Non, les Chinois ne descendent pas des Egyptiens !

La Chine issue d’une colonie égyptienne, c’est l’idée qu’avait développée l’orientaliste et érudit français Joseph de Guignes en 1769, en reprenant une thèse avancée au siècle précédent par le jésuite allemand Kircher.

Idée farfelue, mais qui remporta un grand succès de curiosité. À tel point que Voltaire crut nécessaire de la réduire en pièces – assez brièvement – tandis que Cornelius de Pauw acéra sa plume et produisit deux volumes.

Philosophe hollandais, Cornelius de Pauw [1739-1799] s’était déjà fait connaître par des Recherches philosophiques sur les Américains, dans lesquelles il soutenait que les natifs étaient inférieurs aux colons européens, à cause du climat et de la géographie.

Ses Recherches philosophiques sur les Égyptiens et les Chinois sont de la même veine. Érudites, mais empreintes d’un agaçant sentiment de supériorité envers les Orientaux : Les Chinois ne connaissent rien à l’astronomie, leur Histoire est un tissu de mensonges, les marchands sont tous voleurs et fripons…

Heureusement, il déborde largement de son sujet initial, et ne se contente pas, par exemple, de démontrer que si les Égyptiens et les Chinois pratiquent tous deux l’incubation artificielle des œufs, les uns n’ont pas enseigné cette technique aux autres.

Polémiste, égratignant les chroniqueurs anciens (Pline, Platon, Pythagore, Diodore de Sicile, tous y passent, sans compter Confucius), mais s’appuyant souvent sur les dires de « Savants » anonymes, il innove en abordant une foule de sujets souvent prosaïques.

Défilent ainsi des chapitres sur la situation des femmes, des eunuques, le coût comparé de l’éducation d’un enfant, la proportion de médecins, les mesures d’hygiène pour prévenir les épidémies, la diététique des différentes classes sociales, les Beaux-Arts, la chimie appliquée à la céramique, l’architecture, la passion des Chinois pour le nombre 9, la Grande Muraille… d’Égypte.

S’il prouve qu’il n’a rien compris à l’art oriental, tout en estimant (un peu) plus les Japonais que les Chinois dans ce domaine, il livre parfois des recettes inédites, comme celle de l’aphrodisiaque égyptien composé d’une infusion de girofle mélangée à du fiel de crocodile.

De Pauw annonçait dans son Discours préliminaire que l’étude des Arts, métiers ou manières de se nourrir, était une voie privilégiée pour connaître et comprendre une nation.

Qu’il ait connu les Égyptiens et les Chinois, voilà qui est certain. Qu’il les ait compris, c’est autre chose.

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[DE PAUW Cornelius]

Recherches philosophiques sur les Égyptiens et les Chinois, nouvelle édition revue par l’Auteur & augmentée d’une Table des Matières. 2/2

Berlin, Decker, 1774. Deux volumes 16,5 x 10,5 cms. XVIII-[I]-235-210 + 224-256 pages. Une grande carte dépliante de l’Égypte.

Pleine reliure, dos à cinq nerfs, pièces de titre et de tomaison, fleurons dorés.

Reliure un peu frottée avec manque au dernier plat du volume II, légère trace de mouillure marginale en fin de ce même volume II, sinon bon état, aucune rousseur. Tampon d’ex-libris sur les pages de titre.

300 €

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