier mariage et qu’il ait pu l’épouser.

Entre temps, il livre un combat victorieux contre un vaisseau hollandais, y gagne un million, mais la bonne de la Marquise y a perdu un bras. Après une relâche dans une île déserte (vingt ans avant Daniel de Foe et son Robinson), il prend quatre frégates maltaises, et laisse pour quelques temps Madame de Fresne à Dulcigno (aujourd’hui Ulcinj, au Monténégro).

Attaquée par des Tunisiens, sauvée par des Turcs, elle intervient pour régler au mieux une longue et compliquée intrigue d’amour, confond grâce à un singe une esclave empoisonneuse, sauve d’un naufrage le Consul de France à Smirne,  « étrange égrillard en son temps », dispute avec le Grand Maître de l’Ordre de Malte, convertit et fait baptiser ses esclaves turcs.

À Rome, le Corsaire sollicite du Pape l’annulation du mariage de Madame de Fresne mais, voulant montrer l’honnêteté de ses desseins, loge séparément chez des religieux : « Les grandes promesses qu’il leur fit, en cas que le Pape n’approuvât pas la dissolution de mon mariage, avaient de quoi les porter à ne pas désirer qu’il nous donnât consentement ».

Le Pape refuse en effet son accord, au grand désespoir de la Marquise, devenue entre-temps amoureuse de son Corsaire, lequel se retire dans un couvent.

Les Mémoires de la Marquise de Fresne furent le plus grand succès de librairie de Courtilz de Sandras, après Les Mémoires de Mr d’Artagnan, auxquelles Alexandre Dumas assura la postérité que l’on sait.

La vie de Gatien Courtilz de Sambras [1644-1712] est pleine de zones d’ombre.

Mousquetaire du Roi, cornette [porte-étendard] dans le Régiment Royal-étranger, capitaine de cavalerie au régiment de Beaupré-Choiseul, il participe en 1667 à la campagne de Flandres sous les ordres de Turenne, et revient à la vie civile en 1679, après la paix avec l’Espagne.

Il entre alors dans le monde littéraire avec quatre livres publiés à Paris, fonde à La Haye le Mercure historique et politique, et se livre au trafic de livres interdits par la censure royale sous le nom de Louis de Montfort.

Ce qui lui vaut de commencer en avril 1693 un séjour de 6 ans à la Bastille, pendant lequel il écrit les nombreux ouvrages qui paraîtront, anonymement, à l’étranger et sans le privilège obligatoire du roi, après sa libération.

On ne sait pas trop quelle fut sa vie ensuite. Veuf à 27 ans, il se remarie sept ans plus tard. À nouveau veuf, il épouse en troisièmes noces l’ex-indicatrice de police qui était chargée de le surveiller.

La liste exacte de ses œuvres, quasiment toutes publiées de manière anonyme n’est pas connue avec certitude. Jean Lombard, dans sa thèse sur Courtilz de Sandras, lui en attribue 36 de manière certaine.

Ses livres sont tantôt des pamphlets (mondains ou politiques), dans lesquels on trouve une critique des mœurs de la Cour, une amertume devant l’ingratitude de la France envers ses soldats, de la pitié envers les protestants, et une critique de la politique étrangère de Louvois, « qui avait plus d’intérêt que personne à troubler la paix, qui ne lui était pas si avantageuse que la guerre. »

Mais la spécialité de Courtilz de Sandras, ce sont les romans d’aventures (et d’espionnage), soit qu’ils se revendiquant comme tels, soit déguisés en Mémoires apocryphes.

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Mémoires de la Marquise de Fresne[COURTILZ DE SANDRAS]

Mémoires de Madame la Marquise de Fresne, nouvelle édition enrichie de figures en taille-douce

Amsterdam, Jean Malherbe, 1734.

Un volume 16,5 x 10 cms. [VI]-400 pages. 30 planches hors texte.
Pleine reliure du temps. Dos à 5 nerfs, caissons ornés et pièce de titre. Tranches rouges.
Un coin enfoncé, quelques rousseurs à l’extrémité des marges inférieures aux alentours de la page 120, sinon bon état.

225 €

Du même auteur :

Testament de Colbert[COURTILZ DE SANDRAS]

Testament politique de Messire Jean-Baptiste Colbert, ministre et secrétaire d’État, où l’on voit tout ce qui s’est passé sous le Règne de Louis le Grand jusqu’en l’année 1684, avec des Remarques sur le Gouvernement du Royaume

La Haye, Van Bulderen, 1694.

Un volume 16,5 x 9,5 cms. XX-410 pages.
Pleine reliure du temps. Dos à 5 nerfs.
Pièce de titre absente. Notes marginales anciennes. Bon état global.

150 €

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