Recevez comme un Empereur !

Vous recevrez pour les fêtes de fin d’année ?

Mais vous n’avez encore aucune idée de vos menus ?

Le Cuisinier impérial est LA solution à votre problème.

Il vous permettra de choisir entre rien moins que :

  • 133 sortes de potages
  • 10 sortes de bouillons
  • 24 grandes sauces
  • 176 petites sauces
  • 171 recettes de bœuf
  • 173 recettes de veau
  • 110 recettes de mouton
  • 48 recettes d’agneau
  • 64 recettes de cochon
  • 8 recettes de sanglier
  • 259 recettes de gibier (bécasse, caille, canard sauvage, cerf, daim, faisan, gélinotte, grive, lapin, lièvre, mauviette, ortolan, perdrix, pintade, pluvier, rouge-gorge, sarcelle)
  • 223 recettes de volaille
  • 29 recettes de rôti
  • 319 recettes de poisson
  • 144 recettes de légumes
  • 44 recettes d’œufs
  • 255 sortes de pâtisseries
  • 58 sortes d’entremets
  • sans compter les glaces, compotes, confitures, gelées ou liqueurs

Le Cuisinier impérial vous propose également des idées de menus clé en main, y compris le plan de table et l’art de disposer les plats.

Il ne vous restera plus qu’à vous procurer les ingrédients (et la domesticité nécessaire).

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Le Cuisinier impérialVIART, FOURET, DELAN, BERNARDI

Le Cuisinier Impérial, vingt-sixième édition, augmentée de 300 articles nouveaux et du Glacier Impérial

Paris, Barba, 1859.

Un volume 21 x 13 cms. VI-743-XXXI pages. Dessins de plans de table en fin de volume.

Demi reliure carton, dos lisse et muet.
Reliure très frottée. Rousseurs.

80 € + port

Vendue par son mari à un Pirate !

Mémoires de la Marquise de FresneBizarre, ingrat, soupçonneux, M. le Marquis de Fresne est jaloux des relations, pourtant honnêtes, qu’entretient sa femme avec Maboul et Bossuet, plus ou moins ses soupirants.
Car, dit-elle, « Il suffit à un mari jaloux de savoir qu’on aime sa femme, pour croire qu’on ne s’amuse pas à aimer tout seul. »

Après avoir tenté de l’empoisonner (du moins le croit-elle), il la vend à un Corsaire comme si elle était sa maîtresse.

Mais le Corsaire, qui est en fait un natif de La Rochelle converti au Mahométisme « pour pouvoir exercer son métier », est honnête homme. Amoureux sincère de la Marquise, il jure de la respecter jusqu’à ce que le Pape ait annulé son premier mariage et qu’il ait pu l’épouser.

Entre temps, il livre un combat victorieux contre un vaisseau hollandais, y gagne un million, mais la bonne de la Marquise y a perdu un bras. Après une relâche dans une île déserte (vingt ans avant Daniel de Foe et son Robinson), il prend quatre frégates maltaises, et laisse pour quelques temps Madame de Fresne à Dulcigno (aujourd’hui Ulcinj, au Monténégro).

Attaquée par des Tunisiens, sauvée par des Turcs, elle intervient pour régler au mieux une longue et compliquée intrigue d’amour, confond grâce à un singe une esclave empoisonneuse, sauve d’un naufrage le Consul de France à Smirne,  « étrange égrillard en son temps », dispute avec le Grand Maître de l’Ordre de Malte, convertit et fait baptiser ses esclaves turcs.

À Rome, le Corsaire sollicite du Pape l’annulation du mariage de Madame de Fresne mais, voulant montrer l’honnêteté de ses desseins, loge séparément chez des religieux : « Les grandes promesses qu’il leur fit, en cas que le Pape n’approuvât pas la dissolution de mon mariage, avaient de quoi les porter à ne pas désirer qu’il nous donnât consentement ».

Le Pape refuse en effet son accord, au grand désespoir de la Marquise, devenue entre-temps amoureuse de son Corsaire, lequel se retire dans un couvent.

Les Mémoires de la Marquise de Fresne furent le plus grand succès de librairie de Courtilz de Sandras, après Les Mémoires de Mr d’Artagnan, auxquelles Alexandre Dumas assura la postérité que l’on sait.

La vie de Gatien Courtilz de Sambras [1644-1712] est pleine de zones d’ombre.

Mousquetaire du Roi, cornette [porte-étendard] dans le Régiment Royal-étranger, capitaine de cavalerie au régiment de Beaupré-Choiseul, il participe en 1667 à la campagne de Flandres sous les ordres de Turenne, et revient à la vie civile en 1679, après la paix avec l’Espagne.

Il entre alors dans le monde littéraire avec quatre livres publiés à Paris, fonde à La Haye le Mercure historique et politique, et se livre au trafic de livres interdits par la censure royale sous le nom de Louis de Montfort.

Ce qui lui vaut de commencer en avril 1693 un séjour de 6 ans à la Bastille, pendant lequel il écrit les nombreux ouvrages qui paraîtront, anonymement, à l’étranger et sans le privilège obligatoire du roi, après sa libération.

On ne sait pas trop quelle fut sa vie ensuite. Veuf à 27 ans, il se remarie sept ans plus tard. À nouveau veuf, il épouse en troisièmes noces l’ex-indicatrice de police qui était chargée de le surveiller.

La liste exacte de ses œuvres, quasiment toutes publiées de manière anonyme n’est pas connue avec certitude. Jean Lombard, dans sa thèse sur Courtilz de Sandras, lui en attribue 36 de manière certaine.

Ses livres sont tantôt des pamphlets (mondains ou politiques), dans lesquels on trouve une critique des mœurs de la Cour, une amertume devant l’ingratitude de la France envers ses soldats, de la pitié envers les protestants, et une critique de la politique étrangère de Louvois, « qui avait plus d’intérêt que personne à troubler la paix, qui ne lui était pas si avantageuse que la guerre. »

Mais la spécialité de Courtilz de Sandras, ce sont les romans d’aventures (et d’espionnage), soit qu’ils se revendiquant comme tels, soit déguisés en Mémoires apocryphes.

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Mémoires de la Marquise de Fresne[COURTILZ DE SANDRAS]

Mémoires de Madame la Marquise de Fresne, nouvelle édition enrichie de figures en taille-douce

Amsterdam, Jean Malherbe, 1734.

Un volume 16,5 x 10 cms. [VI]-400 pages. 30 planches hors texte.
Pleine reliure du temps. Dos à 5 nerfs, caissons ornés et pièce de titre. Tranches rouges.
Un coin enfoncé, quelques rousseurs à l’extrémité des marges inférieures aux alentours de la page 120, sinon bon état.

225 €

Du même auteur :

Testament de Colbert[COURTILZ DE SANDRAS]

Testament politique de Messire Jean-Baptiste Colbert, ministre et secrétaire d’État, où l’on voit tout ce qui s’est passé sous le Règne de Louis le Grand jusqu’en l’année 1684, avec des Remarques sur le Gouvernement du Royaume

La Haye, Van Bulderen, 1694.

Un volume 16,5 x 9,5 cms. XX-410 pages.
Pleine reliure du temps. Dos à 5 nerfs.
Pièce de titre absente. Notes marginales anciennes. Bon état global.

150 €

Un poète névrosé : Maurice Rollinat

Rollinat par Renouard - Source Europeana - Creative CommonsFils d’un ami de George Sand, encouragé par elle, le poète Maurice Rollinat [1846-1903] n’obtient d’abord aucun succès.

Il se rend célèbre au cabaret du Chat noir, par l’interprétation au piano de ses poèmes et de ceux de Baudelaire.

Névralgique, dépressif, suicidaire, il finit sa vie retiré à Fresselines, dans la Creuse.

Le Gouffre

L’homme est un farfadet qui tombe dans la mort,
Grand puits toujours béant sans corde ni margelle
Et dont l’eau taciturne éternellement dort
Sous l’horreur qui la plombe et l’oubli qui la gèle.

Cet ange féminin qui marchait sans effroi,
Au bord des lacs chanteurs où les zéphyrs se trempent,
Voyez comme il est blanc ! Touchez comme il est froid !
Voilà déjà qu’il pue et que les vers y rampent.

L’espoir ? Dérision ! L’Amour ? Insanité !
La gloire ? Triste fleur morte en crevant la terre !
L’illusion se heurte à la réalité
Et notre certitude équivaut au mystère.

La volupté nous use et racle nos cheveux ;
Nous ne brillons si bien que pour mieux disparaître,
Et quand l’homme insensé vocifère : « Je veux ! »
La maladie arrive et lui répond : « Peut-être ! »

Oh ! c’est grande pitié de voir l’atome fier
Montrer le poing au ciel en bavant de rancune !
Ils sont morts aujourd’hui ceux qui régnaient hier :
Pas de grâces ! La mort n’en peut donner aucune.

Et tandis que sa faux reluit à l’horizon,
La vie est un cloaque où tout être patauge ;
La femme avec son cœur, l’homme avec sa raison,
Se vautrent dans le mal comme un porc dans son auge.

Le philosophe dit : « La Vie est un combat !
Souffrir, c’est mériter ; jouir c’est être lâche ! »
Mais le voilà qui geint, frissonne et se débat
Sous l’invisible main qui jamais ne nous lâche.

Le poète, oubliant qu’il est de chair et d’os,
Déprave son esprit dans un rêve impossible ;
Et l’extase dans l’œil, et la chimère au dos
Vole au gouffre final comme un plomb vers la cible.

Quand notre heure est marquée au cadran clandestin,
Adieu parents, amis ! Croulons dans les ténèbres !
C’est le dernier impôt que l’on doit au Destin
Qui tasse notre cendre avec ses pieds funèbres.

Nous passons fugitifs comme un flot sur la mer ;
Nous sortons du néant pour y tomber encore,
Et l’infini nous lorgne avec un rire amer
En songeant au fini que sans cesse il dévore.

Rollinat chantant - Mediathèque de Chateauroux

L’Ajournement

Le Devoir ! on ne le diffère
Que pour mieux lui rester soumis
Quand les travers qu’on s’est permis
N’auront plus à se satisfaire.

À ce vieux Mentor trop sévère
On propose des compromis,
On promet du déjà promis ;
Bref, dans le mal on persévère.

Et les vices, nos bons amis,
Nous gorgent de leur atmosphère
Qui sournoisement, somnifère,
Maintient nos remords endormis.

Avec tout le bien qu’on doit faire
On s’absout des péchés commis.
On passera par le tamis,
Mais il faut préparer l’affaire.

Or, la mollesse nous enferre
Dans le retard où l’on s’est mis :
Et le mal étend ses fourmis
Dont on ne peut plus se défaire.

Des extraits des poèmes de Maurice Rollinat mis en musique par lui-même :
http://www.fresselineshier.fr/Rollinat/mp3.htm

Tout sur Maurice Rollinat
http://www.crcrosnier.fr/rollinat/rollinat-som.htm

Rollinat critiqué (dans tous les sens du terme) par Verlaine :
http://la-brochure.over-blog.com/article-rollinat-vu-par-verlaine-et-vive-la-creuse-103240247.html

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ROLLINAT Maurice

Choix de poésies

Paris, Bibliothèque Charpentier, Fasquelle Éditeur, 1926.

Un volume broché 19 x 11,5 cms. 284 pages. Un portrait photographique en frontispice. Bon état.

25 € + port

Il y a 150 ans paraissait Salammbô

Le 24 novembre 1862 était mis en vente chez l’éditeur Michel Lévy le deuxième roman de Gustave Flaubert, Salammbô.

Préparation.
• « Je vais écrire un roman dont l’action se passera trois siècles avant Jésus-Christ, car j’éprouve le besoin de sortir du monde moderne, où ma plume s’est trop trempée et qui d’ailleurs me fatigue autant à reproduire qu’il me dégoûte à voir. » À Mlle Leroyer de Chantepie. 18 mars [1857].

• « J’ai une indigestion de bouquins. Je rote l’in-folio. Voilà 53 ouvrages différents sur lesquels j’ai pris des notes depuis le mois de mars ; j’étudie maintenant l’art militaire, je me livre aux délices de la contrescarpe et du cavalier, je pioche les balistes et les catapultes. Je crois enfin pouvoir tirer des effets neufs du tourlourou antique. Quant au paysage, c’est encore bien vague. Je ne sens pas encore le côté religieux. La psychologie se cuit tout doucement. Mais c’est une lourde machine à monter, mon cher vieux. Je me suis jeté là dans une besogne bougrement difficile. Je ne sais quand j’aurai fini, ni même quand je commencerai. […] Je vais tâcher de leur triple-ficeler quelque chose de rutilant et de gueulard. » À Jules Duplan. [après le 28 mai 1857].

Rédaction.
• « Je m’y mets. Ce n’est pas que je sois inspiré le moins du monde, mais j’ai envie de voir ça. C’est une sorte de curiosité et comme qui dirait un désir lubrique sans érection. » À Jules Duplan. [26 juillet 1857].

• « Quant à l’archéologie, elle sera “probable”. Voilà tout. Pourvu que l’on ne puisse pas me prouver que j’ai dit des absurdités, c’et tout ce que je demande. » À Ernest Feydeau. [26 juillet ? 1857].

• « Je suis peut-être trop vieux pour tenter une œuvre si audacieuse. Car je vous réponds qu’il faut du toupet et un fier toupet pour vouloir vous ressusciter Carthage. Quant au plan, il est charpenté à causer l’admiration de tous les circassiens. Il n’y a pas un mouvement qui ne soit prévu. Tout est arrêté, classé, numéroté. Mais je ne sens guère ma petite femme et j’ai peur de dire (relativement aux paysages) des sottises, ou tout du moins de n’être pas précis. Bref je suis dans un état sombre, mon bon vieux. » À Frédéric Baudry ? [26 août 1857 ?]

• « Pense un peu, intelligent neveu, à ce que j’ai entrepris : vouloir ressusciter toute une civilisation sur laquelle on n’a rien ! Comme c’est difficile de faire à la fois gras et rapide ! il le faut pourtant. Dans chaque page, il doit y avoir à boire et à manger, de l’action et de la couleur. […] Comme ça embêtera le public ! J’en tremble d’avance, car il a quelquefois raison de s’embêter. » À Ernest Feydeau. [24 ? novembre 1857].

• « Ce n’est pas une petite ambition que de vouloir entrer dans le cœur des hommes, quand ces hommes vivaient il y a plus de deux mille ans et dans une civilisation qui n’a rien d’analogue avec la nôtre. J’entrevois la vérité, mais elle ne me pénètre pas, l’émotion me manque. La vie, le mouvement, sont ce qui fait qu’on s’écrie : “C’est cela”, bien qu’on n’ait jamais vu les modèles. » À Mlle Leroyer de Chantepie. 12 décembre 1857.

Voyage en Afrique.
• « [Ce livre] sera tellement loin des mœurs modernes qu’aucune ressemblance entre mes héros et les lecteurs n’étant possible, il intéressera fort peu. On n’y verra aucune observation, rien de ce qu’on aime généralement. Ce sera de l’Art, de l’Art pur et pas autre chose. Je ne sais rien d’une exécution plus difficile. […] Il faut absolument que je fasse un voyage en Afrique. Aussi, vers la fin de mars, je retournerai au pays des dattes. J’en suis tout heureux ! Je vais de nouveau vivre à cheval et dormir sous la tente. Quelle bonne bouffée d’air je humerai en montant, à Marseille, sur le bateau à vapeur ! Ce voyage du reste sera court. J’ai seulement besoin d’aller à Kheff (à trente lieues de Tunis) et de me promener aux environs de Carthage dans un rayon d’une vingtaine de lieues. » À Mlle Leroyer de Chantepie. 23 janvier 1858.

Reprise.
• « Je t’apprendrai que Carthage est complètement à refaire, ou plutôt à faire. Je démolis tout. C’était absurde ! impossible ! faux ! » À Ernest Feydeau. [20 juin 1858].

• « Je suis sûr que ce que je fais n’aura aucun succès, tant mieux ! je m’en triple-fous ! S’il faut, pour en obtenir, peindre des bourgeois, j’aime mieux m’en passer, car je trouve cette besogne ignoble et dégoûtante, outre que j’en admire peu les résultats. Je ne veux plus faire une concession, je vais écrire des horreurs, je mettrai des bordels d’hommes et des matelotes de serpents, etc. » À Ernest Feydeau. [24 juin 1858].

• « J’ai peut-être fait une bêtise en abordant un tel sujet. Il est trop tard maintenant ! Je dois donner dedans tête baissée et croire en lui. » À Jules Duplan. [1er juillet 1858].

• « Me saura-t-on gré de tout ce que je mets là-dedans ? J’en doute, car le bouquin ne sera pas divertissant, et il faudra que le lecteur ait un fier tempérament pour subir 400 pages (au moins) d’une pareille architecture. » À Ernest Feydeau. [28 août 1858].

• « Ça peut être bien beau, mais ça peut être aussi très bête. Depuis que la littérature existe, on n’a pas entrepris quelque chose d’aussi insensé. C’est une œuvre hérissée de difficultés. Donner aux gens un langage dans lequel ils n’ont pas pensé ! On ne sait rien de Carthage. (Mes conjectures sont je crois sensées, et j’en suis même sûr d’après deux ou trois choses que j’ai vues.) N’importe, il faudra que ça réponde à une certaine idée vague que l’on s’en fait. Il faut que je trouve le milieu entre la boursouflure et le réel. Si je crève dessus, ce sera au moins une mort. Et je suis convaincu que les bons livres ne se font pas de cette façon. Celui-là ne sera pas un bon livre. » À Ernest Feydeau. [22 ou 23 octobre 1858].

• « Je ne sais pas ce que sera ma Salammbô. C’est bien difficile. Je me fous un mal de chien. Mais je te garantis, ô Maître, que les intentions en sont vertueuses. Ça n’a pas une idée, ça ne prouve rien du tout. Mes personnages au lieu de parler, hurlent. D’un bout à l’autre c’est couleur de sang. Il y a des bordels d’hommes, des anthropophagies, des éléphants et des supplices. Mais il se pourrait faire que tout cela fût profondément idiot et parfaitement ennuyeux. » À Théophile Gautier. 27 janvier [1859].

• « Il faut être absolument fou pour entreprendre de semblables bouquins ! À chaque ligne, à chaque mot, je surmonte des difficultés dont personne ne me saura gré, et on aura peut-être raison de ne pas m’en savoir gré. Car si mon système est faux, l’œuvre est ratée. […] Quand on lira Salammbô, on ne pensera pas, j’espère, à l’auteur ! Peu de gens devineront combien il a fallu être triste pour entreprendre de ressusciter Carthage ! C’est là une Thébaïde où le dégoût de la vie moderne m’a poussé. » À Ernest Feydeau. [29 novembre 1859].

• « Savez-vous toute mon ambition ? Je demande à un honnête homme intelligent de s’enfermer quatre heures avec mon livre, et je veux lui donner une bosse de haschich historique. Voilà tout ce que je veux. » Rapporté par Edmond et Jules de Goncourt. Journal. 12 janvier 1860.

• « Ça ne prouve rien, ça ne dit rien. Ce n’est ni historique, ni satirique, ni humoristique. En revanche ça peut être stupide ? » À Edmond et Jules de Goncourt. 3 juillet [1860].

Lecture publique.
• « Voici le programme : 1) Je commencerai à hurler à 4 heures juste. – Donc venez vers 3 ; 2) À 7 heures, dîner oriental. On vous y servira de la chair humaine, des cervelles de bourgeois et des clitoris de tigresse sautés au beurre de rhinocéros ; 3) Après le café, reprise de la gueulade punique jusqu’à la crevaison des auditeurs. Ça vous va-t-il ? » À Edmond et Jules de Goncourt. [début mai 1861].

Derniers chapitres.
• « Ça ne va pas ! Ça ne va pas ! Il me semble que Salammbô est embêtante à crever. Il y a un abus évident du tourlourou antique. Toujours des batailles, toujours des gens furieux. On aspire à des berceaux de verdure et à du laitage. […] Je crois que mon plan est mauvais. Et il est trop tard pour rien changer, car tout se tient. » À Edmond et Jules de Goncourt. [15 juillet 1861].

• « Oui, on m’engueulera, comptes-y. Salammbô 1) embêtera les bourgeois, c’est à dire tout le monde ; 2) révoltera les nerfs et le cœur des personnes sensibles ; 3) irritera les archéologues ; 4) semblera inintelligible aux dames ; 5 me fera passer pour pédéraste et anthropophage. Espérons-le ! J’arrive aux tons un peu foncés. On commence à marcher dans les tripes et à brûler les moutards. Baudelaire sera content. » À Ernest Feydeau. 17 [août 1861].

• « Il ne ressort de ce livre qu’un immense dédain pour l’humanité (il faut très peu la chérir pour l’avoir écrit). Le lecteur en sera vaguement froissé et il m’en voudra. » À Amélie Bosquet. 24 août [1861].

• « Il y a des jours où je n’ai plus la force physique de remuer une plume. Je dors dix heures la nuit et deux heures le jour. […] Je suis comme un crapaud écrasé par un pavé ; comme un chien étripé par une voiture de m…, comme un morviau sous la botte d’un gendarme, etc. L’art militaire des Anciens m’étourdit, m’emplit ; je vomis des catapultes, j’ai des tollénons dans le cul et je pisse des scorpions. […] Tu n’imagines pas quel fardeau c’est à porter que toute cette masse de charogneries et d’horreurs ; j’en ai des fatigues réelles dans les muscles. » À Ernest Feydeau. [vers le 15 septembre 1861].

• « Plus j’approche du but et plus je suis assailli de doutes et de dégoûts sur l’ensemble de ladite œuvre. Cela me semble embêtant à crever. Tel est le fond de ma conscience. » À Edmond et Jules de Goncourt. [26 novembre 1861].

• « J’ai enfin terminé […] mon roman de Salammbô. Les corrections et la copie me demanderont encore un mois. […] Je n’en puis plus. J’ai la fièvre tous les soirs et à peine si je peux tenir une plume. La fin a été lourde et difficile à venir. » À Mlle Leroyer de Chantepie. 24 avril 1862.

Publication.
• « J’ai la tête pleine de ratures, je suis excédé, hhahuri par Salammbô. Le dégoût de la publication s’ajoute aux nausées de l’œuvre ; bref, le nom seul de mon roman m’emmerde jusqu’au fond de l’âme. » À Jules Duplan. [18 juin 1862].

Réception.
• « Grands et petits journaux parlent de moi. Je fais dire beaucoup de sottises. Les uns me dénigrent, les autres m’exaltent. On m’a appelé “ilote ivre”, on a dit que je répandais “un air empesté”, on m’a comparé à Chateaubriand et à Marmontel, on m’accuse de viser à l’Institut, et une dame qui avait lui mon livre a demandé à un de mes amis si Tanit n’était pas un diable. Voilà ! Telle est la gloire littéraire. […] N’importe ; J’avais fait un livre pour un nombre très restreint de lecteurs et il se trouve que le public y mord. » À Laure de Maupassant. 8 décembre 1862].

• « Sais-tu que j’ai été dénoncé comme corrupteur des mœurs dans deux églises ? […] Le prédicateur […] Becel a rappelé la Bovary et prétend que cette fois je veux ramener le paganisme. Ainsi l’Académie et le clergé m’exècrent. Ça me flatte, et ça m’excite !!! » À Jules Duplan. [29 mars 1863].

Appréciation.
• « Je crois avoir fait quelque chose qui ressemble à Carthage. Mais là n’est pas la question, je me moque de l’archéologie ! Si la couleur n’est pas une, si les détails détonnent, si les mœurs ne dérivent pas de la religion et les faits des passions, si les caractères ne sont pas suivis, si les costumes ne sont pas appropriés aux usages et les architectures au climat, s’il n’y a pas, en un mot, harmonie, je suis dans le faux. Sinon, non. Tout se tient. […] Êtes-vous curieux de connaître la faute énorme […] que je trouve dans mon livre ? La voici :  Le piédestal est trop grand pour la statue. Or, comme on ne pèche jamais par le trop, mais par le pas assez, il aurait fallu cent pages de plus relatives à Salammbô, seulement. » À Sainte-Beuve. [23-24 décembre 1862].

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Dictionnaire Gustave FlaubertLes citations sont extraites de notre Dictionnaire Flaubert, paru chez CNRS Éditions

À commander ici.

La guerre de 1870 vue par les affiches

C’est un recueil de 1000 pages et autant d’affiches, parisiennes ou provinciales, qui font vivre au jour le jour, vu de l’arrière, cette guerre désastreuse.

Les affiches étaient alors le principal, sinon le seul moyen d’informer les populations.

État des opérations militaires, mesures prises par le gouvernement républicain tout juste installé ou par les municipalités, exaltation du sentiment patriotique, souscription pour fondre des canons, loterie au profit des blessés, publicité pour des journaux nouvellement créés, tout cela se retrouvait sur les murs.

Avec des appels à l’Histoire :

Et  l’impact croissant de la guerre sur la vie quotidienne : consignes pour la prévention des incendies en cas de bombardement, stockage des fumiers provenant des écuries qui ne peuvent plus être transportés hors de Paris, communications postales avec les départements occupés, prix forcé de la viande de boucherie, réquisition du blé, puis des fourrages, puis des chevaux, suivis des vaches laitières, de la charcuterie et du charbon, mais aussi retour sans frais à leurs propriétaires des vêtements et couchages déposés au Mont-de-Piété.

On se moque d’abord de l’ennemi :

Avant de le voir apposer ses propres affiches :

Et entrer dans Paris…

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Les Murailles politiques françaises depuis le 4 Septembre 1870.
Tome I, La Guerre (Septembre 1870 – Mars 1871)

Paris, Armand Le Chevalier, 1873.

Un volume 28 x 23 cms. 1010 pages de reproductions d’affiches noir et couleur.

Demi reliure. Dos à 5 nerfs. Quelques frottements, intérieur en excellent état.

200 €

Un cas de dématérialisation partielle du corps d’un médium

Alexander Aksakov [1832-1903] est un spirite russe, animateur de la Revue d’Études Psychiques, qui paraissait en allemand à Leipzig.

Le but principal de ses recherches était de recueillir les preuves de manifestations psychiques « objectives ».

Dans son ouvrage Un cas de dématérialisation partielle du corps d’un médium, enquête et commentaires, il se livre à un véritable travail policier pour déterminer ce qui s’est réellement passé lors de la séance du 11 décembre 1893, à Helsingfors, en Finlande, séance à laquelle il n’assistait pas.

Les témoins avaient en effet rapporté que les genoux et les jambes de la médium s’étaient dématérialisés.

Reconstitution de la séance du 11 décembre 1893

Après un chapitre intitulé « Spéculations théoriques », dans lequel il établit une classification des différentes formes et intensités que peut prendre la dématérialisation du corps  d’un médium, il présente :

  • Reconstitution de la séance du 11 décembre 1893Les témoignages des participants, ses questions complémentaires et leurs réponses
  • Les résultats de l’enquête à laquelle il procède a posteriori sur place
  • Son enquête sur la médium elle-même («une des rares qui n’entre pas en transes pendant les séances »)
  • La description de l’état médiumnique, faite par la médium elle-même

Le tout l’amène à conclure que ce jour-là, « Un moi individuel transcendantal qui n’est plus celui du médium, s’est emparé de sa matière organique pour le transformer selon son désir. »

Mais il reconnaît que d’un point de vue scientifique, il serait nécessaire de pouvoir reproduire cette dématérialisation pour valider la preuve de son existence.

Que l’on y croie ou non, il faut reconnaître à l’auteur une méthode humble et basée sur la recherche de faits, avec toujours un bémol mis aux témoignages humains.

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AKSAKOW M.A.

Un cas de dématérialisation partielle du corps d’un médium, enquête et commentaires

Paris, Librairie de l’Art Indépendant, 1896.

Un volume broché 20,5 x 13,5 cms. 221 pages. Deux planches photographiques hors texte.
Couverture réparée, dos muet. Très bon état intérieur.

180 €

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Sur le même sujet :

KARDEC Allan

Kardec - Le Livre des MédiumsLe Livre des Médiums, ou Guide des médiums et des évocateurs, contenant l’enseignement spécial des esprits sur la théorie de tous les genres de manifestations, les moyens de communiquer avec le monde invisible, le développement de la médiumnité, les difficultés et les écueils que l’on peut rencontrer dans la pratique du spiritisme ; pour faire suivre au Livre des Esprits. Seconde édition revue et corrigée avec le concours des Esprits, et augmentée d’un grand nombre d’instructions nouvelles

Paris, Didier et Cie, 1862.

Un volume 18 x 12 cms. VIII-511 pages.

Demi reliure, dos lisse, filets et titres dorés. Reliure un peu frottée, quelques rousseurs éparses en marge. Bon état global.

100 €

Non, les Chinois ne descendent pas des Egyptiens !

La Chine issue d’une colonie égyptienne, c’est l’idée qu’avait développée l’orientaliste et érudit français Joseph de Guignes en 1769, en reprenant une thèse avancée au siècle précédent par le jésuite allemand Kircher.

Idée farfelue, mais qui remporta un grand succès de curiosité. À tel point que Voltaire crut nécessaire de la réduire en pièces – assez brièvement – tandis que Cornelius de Pauw acéra sa plume et produisit deux volumes.

Philosophe hollandais, Cornelius de Pauw [1739-1799] s’était déjà fait connaître par des Recherches philosophiques sur les Américains, dans lesquelles il soutenait que les natifs étaient inférieurs aux colons européens, à cause du climat et de la géographie.

Ses Recherches philosophiques sur les Égyptiens et les Chinois sont de la même veine. Érudites, mais empreintes d’un agaçant sentiment de supériorité envers les Orientaux : Les Chinois ne connaissent rien à l’astronomie, leur Histoire est un tissu de mensonges, les marchands sont tous voleurs et fripons…

Heureusement, il déborde largement de son sujet initial, et ne se contente pas, par exemple, de démontrer que si les Égyptiens et les Chinois pratiquent tous deux l’incubation artificielle des œufs, les uns n’ont pas enseigné cette technique aux autres.

Polémiste, égratignant les chroniqueurs anciens (Pline, Platon, Pythagore, Diodore de Sicile, tous y passent, sans compter Confucius), mais s’appuyant souvent sur les dires de « Savants » anonymes, il innove en abordant une foule de sujets souvent prosaïques.

Défilent ainsi des chapitres sur la situation des femmes, des eunuques, le coût comparé de l’éducation d’un enfant, la proportion de médecins, les mesures d’hygiène pour prévenir les épidémies, la diététique des différentes classes sociales, les Beaux-Arts, la chimie appliquée à la céramique, l’architecture, la passion des Chinois pour le nombre 9, la Grande Muraille… d’Égypte.

S’il prouve qu’il n’a rien compris à l’art oriental, tout en estimant (un peu) plus les Japonais que les Chinois dans ce domaine, il livre parfois des recettes inédites, comme celle de l’aphrodisiaque égyptien composé d’une infusion de girofle mélangée à du fiel de crocodile.

De Pauw annonçait dans son Discours préliminaire que l’étude des Arts, métiers ou manières de se nourrir, était une voie privilégiée pour connaître et comprendre une nation.

Qu’il ait connu les Égyptiens et les Chinois, voilà qui est certain. Qu’il les ait compris, c’est autre chose.

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[DE PAUW Cornelius]

Recherches philosophiques sur les Égyptiens et les Chinois, nouvelle édition revue par l’Auteur & augmentée d’une Table des Matières. 2/2

Berlin, Decker, 1774. Deux volumes 16,5 x 10,5 cms. XVIII-[I]-235-210 + 224-256 pages. Une grande carte dépliante de l’Égypte.

Pleine reliure, dos à cinq nerfs, pièces de titre et de tomaison, fleurons dorés.

Reliure un peu frottée avec manque au dernier plat du volume II, légère trace de mouillure marginale en fin de ce même volume II, sinon bon état, aucune rousseur. Tampon d’ex-libris sur les pages de titre.

300 €