Au-delà de Paul et Virginie

Si Paul et Virginie est immensément célèbre, si La Chaumière indienne survit dans quelques mémoires, le reste des oeuvres de Bernardin de Saint-Pierre est bien oublié.

Sa vie

Bernardin de Saint PierreBernardin de Saint-Pierre [1737-1814] nait au Havre. Après un séjour à la Martinique à l’âge de 12 ans, il effectue ses années de collège chez les jésuites, puis obtient dans des conditions troubles un brevet d’ingénieur des Ponts et Chaussées. En 1761, il fait campagne contre la Prusse, mais se voit vite destitué. Envoyé à Malte, il y attend en vain une guerre lui permettant de se couvrir de gloire. Les cinq années suivantes, il parcourt la Hollande, l’Allemagne, la Russie et la Pologne, à la recherche d’une place.

Il échoue à convaincre Catherine II de l’utilité de son plan mirifique de République sur les rives orientales de la Mer Caspienne, et revient les mains vides en France après des amours tumultueuses avec une princesse polonaise.

Deux ans plus tard, il obtient à force de sollicitations un brevet pour l’Île de France (l’actuelle Île Maurice) où il se livre pendant trois ans à l’étude de l’Histoire naturelle.

À son retour, en 1771, il se lie avec Jean-Jacques Rousseau. Ses Études de la nature, publiées en 1784, obtiennent un succès immédiat, dépassé par celui de Paul et Virginie en 1787.

Nommé par Louis XVI Intendant du Jardin des Plantes en 1792, il devient professeur de morale à l’École Normale, puis membre de l’Institut en 1795, où il se heurtera à nombre de ses collègues à propos des questions religieuses.

Son caractère

Aimé Martin, son biographe et éditeur, ne fait qu’encenser Bernardin de Saint-Pierre. Il faut dire qu’il avait épousé sa jeune veuve…

Et pourtant c’est lui qui reconnaît que son héros était doté d’une « inconstance qui ne lui permettait de suivre que ses propres caprices, et lui faisait chercher la fortune partout où elle ne s’offrait pas. »

À propos de ses projets de République, il convient « qu’il n’avait voulu fonder une République que pour en être le chef. […] Il voulait faire de grandes choses pour être un jour l’objet d’une grande reconnaissance. »

Personnage irascible, morose, tracassier et solliciteur (voire quémandeur), « chimérique plaintif » selon Sainte-Beuve, il est parfois geignard et paranoïaque :

« On reproche bien des vices aux grands ; mais j’en ai toujours trouvé davantage dans les petits qui cherchent à leur plaire. Ceux-ci étaient trop rusés pour m’attaquer ouvertement. […] Aussi ils me calomnièrent en faisant semblant de me louer, et me perdirent de réputation en feignant de me plaindre. […] Je m’éloignai donc de ces hommes artificieux, qui se justifièrent encore à mes dépens, en me faisant passer pour méfiant, après avoir abusé en tant de manières de ma confiance.
Ce n’est pas que je n’aie à reprendre en moi une sensibilité trop vive pour la douleur, soit physique, soit morale. Une seule épine me fait plus de mal que l’odeur de cent roses ne me fait de plaisir. La meilleure compagnie me semble mauvaise, si j’y rencontre un important, un envieux, un médisant, un méchant, un perfide. […]
Si je passais seulement dans un jardin public, près d’un bassin plein d’eau, j’éprouvais des mouvements de spasme et d’horreur. Il y avait des moments où je croyais avoir été mordu, sans le savoir, par quelque chien. Il m’était arrivé bien pis : je l’avais été par la calomnie. […] Je ne pouvais même traverser une allée de jardin public où plusieurs personnes se trouvaient rassemblées. Dès qu’elles jetaient les yeux sur moi, je les croyais occupées à en médire. »

Un tel caractère ne pouvait que le rapprocher de Rousseau….

Un écrivain voyageur

madreporesCurieusement, Bernardin de Saint-Pierre s’est peu servi, à l’exception de quelques Mémoires, de ses voyages en Europe ou à Malte.

Sa grande source d’inspiration fut l’Île Maurice.

À l’époque, le voyage durait quatre mois et demi (au retour il fallut attendre 20 jours à la Réunion que le vent se lève). À l’arrivée, on déplorait onze morts, soit des victimes du scorbut, soit des marins emportés par un paquet de mer.

Le Voyage à l’Île-de France offre la description du trajet proprement dit, appuyée sur des tableaux chiffrés des vents, de la distance parcourue, et des descriptions d’oiseaux et de poissons qui annoncent ses œuvres ultérieures. Il note aussi que « rien n’est plus triste que la pleine mer. »

L’Île Maurice est décrite en détail : paysages, faune, flore, expéditions à pied, coutumes des colons européens et des indigènes.

Mais là non plus, il ne trouve pas le paradis chimérique qu’il y était venu chercher : « La discorde règne dans toutes les classes, et a banni de cette île l’amour de la société. Tous sont mécontents, tous voudraient faire fortune et s’en aller bien vite. À les entendre, chacun s’en va l’année prochaine. Il y en a qui, depuis trente ans, tiennent ce langage. »

Un anti-esclavagiste déclaré

Surtout, il s’insurge contre le sort fait aux noirs :

  • «Voici comment on traite les esclaves noirs : Au point du jour, trois coups de fouet sont le signal qui les appelle à l’ouvrage. Chacun se rend avec sa pioche dans les plantations, où ils travaillent presque nus à l’ardeur du soleil. On leur donne pour nourriture du maïs broyé, cuit à l’eau, ou des pains de manioc ; pour habits, un morceau de toile. À la moindre négligence, on les attache, par les pieds et par les mains, sur une échelle ; le commandeur, armé d’un fouet de poste, leur donne sur le derrière nu cinquante, cent, et jusqu’à deux cents coups. Ensuite on détache le misérable tout sanglant, on lui met au coup un collier de fer à trois pointes, et on la ramène au travail. Il y en a qui sont plus d’un mois avant d’être en état de s’asseoir. Les femmes sont punies de la même manière.
    Le soir, de retour dans leurs cases, on leur fait prier Dieu pour la prospérité de leurs maitres. Avant de se coucher, ils leurs souhaitent une bonne nuit.
    »
  • « Ô hommes qui rêvez de républiques ! Voyez les Colonies, où coule le sang humain, où l’on entend le bruit des fouets. Ce sont pourtant vos semblables, qui parlent d’humanité comme vous, qui lisent les livres des philosophes, qui crient contre le despotisme, et qui sont des bourreaux lorsqu’ils ont le pouvoir. »

Sa sincère indignation sera l’une des causes, parmi tant d’autres, de ses relations difficiles avec les Philosophes, à qui il reprochera de ne pas se préoccuper d’un tel scandale.

Il en friserait presque le blasphème :

« Le meilleur des livres, qui ne prêche que l’égalité, l’amitié, l’humanité et la concorde, l’Évangile, a servi pendant des siècles de prétexte aux fureurs des Européens. Combien de tyrannies publiques et particulières s’exercent encore en son nom sur la terre ! »

Un réformateur timide

S’il professe des opinions avancées sur l’esclavage, Bernardin de Saint-Pierre est beaucoup plus modéré dans les autres questions politiques.

Avant la Révolution, il fait un diagnostic relativement clairvoyant des maux de l’Ancien Régime :

« Si quelque ministre ose entreprendre un jour de rendre la nation heureuse au-dedans et puissante au dehors, je peux lui prédire que ce ne sera pas par des plans d’économie, ni par des alliances politiques, mais en réformant ses mœurs et son éducation. Il ne viendra pas à bout de cette révolution par des punitions et des récompenses, mais en imitant les procédés de la nature, qui n’agit que par des réactions. Ce n’est point au mal apparent qu’il faut porter le remède, c’est à sa cause. La cause du pouvoir moral de l’or est dans la vénalité des charges ; celle de la surabondance excessive des bourgeois oisifs de nos villes, dans la taille qui avilit les habitants de la campagne ; celle de la mendicité des pauvres, dans les grandes propriétés des riches ; des préjugés des nobles, dans les ressentiments des roturiers ; et de tous les maux de la société, dans les tourments des enfants.»

PhiloclèsS’il se prononce contre l’hérédité de la noblesse, s’il veut affaiblir l’opulence extrême des riches, s’il considère que « l’esprit de finance a corrompu la morale », et que « la misère du peuple est la principale source de nos maladies physiques et morales », il n’envisage pas de bouleversement majeur, et semble ne pas comprendre les événements dont il est pourtant témoin : « Prenons garde, en fuyant le despotisme, de nous jeter dans l’anarchie. Si le char est versé d’un côté, ne le renversons pas de l’autre ; rétablissons-le sur son essieu monarchique et ses roues plébéiennes. »

Plein de regrets envers un âge d’or de l’antiquité grecque qui ne reviendra plus, il est en fait partisan d’une monarchie parlementaire, et de quelques réformettes de mœurs, par exemple permettre aux nobles d’exercer tous les métiers « sans déroger ».

Pourtant, il pouvait être quelque peu précurseur : Deux articles des Études furent censurés, l’un où il proposait de rendre le clergé citoyen en le faisant salarier par l’état ; l’autre où il conseillait de faire faire aux jeunes séminaristes un séjour dans les prisons et les hôpitaux, afin de leur apprendre à remédier aux maladies de l’âme, comme on apprend dans les mêmes lieux aux jeunes médecins à remédier à celle des corps.

Posture surtout morale de celui qui s’éleva souvent contre l’instinct de compétition de la nature humaine : « L’émulation n’est qu’une ambition déguisée, qui se tourne en haine » ou qui déclara : « Si l’on examinait la vie d’un scélérat, on verrait que son enfance a été très malheureuse. »

Un déçu des Philosophes

Bernardin de Saint-Pierre, introduit par D’Alembert, fréquenta un temps le Salon de Julie de Lespinasse, où il rencontra les Encyclopédistes.

Mais il ne tarda pas à prendre ses distances, récusant l’idéologie qu’il leur prêtait :

« Vous me direz peut-être : ce n’est pas la religion, c’est la superstition que nous voulons renverser. Vous voulez détruire les maux de la superstition ! ceux de l’athéisme sont-ils moins grands ? Que des raisonnements métaphysiques fassent votre vertu, je veux le croire ; mais c’est la crainte, c’est l’espérance qui font la vertu de tous. Si vous anéantissez ces deux mobiles des actions humaines, il ne restera que le crime. Aussi la fin de vos doctrines en démontre la fausseté. Lorsqu’on ne peut arriver qu’au mal, on n’est point dans la voie de la vérité, qui ne peut mener qu’au bien. »

L’amitié avec Rousseau

C’est ainsi qu’il se lia avec Jean-Jacques. Du moins, autant qu’on le pouvait. Car Rousseau disparut un beau jour, sans même saluer celui avec qui il effectuait des promenades quotidiennes.

Aimé Martin résume bien ce qui les rapprocha, et ce qui les séparait :

Monument de Bernardin de Saint Pierre au Jardin des Plantes« Lorsqu’ils se rencontrèrent, Jean-Jacques vivait seul, et gémissait d’être devenu célèbre ; Bernardin de Saint-Pierre ne l’était point encore, mais il brûlait de le devenir. Ils furent toujours d’accord sur les grands principes de la morale, et toujours divisés sur les opinions purement humaines. Bernardin de Saint-Pierre admirait l’éclat et la force entraînante des écrits de Jean-Jacques, mais il condamnait ses paradoxes, et l’on peut dire qu’il ne cessa de les combattre. L’un débuta dans la carrière par attaquer les sciences qui dépravent l’homme, et par médire des lettres dont il faisait souvent un si sublime usage. L’autre, applaudissant aux découvertes du génie, montre que tous les maux viennent de notre orgueil, et que la véritable science ne peut être dangereuse, puisqu’elle est l’histoire des bienfaits de la nature.
Jean-Jacques Rousseau ne veut pas qu’on parle de Dieu à son élève avant l’âge de quatorze ans ; Bernardin de Saint-Pierre dit que rien n’est plus agréable à la Divinité que les prémices d’un cœur que les passions n’ont point encore flétri. L’un ramène fièrement l’homme à l’état sauvage, et pour lui rendre son innocence le dépouille de son génie ; l’autre cherche les moyens d’assurer notre repos dans l’état de société, et ne veut nous dépouiller que de nos erreurs.
Selon Rousseau, tout dégénère entre les mains de l’homme : la nature n’a songé qu’au bonheur des individus, elle n’a rien fait pour les nations. Bernardin de Saint-Pierre nous montre au contraire les plantes et les animaux se perfectionnant sous la main des peuples. Rousseau s’indigne des vices de la civilisation et la rejette ; tandis que toutes les pensées de Bernardin de Saint-Pierre tendent à perfectionner les vertus sociales. Tous deux veulent, il est vrai, vivre au sein de la nature ; mais le premier dans un désert, et le second dans un village et au milieu de sa famille. »

Nature et Providence

Dans ses Études de la nature, Bernardin de Saint-Pierre entend démontrer que la nature, succédané de la Providence, a fait un monde à la mesure de l’homme, où tout proclame la gloire de Dieu.

Pour lui, l’instinct divin atteint directement l’universel, alors que la raison sans le sentiment ne saisit jamais que des particularités : « Nous nous égarons avec nos sciences vaines. En portant les recherches de notre esprit jusqu’au principes de la nature et de la Divinité même, nous avons détruit le sentiment. »
Il y a plus d’intelligibilité dans la recherche des fins que dans la recherche des causes, car la nature ne cesse d’opposer des contraires dont la réunion est l’harmonie.

Il suffit de regarder :

« Les objets les plus laids sont agréables lorsqu’ils sont à la place où les a mis la nature. […] Nos livres sur la nature n’en sont que le roman, et nos cabinets que le tombeau. […] Pour bien juger du spectacle magnifique de la nature, il faut en laisser chaque objet à sa place, et rester à celle où elle nous a mis. C’est pour notre bonheur qu’elle nous a caché les lois de sa toute-puissance. Comment des êtres aussi faibles que nous pourraient-ils en embrasser l’étendue infinie ? »

Regarder, et observer :

feuilles« Le noyer, qui se plaît tant sur les rivages des fleuves, a son fruit entre deux esquifs posés l’un sur l’autre. Le coudrier, qui devient si touffu sur le bord des ruisseaux ; l’olivier, qui aime tant les rivages de la mer, qu’il dégénère à mesure qu’il s’en éloigne, portent leur semence enclose dans des espèces de tonneau susceptibles des plus longs trajets. La baie rouge de l’if, qui se plaît dans les montagnes froides et humides, sur le bord des lacs, est creusée en grelot. Cette baie, en tombant de l’arbre, est entraînée d’abord, par sa chute, au fond de l’eau ; mais elle revient aussitôt au-dessus, au moyen d’un trou que la nature a ménagé en forme de nombril au-dessus de sa graine. Il s’y loge une bulle d’air qui la ramène à la surface de l’eau, par un mécanisme plus ingénieux que celle de la cloche du plongeur, en ce que, dans celle-ci, le vide est en dessous, et dans la baie de l’if est en dessus. »

Bernardin de Saint-Pierre écologiste

Tout ceci l’amène à inventer la notion d’écosystème, ainsi qu’à quelques réflexions prémonitoires :

«  L’existence de l’homme est la seule qui paraisse superflue dans l’ordre établi sur la terre. L’homme seul dérange les plans de la nature ; il détourne le cours des fontaines, il excave le flanc des collines, il incendie les forêts, il massacre tout ce qui respire ; partout il dégrade la terre qui n’a pas besoin de lui. L’harmonie de ce globe se détruirait en partie, et peut-être en entier, si on en supprimait seulement le plus petit genre de plantes ; car sa destruction laisserait sans verdure un certain espace de terrain, et sans nourriture l’espèce d’insectes qui y trouve sa vie ; l’anéantissement de celle-ci entraînerait la perte de l’espèce d’oiseaux qui en nourrit ses petits; ainsi de suite à l’infini. La ruine totale des règnes pourrait naître de la destruction d’une mousse, comme on voit celle d’un édifice commencer par une lézarde. Mais si le genre humain n’existait pas, on ne peut pas supposer qu’il y eût rien de dérangé : chaque ruisseau, chaque plante, chaque animal serait toujours à sa place. Philosophe oisif et superbe, qui demandez à la nature pourquoi il y a un Dieu, que ne lui demandez-vous plutôt pourquoi il y a des hommes ? »

Naturaliste, ou poète ?

Bernardin de Saint-Pierre ne se contente pas de décrire la nature : « Vous auriez la mesure de tous les muscles d’un homme que vous n’auriez pas son portrait. »

Il la sublime, comme dans ce passage célèbre de la rose et du papillon :

« Le papillon est plus beau et mieux organisé que la rose. Voyez la reine des fleurs, formée de proportions sphériques, teinte de la plus riche des couleurs, contrastée par un feuillage du plus beau vert, et balancée par le zéphyr ; le papillon la surpasse en harmonies de couleurs, de formes et de mouvements. Considérez avec quel art sont composées les quatre ailes dont il vole, la régularité des écailles qui les recouvrent comme des plumes, la variété de leurs teintes brillantes, les six pattes, armées de griffes, avec lesquelles il résiste aux vents dans son repos, la trompe roulée dont il pompe sa nourriture au sein des fleurs ; les antennes, organes exquis du toucher, qui couronnent sa tête ; et le réseau admirable d’yeux dont elle est entourée au nombre de plus de douze mille.
Butterfly Source Flickr-JesusBranch Licence Creative-CommonsMais ce qui le rend bien supérieur à la rose, il a, outre la beauté des formes, les facultés de voir, d’ouïr, d’odorer, de savourer, de sentir, de se mouvoir, de vouloir, enfin une âme douée de passions et d’intelligence. C’est pour le nourrir que la rose entrouvre les glandes nectarées de son sein ; c’est pour en protéger les oeufs, collés comme un bracelet autour de ses branches, qu’elle est entourée d’épines. La rose ne voit ni n’entend l’enfant qui accourt pour la cueillir ; mais le papillon, posé sur elle, échappe à la main prête à le saisir, s’élève dans les airs, s’abaisse, s’éloigne, se rapproche, et, après s’être joué du chasseur, il prend sa volée, et va chercher sur d’autres fleurs une retraite plus tranquille. »

Il la sublime tant qu’il se risque au ridicule quand il prétend par exemple que « les melons sont divisés par côtes et semblent être destinés à être mangés en famille. »

Ce n’est pas un scientifique. Ses théories sur les marées produites par la fonte des glaces polaires, ou sur l’allongement des pôles, le prouvent. Il s’imaginait tout simplement refaire la science par l’éloquence, la dialectique et le sentiment.

La mystique de la Nature

Il va encore plus loin dans ses Harmonies, œuvre posthume peuplée de théories singulières, de rêves bizarres, comme la transmigration des âmes vertueuses dans le soleil, la décomposition de l’âme elle-même en cinq âmes élémentaires, ou la description des habitants de Mars.

Pour lui, tout, absolument tout, est harmonie :

« Soyez mes astres, filles du ciel et de la terre, divines harmonies ! c’est vous qui assemblez et divisez les éléments, et qui organisez tous les êtres qui végètent et qui respirent : la nature a remis dans vos mains le double flambeau de l’existence. Une des ses extrémités brûle des feux de l’amour, et l’autre de ceux de la discorde. Avec les feux de l’amour vous touchez la matière, et vous en faites naître le rocher et ses fontaines, l’arbre et ses fruits, l’oiseau et ses petits, trois aimants différents, réunis par de ravissants rapports. Avec les feux de la discorde, vous enflammez la même matière, il en sort le faucon, la tempête et le volcan, qui rendent l’oiseau, l’arbre et le rocher aux éléments. Tour à tour vous étendez sur la terre et vous retirez à vous les filets de la vie, non pour le plaisir d’abattre ce que vous avez élevé, mais pour conserver l’équilibre de la nature d’après des plans inconnus aux mortels. Si vous n’y faisiez pas mourir, rien ne pourrait y vivre ; si vous n’y détruisiez pas, rien ne pourrait renaître. Sans vous, tout serait dans un éternel repos ; et vous liez ces mondes les uns aux autres par les harmonies d’une vie qui produit la mort, et d’une mort qui reproduit la vie. »

Tout est bien, disait Pangloss…

Un grand écrivain

naufrage de VirginieS’il agace parfois par sa sensiblerie, si ses œuvres tournent trop souvent à la pastorale, Bernardin de Saint-Pierre est un grand écrivain.

Certes, « Il y avait trop de fleurs, il y avait trop de verdure, mais le siècle en voulait beaucoup, surtout dans les livres.» (Sainte-Beuve)

Certes, « quand on l’a lu longtemps, on est charmé de voir la verdure et les arbres moins colorés dans la campagne qu’ils ne le sont dans ses écrits. Ses Harmonies nous font aimer les dissonances qu’il bannissait du monde et qu’on y trouve à chaque pas. » (Joubert).

Mais sa langue est riche, pittoresque, sensuelle. Ses textes sont remarquablement écrits. C’est un maître de la description dont la prose poétique inspirera Chateaubriand, puis Lamartine, et pour qui « un paysage est le fond du tableau de la vie humaine. »

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DE SAINT-PIERRE Bernardin

Œuvres complètes, mises en ordre et précédées de la vie de l’auteur par L. Aimé-Martin. 12/12.

Paris, Méquignon-Marvis, 1818. Douze volumes 21 x 13 cms. V-271-251 + 383 + 506 + 503 + 456 + 393 + 474 + 382 + 444 + 459 + 508 + 692 pages. 27 gravures hors texte et une carte dépliante.

Demi reliure. Dos lisses à filets dorés, pièces de titre et de tomaison. Reliure et plats frottés, intérieur très frais.

Contient : TOME I : Vie de B. de Saint-Pierre. Voyage à l’Ile-de-France, lettres I à XVIII. TOME II : Voyage à l’Ile-de-France, suite et fin. Conseils à un jeune colon. Entretien sur les arbres, les fleurs et les fruits. Explication de quelques termes de marine. Observations sur la Hollande ; Sur la Prusse ; Sur la Pologne ; Sur la Russie. TOMES III à V : Études de la nature. TOME VI : Paul et Virginie ; La Chaumière indienne ; Le Café de Surate ; Voyage en Silésie ; Éloge de mon ami ; Voyages de Codrus ; Le Vieux paysan polonais. TOME VII : L’Arcadie ; Fragments de l’Arcadie ; Fragments de l’Amazone ; De la Nature de la morale. TOMES VIII à X : Harmonies de la nature. TOME XI : Vœux d’un solitaire ; Suite des Vœux d’un solitaire ; Fragment sur la théorie de l’univers ; Mémoire sur les marées ; Fragment sur le même objet. TOME XII : Essai sur J.-J. Rousseau ; Discours sur l’éducation des femmes. – Dialogues philosophiques ; La Mort de Socrate ; Empsael ; la Pierre d’Abraham ; Dialogue sur la critique et les journaux. – Mémoire sur la nécessité de joindre une ménagerie au Jardin des plantes de Paris ; Lettre de B. de Saint-Pierre aux auteurs de la Décade philosophique.

350 €

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Également disponible :

DE SAINT-PIERRE Bernardin

Harmonies de la nature

Paris, Armand-Aubrée, 1834. Tomes 8 à 10 des Œuvres complètes, nouvelle édition augmentée de divers morceaux inédits, par L. Aimé-Martin.

3 volumes 21 x 13 cms. 356 + 400 + 394 pages.

Demi reliure brune. Dos à 4 nerfs renforcés de filets dorés. Titres et tomaisons dorés. Texte frais, des rousseurs au tome III, qui n’empêchent aucunement la lecture.

75 €

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