L’un des mille ouvrages publiés par l’abbé Migne

L’Abbé Migne

Jacques-Paul Migne« Un curieux personnage de prêtre, l’abbé Migne, un brasseur de livres catholiques. Il monte à Vaugirard une imprimerie, toute pleine de prêtres interdits comme lui, de sacripants défroqués, de Trompe-la-Mort en rupture d’état de grâce qui, à la vue d’un commissaire de police, s’effarouchent vers les portes.
Il sort de là des éditions des Pères, des encyclopédies en cinq cents volumes. Puis cet abbé fait encore un commerce qui double l’autre. Il se fait payer une partie du prix de ses livres par les curés en bons de messes, contresignés par l’évêque. Cela lui revient, l’un dans l’autre, à huit sous ; il les revend quarante sous en Belgique, où les prêtres ne peuvent pas suffire à toutes fondations de messes. »
Goncourt, Journal, 21 août 1864.

Un drôle d’oiseau, en effet.

Curé de Puiseaux pendant 10 ans, l’abbé Migne [1800-1875] se fâche avec son évêque pour avoir refusé de bénir, pendant la Fête-Dieu, un ostensoir sur lequel figurait le drapeau tricolore, et « monte » à Paris en 1833.

Ce Rastignac en soutane, farouchement conservateur, devient d’abord journaliste en fondant L’Univers religieux et quelques « journaux reproductifs » (cela ne s’appelait pas encore le copier-coller), avant de se lancer dans l’édition, en 1837.

Migne éditeur

Il publiera en 30 ans pas moins de 1000 (oui, mille) volumes, tirés chacun entre 1000 et 1500 exemplaires, dans plusieurs collections, regroupées sous l’appellation de Bibliothèque Universelle du Clergé :

  • La Patrologie latine (218 volumes)
  • La Patrologie grecque (édition gréco-latine : 166 volumes ; édition latine 85 volumes)
  • Des Cours d’Écriture sainte et de Théologie (25 volumes chacun), ainsi que d’Histoire ecclésiastique (27 volumes)
  • Les Orateurs sacrés en 99 volumes
  • L’Encyclopédie Théologique, 169 volumes
  • etc.

Patrologie

Son objectif : rien moins que surpasser l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, annuler la Révolution française, « sauver le patrimoine de l’Église », et « fonder la science catholique ».

Sa cible : les prêtres de campagne, de plus en plus nombreux (2000 ordinations par an autour des années 1830), conscients des lacunes de leur formation, disponibles pour l’étude, et aussi (surtout ?) disposant de revenus réguliers.

Ses méthodes : celui que ses contemporains surnommèrent « le Napoléon du prospectus » pour son sens de l’autopromotion, fait preuve d’un sens commercial très aigu. Il vend son immense production tantôt par souscription, tantôt à l’unité, y joint des objets et des tableaux religieux, offre des réductions pour parrainage, et accepte un paiement partiel en bons de messes. Il sera d’ailleurs suspendu temporairement par l’évêque de Paris pour ses pratiques commerciales (et aussi pour ses positions farouchement ultramontaines, jointes à un caractère difficile et rebelle).

Migne s’appuie sur une imprimerie qu’il a fondée et qui, au temps de sa splendeur, emploie plus de 600 personnes, mais qui sera détruite par un incendie en 1868. La production de tous ses volumes est totalement standardisée, la typographie unifiée, les salaires versés dérisoires, les intermédiaires supprimés, tout ceci lui permettant de pratiquer des prix de vente très bas.

Si ses Cours sont bien périmées aujourd’hui, ses éditions plus ou moins piratées, mais complètes, des Pères de l’Église font encore autorité.

L’Encyclopédie Théologique

Outre l’ambition totalisatrice propre à tout éditeur d’encyclopédie, Migne développe l’idée de « science catholique » énoncée par Lamennais dans son Essai sur l’indifférence en matière de religion.

Il s’agit de « travailler le contenu du catholicisme pour l’élever à la science, et les énoncés scientifiques pour en manifester le catholicisme latent. » (François Laplanche)

Le domaine parcouru est vaste : Philologie sacrée, hérésies, Conciles, Géographie  ecclésiastique, Théologie dogmatique, Diplomatique chrétienne, Éloquence sacrée, Croisades, Musique d’église, Épigraphie chrétienne, Économie charitable, etc. etc. Les trois séries publiées totaliseront 169 volumes.

Les collaborateurs sont nombreux, plus d’une soixantaine ont été identifiés.  Certains sont polygraphes, comme Jéhan de Saint-Clavien, qui joue auprès de Migne le rôle de De Jaucourt auprès de Diderot, et rédige pas moins de 12 volumes à lui tout seul – dont la Botanique.

Seuls environ 15 % des volumes portent sur un domaine scientifique : Astronomie, Chimie, Géologie, Médecine pratique, Agriculture.

Le Dictionnaire de Botanique

Le Dictionnaire de Botanique chrétienne paraît en 1851, et fait l’objet d’une réédition à l’identique en 1860.

Il comporte plus de 1000 articles, en 1516 colonnes, y compris l’Introduction et l’Index.

Le rédacteur est Jéhan de Saint-Clavien, sauf pour les articles descriptifs, qui sont repris (sans indication de source) de l’Histoire philosophique, littéraire et économique des plantes de Poiret, parue entre 1825-1929.
Repris, et parfois raccourcis ou modifiés, quand Poiret se montre un peu trop « déiste » , ou regrette l’absence de cérémonies religieuses glorifiant l’agriculture.

C’est un ouvrage de vulgarisation, mais sans aucune illustration, utilisant d’abord les noms vulgaires des plantes, associés aux noms latins, et ne comportant, contrairement à l’usage de l’époque, que peu d’anecdotes.

Ce n’est en aucun cas un ouvrage d’initiation à la Botanique de terrain, puisqu’il ne fournit aucun moyen d’identifier les plantes, mais plutôt un volume de référence, permettant de lire des textes sur les plantes. Il délivre néanmoins une bonne information sur l’état des connaissances en biologie végétale au milieu du XIXe siècle.

Une Botanique chrétienne

Le parti pris est affiché : la Botanique, comme toute science, peut être chrétienne, et permet d’approcher le dessein du Créateur :
« Tout est subordonné selon une loi de perfection ascendante dans le plan de la nature. […] De ces considérations, il résulte que l’idée de Dieu et de l’infini peut seule constituer l’unité des sciences, puisque c’est dans cette idée, et dans elle seule, que la science existe, se meut et vit ; puisque c’est par elle, et par elle seule, que nous pouvons obtenir d’une manière absolue, pour l’ensemble de nos connaissances, ce que le mouvement philosophique cherche à établir d’une manière relative. » (Introduction)

Deux ouvrages sur les aventures de l’abbé Migne :

  • R. Howard Bloch, Le Plagiaire de Dieu, la fabuleuse industrie de l’abbé Migne, Seuil, collection La Librairie du XXe siècle, 1996
  • La science catholique ; L’Encyclopédie théologique de Migne entre apologétique et vulgarisation, sous la direction de Claude Langlois et François Laplanche, Cerf, 1992

_ _ _ _ _ _ _

JEHAN (de Saint-Clavien) L.-F. [MIGNE]

Dictionnaire de Botanique, organographie, anatomie, physiologie végétales, méthodologie et géographie botanique, histoire naturelle des plantes indigènes et exotiques, phanérogames et cryptogames ; applications à la religion, à l’agriculture, à la médecine, à l’économie domestique, à l’industrie et aux arts.

Paris, Migne, 1860. Un volume broché 28,5 x 19,5 cms. 1516 colonnes.

Très légère trace de mouillure en marge supérieure, sinon texte bien frais. Dos fendu, mais volume encore solide.

Ce Dictionnaire de Botanique forme le tome VIII de la Nouvelle Encyclopédie Théologique publiée par l’Abbé Migne

75 €

Cette entrée a été publiée dans Science.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s