L’ancêtre de Gavroche

Vingt ans avant la publication des Misérables paraissait dans le recueil Les Petits Français, ce texte de Julien Caboche, dit Caboche-Demerville, illustré par Gavarni.

« La journée du gamin de Paris commence de bonne heure ; sa toilette le retient peu au logis : une chemise, un pantalon, héritage d’un soldat, quelque soulier qu’il a trouvé au coin d’une borne, voilà le plus ordinairement son costume complet. Vous lui verrez quelquefois en hiver une veste trop courte pour compenser l’ampleur exorbitante de son pantalon. Une casquette audacieusement campée sur l’oreille gauche, à peine éveillé, il est dans la rue, un honorable morceau de pain sous le bras. […]

Voyez-le entrer dans ce Paris où les plus hardis ne sont pas trop à l’aise : rien ne l’étonne, rien ne le gêne ; il passe au beau milieu de la chaussée, fier et insouciant de tout. Les voitures peuvent rouler au grand galop des chevaux, n’ayez garde qu’il se range… n’est-il pas le roi de la rue ?

Voyez son petit œil fauve briller, il plonge jusqu’au fond des maisons, il a l’air de chercher partout son pain quotidien. Il a bientôt avisé le provincial frais débarqué qui demande son chemin, l’hôtel où il est descendu. – Venez avec moi, mon général, s’empresse-t-il de lui dire, je vais vous y conduire, mon colonel. […]

Malheur à la fruitière du coin, malheur au paisible épicier, au marchand de gâteaux, si le bourgeois ne donne pas : les bancs de la police correctionnelle le voient trop souvent expliquer par quelle erreur, quelle singulière distraction il a fait passer la poire cuite, les figues, les gâteaux, de l’étalage du marchand dans la poche de son vaste pantalon ou de sa veste en lambeaux. […]

Le gamin est sobre, il faut lui rendre cette justice ; il a cependant son genre de sybaritisme à lui, il aime faire sa digestion dans la quiétude la plus parfaite. Quel bonheur quand le soleil darde ses rayons sur les rives sablonneuses de la Seine ! Avec quelle béatitude il s’étend de tout son long sur ce tapis pierreux ! […]

Voici que la nuit tombe ; le théâtre le réclame. Le gamin n’est pas assez riche pour prendre un cabriolet, fût-ce à la course. Il méprise souverainement l’omnibus, et il n’aime pas les longues courses à pied. Il avise la première voiture qui va passer, grimpe sur le marche-pied postérieur, s’installe paisiblement sur la planchette de derrière, et se rend ainsi à ses affaires, à moins que le Phaéton à trente sous l’heure ne s’aperçoive de l’excédent de poids et n’emploie les persuasions de son fouet pour lui faire quitter la place usurpée. Cet accident le met dans une de ses plus grandes colères ; il poursuit le cocher de ses injures les plus recherchées et de ses gestes les plus chicards.

Néanmoins, il arrivera, soyez-en sûr, à son théâtre avant l’ouverture, et il entrera le premier dans la salle. C’est là qu’il faut le voir : tout entier au spectacle, dès que la toile est levée, il suit avec une attention soutenue toutes les péripéties du drame ; il rit, il pleure, il grince, il s’irrite et s’apaise. Il menace à haute voix le traître, l’épouse infidèle et parjure. Dans l’entracte, il imite le chant des oiseaux, les aboiements du chien ; il crache sur le dandy de l’avant-scène et fait mille niches aux gardes municipaux. Il fait encore la police de la salle, ordonne aux femmes de retirer leurs chapeaux, aux hommes de faire face aux parterres. […] »

_ _ _ _ _ _ _

Les Petits français peints par les grands.

Paris, Librairie Pittoresque de la Jeunesse, 1842.

Un volume 17,5 x 11 cms. 273 pages. Illustrations in et hors texte.

Reliure carton très frottée. Des rousseurs sur quelques cahiers et gravures. Étiquette de bibliothèque au dos du premier plat. État moyen.

Contient : La petite Fille comme il faut, par Eugénie Foa, type par Géniole – Le Groom, par L. Couailhac, type par Géniole – Le petit Clerc, par Eugénie Foa, type par Géniole – L’Enfant de chœur, par Deriége, type par Géniole – La Vieilleuse, par Michelant, type par C. Nanteuil – Le Gamin de Paris, par J. Caboche Demerville, type par Gavarni – Le Mousse, par A. Achard, type par C. Nanteuil – Le Ramoneur, par Demiége, type par Géniole – Le Diable d’imprimerie, par A. Achard, type par Géniole – Le Rapin, par J. Caboche Demerville, type par C. Nanteuil – Le petit Pâtissier, par A. Achard, type par Géniole – La petite Mendiante, par Ch. Rouget, type par Géniole – Le petit Saltimbanque, par Michelant, type par Géniole – Le Bohémien, par Franz de Lienhart, type par Gavarni – Le petit Tambour des Invalides, par Franz de Lienhart, type par Géniole – La petite Portière, par T. Midy, type par Wattier – Les petites Apprenties, par Eugénie Foa, type par Wattier – Le Pensionnaire, par Anna de ***, type par Génile – L’Écolier par J. Delahaye, type par Gavarni – Le Marchand de balais, par L. Couailhac, type par Géniole – Le Collégien, par J. Caboche Demerville, type par Géniole.

35 € + port

Un commentaire sur “L’ancêtre de Gavroche

  1. Bernard MAMY. 9 Rue des vieux Fossés. 84100 Orange. 0490606208 dit :

    Bonjour cher confrère. Bien intéressant ton article.Je crois connaitre assez bien cette période mais j’ignorais tout de cet ouvrage et puis les illustrateurs sont en plein dans ma cible d’études. Des vignettes sur bois ?
    (Va voir : http://www.cartonnagesromantiques.blogspot.com). Dommage que l’état semble assez pitoyable. Quel est le dernier dernier prix, franco. Cordialement.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s